Lire et relire – L’origine des espèces

Posté par Serge Bénard le 27 janvier 2011

CHARLES DARWIN

NOTICE HISTORIQUE SUR LES PROGRES DE L’OPINION RELATIVE A L’ORIGINE DES ESPECES AVANT LA PUBLICATION DE LA PREMIERE EDITION ANGLAISE DU PRESENT OUVRAGE.

Je me propose de passer brièvement en revue les progrès de l’opinion relativement à l’origine des espèces. Jusque tout récemment, la plupart des naturalistes croyaient que les espèces sont des productions immuables créées séparément. De nombreux savants ont habilement soutenu cette hypothèse. Quelques autres, au contraire, ont admis que les espèces éprouvent des modifications et que les formes actuelles descendent de formes préexistantes par voie de génération régulière. Si on laisse de côté les allusions qu’on trouve à cet égard dans les auteurs de l’antiquité, [ Aristote, dans ses _Physicoe Auscultationes_ (lib. II, cap. VIII, § 2), après avoir remarqué que la pluie ne tombe pas plus pour faire croître le blé qu'elle ne tombe pour l'avarier lorsque le fermier le bat en plein air, applique le même argument aux organismes et ajoute (M. Clair Grece m'a le premier signalé ce passage) : « Pourquoi les différentes parties (du corps) n'auraient-elles pas dans la nature ces rapports purement accidentels ? Les dents, par exemple, croissent nécessairement tranchantes sur le devant de la bouche, pour diviser les aliments les molaires plates servent à mastiquer ; pourtant elles n'ont pas été faites dans ce but, et cette forme est le résultat d'un accident. Il en est de même pour les autres parties qui paraissent adaptées à un but. Partout donc, toutes choses réunies (c'est-à-dire l'ensemble des parties d'un tout) se sont constituées comme si elles avaient été faites en vue de quelque chose ; celles façonnées d'une manière appropriée par une spontanéité interne se sont conservées, tandis que, dans le cas contraire, elles ont péri et périssent encore. » On trouve là une ébauche des principes de la sélection naturelle ; mais les observations sur la conformation des dents indiquent combien peu Aristote comprenait ces principes. ] Buffon est le premier qui, dans les temps modernes, a traité ce sujet au point de vue essentiellement scientifique. Toutefois, comme ses opinions ont beaucoup varié à diverses époques, et qu’il n’aborde ni les causes ni les moyens de la transformation de l’espèce, il est inutile d’entrer ici dans de plus amples détails sur ses travaux.

Lamarck est le premier qui éveilla par ses conclusions une attention sérieuse sur ce sujet. Ce savant, justement célèbre, publia pour la première fois ses opinions en 1801 ; il les développa considérablement, en 1809, dans sa _Philosophie zoologique_, et subséquemment, en 1815, dans l’introduction à son _Histoire naturelle des animaux sans vertèbres_. Il soutint dans ces ouvrages la doctrine que toutes les espèces, l’homme compris, descendent d’autres espèces. Le premier, il rendit à la science l’éminent service de déclarer que tout changement dans le monde organique, aussi bien que dans le monde inorganique, est le résultat d’une loi, et non d’une intervention miraculeuse. L’impossibilité d’établir une distinction entre les espèces et les variétés, la gradation si parfaite des formes dans certains groupes, et l’analogie des productions domestiques, paraissent avoir conduit Lamarck à ses conclusions sur les changements graduels des espèces. Quant aux causes de la modification, il les chercha en partie dans l’action directe des conditions physiques d’existence, dans le croisement des formes déjà existantes, et surtout dans l’usage et le défaut d’usage, c’est-à-dire dans les effets de l’habitude. C’est à cette dernière cause qu’il semble rattacher toutes les admirables adaptations de la nature, telles que le long cou de la girafe, qui lui permet de brouter les feuilles des arbres. Il admet également une loi de développement progressif ; or, comme toutes les formes de la vie tendent ainsi au perfectionnement, il explique l’existence actuelle d’organismes très simples par la génération spontanée. [ C'est à l'excellente histoire d'Isidore Geoffroy Saint-Hilaire (_Hist. nat. générale_, 1859, t. II, p. 405) que j'ai emprunté la date de la première publication de Lamarck ; cet ouvrage contient aussi un résumé des conclusions de Buffon sur le même sujet. Il est curieux de voir combien le docteur Erasme Darwin, mon grand-père, dans sa _Zoonomia_ (vol. I, p. 500-510), publiée en 1794, a devancé Lamarck dans ses idées et ses erreurs. D'après Isidore Geoffroy, Goethe partageait complètement les mêmes idées, comme le prouve l'introduction d'un ouvrage écrit en 1794 et 1795, mais publié beaucoup plus tard. Il a insisté sur ce point (_Goethe als Naturforscher_, par le docteur Karl Meding, p. 34), que les naturalistes auront à rechercher, par exemple, comment le bétail a acquis ses cornes, et non à quoi elles servent. C'est là un cas assez singulier de l'apparition à peu près simultanée d'opinions semblables, car il se trouve que Goethe en Allemagne, le docteur Darwin en Angleterre, et Geoffroy Saint-Hilaire en France arrivent, dans les années 1794-95, à la même conclusion sur l'origine des espèces. ]

Geoffroy Saint-Hilaire, ainsi qu’on peut le voir dans l’histoire de sa vie, écrite par son fils, avait déjà, en 1795, soupçonné que ce que nous appelons les _espèces_ ne sont que des déviations variées d’un même type. Ce fut seulement en 1828 qu’il se déclara convaincu que les mêmes formes ne se sont pas perpétuées depuis l’origine de toutes choses ; il semble avoir regardé les conditions d’existence ou le _monde ambiant_ comme la cause principale de chaque transformation. Un peu timide dans ses conclusions, il ne croyait pas que les espèces existantes fussent en voie de modification ; et, comme l’ajoute son fils, « c’est donc un problème à réserver entièrement à l’avenir, à supposer même que l’avenir doive avoir prise sur lui. »

Le docteur W.-C. Wells, en 1813, adressa à la Société royale un mémoire sur une « femme blanche, dont la peau, dans certaines parties, ressemblait à celle d’un nègre », mémoire qui ne fut publié qu’en 1818 avec ses fameux _Two Essays upon Dew and Single Vision_. Il admet distinctement dans ce mémoire le principe de la sélection naturelle, et c’est la première fois qu’il a été publiquement soutenu ; mais il ne l’applique qu’aux races humaines, et à certains caractères seulement. Après avoir remarqué que les nègres et les mulâtres échappent à certaines maladies tropicales, il constate premièrement que tous les animaux tendent à varier dans une certaine mesure, et secondement que les agriculteurs améliorent leurs animaux domestiques par la sélection. Puis il ajoute que ce qui, dans ce dernier cas, est effectué par « l’art paraît l’être également, mais plus lentement, par la nature, pour la production des variétés humaines adaptées aux régions qu’elles habitent : ainsi, parmi les variétés accidentelles qui ont pu surgir chez les quelques habitants disséminés dans les parties centrales de l’Afrique, quelques-unes étaient sans doute plus aptes que les autres à supporter les maladies du pays. Cette race a dû, par conséquent, se multiplier, pendant que les autres dépérissaient, non seulement parce qu’elles ne pouvaient résister aux maladies, mais aussi parce qu’il leur était impossible de lutter contre leurs vigoureux voisins. D’après mes remarques précédentes, il n’y a pas à douter que cette race énergique ne fût une race brune. Or, la même tendance à la formation de variétés persistant toujours, il a dû surgir, dans le cours des temps, des races de plus en plus noires ; et la race la plus noire étant la plus propre à s’adapter au climat, elle a dû devenir la race prépondérante, sinon la seule, dans le pays particulier où elle a pris naissance. » L’auteur étend ensuite ces mêmes considérations aux habitants blancs des climats plus froids. Je dois remercier M. Rowley, des Etats-Unis, d’avoir, par l’entremise de M. Brace, appelé mon attention sur ce passage du mémoire du docteur Wells.

L’honorable et révérend W. Hebert, plus tard doyen de Manchester, écrivait en 1822, dans le quatrième volume des _Horticultural Transactions_, et dans son ouvrage sur les _Amarylliadacées_ (1837, p. 19, 339), que « les expériences d’horticulture ont établi, sans réfutation possible, que les espèces botaniques ne sont qu’une classe supérieure de variétés plus permanentes. » Il étend la même opinion aux animaux, et croit que des espèces uniques de chaque genre ont été créées dans un état primitif très plastique, et que ces types ont produit ultérieurement, principalement par entre-croisement et aussi par variation, toutes nos espèces existantes.

En 1826, le professeur Grant, dans le dernier paragraphe de son mémoire bien connu sur les spongilles (_Edinburg Philos. Journal_, 1826, t. XIV, p. 283), déclare nettement qu’il croit que les espèces descendent d’autres espèces, et qu’elles se perfectionnent dans le cours des modifications qu’elles subissent. Il a appuyé sur cette même opinion dans sa cinquante-cinquième conférence, publiée en 1834 dans _the Lancet_.

En 1831, M. Patrick Matthew a publié un traité intitulé _Navai Timber and Arboriculture_, dans lequel il émet exactement la même opinion que celle que M. Wallace et moi avons exposée dans le _Linnean Journal_, et que je développe dans le présent ouvrage. Malheureusement, M. Matthew avait énoncé ses opinions très brièvement et par passages disséminés dans un appendice à un ouvrage traitant un sujet tout différent ; elles passèrent donc inaperçues jusqu’à ce que M. Matthew lui-même ait attiré l’attention sur elles dans le _Gardener’s Chronicle_ (7 avril 1860). Les différences entre nos manières de voir n’ont pas grande importance. Il semble croire que le monde a été presque dépeuplé à des périodes successives, puis repeuplé de nouveau ; il admet, à titre d’alternative, que de nouvelles formes peuvent se produire « sans l’aide d’aucun moule ou germe antérieur ». Je crois ne pas bien comprendre quelques passages, mais il me semble qu’il accorde beaucoup d’influence à l’action directe des conditions d’existence. Il a toutefois établi clairement toute la puissance du principe de la sélection naturelle.

Dans sa _Description physique des îles Canaries_ (1836, p.147), le célèbre géologue et naturaliste von Buch exprime nettement l’opinion que les variétés se modifient peu à peu et deviennent des espèces permanentes, qui ne sont plus capables de s’entrecroiser.

Source : http://abu.cnam.fr/cgi-bin/go?espece1

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Lire et relire – Les trois mousquetaires

Posté par Serge Bénard le 25 janvier 2011

Les Trois Mousquetaires 

Alexandre Dumas 

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Il y a un an à peu près, qu’en faisant à la Bibliothèque royale des recherches pour mon histoire de Louis XIV, je tombai par hasard sur les _ Mémoires de M. d’Artagnan _ , imprimés, – comme la plus grande partie des ouvrages de cette époque, où les auteurs tenaient à dire la vérité sans aller faire un tour plus ou moins long à la Bastille, – à Amsterdam, chez Pierre Rouge. Le titre me séduisit : je les emportai chez moi, avec la permission de M. le conservateur, bien entendu, je les dévorai.
 

Mon intention n’est pas de faire ici une analyse de ce curieux ouvrage, et je me contenterai d’y renvoyer ceux de mes lecteurs qui apprécient les tableaux d’époques. Ils y trouveront des portraits crayonnés de main de maître ; et, quoique les esquisses soient, pour la plupart du temps, tracées sur des portes de caserne et sur des murs de cabaret, ils n’y reconnaîtront pas moins, aussi ressemblantes que dans l’histoire de M. Anquetil, les images de Louis XIII, d’Anne d’Autriche, de Richelieu, de Mazarin et de la plupart des courtisans de l’époque. 

Mais, comme on le sait, ce qui frappe l’esprit capricieux du poète n’est pas toujours ce qui impressionne la masse des lecteurs. Or, tout en admirant, comme les autres admireront sans doute, les détails que nous avons signalés, la chose qui nous préoccupa le plus est une chose à laquelle bien certainement personne avant nous n’avait fait la moindre attention. 

D’Artagnan raconte qu’à sa première visite à M. de Tréville, le capitaine des mousquetaires du roi, il rencontra dans son antichambre trois jeunes gens servant dans l’illustre corps où il sollicitait l’honneur d’être reçu, et ayant nom Athos, Porthos et Aramis. 

Nous l’avouons, ces trois noms étrangers nous frappèrent, et il nous vint aussitôt à l’esprit qu’ils n’étaient que des pseudonymes à l’aide desquels d’Artagnan avait déguisé des noms peut-être illustres, si toutefois les porteurs de ces noms d’emprunt ne les avaient pas choisis eux-mêmes le jour où, par caprice, par mécontentement ou par défaut de fortune, ils avaient endossé la simple casaque de mousquetaire. 

Dès lors nous n’eûmes plus de repos que nous n’eussions retrouvé, dans les ouvrages contemporains, une trace quelconque de ces noms extraordinaires qui avaient fort éveillé notre curiosité. 

Le seul catalogue des livres que nous lûmes pour arriver à ce but remplirait un feuilleton tout entier, ce qui serait peut-être fort instructif, mais à coups sûr peu amusant pour nos lecteurs. Nous nous contenterons donc de leur dire qu’au moment où, découragé de tant d’investigations infructueuses, nous allions abandonner notre recherche, nous trouvâmes enfin, guidé par les conseils de notre illustre et savant ami Paulin Paris, un manuscrit in-folio, coté le no 4772 ou 4773, nous ne nous le rappelons plus bien, ayant pour titre : 

 » Mémoires de M. le comte de La Fère, concernant quelques-uns des événements qui se passèrent en France vers la fin du règne du roi Louis XIII et le commencement du règne du roi Louis XIV. « 

On devine si notre joie fut grande, lorsqu’en feuilletant ce manuscrit, notre dernier espoir, nous trouvâmes à la vingtième page le nom d’Athos, à la vingt septième le nom de Porthos, et à la trente et unième le nom d’Aramis. 

La découverte d’un manuscrit complètement inconnu, dans une époque où la science historique est poussée à un si haut degré, nous parut presque miraculeuse. Aussi nous hâtâmes-nous de solliciter la permission de le faite imprimer, dans le but de nous présenter un jour avec le bagage des autres à l’Académie des inscriptions et belles-lettres, si nous n’arrivions, chose fort probable, à entrée à l’Académie française avec notre propre bagage. Cette permission, nous devons le dire, nous fut gracieusement accordée ; ce que nous consignons ici pour donner un démenti public aux malveillants qui prétendent que nous vivons sous un gouvernement assez médiocrement disposé à l’endroit des gens de lettres. 

Or, c’est la première partie de ce précieux manuscrit que nous offrons aujourd’hui à nos lecteurs, en lui restituant le titre qui lui convient, prenant l’engagement, si, comme nous n’en doutons pas, cette première partie obtient le succès qu’elle mérite, de publier incessamment la seconde. 

En attendant, comme la parrain est un second père, nous invitons le lecteur à s’en prendre à nous, et non au comte de La Fère, de son plaisir ou de son ennui. 

Cela posé, passons à notre histoire. 

Lire la suite :

http://abu.cnam.fr/cgi-bin/go?mousque1,21,40

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Québec – Nouvelles d’Amérique latine

Posté par Serge Bénard le 23 janvier 2011

Québec - Nouvelles d’Amérique latine dans Lire et relire 169_nouvelles_latinoJ’aime lire des nouvelles, encore plus lorsqu’elles proviennent de l’Amérique latine. J’ai été comblé par l’anthologie des bonnes nouvelles latino-américaines établie et présentée par Gustavo Guerrero et Fernando Iwasaki.

Le recueil compte trente-deux nouvelles contemporaines écrites par autant d’écrivains différents en provenance de quinze pays. Elles abordent une foule de thèmes et de réalités sociales :

Les drames, les situations, les passions ou tragédies vécues par leurs personnages, ont un dénominateur commun avec ce qu’éprouvent les hommes et les femmes d’autres latitudes, et concernent, plus que la circonstance géographique, la condition humaine en général. (Maria Vargas Llosa, Préface)

Voici les nouvelles qui m’ont le plus intéressé, par ordre d’insertion dans le recueil :

Grand enfer, Guillermo Martínez, Argentine
Chair, Ronaldo Menéndez, Cuba
La vitrine aux rêves, Eduardo Antonio Parra, Mexique
Le loup-garou sur le boulevard, Juan Carlos Méndez Guédez, Venezuela
Belphégor, Leonardo Valencia, Équateur
Un fantôme portugais, sans aucun doute, Miguel Gomez, Venezuela
Lointain, Eduardo Halfon, Guatemala
Matière noire, Jacinta Escudos, Salvador
La dernière aventure de Batman, Carlos Cortés, Costa Rica

Je termine cette collection par ces propos :

La fiction est une chose curieuse, n’est-ce pas? Une nouvelle n’est rien d’autre qu’un mensonge. Une illusion. Et cette illusion ne fonctionne que si nous lui faisons confiance. (Eduardo Halfon,Lointain)

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Lire et relire – Jacques Cazotte – Le Diable amoureux (1772)

Posté par Serge Bénard le 21 janvier 2011

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J’étais à vingt-cinq ans capitaine aux gardes du roi de Naples : nous vivions beaucoup entre camarades, et comme de jeunes gens, c’est-à-dire, des femmes, du jeu, tant que la bourse pouvait y suffire ; et nous philosophions dans nos quartiers quand nous n’avions plus d’autre ressource.

Un soir, après nous être épuisés en raisonnements de toute espèce autour d’un très petit flacon de vin de Chypre et de quelques marrons secs, le discours tomba sur la cabale et les cabalistes.

Un d’entre nous prétendait que c’était une science réelle, et dont les opérations étaient sûres ; quatre des plus jeunes lui soutenaient que c’était un amas d’absurdités, une source de friponneries, propres à tromper les gens crédules et amuser les enfants.

Le plus âgé d’entre nous, Flamand d’origine, fumait sa pipe d’un air distrait, et ne disait mot. Son air froid et sa distraction me faisaient spectacle à travers ce charivari discordant qui nous étourdissait, et m’empêchait de prendre part à une conversation trop peu réglée pour qu’elle eût de l’intérêt pour moi.

Nous étions dans la chambre du fumeur ; la nuit s’avançait : on se sépara, et nous demeurâmes seuls, notre ancien et moi.

Il continua de fumer flegmatiquement ; je demeurai les coudes appuyés sur la table, sans rien dire. Enfin mon homme rompit le silence.

« Jeune homme, me dit-il, vous venez d’entendre beaucoup de bruit : pourquoi vous êtes-vous tiré de la mêlée ?

– C’est, lui répondis-je, que j’aime mieux me taire que d’approuver ou blâmer ce que je ne connais pas : je ne sais pas même ce que veut dire le mot de cabale.

– Il a plusieurs significations, me dit-il ; mais ce n’est point d’elles dont il s’agit, c’est de la chose. Croyez-vous qu’il puisse exister une science qui enseigne à transformer les métaux et à réduire les esprits sous notre obéissance ?

– Je ne connais rien des esprits, à commencer par le mien, sinon que je suis sûr de son existence. Quant aux métaux, Je sais la valeur d’un carlin au jeu, à l’auberge et ailleurs, et ne peux rien assurer ni nier sur l’essence des uns et des autres, sur les modifications et impressions dont ils sont susceptibles.

– Mon jeune camarade, j’aime beaucoup votre ignorance ; elle vaut bien la doctrine des autres : au moins vous n’êtes pas dans l’erreur, et si vous n’êtes pas instruit, vous êtes susceptible de l’être. Votre naturel, la franchise de votre caractère, la droiture de votre esprit, me plaisent : je sais quelque chose de plus que le commun des hommes ; jurez-moi le plus grand secret sur votre parole d’honneur, promettez de vous conduire avec prudence, et vous serez mon écolier.

– L’ouverture que vous me faites, mon cher Soberano, m’est très agréable. La curiosité est ma plus forte passion. Je vous avouerai que naturellement j’ai peu d’empressement pour nos connaissances ordinaires ; elles m’ont toujours semblé trop bornées, et j’ai deviné cette sphère élevée dans laquelle vous voulez m’aider à m’élancer : mais quelle est la première clef de la science dont vous parlez ? Selon ce que disaient nos camarades en disputant, ce sont les esprits eux-mêmes qui nous instruisent ; peut-on se lier avec eux ?

– Vous avez dit le mot, Alvare : on n’apprendrait rien de soi-même ; quant à la possibilité de nos liaisons, je vais vous en donner une preuve sans réplique. »

Comme il finissait ce mot, il achevait sa pipe : il frappe trois coups pour faire sortir le peu de cendres qui restait au fond, la pose sur la table assez près de moi. Il élève la voix : « Calderon, dit-il, venez chercher ma pipe, allumez-la, et rapportez-la-moi. »

Il finissait à peine le commandement, je vois disparaître la pipe ; et, avant que j’eusse pu raisonner sur les moyens, ni demander quel était ce Calderon chargé de ses ordres, la pipe allumée était de retour, et mon interlocuteur avait repris son occupation.

Il la continua quelque temps, moins pour savourer le tabac que pour jouir de la surprise qu’il m’occasionnait ; puis se levant, il dit : « Je prends la garde au jour, il faut que je repose. Allez vous coucher ; soyez sage, et nous nous reverrons. »

Je me retirai plein de curiosité et affamé d’idées nouvelles, dont je me promettais de me remplir bientôt par le secours de Soberano. Je le vis le lendemain, les jours ensuite ; Je n’eus plus d’autre passion ; Je devins son ombre.

Je lui faisais mille questions ; il éludait les unes et répondait aux autres d’un ton d’oracle. Enfin, je le pressai sur l’article de la religion de ses pareils. « C’est, me répondit-il, la religion naturelle. » Nous entrâmes dans quelques détails ; ces décisions cadraient plus avec mes penchants qu’avec mes principes ; mais je voulais venir à mon but et ne devais pas le contrarier.

« Vous commandez aux esprits, lui disais-je ; je veux comme vous être en commerce avec eux : je le veux, je le veux !

– Vous êtes vif, camarade, vous n’avez pas subi votre temps d’épreuve ; vous n’avez rempli aucune des conditions sous lesquelles on peut aborder sans crainte cette sublime catégorie…

– Eh ! me faut-il bien du temps ?

– Peut-être deux ans…

– J’abandonne ce projet, m’écriai-je : je mourrais d’impatience dans l’intervalle. Vous êtes cruel, Soberano. Vous ne pouvez concevoir la vivacité du désir que vous avez créé dans moi : il me brûle…

– Jeune homme, je vous croyais plus de prudence ; vous me faites trembler pour vous et pour moi. Quoi ! vous vous exposeriez à évoquer des esprits sans aucune des préparations…

– Eh ! que pourrait-il m’en arriver ?

– Je ne dis pas qu’il dût absolument vous en arriver du mal ; s’ils ont du pouvoir sur nous, c’est notre faiblesse, notre pusillanimité qui le leur donne : dans le fond, nous sommes nés pour les commander…

– Ah ! je les commanderai !

– Oui, vous avez le coeur chaud, mais si vous perdez la tête, s’ils vous effraient à certain point ?…

– S’il ne tient qu’à ne les pas craindre, je les mets au pis pour m’effrayer.

– Quoi ! quand vous verriez le Diable ?…

– Je tirerais les oreilles au grand Diable d’enfer.

– Bravo ! si vous êtes si sûr de vous, vous pouvez vous risquer, et je vous promets mon assistance. Vendredi prochain, je vous donne à dîner avec deux des nôtres, et nous mettrons l’aventure à fin. »

Nous n’étions qu’à mardi : jamais rendez-vous galant ne fut attendu avec tant d’impatience. Le terme arrive enfin ; je trouve chez mon camarade deux hommes d’une physionomie peu prévenante ; nous dînons. La conversation roule sur des choses indifférentes.

Après dîner, on propose une promenade à pied vers les ruines de Portici. Nous sommes en route, nous arrivons. Ces restes des monuments les plus augustes écroulés, brisés, épars, couverts de ronces, portent à mon imagination des idées qui ne m’étaient pas ordinaires. « Voilà, disais-je, le pouvoir du temps sur les ouvrages de l’orgueil et de l’industrie des hommes. » Nous avançons dans les ruines, et enfin nous sommes parvenus presque à tâtons, à travers ces débris, dans un lieu si obscur, qu’aucune lumière extérieure n’y pouvait pénétrer.

Mon camarade me conduisait par le bras ; il cesse de marcher, et je m’arrête. Alors un de la compagnie bat le fusil et allume une bougie. Le séjour où nous étions s’éclaire, quoique faiblement, et je découvre que nous sommes sous une voûte assez bien conservée, de vingt-cinq pieds en carré à peu près, et ayant quatre issues.

Nous observions le plus parfait silence. Mon camarade, à l’aide d’un roseau qui lui servait d’appui dans sa marche, trace un cercle autour de lui sur le sable léger dont le terrain était couvert, et en sort après y avoir dessiné quelques caractères. « Entrez dans ce pentacle, mon brave, me dit-il, et n’en sortez qu’à bonnes enseignes…

– Expliquez-vous mieux ; à quelles enseignes en dois-je sortir ?

– Quand tout vous sera soumis ; mais avant ce temps, si la frayeur vous faisait faire une fausse démarche, vous pourriez courir les risques les plus grands. »

Alors il me donne une formule d’évocation courte, pressante, mêlée de quelques mots que je n’oublierai jamais.

« Récitez, me dit-il, cette conjuration avec fermeté, et appelez ensuite à trois fois clairement Béelzébuth, et surtout n’oubliez pas ce que vous avez promis de faire. »

Je me rappelai que je m’étais vanté de lui tirer les oreilles. « Je tiendrai parole, lui dis-je, ne voulant pas en avoir le démenti.

– Nous vous souhaitons bien du succès, me dit-il ; quand vous aurez fini, vous nous avertirez. Vous êtes directement vis-à-vis de la porte par laquelle vous devez sortir pour nous rejoindre. » Ils se retirent.

Jamais fanfaron ne se trouva dans une crise plus délicate : je fus au moment de les rappeler ; mais il y avait trop à rougir pour moi ; c’était d’ailleurs renoncer à toutes mes espérances. Je me raffermis sur la place où j’étais, et tins un moment conseil. On a voulu m’effrayer, dis-je ; on veut voir si je suis pusillanime. Les gens qui m’éprouvent sont à deux pas d’ici, et à la suite de mon évocation je dois m’attendre à quelque tentative de leur part pour m’épouvanter. Tenons bon ; tournons la raillerie contre les mauvais plaisants.

Cette délibération fut assez courte, quoique un peu troublée par le ramage des hiboux et des chats-huants qui habitaient les environs, et même l’intérieur de ma caverne.

Un peu rassuré par mes réflexions, je me rassois sur mes reins, je me piète ; je prononce l’évocation d’une voix claire et soutenue ; et, en grossissant le son, j’appelle, à trois reprises et à très courts intervalles, Béelzébuth.

Un frisson courait dans toutes mes veines, et mes cheveux se hérissaient sur ma tête.

A peine avais-je fini, une fenêtre s’ouvre à deux battants vis-à-vis de moi, au haut de la voûte : un torrent de lumière plus éblouissante que celle du jour fond par cette ouverture ; une tête de chameau horrible, autant par sa grosseur que par sa forme, se présente à la fenêtre ; surtout elle avait des oreilles démesurées. L’odieux fantôme ouvre la gueule, et, d’un ton assorti au reste de l’apparition, me répond : Che vuoi ?

Toutes les voûtes, tous les caveaux des environs retentissent à l’envi du terrible Che vuoi ?

Je ne saurais peindre ma situation ; je ne saurais dire qui soutint mon courage et m’empêcha de tomber en défaillance à l’aspect de ce tableau, au bruit plus effrayant encore qui retentissait à mes oreilles.

Je sentis la nécessité de rappeler mes forces ; une sueur froide allait les dissiper : je fis un effort sur moi. Il faut que notre âme soit bien vaste et ait un prodigieux ressort ; une multitude de sentiments, d’idées, de réflexions touchent mon coeur, passent dans mon esprit, et font leur impression toutes à la fois.

La révolution s’opère, je me rends maître de ma terreur. Je fixe hardiment le spectre.

« Que prétends-tu toi-même, téméraire, en te montrant sous cette forme hideuse ? »

Le fantôme balance un moment :

« Tu m’as demandé, dit-il d’un ton de voix plus bas…

– L’esclave, lui dis-je, cherche-t-il à effrayer son maître ? Si tu viens recevoir mes ordres, prends une forme convenable et un ton soumis.

– Maître, me dit le fantôme, sous quelle forme me présenterai-je pour vous être agréable ? »

La première idée qui me vint à la tête étant celle d’un chien : « Viens, lui dis-je, sous la figure d’un épagneul. » A peine avais-je donné l’ordre, l’épouvantable chameau allonge le col de seize pieds de longueur, baisse la tête jusqu’au milieu du salon, et vomit un épagneul blanc à soies fines et brillantes, les oreilles traînantes jusqu’à terre.

La fenêtre s’est refermée, tout[e ?] autre vision a disparu, et il ne reste sous la voûte, suffisamment éclairée, que le chien et moi.

Il tournait tout autour du cercle en remuant la queue, et faisant des courbettes.

« Maître, me dit-il, je voudrais bien vous lécher l’extrémité des pieds ; mais le cercle redoutable qui vous environne me repousse. »

Ma confiance était montée jusqu’à l’audace : je sors du cercle, je tends le pied, le chien le lèche ; je fais un mouvement pour lui tirer les oreilles, il se couche sur le dos comme pour me demander grâce ; je vis que c’était une petite femelle.

« Lève-toi, lui dis-je ; je te pardonne : tu vois que j’ai compagnie ; ces messieurs attendent à quelque distance d’ici ; la promenade a dû les altérer ; je veux leur donner une collation ; il faut des fruits, des conserves, des glaces, des vins de Grèce ; que cela soit bien entendu ; éclaire et décore la salle sans faste, mais proprement. Vers la fin de la collation tu viendras en virtuose du premier talent, et tu porteras une harpe ; je t’avertirai quand tu devras paraître. Prends garde à bien jouer ton rôle, mets de l’expression dans ton chant, de la décence, de la retenue dans ton maintien…

– J’obéirai, maître, mais sous quelle condition ?

– Sous celle d’obéir, esclave. Obéis, sans réplique, ou…

– Vous ne me connaissez pas, maître : vous me traiteriez avec moins de rigueur ; j’y mettrais peut-être l’unique condition de vous désarmer et de vous plaire. »

Le chien avait à peine fini, qu’en tournant sur le talon, je vois mes ordres s’exécuter plus promptement qu’une décoration ne s’élève à l’Opéra. Les murs de la voûte, ci-devant noirs, humides, couverts de mousse, prenaient une teinte douce, des formes agréables ; c’était un salon de marbre jaspé. L’architecture présentait un cintre soutenu par des colonnes. Huit girandoles de cristaux, contenant chacune trois bougies, y répandaient une lumière vive, également distribuée.

Un moment après, la table et le buffet s’arrangent, se chargent de tous les apprêts de notre régal ; les fruits et les confitures étaient de l’espèce la plus rare, la plus savoureuse et de la plus belle apparence. La porcelaine employée au service et sur le buffet était du Japon. La petite chienne faisait mille tours dans la salle, mille courbettes autour de moi, comme pour hâter le travail et me demander si j’étais satisfait.

« Fort bien, Biondetta, lui dis-je ; prenez un habit de livrée, et allez dire à ces messieurs qui sont près d’ici que je les attends, et qu’ils sont servis. »

A peine avais-je détourné un instant mes regards, je vois sortir un page à ma livrée, lestement vêtu, tenant un flambeau allumé ; peu après il revint conduisant sur ses pas mon camarade le Flamand et ses deux amis.

Préparés à quelque chose d’extraordinaire par l’arrivée et le compliment du page, ils ne l’étaient pas au changement qui s’était fait dans l’endroit où ils m’avaient laissé. Si je n’eusse pas eu la tête occupée, je me serais plus amusé de leur surprise ; elle éclata par leur cri, se manifesta par l’altération de leurs traits et par leurs attitudes.

« Messieurs, leur dis-je, vous avez fait beaucoup de chemin pour l’amour de moi, il nous en reste à faire pour regagner Naples : j’ai pensé que ce petit régal ne vous désobligerait pas, et que vous voudriez bien excuser le peu de choix et le défaut d’abondance en faveur de l’impromptu. »

Mon aisance les déconcerta plus encore que le changement de la scène et la vue de l’élégante collation à laquelle ils se voyaient invités. Je m’en aperçus, et résolu de terminer bientôt une aventure dont intérieurement je me défiais, je voulus en tirer tout le parti possible, en forçant même la gaieté qui fait le fond de mon caractère.

Je les pressai de se mettre à table ; le page avançait les sièges avec une promptitude merveilleuse. Nous étions assis ; j’avais rempli les verres, distribué des fruits ; ma bouche seule s’ouvrait pour parler et manger, les autres restaient béantes ; cependant je les engageai à entamer les fruits, ma confiance les détermina. Je porte la santé de la plus jolie courtisane de Naples ; nous la buvons. Je parle d’un opéra nouveau, d’une improvisatrice romaine arrivée depuis peu, et dont les talents font du bruit à la cour. Je reviens sur les talents agréables, la musique, la sculpture ; et par occasion je les fais convenir de la beauté de quelques marbres qui font l’ornement du salon. Une bouteille se vide, et est remplacée par une meilleure. Le page se multiplie, et le service ne languit pas un instant. Je jette l’oeil sur lui à la dérobée : figurez-vous l’Amour en trousse de page ; mes compagnons d’aventure le lorgnaient de leur côté d’un air où se peignaient la surprise, le plaisir et l’inquiétude. La monotonie de cette situation me déplut ; je vis qu’il était temps de la rompre. « Biondetto, dis-je au page, la signora Fiorentina m’a promis de me donner un instant ; voyez si elle ne serait point arrivée. » Biondetto sort de l’appartement.

Lire la suite :

http://abu.cnam.fr/cgi-bin/go?diableam3

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Challenge 100 ans de littérature américaine

Posté par Serge Bénard le 20 janvier 2011

Challenge 100 ans de littérature américaine dans Genres (romans, essais, poésie, polar, BD, etc.) collections, beaux livres challenge-100-ans
C’est promis, c’est le dernier de la journée (je n’ose pas dire le dernier de la semaine et encore moins du mois !!!).
Une édition qui se renouvelle et qui me permet cette fois d’y participer. J’avais rater celle de 2010, 2011 sera mienne. D’ailleurs, cette fois, je me montre bien moins prudente et carrément je m’inscris dans la catégorie Big challenge !

Merci Marion (The Buried Talent) qui est l’organisatrice de ce défi.

Comment cela marche ?

Il s’agit de lire une ou plusieurs œuvres de la littérature américaine du XXe siècle, peu importe le format (roman, nouvelle ou pièce de théâtre), pourvus que les livres soient écrits par des auteurs américains et publiés entre 1910 et 2011. La première décennie est volontairement ignorée, car elle n’entre pas dans ce que j’appellerais la littérature américaine contemporaine. Ainsi Mark Twain ne peut pas être un auteur lu dans le cadre de ce challenge.

On put s’inscrire dans l’une de ces trois catégories :

  • Tiny challenge : lire 1 à 3 livres
  • Medium challenge : lire 4 à 7 livres
  • Big challenge : lire 8 livres ou plus

Le challenge 2011 s’arrête le dimanche 25 décembre 2011 à minuit.

Alors et vous, vous en êtes ????

 

Source :

http://espace-temps-libre.blogspot.com/2011/01/challenge-100-ans-de-litterature.html

6809068498862746855-4883143043583839114?l=espace-temps-libre.blogspot dans Lecture, lecteur, lectorat

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Lire et relire – La Princesse de Clèves

Posté par Serge Bénard le 9 janvier 2011

Les glissements du réel

par Olivia Phélip, le 20 mai 2010

Avec Catherine Corradino, redécouvrons La Princesse de Clèves de Madame de La Fayette, en évoquant la polémique qui fit rage dans les salons littéraires lors de sa sortie. Il était alors reproché à l’auteur de s’être inspirée de faits « vrais »  sans chercher à coller aux conventions du réel. La vérité contre la vraisemblance,  la polémique était lancée et… le premier roman français était né !

cleves0.jpgOublions la récente polémique sur l’importance de La Princesse de Clèves dans l’histoire de la littérature française. Qu’on se rassure, le livre de madame de La Fayette considéré par tous les spécialistes comme l’ancêtre du roman français, n’a pas fini de passionner les lecteurs.  Ce court récit est comme un prisme qui  concentre de multiples facettes. D’ores et déjà, les universitaires ont analysé l’œuvre sous de nombreux angles : la préciosité,  la morale janséniste, le  libertinage, l’histoire,  la place de la femme… Mais comme dans toute œuvre fondatrice, la digression et l’inspiration ne se tarissent jamais. Chaque lecteur retrouve sa Princesse et la pare de quelques caractéristiques propres. Ainsi Catherine Corradino *, professeur de lettres nous rappelle-t-elle que La princesse de Clèves ouvre la voie d’un nouveau rapport au réel. En effet, ce livre fut un immense succès lors de sa parution en 1676, mais ce succès s’accompagna  alors de multiples débats dans les salons littéraires, dont certains tenaient ce récit pour un immoral brûlot.

Lire la suite :

 

http://www.viabooks.fr/article/les-glissements-du-reel-1038

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Lire et relire – Betty Smith, Le lys de Brooklyn

Posté par Serge Bénard le 7 janvier 2011

 

 


LE LYS DE BROOKLYN
 (extrait)

 

 

Il était deux heures. La bibliothécaire devait être rentrée, après son déjeuner. Goûtant d’avance le plaisir qu’elle se promettait d’une prochaine lecture, Francie rebroussa chemin et s’en alla vers la Bibliothèque.

 

La Bibliothèque se trouvait dans un petit bâtiment ancien et sordide ; mais Francie le trouvait magnifique. Ce qu’elle éprouvait pour la Bibliothèque ressemblait un peu à ce qu’elle éprouvait à l’église. Elle poussa la porte et entra. Oh ! Qu’elle aimait l’odeur du lieu, mélange de vieilles reliures, de cuir, de colle et de tampons encreurs ! Elle la préférait peut-être à celle de l’encens qu’on brûlait à la grand-messe.

 

Elle croyait que tous les livres de la terre se trouvaient ici réunis et elle avait formé le projet de lire tous les livres. Elle lisait à la cadence d’un volume par jour, en suivant l’ordre alphabétique, et sans sauter les moins intéressants. Elle se rappelait que le premier auteur qu’elle eut jamais lu s’appelait Abbott. Il y avait longtemps déjà qu’elle lisait un livre par jour, et elle n’en était encore que dans les B. Elle avait déjà lu des ouvrages traitant des bêtes et des buffles, de vacances aux îles Bermudes, et d’architecture byzantine. Quel que fût son enthousiasme de néophyte, elle était forcée de convenir que certains B lui avaient paru bien arides ; mais Francie était une vraie lectrice ; elle lisait tout ce qui lui tombait sous la main : des niaiseries, des œuvres classiques, les indicateurs de chemin de fer, les prix courants de l’épicier. Certaines de ces lectures l’avaient littéralement émerveillée ; Louisa Alcott, par exemple. Elle projetait de relire une seconde fois tous les livres, quand elle serait arrivée à la lettre Z.

 

Le samedi n’étant pas un jour comme les autres, Francie se régalait, ce jour-là, à lire un livre pris en dehors de l’ordre alphabétique. Elle priait la bibliothécaire de lui en recommander un.

Lire la suite :

http://almanachronique.blogspot.com/2011/01/lire-et-relire_06.html

Betty Smith (15 décembre 1896 – 17 janvier 1972) est un écrivain américain dont le best-seller A Tree Grows in Brooklyn (1943) raconte sa petite enfance dans cette banlieue de New York. Le roman, qui se vendit à plus de 6 millions d’exemplaires, sera adapté pour le grand écran par le réalisateur Elia Kazan en 1945, puis à Broadway à 1951.
Source : Wikipédia

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