On en parle – L’Alcool et la Nostalgie, de Mathias Énard

Posté par Serge Bénard le 9 mai 2011


04/05/2011 | Critique | Fiction

Avec L’Alcool et la Nostalgie, Mathias Énard restitue une oeuvre à la fois détachée et poignante, un beau récit inspiré par le Transsibérien.

Dans sa préface à un petit livre incisif, tranchant, Conférence alimentaire de Jean-Yves Cendrey (éd. L’Arbre vengeur), Marie NDiaye disait toute la liberté, toute l’énergie, toute la jubilation qu’un écrivain pouvait éprouver à rédiger un texte de commande. Mathias Énard en donne ici une illustration d’autant plus magistrale queL’Alcool et la Nostalgie répond non pas à une mais à deux invitations : celles de CulturesFrance et de France Culture (qu’on ne saurait confondre). La première, dans le cadre de l’année France-Russie, accueillit l’an passé une ribambelle d’écrivains français pour traverser la moitié du monde entre Moscou et Vladivostok à bord du fameux Transsibérien, la seconde proposa à quelques-uns d’entre eux d’écrire une fiction radiophonique en harmonie avec ce voyage. Olivier Rolin fut également l’invité de ces deux voyages, ferroviaire et hertzien, et son récit paraît en même temps et avec le même bonheur d’écriture dans cette même collection « Fiction » chez Inculte, sous le titre deSibérie, avec en couverture un train à quai barré du mot « DANGER » en russe tandis que celle du livre de Mathias Énard, L’Alcool et la Nostalgie, s’illustre de deux anneaux, traces de verres sur une table trop arrosée, alliances de deuil enchaînées, cercles de sueur et de sang, image plus mystérieuse, tout aussi inquiétante, dangereuse.

Lire la suite :  http://www.magazine-litteraire.com/content/critique-fiction/article?id=19182


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Adam Soboczynski – Ce jeune journaliste vient d’écrire un manuel sur l’art de la dissimulation

Posté par Serge Bénard le 7 mai 2011

Survivre, dit-il

SOUS SES AIRS DE LUTIN, aux yeux espiègles derrière sa monture de lunettes, Adam Soboczynski est un moraliste. Son éditeur le situe carrément dans la lignée de La Rochefoucauld ou de La Bruyère, voire de Machiavel. Il est surtout de son époque, qu’il moque avec bon sens…

 

SOUS SES AIRS DE LUTIN, aux yeux espiègles derrière sa monture de lunettes, Adam Soboczynski est un moraliste. Son éditeur le situe carrément dans la lignée de La Rochefoucauld ou de La Bruyère, voire de Machiavel. Il est surtout de son époque, qu’il moque avec bon sens. « Face à tous ces bouquins qui essaient de vous apprendre comment tomber amoureux, ou comment devenir riche, je prends le parti de la subversion », explique-t-il. Le titre de son manuel est tout un programme : « Survivre dans un monde sans pitié », et le sous-titre sans équivoque : « De l’art de la dissimulation ».

« Beaucoup de gens se sont reconnus dans les situations que je décris, mais aucun de mes amis ne s’est fâché ! »

Rédacteur en chef adjoint du service culture du grand quotidien allemand « Die Zeit », cet enfant de Pologne débarqué à 7 ans en République fédérale sans parler un seul mot de la langue de Goethe s’est forgé une carrière à force d’observation : « Quand on est étranger, on perçoit mieux la superficialité derrière le discours », souligne-t-il. Quand il a découvert à l’université de Bonn où il enseignait Baltasar Gracián, le philosophe jésuite du Siècle d’or espagnol, il a trouvé son maître. Il a compris que la stratégie déployée par ce dernier au XVIIe siècle, non pas mentir, mais ne pas dire toute la vérité, pouvait se traduire au XXIe, avec une bonne dose d’humour. Ce qu’il a fait en concoctant trente-trois histoires inspirées de son expérience, ou de la vie de tous les jours de ses compatriotes. Savoir repousser en douceur les femmes amoureuses, donner l’impression d’être authentique, prendre un regard intéressé, savoir s’excuser, ne jamais se montrer parfait, quitter la fête au bon moment, échanger des politesses, simuler un compromis, susciter la confiance… Chaque chapitre de son livre est une recette, une manière de « tirer son épingle du jeu dans cette jungle de faux-semblants qu’est devenue la société contemporaine ». Est-elle d’ailleurs si différente que la cour de Madrid, ou que Versailles au temps de Louis XIV ? Adam Soboczynski s’amuse de ces comparaisons à travers les siècles, même s’il voit aujourd’hui plus de raidissements qu’il y a vingt ou trente ans : « Vous pouviez exploser de colère au bureau et rien ne se passait. Vous pouviez avoir trop bu. Désormais, c’est terminé, il faut un contrôle de soi et de ses affects total en toutes circonstances », regrette-t-il. En Allemagne, « Survivre dans un monde sans pitié » a fait un carton : « Beaucoup de gens se sont reconnus dans les situations que je décris, mais aucun de mes amis ne s’est fâché ! », rit-il. Dissimuler, toujours dissimuler, est-ce la seule issue pour résister au stress, à la tension du quotidien ? » C’est une façon de rester poli », répond-il, « de s’adapter aux codes. J’ai exagéré bien sûr, délibérément », ajoute-t-il, « tout est à prendre au second degré quoique je ne sois pas sûr que tout soit une plaisanterie ! ». Son guide donnerait à boire et à manger : « On peut le lire comme un pur divertissement », continue le journaliste, « ou comme un essai ». Un essai qu’il a mis en diagramme avant de l’écrire : il lui fallait d’abord lister toutes les occasions où l’homo sapiens use de son camouflage civilisé. Et quand il est passé sur son clavier, l’essentiel était fait. Est-il devenu lui-même un expert en dissimulations ? « Si je l’étais, je n’aurais pas sorti ce livre », réplique-t-il, « ce fut dur, quand il est paru. Personne ne savait plus à quoi s’en tenir avec moi. N’avais-je pas une idée de manipulation derrière la tête ? » À la fin de l’ouvrage, il conclut par un poème : « Qu’est-ce que la vie ? Un champ de mines. Qu’est-ce que la dissimulation ? La condition de notre ascension. Qu’est-ce que l’amour ? La plus belle des mystifications ».

Michel VAGNER

« Survivre dans un monde sans pitié », Belfond, 206 pages, 17 €.

Source : http://www.estrepublicain.fr/fr/france-monde/info/5045506-Adam-Soboczynski-Ce-jeune-journaliste-vient-d-ecrire-un-manuel-sur-l-art-de-la-dissimulation-Survivre-dit-il

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On en pale – « Les Privilèges », de Jonathan Dee

Posté par Serge Bénard le 5 mai 2011

L’amoral de l’histoire

LE MONDE DES LIVRES | 05.05.11 | 12h19  •  Mis à jour le 05.05.11 | 12h19

Nul doute que Jonathan Dee partage l’opinion de Milan Kundera sur le roman, ce« territoire où le jugement moral est suspendu ». Son cinquième livre – le premier traduit en français – l’illustre en tout cas parfaitement. Les Privilèges s’ouvre par le mariage grandiose d’Adam et Cynthia : aussi jeunes que beaux, ils forment un couple presque trop parfait. Aussi, à la lecture du premier chapitre, se surprend-on à imaginer leur lente et inévitable déchéance. Or, il n’en est rien. Bien au contraire.

Pour le meilleur, on suit l’ascension de ce duo touché par la grâce que ni la mort des proches, ni les délits d’initiés dont se rend coupable Adam - « il s’agissait pour lui de mettre en pratique cette capacité à réaffecter l’information que ceux qui l’entouraient étaient trop timides ou trop myopes pour utiliser » -, ni même les inévitables bêtises de leurs deux enfants, elles aussi rachetées à coups de dollars, ne peuvent atteindre. Et c’est peut-être cela aussi qui rend ce roman si remarquable : alors qu’on pourrait croire que quelque chose de dramatique va leur arriver, qu’ils vont être frappés par quelque crise de conscience ou rattrapés par celle de la quarantaine, rien ne vient détruire leur forteresse dorée. Non, ils ne seront pas davantage punis ni pour leur beauté ni pour leur argent. Et, au fond, rien n’est plus fort et plus parlant que cette absence de jugement de l’auteur sur ses personnages.

Lire la suite : lemonde.fr/livres/article/2011/05/05/les-privileges-de-jonathan-dee_1517177_3260.html

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On en parle – Manifeste hédoniste – Michel Onfray

Posté par Serge Bénard le 30 avril 2011

vendredi 29 avril 2011

PHILOSOPHIE


Ce dernier livre de Michel Onfray, paru le 20 avril 2011, est un On en parle - Manifeste hédoniste - Michel Onfray dans On en parleouvrage un peu à part dans sa bibliographie. Premier d’une nouvelle collection ayant vocation à présenter une « personnalité » et une « valeur » lui étant aussi propre que chère (ici, l’hédonisme), l’ouvrage s’affiche en deux parties : la première étant un condensé des propositionsprincipales de son auteur, la seconde laissant la parole à des invités proches de ladite valeur.
Le premier volet fait songer à l’un de ses livres, « La puissance d’exister », par son aspect synthétique et concentré. Toutes les thématiques centrales de son œuvre (une cinquantaine de livres à ce jour – une trentaine de lus pour ma part) sont ici abrégées dans de brefs chapitres : psychologie, éthique, esthétique, érotique, bioéthique et politique.
Ou, en quelques mots : rompre avec l’idéalisme philosophique et enseigner le matérialisme athée, se diriger vers une psychanalyse post-freudienne, tendre vers un art du sublime et du cynisme (au sens grec – à savoir subversif et iconoclaste), promouvoir une sensualité « solaire » (libido libérée du monothéisme, de la procréation, de la monogamie et autres mythes visant à réprimer la souveraineté de la vie et des corps), travailler à une science entreprenante (ce qu’il appelle une « heuristique de l’audace » – ou, en d’autres termes, une volonté de découvertes et de créations ambitieuses ayant pour horizon de réduire tant que faire se peut les souffrances physiques -), construire un projet politique socialiste-libertaire, sur le mode proudhonien, ou « post-anarchiste » (le « post » permettant un droit d’inventaire parmi l’héritage traditionnel anarchiste afin, selon lui, de l’actualiser à la lumière des enjeux contemporains). Rien de neuf si l’on connait l’ensemble de la production d’Onfray, donc. Mais une porte d’entrée efficace pour qui souhaiterait s’y intéresser (à noter cependant que le champ lexical parfois complexe et l’usage fréquent de références chez Onfray peuvent dérouter à la première lecture).
J’y retrouve, de fait, les propositions philosophiques que j’affectionne (revenir au « sens de la philosophie antique », mener une vie en adéquation avec sa pensée, lire le corps en résonance avec l’esprit, mettre en pièces l’hégémonie religieuse, se réapproprier individuellement son autonomie à des fins collectives, réhabiliter une hypothèse libertaire concrète, détacher l’érotisme de son carcan moralisateur, etc.), ainsi que celles que je ne partage pas (la géostratégie et l’intérêt pour les questions internationales rabaissées au rang de postures médiatiques ou le capitalisme associé au projet libertaire).

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On en parle – Tu n’as rien vu à Fukushima, de Daniel de Roulet

Posté par Serge Bénard le 29 avril 2011

 

 L’horreur nucléaire

Fukushima inquiète. Par le cas d’école que le drame de la centrale nucléaire en péril propose sur les limites de l’aventure scientifique comme par la tragédie humaine qu’il a déjà déclenchée. Projection et compassion. Mais que peut cet élan de solidarité comme cette réflexion sur le piège que la technologie peut tendre à l’homme qui la conçoit pour les Japonais, confrontés seuls à l’impensable ?

Rien sans doute. Comme est vaine la quête de la jeune actrice française, éprise d’un architecte japonais, dans Hiroshima mon amour, film qu’Alain Resnais réalisa à partir du scénario de Marguerite Duras (1959). Alors qu’Elle (Emmanuelle Riva) s’interroge sur l’événement qui bouleversa le monde en août 1945, Lui (Eiji Okada) lui répète :  » Tu n’as rien vu à Hiroshima. « 

Aujourd’hui, le romancier Daniel de Roulet bute sur le même obstacle, confesse la même infirmité. Et contre le désarroi qui le gagne, sans nouvelles de ses amis nippons, il riposte par la plume. Pour leur écrire son attachement comme sa conscience d’un secours inefficient.  » Les Japonais n’aiment pas qu’un étranger leur parle de leur histoire.  » Cette remarque de son agent littéraire, quand il a publié Kamikaze Mozart (Buchet-Chastel, 2007), Daniel de Roulet ne l’a pas oubliée.

Pire, elle a réactivé la gêne qu’il avait ressentie, huit ans plus tôt lorsqu’il avait lu devant des étudiants japonais un extrait d’un précédent roman (Gris-bleu, Seuil, 1999). Mais l’histoire de Tsutsui, jeune ingénieur dont la grand-mère a été irradiée lors des bombardements atomiques, sonnait à l’oreille des auditeurs comme, plus qu’une faute de goût, une inexcusable indécence.

 Lire la suite : lemonde.fr/livres/article/2011/04/29/tu-n-as-rien-vu-a-fukushima-de-daniel-de-roulet_1514639_3260.html

TU N’AS RIEN VU À FUKUSHIMA de Daniel de Roulet. Buchet-Chastel, 32 p., 2 €.

 

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La vengeance du correcteur masqué

Posté par Serge Bénard le 29 avril 2011

LE MONDE DES LIVRES | 28.04.11 | 10h22 • Mis à jour le 28.04.11 | 10h22

Qu’on se le dise : l’auteur joue désormais un rôle mineur dans l’écriture d’un livre, lequel a pour chevilles ouvrières un nègre et un correcteur. Le premier, on connaît. Du second, on ne sait rien. C’est dire l’intérêt porté à la lecture de Souvenirs de la maison des mots (Editions 13 bis, 104 p., 10 €). Titre énigmatique emprunté à Dostoïevski, éditeur inconnu, auteur anonyme. Seul le prix est abordable. Voilà pour les présentations. Le correcteur d’édition est aussi appelé préparateur de copie. L’auteur, l’éditeur et le lecteur attendent beaucoup de lui : « L’importance croissante, immense même, prise récemment par le correcteur est directement proportionnelle au déclin absolu de l’auteur et du nègre. » Voilà pourquoi il intervient de plus en plus souvent en conseiller historique, documentaliste, rewriter… Quand il n’y a pas de fautes, c’est normal : quand il en reste, c’est de la sienne. Nul ne se doute que nombre d’écrivains font une fausse-couche lorsqu’on leur retire une virgule. Ce livre raconte donc le quotidien d’un correcteur. Comme il est tenu à la discrétion, sinon au secret, il s’efface tout en dévoilant son vécu. Cet exercice d’équilibriste a pour vertu de le libérer de ce qui lui pèse tout en lui évitant de perdre ses commanditaires, le triangle des Bermudes au sein duquel il oeuvre d’ordinaire (Gallimard, Grasset, Le Seuil) ; mais les exemples qu’il cite et les anecdotes qu’il rapporte renvoient pour la plupart au catalogue de Grasset, quand bien même ne citerait-il (presque) pas de noms.

Lire la suite : lemonde.fr/livres/article/2011/04/28/la-vengeance-du-correcteur-masque_1513847_3260.html

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On en parle – Le Musée de l’innocence, d’Orhan Pamuk

Posté par Serge Bénard le 28 avril 2011


27/04/2011 | Critique | Fiction

Insupportable : tel est le premier mot qui vient à l’esprit pour caractériser le héros du nouveau roman d’Orhan Pamuk. Kemal Bey, trentenaire, directeur général d’une société d’import-export, fils à papa et homme gâté, devient fou amoureux d’une cousine lointaine le jour où il achète dans le magasin d’accessoires de celle-ci un sac pour sa fiancée… Nous sommes en 1975 à Istanbul, dans la meilleure société bourgeoise, acquise à un certain Occident. Tout à son double bonheur, Kemal retrouve sa très jeune maîtresse, Füsun, dans un appartement insoupçonné de la famille, tout en planifiant la cérémonie de fiançailles au Hilton avec sa promise, Sibel. Incapable de sacrifier à la première son engagement avec la deuxième, il ne le rompt qu’au moment le moins opportun, quand tout a déjà été brisé. Mis au ban par sa famille, ses amis, ses associés, il va désormais devoir conquérir avec une patience infinie ce que la grâce lui avait donné sans partage. Le roman, lui, se transforme en terrible apprentissage des signes.

Dans le récit égotiste du bonheur de Kemal, sa bien-aimée Füsun n’apparaissait qu’en creux, fantasme à disposition, fantôme des réminiscences du héros, que celui-ci convoquait à loisir sur la scène de son petit théâtre intérieur. Désormais, Füsun a réellement disparu, et, dans un renversement ironique, Kemal croit la reconnaître en chaque passante dans les rues de son délire. L’amour se révèle une maladie, très littéraire, des signes. Tout devient pour Kemal matière à interprétation ; un rien le fait basculer dans la folie herméneutique. Symptomatiquement, le héros déchu de son nuage se met à collectionner tout ce qui constitue un témoignage de son idylle passée, mégots, réclames, boucle d’oreille… Ayant hésité à choisir une femme, il se voit condamné à sélectionner les signes évocateurs de son amour et à muséifier ce qu’il n’a su retenir.

Lire la suite : http://www.magazine-litteraire.com/content/rss/article?id=19146 



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Relire Jaurès

Posté par Serge Bénard le 27 avril 2011

Fabien ESCALONA

 

ESSAIS POLITIQUES

Couverture ouvrage

LE SOCIALISME ET LA VIE. IDÉALISME ET MATÉRIALISME

Jean Jaurès, Frédéric Worms

Éditeur : 

RIVAGES

137 pages /

 

 

Résumé : En quelques pages accessibles, une plongée dans la réflexion et les discours de Jean Jaurès, qui nourrit l’esprit et invalide définitivement les récentes tentatives de récupération politique.

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Pour le plus grand profit de « l’honnête homme (pressé) » qui serait resté dans la méconnaissance de la prose originale du « grand Jaurès », les éditions Payot publient un court recueil de quatre textes écrits entre 1894 et 1903 et destinés à des revues ou des conférences. Le tout est présenté par le philosophe Frédéric Worms, qui insiste dans sa préface sur le caractère à la fois « daté » et actuel de la thèse de Jaurès qui sous-tend les quatre interventions.

Clamant qu’il existe « une idée irréductible en l’homme, de justice, d’unité, de liberté et de paix »   qui serait moteur de l’histoire, elle s’inscrivait dans des débats philosophiques aujourd’hui dépassés et surtout dans une période « d’avant » le traumatisme des deux guerres mondiales. En même temps, elle apparaît toujours vivante au sens où elle appelle à raisonner au-delà des fausses dichotomies entre solidarité et individualisme, égalité et liberté : « là est l’essentiel : repenser les relations sociales avec leur double polarité que décrit si bien Jaurès : individualité sous toutes ses formes, unité dans toute sa portée »  .

Quel moteur pour l’Histoire ? 

Le premier texte   s’offre comme une tentative de réconcilier la position marxiste classique considérant les rapports de production comme le ressort « le plus intime et le plus profond » de l’histoire, avec la position idéaliste considérant que depuis ses débuts, la quête de justice qui anime l’humanité est la source ultime du mouvement des sociétés. Rappelant que Marx lui-même était un disciple de Hegel, philosophe attentif à la vérité jaillissant des contradictions, Jaurès défend que seule une synthèse de ces deux visions a priori antagoniques rend l’histoire intelligible. Si, en bon marxiste, on considère par exemple la succession des différents modes de production (esclavage, féodalisme, capitalisme, socialisme) comme une marche vers le progrès, alors il faut expliquer d’où nous vient cette idée même de « progrès », et pourquoi les hommes ont imprimé à cette marche cette direction précise, qui n’était nullement déterminée d’avance. C’est que, selon Jaurès, l’instinct de sympathie, le sens du commun et l’idée d’égalité étaient déjà contenus dans la cérébralité des premiers humains. Depuis lors, il n’est pas vrai que la morale, l’idéologie politique ou la religion n’aient fait que refléter l’évolution des conditions matérielles de vie. En interaction perpétuelle avec ces dernières, les prédispositions évoquées précédemment auraient plutôt conduit les hommes à corriger sans cesse les paliers successifs de civilisation, tant que leur « pleine liberté » et leur « pleine solidarité [n’auraient] pas été réalisées »  .

Lire la suite : http://www.nonfiction.fr/article-4539-relire_jaures.htm

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L’argent double

Posté par Serge Bénard le 26 avril 2011

Les bonnes âmes qui reprochent à la littérature française son nombrilisme, son manque d’ambition et son indifférence à l’Histoire en cours sont bien mal renseignées.

Elles devraient lire Fabrice Humbert. Car deux ans après avoir réussi un impossible et impeccable roman, où il imaginait la vie d’un déporté à Buchenwald, l’auteur de « l’Origine de la violence » (60.000 exemplaires, bientôt adapté au cinéma par Elie Chouraqui) s’est donné le sujet le plus fuyant et urgent qui soit : la mondialisation, de la chute du mur de Berlin à la crise de 2008.

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Fabrice Humbert

Pour attraper cette pieuvre conceptuelle sans queue ni tête, il a conçu un piège narratif d’une redoutable efficacité. On y entre comme dans un moulin, on n’en sort pas. S’y débattent un oligarque russe et sa femme, un jeune sans-papiers venu d’Afrique, un mathématicien franchouillard bientôt converti aux équations de la City, ou encore cet abruti de Miami qui « achève » le rêve américain en se lançant dans le crédit immobilier à risque.

Lire la suite : http://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20101005.BIB5720/l-039-argent-double.html


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On en parle – Femmes écrivains à la « belle époque » en France & Italie

Posté par Serge Bénard le 26 avril 2011

FEMMES ÉCRIVAINS À LA « BELLE ÉPOQUE » EN FRANCE & ITALIE

EMILIO SCIARRINO

Rotraud von Kulessa, Entre la reconnaissance et l’exclusion. La position de l’autrice dans le champ littéraire en France et en Italie à l’époque 1900, Paris : Honoré Champion, coll. « Bibliothèque de littérature générale et comparée », 2011, 456 p., EAN 9782745321077.

Au début de son essai, Rotraud von Kulessa remarque « l’absence presque totale d’autrices » (p. 9) dans les manuels de littérature français et italiens, en particulier pour le xixe et le début du xxe siècle. De même, l’état de la recherche met en évidence la rareté des études sur la question. En France, les études de champ neutralisent la question du rapport des sexes ; en Italie, où les autrices de ce temps sont un peu plus étudiées, les essais sont surtout monographiques. Pourtant la Belle Époque connaît, pour de multiples raisons historiques, l’émergence de nombreuses femmes écrivains. R. von Kulessa regrette donc l’absence d’une « approche globale » et propose de revoir le canon : « nous en sommes toujours au stade de “l’archéologie” en littérature féminine. Il s’agit toujours de réviser le canon et de faire des découvertes » (p. 19)1.

La question du genre en littérature est d’emblée posée : on distingue deux courants méthodologiques, un courant « socio‑historique » et un courant « post‑structuraliste », souvent « difficiles à concilier » (p. 19). Cet essai se réclame surtout du premier : l’étude de champ socio‑historique appliquée à la question du genre. Avec prudence épistémologique, toute suggestion analytique sera nuancée face à la diversité, à la multiplicité des situations, des figures de « femme écrivain » en cette époque complexe et en deux pays aux racines culturelles communes, mais aux traditions littéraires bien distinctes.

Le contexte est ensuite rapidement évoqué : « l’époque 1900 » connaît une forte spécialisation des domaines littéraires, liée à l’autonomisation du champ éditorial. En France les statuts des femmes s’améliorent : leur accès au lycée est garanti (loi Camille Sée, 1880). La liberté de la presse (1881) permet le développement d’une presse féminine, élément déterminant dans la consécration des femmes écrivains. En Italie, où la situation est différente, la loi Casati (1860) contribue également à l’élargissement du lectorat potentiel, tandis que le développement de la presse favorise une circulation qui vient amortir des particularismes culturels régionaux, encore très marqués.

Lire la suite : http://www.fabula.org/revue/document6305.php

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