Antoni Casas Ros, Enigma (par Marc Villemain)

Posté par Serge Bénard le 19 janvier 2011

 

Vila Casas

Antoni Casas Ros, Enigma (par Marc Villemain) dans On en parle Antoni+Casas+Ros+-+Enigma
Antoni Casas Ros, Enigma - Gallimard

Il est naturel que l’on puisse redouter d’avoir à écrire sur tel ou tel livre, fait d’une telle matière, nourri à un tel foisonnement organique que notre espace critique apparaîtra d’emblée exigu, riquiqui, comme si l’on pressentait, lors même qu’on est en train de le lire, que nous allions manquer de pénétration, d’ampleur, d’air : au bonheur d’une lecture ne fait pas nécessairement écho la possibilité ou le moyen de s’en saisir. Accepter, donc, pour soi-même déjà, l’idée qu’un travail critique puisse demeurer inabouti. Non qu’aucune analyse littéraire n’aurait sa place ou son mot à dire, mais que certains livres déploient une voix, et un horizon, qui, en partie au moins, rendent leurs effets indéchiffrables et leur secret de fabrication inexpugnable. Et puis, disons-le, parce qu’une certaine admiration peut acculer à une manière de paralysie, de contrainte, voire d’appréhension. Enigma fait donc partie de ces livres « privilégiés » – comme le fut déjà Mort au romantisme. On peut rester bien coi de ferveur autant que de stupeur.

Il faut dire que, chez Casas Ros, tout est ou semble toujours codé. Y compris son existence, donc, mais on l’a suffisamment dit ou écrit, et cela ne suffirait pas à faire œuvre. La vérité est qu’il est rare de trouver, dans sa génération, d’écrivain qui ait développé un complexe littéraire à ce point totalitaire (l’un des personnages d’Enigma, Joachim, parle d’ailleurs de « l’obsession morbide qui me liait à la littérature »), d’écrivain qui ait à ce point transformé l’histoire, les mobiles et l’arrière-scène de la littérature en terrain de jeu ; et il s’agit bien ici du jeu nécessaire de l’esthétique et de la pensée, non de la prétention exploratoire ou conceptualiste d’une certaine littérature contemporaine, ou dite d’avant-garde. Là est bien le cadet des soucis de Casas Ros qui, s’il ne cache rien de son admiration pour ces grands maîtres de la forme que sont Vila-Matas, Pessoa et autres Kawabata ou Bolaño, opte pour des principes narratifs et stylistiques qui ne sacrifient à aucune coquetterie formaliste. Pour dire les choses, et aussi surprenant que cela semblera peut-être, Antoni Casas Ros m’apparaît surtout s’inscrire dans la grande tradition des romantiques – et qu’il n’en suive ni n’en épouse sciemment la démarche ou l’ambition n’étiole en rien cette assertion, c’est même tout le contraire. D’où, sans doute, la sensation organique que ne manque jamais d’exciter la lecture de ses livres, lesquels nous conduisent toujours sur des terrains très sécrétoires ; et à ce caractère humoral nous puisons naturellement un plaisir à la fois ambigu et libératoire, intime et purificatoire. Beaucoup de romantisme, donc, chez cet auteur épris d’amour, de corps, de liberté, amateur de masques et de secrets, de fuites et de névroses. Sans parler de l’allergie (itérative) de ses personnages pour ces chutes de romans qui n’en sont pas, et qui va ici conduire l’auteur à mettre sur pied une petite intrigue pour ainsi dire idéale tant elle est littéraire.

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http://anagnoste.blogspot.com/2011/01/antoni-casas-ros-enigma-par-marc.html

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Faut-il manger les animaux ?

Posté par Serge Bénard le 18 janvier 2011

18/01/2011

Dans un essai devenu best-seller aux Etats-Unis, egalement traduit en allemand et en italien, le jeune romancier américain Jonathan Safran Foer pose une question pas si bête : Faut-il manger les animaux ? 

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A trente-trois ans à peine, Jonathan Safran Foer a imprimé son sceau dans la littérature contemporaine américaine. Il faut dire qu’il a été à bonne école, puisqu’il a été l’élève de Joyce Carol Oates à Princeton. Son premier roman, premier succès, Tout est illuminé, racontait le voyage en Ukraine d’un Juif américain à la recherche de ses origines, dans un ancien shtetl détruit par les nazis. En 2005, il récidivait avec un roman sur le 11 septembre : Extrêmement fort et incroyablement près

Jonathan Safran Foer a le chic pour dénicher les bons titres. Comment ne pas être intrigué par celui de son dernier opus : Faut-il manger les animaux ? Le ton est naïf, la question enfantine. C’est à dessein que l’auteur, un végétarien, a évité le mot «viande», trop quotidien, trop neutre. Alors que le terme «animaux» nous donne à voir nos chiens, chats, lapins domestiques, mais aussi toutes ces adorables bébêtes familières qui ont bercé notre enfance, Petit Ours Brun, Winnie l’ourson…. Jonathan Safran Foer veut-il nous dégoûter de la viande en nous prenant par les sentiments ? 

Pas exactement. Il avoue très vite, un peu honteux : «Pour être tout à fait honnête (et au risque de perdre ma crédibilité dès la page 25), je suis parti, en commençant mes recherches, d’un principe : je savais ce que j’allais découvrir.» C’est-à-dire un tableau pas joli joli sur la production industrielle de viande. Tout au long de cet essai, l’auteur nous raconte quelles réalités se cachent derrière des labels comme «élevé en plein air»,«bio», «frais». Il cite des statistiques effrayantes sur l’impact de l’élevage industriel sur l’environnement, le taux de mortalité des animaux de batterie, le nombre monstrueux de volailles bourrées d’antibiotiques qui deviendront des nuggets KFC. Il veut nous montrer la «guerre» cruelle et sans merci, que livrent les hommes aux espèces animales qu’on retrouve dans nos assiettes. 

Faut-il manger des animaux ? n’est pas un essai ordinaire, pas plus qu’une enquête journalistique. L’auteur s’est pourtant énormément documenté, il est même entré par effraction, de nuit, dans une ferme industrielle, pour voir ce qu’il en était. Faut-il manger des animaux ? est le livre d’un écrivain qui convoque ses souvenirs de famille, des scènes de la vie de son fils. Il nous parle de sa grand-mère, cette héroïne qui fait merveilleusement le «poulet aux carottes». Alors qu’elle mourait de faim en pleine guerre mondiale, cette dernière refusa de manger la viande de porc qu’on lui proposa miraculeusement, sous prétexte que ce n’était pas casher… Il existe mille raisons de manger ou de ne pas manger les animaux. 

Astrid Gagneur

http://www.myboox.fr/actualite/faut-il-manger-les-animaux-de-jonathan-safran-foer-5535.html

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