Bonnes feuilles – Hélène Grémillon, Le confident

Posté par Serge Bénard le 16 février 2011


Hélène Grémillon

LE CONFIDENT

Plon (19.00 €)

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Le premier chapitre…

Un jour, j’ai reçu une lettre, une longue lettre pas signée. C’était un événement, car dans ma vie je n’ai jamais reçu beaucoup de courrier. Ma boîte aux lettres se bornant à m’annoncer que la-mer-est-chaude ou que la-neige-est-bonne, je ne l’ouvrais pas souvent. Une fois par semaine, deux fois les semaines sombres, où j’attendais d’elles, comme du téléphone, comme de mes trajets dans le métro, comme de fermer les yeux jusqu’à dix puis de les rouvrir, qu’elles bouleversent ma vie.

Et puis ma mère est morte. Alors là, j’ai été comblée, pour bouleverser une vie, la mort d’une mère, on peut difficilement mieux faire.

Je n’avais jamais lu de lettres de condoléances. A la mort de mon père, ma mère m’avait épargné cette funèbre lecture. Elle m’avait seulement montré la convocation à la remise de médaille. Je me souviens encore de cette foutue cérémonie, j’avais treize ans depuis trois jours : un grand type me serre la main, il me sourit mais c’est un rictus que je reçois à la place, il a la gueule de travers et quand il parle, c’est pire.

— Il est infiniment déplorable que la mort ait été l’issue d’un tel acte de bravoure. Votre père, mademoiselle, était un homme courageux.

— Vous dites cette phrase à tous les orphelins de votre guerre ? Vous pensez qu’un sentiment de fierté fera diversion à leur chagrin. C’est très charitable de votre part, mais laissez tomber, je n’ai pas de chagrin. Et puis mon père n’était pas un homme courageux. Même la grande quantité d’alcool qu’il ingurgitait tous les jours ne l’y aidait pas. Alors disons que vous vous trompez d’homme et n’en parlons plus.

— Au risque de vous étonner, je maintiens, mademoiselle Werner, que c’est bien du sergent Werner – votre père – dont je vous parle. Il s’est porté volontaire pour ouvrir la voie, le champ était miné et il le savait. Que vous le vouliez ou non, votre père s’est illustré et vous devez prendre cette médaille.

— Mon père ne s’est pas « illustré », stupide grande gueule de travers, il s’est suicidé et il faut que vous le disiez à ma mère. Je ne veux pas être la seule à le savoir, je veux pouvoir en parler avec elle et avec Pierre aussi. Le suicide d’un père, ça ne peut pas être un secret.

Je m’invente souvent des conversations pour dire les choses que je pense, c’est trop tard, mais ça me soulage. En vrai, je ne suis pas allée à cette cérémonie pour la mémoire des soldats de la guerre d’Indochine et, en vrai, je l’ai dit une seule fois ailleurs que dans ma tête que mon père s’est suicidé, c’était à ma mère, dans la cuisine, un samedi.

Le samedi, c’était le jour des frites et j’aidais ma mère à éplucher les pommes de terre. Avant, c’était papa qui l’aidait. Il aimait éplucher et moi j’aimais le regarder faire. Il ne parlait pas plus quand il épluchait que quand il n’épluchait pas, mais au moins il y avait un son qui sortait de lui et ça faisait du bien. Tu sais Camille que je t’aime. Je posais toujours les mêmes mots sur chacun de ses coups de couteau : tu sais Camille que je t’aime.

Mais sous mes propres coups de couteau ce samedi-là, j’ai posé d’autres mots : « Papa s’est suicidé, tu le sais, n’est-ce pas, maman ? que papa s’est suicidé. » La friteuse était tombée en brisant le carrelage du sol et l’huile s’était répandue entre les jambes figées de ma mère. J’avais eu beau nettoyer frénétiquement, nos pieds avaient continué de coller pendant plusieurs jours, faisant grincer ma phrase à nos oreilles : « Papa s’est suicidé, tu le sais, n’est-ce pas, maman, que papa s’est suicidé ? » Pour ne plus l’entendre, Pierre et moi parlions plus fort, peut-être aussi pour couvrir le silence de maman qui, elle, depuis ce samedi-là, ne parlait presque plus.

Aujourd’hui, le carrelage de la cuisine est toujours cassé, je m’en suis fait la réflexion la semaine dernière en faisant visiter la maison de maman à ce couple intéressé. Chaque fois qu’il regardera cette grande fissure sur le sol, ce couple intéressé, s’il se transforme en couple acheteur, déplorera le laisser-aller des propriétaires d’avant, et le carrelage sera leur première étape de rénovation et ils seront très contents de s’y atteler, ça aura au moins servi à ça, mon horrible déballage. Il faut absolument qu’ils achètent la maison, eux ou d’autres je m’en fous, mais il faut que quelqu’un l’achète. Je n’en veux pas et Pierre non plus, un endroit où le moindre souvenir rappelle les morts n’est pas un endroit pour vivre.

Quand elle était rentrée de la cérémonie pour papa, maman m’avait montré la médaille. Elle m’avait dit que le type qui la lui avait remise avait la gueule de travers et elle avait essayé de l’imiter en essayant de rire. Depuis la mort de papa, elle ne savait plus faire que ça : essayer. Et puis elle m’avait donné la médaille en me serrant fort les mains, en me disant qu’elle me revenait, et elle s’était mise à pleurer, ça, elle y arrivait très bien. Ses larmes étaient tombées sur mes mains, mais je les lui avais brutalement retirées, ressentir la douleur de ma mère dans mon corps m’était insupportable.

 

En ouvrant les premières lettres de condoléances, mes propres larmes sur mes mains me rappelèrent ces larmes de maman et je les laissai glisser pour voir par où étaient passées celles de celle que j’aimais tant. Je savais ce que ces lettres avaient à me dire : que maman était une femme extraordinaire, que la perte d’un être cher est quelque chose de terrible, que rien n’est plus violent que ce deuil-là, etcetera, etcetera, je n’avais pas besoin de les lire. Alors chaque soir, je répartissais les enveloppes en deux paquets : à droite, celles qui portaient le nom de l’expéditeur, à gauche, celles qui n’en portaient pas et je me contentais d’ouvrir le paquet de gauche et de sauter directement à la signature pour voir qui m’avait écrit et qui je devrais remercier. Finalement, je n’ai pas remercié grand monde et personne ne m’en a tenu rigueur. La mort accepte tous les écarts de politesse.

La première lettre que j’ai reçue de Louis faisait partie du tas de gauche. L’enveloppe avait attiré mon attention avant que je ne l’ouvre, elle était beaucoup plus épaisse et plus lourde que les autres. Elle ne ressemblait pas au format d’un mot de condoléances.

C’était une lettre manuscrite de plusieurs pages, sans signature.

Avec l’aimable autorisation des éditions Plon © 2010

Source : http://www.premierchapitre.fr/sp/iphone/v3/livre_pc.php?livre=386#

 


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Bonnes feuilles – Roger-Pol Droit, Maîtres à penser

Posté par Serge Bénard le 15 février 2011


Roger Pol-Droit vient de faire paraître un passionnant livre sur son choix des vingt philosophes qui ont marqué le siécle dernier.

Vous croyez inaccessibles les pensées modernes ? Vous aimeriez savoir ce que Derrida appelle « déconstruction », Levinas « visage », Foucault « mort de l’homme » ? Vous ne voyez pas    très nettement ce que William James nomme « pragmatisme », Husserl « phénoménologie », Lévi-Strauss « anthropologie structurale » ? Vous souhaitez comprendre le « devenir animal » chez Deleuze ou l’ « agir communicationnel » selon Habermas ? Ce livre est pour vous. Il permet d’approcher les grands philosophes du x xe siècle de manière vivante, claire et directe. Maîtres à penser propose un voyage envingt épisodes dans les idées contemporaines, de Bergson à nos jours.

En grand pédagogue, Roger-Pol Droit n’évoque pas seulement des théoriciens, mais aussi des personnages de chair et de sang, pris dans une époque tourmentée. En exposant leurs démarches, leurs combats et leur influence sur le siècle, il met en lumière les enjeux majeurs des débats d’aujourd ’hui.

EXTRAIT :
Dans ce qui est sous nos yeux, qu’est-ce qui échappe ? Qu’est-ce que nous n’avons pas encore vu ? Nous sommes accoutumés au monde, aux choses, à nous-mêmes, à nos perceptions, nos désirs et nos phrases. . . Pourtant nous soupçonnons qu’au coeur de cette familiarité des éléments essentiels demeurent inaperçus ou incompris. Mais quoi ? Comment les repérer ? Comment discerner ce que rate le regard, ce que la connaissance ignore ?

En un sens, ces questions ont habité continûment la philosophie. Toutefois, elles prennent une vigueur nouvelle – et un sens inhabituel – à la charnière du XIXe et du XXe siècle. Tant de sciences se sont développées, codifiées et étendues. Tant de disciplines ont progressé. Tant de connaissances se sont accumulées, dans une multitude de domaines. Trop, sans doute. On peut avoir le sentiment d’un labyrinthe sans fin, d’une prolifération désaxée. Comme s’il manquait un socle, un fondement, quelques évidences premières.

Le XXe siècle cherche des certitudes inaugurales là où on ne les aperçoit guère. Il traque les évidences omises, les expériences que tout le monde partage sans que personne les pense. La vérité est à portée de main, à condition de regarder autrement, de prêter attention au laissé pour compte. Il suffit de changer radicalement de perspective pour voir surgir, du sein des expériences les plus communes, des trésors insoupçonnés.

Telle est la conviction commune aux trois philosophes dissemblables qui ouvrent ce parcours. Ce qui les rapproche : la conviction que chacun d’entre nous fait, sans comprendre, l’expérience de l’essentiel. Le travail du penseur ne consiste nullement à créer cette expérience, mais à la rendre visible. Il s’agit de prêter attention – de façon soutenue, méthodique, obstinée à ce que cette expérience bien connue renferme de central et, peut-être, de tout à fait déconcertant.

Ainsi voit-on Henri Bergson revenir à notre expérience intime de la durée, à la manière dont notre conscience vit le temps. Ce dernier diffère grandement de la manière dont notre raison le conçoit, le mesure et le calcule. En fait, dans le retour de Bergson à cette « donnée immédiate de la conscience » se joue bien plus qu’une nouvelle problématique. Pour la philosophie, il s’agit de reconsidérer le rôle de la raison. Loin d’être seule détentrice et seule garante de l’idée de vérité, la raison pourrait bien être, dans certains cas, ce qui la masque, la déforme ou en barre l’accès.

Avec William James, penseur crucial pour comprendre l’évolution de la philosophie au XXe siècle, la relation à l’expérience est plus décisive encore. Car, en rénovant et en réhabilitant une attitude philosophique ancienne pour fonder cette doctrine moderne qu’il nomme « pragmatisme », William James fait de l’expérience elle-même le critère et l’indice de la vérité. Une question dont l’élucidation ne change rien dans l’existence de qui que ce soit est à ses yeux absolument sans intérêt. Là aussi, la philosophie se trouve soumise à rude épreuve.

Avec Freud, ce sont les expériences négligées – celles du rêve, des oublis, des lapsus, des symptômes névrotiques- qui ouvrent la voie à l’approche d’une pensée inconsciente, qui échappe à celui qui la pense. Un paradoxe, déjà présent chez Bergson et James, est ici porté à son comble, puisque la raison chez Freud se donne pour but d’explorer méthodiquement l’irrationnel. Une forme de connaissance scientifique de l’imaginaire et du désir devient envisageable.

Là se trouve un des mouvements inauguraux de la pensée contemporaine : les méthodes de la science sont en partie retournées contre elle-même, la raison critique les limites et les excès de la rationalité, l’expérience fait découvrir des paysages inconnus dans le monde le plus familier.

Réf : Maîtres à penser – Roger-Pol Droit – éditions Flammarion

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Extrait – Dans la nuit brune, Agnès Desarthe

Posté par Serge Bénard le 7 février 2011

Le premier chapitre…

« Une boule de feu qui valdingue d’un côté à l’autre de la nationale et puis, à un moment, après le virage, vlan ! dans l’arbre. La boule de feu s’écrase contre le tronc et brûle tout, les feuilles, les branches, même les racines. J’ai cru que c’était un phénomène paranormal. Mais non, c’était le gamin. Le gamin sur sa moto. Y paraît que ça n’arrive jamais des motos qui prennent feu comme ça, pour rien, mais là c’est arrivé. J’y étais. Je regardais d’en haut, sur le pont par-dessus la nationale. C’est là que je l’ai vue. Une boule de feu. »

Jérôme relit le témoignage paru dans le journal local. Ses mains tremblent. Son ventre aussi. Il lit une nouvelle fois, se demande pourquoi le journaliste n’a pas « arrangé » le français de Mme Yvette Réhurdon, ouvrière agricole. Un instant, il parvient à se distraire en imaginant la conférence de rédaction durant laquelle le comité a décidé de transcrire, à la lettre, les paroles enregistrées sur le magnétophone de poche de l’institutrice qui s’occupe de la rubrique faits-divers.

Très vite, le tremblement, qui s’était calmé, reprend. Jérôme voudrait pleurer, il pense que ça le soulagerait, mais les larmes ne viennent pas. Le gamin n’était pas son fils, c’était l’amoureux de sa fille.

Est-ce qu’on dit comme ça, amoureux ? Il ne sait pas. Comment disait-elle, Marina ? Mon copain ? Non. Elle disait Armand.

Assis dans le salon, Jérôme entend, par la porte fermée de la chambre de sa fille, des sanglots, des râles, parfois un cri. Il n’a aucune idée de ce qu’il est censé faire.

Avant de partir au travail, ce matin, il est allé voir. Il a actionné la poignée très délicatement, pour ne pas la réveiller, au cas où. Mais elle ne dormait pas. Allongée sur le ventre, elle pleurait. Il s’est approché.

Il avait dans l’idée de lui caresser l’épaule. Mais en l’entendant, Marina s’est retournée. Jérôme a vu son visage et s’est enfui.

C’est naturel qu’elle m’en veuille, se dit-il. Pourquoi ce n’est pas moi qui suis mort. Ce serait plus simple. Ce serait normal.

Jérôme a cinquante-six ans. Le gamin, quel âge avait-il ? Dix-huit, comme Marina ? Peut-être dix-neuf.

Armand.

C’est un joli prénom ça, Armand.

Jérôme rêvasse en jouant avec le dessous-de-plat en forme de poisson qui trône au centre de la table. Il a reposé le journal. Il voudrait lire une nouvelle fois le récit de l’accident. Il n’ose pas. Quel intérêt ? Il ne reste rien du garçon. Une boucle de botte, peut-être. La fermeture Éclair de son blouson.

Jérôme pense à la chanson d’Édith Piaf. Il s’en veut d’être aussi facilement distrait. Il voudrait s’engloutir dans le chagrin, y séjourner, comme Marina. Mais son esprit baguenaude. Il songe à des tas de bêtises. Peut-être, pense-t-il, qu’à force de relire l’interview d’Yvette Réhurdon, ouvrière agricole, il finira par pouvoir se concentrer.

À quoi bon ? Il l’ignore. Il sent qu’on attend de lui une réaction. Mais laquelle ? Et puis qui ? Qui attend qu’il réagisse ? Il habite seul avec Marina depuis que Paula l’a quitté. C’était il y a quatre ans.

Paula. Ça aussi c’est un joli prénom, se dit Jérôme.

Il déteste l’état dans lequel il est. Cette mièvrerie, ce flottement. Mais il n’y peut rien. Il a l’impression d’avoir perdu les commandes. Il plane. C’est la mort qui fait ça. C’est très puissant, la mort.

Non. Je ne peux pas être en train de penser des conneries pareilles, songe-t-il. Mais si. C’est exactement ce qu’il pense, que la mort est puissante. Il le pense avec la même intensité que trois secondes plus tôt, lorsqu’il se disait que Paula était un joli prénom. Paula était aussi une jolie femme. Il n’a pas compris pourquoi elle l’avait quitté. Il n’a pas non plus compris pourquoi elle l’avait épousé.

Si elle était là, elle saurait exactement comment s’y prendre. Elle ferait couler un bain à sa fille, lui parlerait, lui masserait les mains. Elle ferait entrer de l’air par la fenêtre. Lui raconterait des sornettes sur l’âme, le souvenir que l’on garde en soi pour toujours et qui nous renforce, la vie qui finit par l’emporter.

Jérôme l’admire. Comment fait-elle ?

Paula lui a toujours donné l’impression d’avoir pénétré le mystère de… tous les mystères en fait. Après la séparation, elle s’est acheté une maisonnette dans un village pittoresque du Sud. Il y a un gros buisson de lavande et une glycine dans la cour. Elle boit du rosé avec ses voisins au soleil couchant. Parfois il pense à elle, à la vie qu’elle s’est faite loin de lui. Une vie réussie, harmonieuse. Les jours de grisaille, les semaines où le thermomètre ne remonte pas au-dessus de moins cinq, il rêve qu’il la rejoint. À la météo, le soir, il regarde la carte de France, il y a presque toujours un soleil au-dessus de la région où Paula habite, alors que là où ils vivent, Marina et lui, c’est brouillard givrant, brume matinale, perturbations amenées par un front dépressionnaire de nord-est.

Que font-ils là ? Pourquoi Marina n’est-elle pas partie avec sa mère au moment de leur séparation ? C’est normal pour une fille de suivre sa mère. Il n’a pas le souvenir d’en avoir discuté, ni avec l’une ni avec l’autre. Et soudain, ça lui apparaît : Armand. Marina et lui devaient être dans le même collège. Elle était petite, mais elle était déjà amoureuse. Marina n’a pas choisi entre son père et sa mère. Marina a choisi l’amour. Jérôme en est certain. Pourtant il n’a connu l’existence de ce garçon que récemment. Marina est une jeune fille discrète. Elle n’avait jamais fait venir personne à la maison. Et puis un jour, six mois plus tôt, elle lui a dit qu’elle voulait inviter quelqu’un à dîner.

– Je ferai à manger, lui a-t-elle proposé. Je ferai un rôti. Et dans le rouge de ses joues et dans le « ô » du rôti, Jérôme a compris. Il a compris sans comprendre. Il ne s’est pas dit ma fille a un amant, il ne s’est pas dit elle veut me présenter le garçon qu’elle aime. Il ne s’est rien dit. Sa pensée ne produit pas de phrases. Elle s’arrête juste avant.

À huit heures trente la sonnette a retenti. Jérôme est allé ouvrir. Le gamin était là, une bouteille à la main. Jérôme se rappelle l’avoir trouvé grand. Il devait lever les yeux pour le regarder. Quel beau garçon. La peau… ses joues… les cils noirs, épais, l’éclat des prunelles…

Jérôme pleure. Il se prend la tête entre les mains, le temps de deux sanglots. Un pour la bouteille de vin dans les mains du garçon, l’autre pour sa beauté.

Et puis ça s’arrête. Plus de larmes. Plus d’images.

La cloche de l’église sonne. Jérôme se lève et regarde par la vitre. La pente qui plonge sous ses fenêtres, la route au fond, tout en bas, puis l’autre pente qui monte vers la forêt. Les vignes rousses en rangs, la terre nue entre les pieds noueux. Un soleil dans le ciel blanc. La sève qui se fige dans les plantes. De toutes petites fleurs mauves ont poussé à l’ombre de la haie de houx. Jérôme les regarde et pense qu’Armand ne les verra jamais.

Il se souvient d’avoir lu dans un livre qu’on posait des tessons de bouteille sur les yeux des morts avant de les mettre dans le cercueil. Il ne se rappelle pas le titre de l’ouvrage. Était-ce un roman ? Peut-être simplement un article de journal. Il ne sait plus, mais il aime l’idée. Ces yeux-là ne verront plus. Ou alors à travers des culs de bouteille. Le paradis est si loin, si haut, que pour regarder vers la terre, on a besoin de loupes.

Jérôme se demande s’il doit aller à l’enterrement. Rencontrer la belle-famille qui ne sera jamais la belle-famille. Il se sent maladroit et timide. Il a peur. Il ignore comment on serre la main d’un parent qui a perdu son enfant. Il considère ce contact comme sacrilège. Je n’oserai jamais, se dit-il.

Le téléphone sonne. C’est Paula.

– Comment tu vas, mon grand ? lui demande-t-elle.

Le cœur de Jérôme enfle dans sa poitrine. Une montgolfière entre le plexus et la clavicule. Je t’aime. Je t’aime. Je t’aime.

Voilà ce qu’il voudrait lui dire, à son ancienne femme pour qui il n’a jamais éprouvé que des sentiments très mesurés. Au lieu de ça, il répond :

– Pas fort.

– Et Marina ?

Jérôme ne dit rien. Aucun mot ne vient.

– Quelle conne je suis, fait Paula. Pardon. Désolée. C’est demain l’enterrement, c’est ça ? Je vais prendre l’avion, et puis le dernier train, ce soir. J’arriverai tard. Je peux dormir à la maison ? Non, c’est pas une bonne idée.

– Si, si, c’est très bien. Je laisserai la porte ouverte. – Tu es gentil.

– C’est normal. – C’est horrible. – Oui.

– Qu’est-ce qui s’est passé exactement ?

– Je ne sais pas. Personne ne sait. La moto a pris feu. On ne sait pas pourquoi, ni comment. Apparemment il n’avait pas bu.

– Comment savoir ?

– On ne peut pas savoir.

– Quel genre de garçon c’était ? – Parfait.

Jérôme est surpris de sa propre réponse. Paula se tait. Elle se sent flouée. Elle n’a pas connu l’amoureux parfait de sa fille. Elle-même n’a vécu que des relations bancales. Son mariage ? Sympathique, voilà le mot qu’elle emploie le plus souvent pour le qualifier. Comme pour achever de la faire souffrir, Jérôme ajoute :

– Je n’ai jamais vu ça. Un… comment dire ?… un attachement… un… tu vois, quand ils étaient ensemble…

– Épargne-moi, mon grand. Épargne-moi.

Elle raccroche alors qu’il est en train de lui dire « je t’embrasse ». Il songe à la rappeler, juste pour lui dire ça, « je t’embrasse ». Comme si c’était important, comme si leurs vies en dépendaient, l’équilibre du monde, la justice.

Je deviens gaga, pense-t-il, et il sourit, à cause du mot, de la manière qu’il a de tenir le téléphone au creux de sa main, comme une grenouille, une souris. Un sentiment agréable se répand en lui, une chaleur, une très légère euphorie. Un moment, il a oublié la mort d’Armand, parce qu’au lieu de penser à la catastrophe, il a songé aux animaux des bois et des champs, ceux qu’on rencontre en promenade et avec qui on échange des regards secrets, furtifs, incomparables. Ce n’était qu’un sursis. Son sourire se défait. Il se dirige vers la porte. Ça fait trois fois qu’on sonne.

De l’autre côté du verre dépoli, il reconnaît la silhouette de Rosy. Rosy a toujours été grosse. C’est la meilleure amie de Marina depuis l’école maternelle. Elle a des joues immenses, comme des hauts plateaux mandchous, se dit Jérôme. Il ignore pourquoi le mot mandchou a toujours été associé à Rosy dans son esprit, peut-être à cause de ses yeux noirs légèrement bridés, de son petit nez épaté, de ses allures de poney.

– Bonjour, Jérôme, dit-elle en lui tendant ses incroyables joues.

– Bonjour, Rosy, répond-il en l’embrassant.

Ils restent un instant enlacés, se massent maladroitement le dos, puis se séparent soudain, gênés.

– C’est gentil d’être venue.

– C’est normal. Comment elle va ? Je lui ai apporté les cours.

– Oh, tu sais, je ne crois pas que…

– Si, si, dit Rosy, très sûre d’elle en avançant dans le couloir, son corps énorme se balançant d’une jambe sur l’autre. Faut pas lâcher. Faut rien lâcher.

Comment sait-elle ? se demande Jérôme.

Il la regarde se diriger vers la porte de la chambre.

Il les revoit, Marina et elle, quand elles avaient sept ans. L’une posait sa tête sur le ventre de l’autre et disait, « Je t’aime parce que tu es confortable » et l’autre répondait, « Je t’aime, parce que tu dis toujours des gentillesses. » Il trouve que ce sont deux très bonnes raisons de s’aimer.

Au moment où la porte de la chambre s’ouvre, le vacarme produit par Marina envahit la maison. C’est violent comme une rafale de vent. Les mains de Jérôme montent instinctivement vers ses oreilles. Il faut que ce bruit cesse. Mais dès qu’il prend conscience du mouvement, il ordonne à ses bras de se replacer le long de son corps. C’est son enfant qui pleure, ce n’est pas le connard d’à côté qui taille sa haie.

Rosy ne se décourage pas, elle entre et referme derrière elle. Le niveau sonore baisse aussitôt. Jérôme fait quelques pas dans le couloir, il écoute. Il entend la voix de Rosy. Puis des pleurs. De nouveau la voix de Rosy. Puis plus rien. La voix de Rosy qui chante une chanson en anglais. Sanglots en cascade, hoquets, un hurlement, sanglots, plusieurs cris. Rosy chante toujours. Arrêt des pleurs. Rosy chante. Elle chante de plus en plus fort. Et soudain, la porte s’ouvre. Rosy surprend Jérôme, l’oreille pratiquement collée au mur.

– Je sais que c’est une maison non -fumeurs, Jérôme. Je respecte totalement. Mais là, c’est un peu exceptionnel. Je crois qu’on a besoin de fumer. Je voulais vous demander la permission. Si on ouvre la fenêtre ?

Jérôme hausse les épaules, hoche la tête. À cet instant, il donnerait n’importe quoi pour pouvoir fumer lui aussi. Il n’a jamais touché une cigarette de sa vie. Quelle erreur ! Il aurait dû commencer comme tout le monde à quinze ans. S’il n’avait pas fait son original, il pourrait leur offrir une blonde, fumer avec elles, comme les Indiens le calumet, sans parler. Sans avoir besoin de parler pour être ensemble.

– C’est cool, dit-il, parce qu’il a entendu un jeune dire ça avant-hier sur le parking de la poste.

Rosy lui sourit, plus mandchoue que jamais, et referme la porte.

La phrase stupide qu’il vient de prononcer flotte dans la maison. Jérôme va dans la cuisine et «  c’est cool » le suit. Il ouvre un placard pour se faire du café et «  c’est cool » en sort. Il retourne dans le couloir avec l’espoir que les pleurs l’emporteront sur l’écho persistant, mais plus un son ne s’élève dans la chambre de sa fille. C’est la fumette silencieuse, le calme infini de l’inhalation. « C’est cool » rebondit d’un mur à l’autre du couloir. Jérôme se précipite dans le salon, déplie le canapé, fait grincer tous les ressorts, se rue sur l’armoire, l’ouvre en grand, tire un drap, une couverture, des oreillers, se met à faire le lit comme une camériste possédée par le démon. Il sue. Il aimerait faire beaucoup plus de bruit, mais les étoffes glissent et s’épousent, muettes. Jérôme n’entend que le brouhaha interne de son corps, battements de cœur, craquements des articulations. « C’est cool. » Heureusement, Rosy se remet à chanter. Elle a une belle voix, à la fois aiguë et pleine. Il ne reconnaît pas la mélodie, un air triste, déchirant. Lui n’aurait jamais eu cette idée : chanter une chanson triste à sa fille éplorée. Et pourtant, ça a l’air de marcher, depuis que Rosy est là, Marina ne pleure plus.

Jérôme contemple le lit qu’il a préparé pour Paula : draps blancs, mohair crème. Il le trouve douillet, beaucoup plus attrayant que le sien qui est recouvert d’une couette bariolée affreuse. Avant ce jour il ne s’était jamais dit que sa chambre était laide. Il ne pense jamais aux draps, aux torchons, aux serviettes. Il ne saurait dire qui les achetés, ni où, ni quand. C’est comme s’ils avaient toujours été là, vendus avec la maison. Ce n’est toutefois pas le cas. Il a dû les acquérir après le divorce, au moment où ils ont vendu l’appartement parce qu’il lui rappelait trop de souvenirs, disait-il. Mais c’était surtout parce qu’il rêvait d’avoir un jardin.

Le pavillon qu’il occupe à présent avec sa fille possède à l’arrière, en contrebas, une courette herbue, entourée de murs dont la hauteur inhabituelle surprend. On a l’impression d’être au fond d’une piscine. Le soleil, déjà rare dans la région, n’y pénètre presque jamais. C’est un genre de cave en plein air et pourtant c’est un lieu charmant où poussent face à face, comme en conversation, un sorbier et un sureau, deux arbres chargés de baies en ombelle et supposés porter bonheur aux amoureux. Il y fait toujours frais, dans un pays où personne ne recherche la fraîcheur. Jérôme y a disposé une table et deux chaises en fer qu’il a peintes en rose très pâle, une folie. Le résultat est miraculeux. C’est si beau que Jérôme ne s’y assied jamais, comme si cela ne lui appartenait pas, comme si ce ravissant salon baigné d’ombres vertes attendait quelqu’un d’autre que lui.

À la fin de l’été, alors qu’il rentrait d’une semaine de vacances avec Marina, il avait découvert, près du compteur d’eau, au fond à droite, un carré de fleurs qui n’y étaient pas avant leur départ. Des zinnias de toutes les couleurs, aux pétales en écaille de velours, des dahlias déments aux énormes têtes de méduse et quelques œillets nains exhalant un parfum d’herbe coupée, de rose ancienne et de vinaigre. Marina l’avait rejoint.

– C’est Armand qui m’a planté un bouquet. T’es pas fâché ? lui avait-elle demandé en lui prenant le bras. Il veut devenir paysagiste.

Jérôme avait pensé  : S’il veut devenir paysagiste, il ferait bien de réfléchir deux minutes. On ne plante pas un parterre pile devant une porte.

La plate-bande s’étirait le long du mur nord dans lequel les anciens propriétaires avaient aménagé un minuscule portail donnant sur une ruelle. Jérôme n’avait rien dit, mais Marina avait ajouté :

– De toute façon, on l’utilise jamais cette porte. Il faut se plier en quatre et y a rien derrière ; et puis comme ça, si des cambrioleurs passent par là, ils laisseront des traces dans la terre et on les retrouvera facilement.

Il avait acquiescé, touché par l’allure pimpante des fleurs, leur vigueur, le soin qu’avait pris Armand pour les transplanter, car elles étaient prospères et à pleine maturité, comme si elles avaient toujours poussé sur ce sol.

Toutefois, l’humidité pas plus que l’ombre ne leur avaient réussi. Dix jours plus tard, elles courbaient l’échine. L’expression « mauvais augure » avait traversé l’esprit de Jérôme.

À présent les tiges brunes emmêlées, couchées sur la terre, et les têtes noires et rabougries aux pétales poisseux finissent de pourrir devant le petit portail. Cela n’altère en rien le charme du jardin qui accueille l’automne et son cortège de morts végétales avec tranquillité.

L’intérieur de la maison est neutre. C’est du moins ce qu’il se disait jusqu’à aujourd’hui. Mais en ouvrant la porte de sa chambre, il y voit soudain clair : chaque meuble, sous des dehors de banalité inoffensive, est repoussant, mal conçu, mal placé. C’est la première fois que Paula lui rend visite et c’est à travers ses yeux à elle qu’il examine son logis. Il est dix-neuf heures trente, trop tard pour remédier à cette situation pénible.

Il aurait peut-être le temps de repeindre, il lui reste plusieurs bidons dans l’appentis. À quoi bon, du blanc sur du blanc ? Il se voit condamné à accueillir son ancienne femme dans cette maison sans âme.

La cuisine est pire que tout avec ses deux casseroles cabossées, ses bols en verre marron et ses assiettes en Arcopal à motifs d’animaux domestiques. «Tu veux ton steak dans l’assiette bouledogue ou dans celle avec la perruche ? » À l’époque où il les a achetées, il avait dû penser que ça plairait à Marina. Elle avait pourtant déjà treize ou quatorze ans, ce n’était plus une petite fille chez qui la vision de la moindre bestiole provoque une joie immédiate.

Et puis qu’est-ce que ça peut faire ? Il n’est pas question de séduire Paula ni de la convaincre de quoi que ce soit. Elle vient enterrer le premier amour de sa fille. Elle n’a jamais vu Armand mais, demain, elle regardera son cercueil descendre dans la terre.

Pour la première fois de sa vie, Jérôme se sent légèrement supérieur à la mère de sa fille. Comme s’il avait un tour d’avance. Lui, il l’a connu le jeune homme aux yeux bouleversants, aux dents étincelantes, aux joues dorées, à la nuque ferme et fine, au corps agile, à la tignasse vigoureuse, aux mains délicates, au sourire lumineux.

Après s’être livré à l’inventaire posthume, Jérôme se voit contraint de se rappeler que de toutes ces merveilles il ne reste pas même des cendres. Que vont-ils mettre dans le cercueil que Paula regardera descendre dans la terre ? Jérôme ignore comment on procède en pareil cas. Cela arrive aussi avec les victimes d’accidents d’avion ou de catastrophes naturelles dont les corps demeurent introuvables. Il faut bien mettre quelque chose dans le trou. Alors un cercueil, oui, c’est le plus simple, mais avec quoi dedans ? Rien ? Des objets personnels ? Une photo ? Des cahiers d’écolier ? Les vêtements portés récemment ? À qui pourrait-il poser cette question ? Jérôme ne voit pas. Le plus simple serait d’interroger les gens des pompes funèbres, mais comment oser ?

La nuit est tombée. Les filles sont toujours dans la chambre, à fumer, à parler. Jérôme se demande s’il doit leur faire à dîner. A-t-on faim quand on a du chagrin ? Il lui semble que non. Dans les films, le héros malheureux repousse l’assiette qu’on lui tend. Jérôme se représente parfaitement la séquence. Ce qu’il se représente moins c’est comment il peut être aussi ignorant. N’a-t-il jamais eu de chagrin ? À cinquante-six ans, cela paraît impossible.

Jérôme se force un peu, il cherche dans sa mémoire et tombe bien vite sur une évidence : la mort de ses parents. Ça, songe-t-il, c’était triste. Le cancer foudroyant de Gabriel, et, quelques mois plus tard, Annette emportée par une pneumonie. Il avait à peine vingt ans. Il tente de faire resurgir les sentiments, mais c’est comme s’il disposait de trop peu d’informations. Comme si ces événements avaient touché quelqu’un d’autre, un proche, un ami qui les lui aurait racontés. Les scènes dont il dispose semblent tirées d’une dramatique télé : Gabriel dans son lit d’hôpital. Annette jetant une poignée de terre sur le cercueil de son mari. La même Annette, intubée, en salle de réanimation. Un cimetière l’été, le même cimetière l’hiver. Le bureau d’un notaire.

Bizarrement, le visage et la voix du notaire demeurent très présents, long nez d’aigle aux pores dilatés, yeux très petits et profondément enfoncés sous les arcades sourcilières, lippe épaisse et mâchoire redoutable, baryton basse vibrant avec lourd accent du Sud-Ouest.

– Qu’est-ce que ça veut dire, ça, enfant trouvé ? demande maître Coche, dans le souvenir de Jérôme.

Ce dernier hausse les épaules. Est-ce ainsi qu’il est désigné dans le dossier de succession ? Maître Coche insiste.

– Enfant trouvé ? Enfant caché, ça, oui, on connaît. Les juifs, pendant la guerre, ils ont dû cacher leurs enfants. Y en avait dans mon village. Y sont tous

Jérôme s’assied sur le canapé déplié et pose son menton dans ses mains. Lui-même s’est toujours présenté ainsi : enfant trouvé.

– À l’époque, disait Annette, on faisait pas tant d’histoires comme aujourd’hui. Bien sûr, on a fini par t’adopter, pour les papiers, pour l’héritage…

Chaque fois qu’elle prononçait ce mot, elle faisait de gros yeux blancs et battait des cils avant d’éclater de rire.

– Tu parles d’un héritage ! Mais pour nous, c’est ça que tu es, notre enfant trouvé, notre petit chéri des bois.

Elle lui caressait la tête avec sa grosse main charnue qui dégageait un persistant parfum d’ail. « Notre petit chéri des bois », répétait-elle avant de pousser un soupir profond, un soupir incompréhensible, car un soupçon de tristesse s’y mêlait toujours.

Jérôme connaît l’histoire, Gabriel et Annette la lui ont racontée chaque fois qu’il le demandait, et même quand il ne le demandait pas, comme si c’était une leçon à réviser, un rôle à apprendre, comme si c’était un mensonge.

C’était l’été, Gabriel et Annette se promenaient dans les bois, la fraîcheur tombait des arbres, tous les oiseaux chantaient (la remarque sur les oiseaux est d’Annette, qui considère que c’est un détail à ne pas négliger, un signe). Ils marchaient main dans la main, même s’ils n’étaient plus tout jeunes, parce qu’ils s’étaient rencontrés un an plus tôt et étaient très amoureux. « Des tourtereaux ! » précisait Annette d’un ton presque arrogant.

Elle avait entendu des brindilles craquer derrière eux, mais ne s’était pas retournée, elle avait pensé qu’un écureuil ou un faon les suivait et n’avait pas voulu l’effaroucher.

– Je me souviens très bien de la lumière, ajoutait-elle. Des taches de soleil partout, qui percent à travers les feuilles vertes, comme dans un conte de fées. Et puis, alors que nous allions sortir de la forêt, les bruits de brindilles ont augmenté, mais je ne me suis pas retournée. Je me suis dit que c’était plutôt un petit marcassin qui filait derrière nous. Ton père, lui, a toujours été dur d’oreille, faut pas lui en vouloir. Je ne me suis pas retournée, mais mon cœur s’est mis à battre très fort. Peut-être que j’avais peur. Peut-être que, dans mon imagination, le marcassin s’était transformé en sanglier qui allait nous renverser et nous piétiner. Je ne sais pas. J’en avais presque le souffle coupé, mais je ne me retournais pas et je ne disais rien à Gabriel. C’est alors que, juste au moment où nous avons franchi la limite du bois, j’ai senti une petite main dans la mienne. Dans ma main gauche j’avais la main de ton père et dans la droite, la main de mon petit chéri des bois.

À cet instant, elle marquait une pause. En grandissant, Jérôme avait donné un nom à ce silence, pour lui-même et sans jamais prononcer le mot à voix haute : la commémoration.

– Tu étais tellement sale et tellement beau. Tu es toujours beau, mais beau comme ça, comme tu étais à trois ans, tu ne peux pas l’imaginer. Sur les photos, ça donne pas. Les yeux verts, si grands, comme s’ils avaient avalé la forêt, et ton menton, levé haut, si fier, si têtu. Je me suis arrêtée de marcher. J’aurais pu m’évanouir, mais j’ai tenu, pour ne pas te faire peur. Ton père était surpris, il n’avait rien vu venir. Mais dès qu’il t’a aperçu, il s’est agenouillé devant toi et il a dit… – tu te rappelles ce….

Avec l’aimable autorisation des éditions L’Olivier © 2010


Agnès Desarthe

DANS LA NUIT BRUNE

L’Olivier (18.00 €)

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Extrait – Trésor d’amour, de Philippe Sollers

Posté par Serge Bénard le 5 février 2011


Nuit après nuit, jour après jour, en rêve, la demande est insistante et pressante : il faut absolument terminer ce livre, le mener à bien, le livrer à l’extérieur pour le vérifier. Il faut. Le titre, Delta, est là depuis des années, je revois quand et comment il a surgi en mouvement devant moi, l’eau miroitante du Dorsoduro, à Venise, les lettres bleues sur fond blanc du grand bateau venant d’Alexandrie. Il était midi, les cloches sonnaient à toute volée, j’avais pris une sérieuse dose, l’horizon se mêlait à lui-même, c’était le splendide automne, et, une fois de plus, la grande certitude était là.tresordamour.jpg

C’est quoi « la grande certitude » ? Rien de particulier, le ciel en soi, le Graal. Pour que l’événement ait lieu, il faut, évidemment, un comble de fatigue, de découragement, d’angoisse, de dégoût, la morsure de mort habituelle, le coup de l’abîme. Tu te traînes, tu rampes, tu multiplies les erreurs, tu as mal partout, tes yeux fondent. Pas d’issue, torrent d’oubli, non-sens général. Et puis soleil, et puis ça va.

Ainsi, ce dimanche-là, l’admirable et élégant Delta fendait l’eau, remorqué par le Pardus, avec ses voyageurs massés sur les ponts dans la lumière et le tintamarre des mouettes et des cloches. En ce temps-là, si je me souviens bien, ma vie était un enchantement durable. Des heures de trous noirs, mais elles rendaient le soleil plus fort. Comme le dit Lancelot en train de chanter et danser dans la grande prairie aux quatre pins : « Qu’il fait bon garder ses amours ! » Au diable les affaires, les costumes, les dates. La bonne folie nous convient.

Les mots « trésor », « amour » appartiennent spontanément au vocabulaire amoureux, ils sont prononcés un milliard de fois par jour dans toutes les langues, sous toutes les latitudes, et fleurissent sans cesse sur les lèvres des mères et des grand-mères qui adorent leurs enfants et petits-enfants, surtout mâles. À l’instant l’une d’elles me téléphone : elle est avec son petit-fils de trois ans dans un parc de Paris, et je l’entends toutes les dix secondes s’inquiéter de son équilibre, « Trésor attention !», « Amour, non, reviens ! », mots chantonnés de façon gracieuse. Tous les téléphones portables de la planète, même ceux qui n’ont rien à cacher, sont remplis de ces murmures, chastes ou pas. L’humanité s’en défend, mais elle est passionnée et pudique. Elle rougirait de dévoiler son intimité : « Chéri », « Chérie », « Amour ! », « Trésor ! » Qui s’exprimerait ainsi au-dehors, sauf affectation théâtrale, sombrerait vite dans le ridicule, mais tout va bien s’il s’agit de bébés par définition charmants. Vous imaginez aujourd’hui un roman ayant pour titre Trésor d’Amour ? Ça paraîtrait grotesque, on ne l’ouvrirait qu’en cachette.

En trois siècles, on est donc passé du refoulement et de la sublimation religieuse au libertinage, du libertinage à la passion romantique, de là à la pudibonderie, de là encore à la prolifération sexuelle et pornographique, avant de retourner, via la maladie et la technique de reproduction, au refoulement ordinaire et originaire qui revient, chaque fois, au point mort. La boucle est bouclée, le spectacle achevé, il est temps d’en tirer les conséquences. Tous les éléments précédents peuvent concourir à une unité supérieure ayant la profondeur intérieure comme objet. Sérieux, pudeur, liberté, dévoilement, délire, cœur, goût, délicatesse, crudité, œil clinique, plaisir, retrait. Le temps est un trésor, et, pour l’ensemble de l’aventure, on garde le mot si controversé d’amour.
Minna, trésor d’amour.


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http://www.philippesollers.net/tresor-d-amour.html

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Exclusif : l’interview de Sarkozy à Pékin qui n’aura jamais lieu

Posté par Serge Bénard le 23 janvier 2011

Marianne2 | Samedi 22 Janvier 2011 à 12:01

Marianne2 vous propose les bonnes feuilles du livre « J’ai travaillé pour la propagande chinoise », essai écrit par Anne Soetemondt, à paraître le 27 janvier aux éditions du Moment.

l'interview de Sarkozy à Pékin qui n'aura jamais lieu

Plusieurs médias chinois recrutent des étrangers pour diffuser leurs programmes dans des langues différentes. Les plus gros pourvoyeurs de postes sont Radio Chine Internationale, le groupe télévisuel CCTV et l’agence de presse Chine Nouvelle. Théoriquement, l’enveloppe versée par l’État pour payer chaque expert est la même. Pourtant, comme je le disais plus haut, des différences importantes existent. J’ai été embauchée à RCI pour 9 500 yuans brut. La CCTV m’offre un poste de présentatrice pour 16 700 brut, presque deux fois plus. Une différence du simple au double, comment est-ce possible ? Difficile à dire. Les histoires de retenue de salaire tournent dans tous les services. L’argent doit disparaître à différents niveaux, et entre autres, au niveau de la section, comme semble l’indiquer cette anecdote contée par un collègue japonais. Isaka a souhaité mettre un terme à son contrat à durée déterminée de un an au bout de quelques mois. Lorsqu’il a annoncé sa décision à son supérieur, celui-ci lui aurait répondu : « C’est une question d’argent n’est-ce pas ? D’accord, nous allons faire un effort. Deux fois plus, ça te va ? » L’argent existe bien.

 


L’INTERVIEW DE SARKOZY

 

 

 

« Ah, je me suis fait harmoniser, s’écrit Michel ce matin. Par Luc ! » Se faire harmoniser, c’est se faire censurer. Hier, en enregistrant une émission, Michel a essayé de mettre un peu de vie dans le script en posant une question rhétorique aux auditeurs. « À votre avis, quel est le point commun entre Deng Xiaoping et Ma Ying-jeou ? » Le dernier mentionné n’est autre que le président taïwanais. Le statut de Taïwan est l’un des sujets délicats en Chine.
Officiellement, Pékin considère Taïwan comme un État autonome qui lui est lié conformément à la politique dite « d’une seule Chine » qui veut que la Chine soit « une et unie ». Pour Pékin, et donc pour les médias chinois, Taïwan, c’est la Chine. Certains partis politiques taïwanais s’appuient sur des éléments historiques pour revendiquer l’indépendance. Taipei entretient par ailleurs des relations diplomatiques parallèles avec vingt-trois États, bafouant la souveraineté proclamée de Pékin. La Chine refuse les échanges diplomatiques et commerciaux avec ces pays.
En évoquant le président taïwanais, Michel a effrayé notre collègue chinois Luc, chargé de réécouter l’émission avant diffusion.  Évoquer Taïwan, c’est risquer l’erreur. Il a préféré, pour ne pas s’attirer d’ennuis, couper le passage à la hache plutôt que de demander à Michel d’enregistrer de nouveau ou de vérifier. Tian’anmen, lieu qui pour les Occidentaux renvoie aux événements de 1989, n’est « que » la place de Pékin où a été proclamée par Mao Zedong la naissance de la nouvelle Chine le 1er octobre 1949.

 

Lire la suite : http://www.marianne2.fr/Exclusif-l-interview-de-Sarkozy-a-Pekin-qui-n-aura-jamais-lieu_a201901.html?com

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Bonnes feuilles – Millénium, Stieg et moi, par Eva Gabrielsson

Posté par Serge Bénard le 19 janvier 2011

En février 1977, à 22 ans, Stieg a réalisé l’un de ses rêves : partir en Afrique. Pour financer son voyage, il a travaillé très dur pendant six mois à la scierie de Hörnefors. Dans quel but se rendait-il dans ce pays ? Il ne me l’a jamais expliqué en détail, et il a eu raison. Je savais seulement qu’il partait en mission pour la IVe Internationale, l’organisation communiste fondée en 1938 en France par Trotski, à la suite de l’exclusion et de la répression par Staline des opposants de la IIIe Internationale. La mission de Stieg était d’entrer en contact avec certains groupes impliqués dans la guerre civile qui ravageait l’Ethiopie. Il s’agissait probablement de leur faire passer de l’argent et (ou) des documents. C’était risqué. Stieg m’a raconté plus tard que, par un pur hasard, il s’est retrouvé à enseigner à des milices le maniement du mortier, qu’il avait appris pendant son service militaire. Ces armes auraient été fournies par l’URSS, cachées dans des collines de l’Erythrée et destinées à un peloton féminin. Son ambition était également d’écrire des articles sur ce continent qui le passionnait et où les événements se précipitaient. Mais, entre son départ en février et son retour en juillet, aucun journal n’a voulu de ses propositions de sujets. Il était sans doute jugé trop jeune et sans expérience. Pourtant, pendant la période de la guerre entre l’Ethiopie et l’Erythrée, aucun journaliste suédois ou autre n’était sur place. C’était trop dangereux.

Le jour où Millénium est né

Stieg ne s’est pas assis un jour devant son ordinateur en déclarant : « Je vais écrire un polar ! » En fait, on pourrait même dire qu’il n’a jamais vraiment commencé puisqu’il n’a jamais fait de plan pour le premier volume, ni pour les deux autres et encore moins pour les sept qui devaient suivre. Il écrivait des séquences qui, souvent, n’avaient pas de lien avec les autres. Ensuite, il les « cousait » ensemble au fil de son envie et de l’histoire. En 2002, pendant une semaine de vacances que nous passions dans une île, je le voyais s’ennuyer un peu. Je travaillais à mon livre sur l’architecte suédois Per Olof Hallman et lui, il tournait en rond.

« Tu n’as pas quelque chose à écrire ? lui demandai-je.

- Non, mais j’étais en train de penser à ce texte que j’ai écrit en 1997 sur ce vieux monsieur qui reçoit une fleur chaque année à Noël. Tu t’en souviens ?

- Bien sûr !

- Je me disais que j’avais envie de savoir ce qu’il était devenu. »

Stieg s’y est mis immédiatement et nous avons passé le reste de la semaine à travailler dehors, chacun devant son ordinateur, la mer sous les yeux, l’herbe sous les pieds, heureux. Mon livre etMillénium ont donc pris forme en même temps.

[...] En deux ans, il a écrit deux mille pages. Que ce soit pourSearchlight, Expo [périodiques antifascistes] ou Millénium, il procédait toujours avec la même énergie. La première année, il s’y mettait le soir et le week-end. Il se couchait tard, mais pas plus que d’habitude. C’était une vie parfois pesante pour moi, mais ce qui nous sauvait, c’est qu’on riait beaucoup. Il travaillait, sortait sur le balcon pour fumer une cigarette et reprenait son boulot, à nouveau très concentré. [...] Je pense que Milléniumétait devenu un refuge pour lui.

Trouver un éditeur

Ce jour d’automne 2003, en rentrant à la maison, je me souviens de m’être exclamée : « Ce n’est pas possible ! »

Je venais de récupérer à la poste le paquet marron qui contenait le manuscrit du premier volume de Millénium que Stieg avait expédié pendant l’été à la maison d’édition Piratförlaget. « Ils ne sont même pas allés le chercher ! » ai-je ajouté. Stieg était étonné : « Pourtant, quand je leur ai téléphoné, ce sont eux qui m’ont demandé de l’envoyer. – On ne va pas laisser tomber ! Rappelle-les et dis-leur que j’irai le déposer moi-même à leur adresse. »

Quelques jours plus tard, je suis partie sous la pluie dans le vieux quartier de Gamla Stan, avec le manuscrit protégé par le même emballage marron. Un véritable pavé, au sens littéral du terme. [...] Une agréable femme blonde a réceptionné le paquet et j’ai pu confirmer à Stieg qu’il était maintenant sur le bureau de quelqu’un. Puis plus aucune nouvelle. Plusieurs semaines ont passé avant que Stieg ne se décide à appeler. On lui a alors expliqué que Piratförlaget n’était pas intéressé.

[...] Après la mort de Stieg et le succès du livre, une femme de Piratförlaget m’a appelée, consternée. C’est elle qui avait réceptionné le manuscrit et elle m’a raconté que, par manque de personnel, de très nombreux manuscrits avaient été systématiquement écartés sans être lus.

Le tome I de Millénium est alors resté dans le couloir et c’est Robert Aschberg, le responsable de publication de la revue Expo, qui a déposé un autre exemplaire du manuscrit à la maison d’édition Norstedts. [...] Au printemps 2004 Norstedts a accepté de publier tel quel Millénium. Je me souviens de l’avoir annoncé par mail à l’une de nos connaissances : « Appelle Stieg pour le féliciter : il ne touche plus terre, il le mérite tellement ! »

[...] Une fois que Stieg a eu la certitude d’être publié, une période merveilleuse a commencé, qui compte parmi les plus beaux souvenirs de ma vie.

[...] Nous pensions que Millénium allait être un succès dans les pays scandinaves et peut-être aussi en Allemagne. [...] Stieg avait donc décidé que notre couple était maintenant prioritaire. Aussi, dans ses plans, l’argent des trois premiers tomes deMillénium devait améliorer notre vie et servir, d’abord, à rembourser les 440 000 couronnes (environ 48 100 euros) du crédit qui restait sur notre appartement. Ensuite, ensemble, nous avions projeté de verser les bénéfices du quatrième volume àExpo, pour ne plus courir après les financements et assurer la pérennité de sa parution ; ceux du cinquième seraient investis dans la création de centres d’accueil pour les femmes victimes de violence. Pour les autres volumes, nous avions le temps de réfléchir.

[...] Notre rêve absolu, je l’ai déjà évoqué, était de posséder enfin notre propre cabane sur une île. Ce serait « notre petit chalet d’écriture », on l’appelait ainsi, où l’on se retirerait régulièrement pour travailler. Grâce à la publication de Millénium, ce rêve devenait enfin possible. Dans notre esprit, plus qu’un lieu, c’était d’abord le symbole d’une nouvelle vie. Nos critères de choix étaient simples. Stieg voulait un café et des journaux à proximité. Et moi, que la maison soit simple à entretenir et saine. Notre exigence commune se limitait à deux banquettes. Pourquoi ? A la maison, la bataille pour l’unique banquette du salon prenait des proportions cocasses. A part ce détail de la plus grande importance, on voulait une cabane grise et pas rouge, comme habituellement en Suède ; et un toit en pente recouvert d’une plante de la famille des Crassulacées, le sedum, qui donne des fleurs, mais surtout dont les feuilles très grasses isolent du froid et de la chaleur.

Le quatrième tome

Comme je l’ai raconté, le lendemain de la mort de Stieg ma soeur Britt s’est rendue à Expo avec Erland [père de Stieg] et je lui ai demandé d’y apporter le sac à dos de mon compagnon. Ce sac à dos renfermait son agenda, avec le sommaire détaillé du prochain numéro, et l’ordinateur d’Expo. Cet ordinateur appartient donc au journal, mais il contient aussi les articles de Stieg, sa correspondance avec Searchlight, ses enquêtes, les noms de ses informateurs, etc. A ce titre, il est protégé par la loi qui dit que les sources des journalistes sont sacrées. Cet ordinateur, qui n’avait aucun code d’accès secret, est resté plus de six mois là-bas. A l’époque, quelqu’un avait suggéré de le mettre dans le coffre-fort du journal, mais il était fermé et seul Stieg en possédait le code !

Le quatrième tome de Millénium [...] comporte un peu plus de deux cents pages puisque lorsque nous sommes partis en vacances, le dernier été, Stieg en avait déjà écrit plus de cent soixante. Entre les relectures du premier tome, la finalisation du troisième et son travail à Expo, il n’a sans doute pas eu le temps, pendant les semaines qui ont précédé sa mort, de faire plus d’une cinquantaine de pages supplémentaires.

Je n’ai pas l’intention de raconter ici la trame du quatrième tome. En revanche, j’ai envie de dire que, dans ce livre, Lisbeth se libère peu à peu de ses fantômes et de ses ennemis. Chaque fois qu’elle parvient à se venger d’une personne qui lui a fait du mal, physiquement ou psychologiquement, elle fait effacer le tatouage qui incarne pour elle cette personne. Alors que ses piercings correspondent à un phénomène de mode adopté par les gens de son âge, les tatouages sont pour Lisbeth une peinture de guerre. Sous plusieurs aspects, la jeune femme se comporte comme une indigène dans une jungle urbaine. Elle agit tel un animal, à l’instinct bien sûr, mais aussi en anticipant les situations et le danger. Comme elle, face à des situations et des gens nouveaux, je fais confiance à mon intuition. Et Stieg le savait bien.

[...] Aujourd’hui, je continue à me battre pour obtenir le droit moral sur Millénium ainsi que sur l’ensemble des textes politiques de Stieg. Je me bats pour lui, pour moi, pour nous.

Je ne veux pas que son nom continue d’être une industrie et une marque. Au rythme où vont les choses, pourquoi ne le verrais-je pas un jour sur une bouteille de bière, un paquet de café ou une voiture ? Je ne veux pas que ses combats et ses idéaux soient salis et exploités. Je sais comment il réagirait dans chacune des situations que je connais aujourd’hui. Il se battrait.

Pour moi, pour nous et parce que ça nous ressemble, je vais donc continuer.

Copyright Actes Sud, 2011. 

Lu sur : http://www.lexpress.fr/culture/livre/les-bonnes-feuilles-de-millenium-stieg-et-moi-par-eva-gabrielsson_953598.html

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