Extrait du Jaguar sur les toits

Posté par Serge Bénard le 25 avril 2011

Le jaguar de Tetitla

Le 25 avril 2011 par François Arango

Le coeur de l’homme d’affaires enlevé a été restitué à sa famille. Il a été arraché de sa poitrine selon la tradition des sacrifices aztèques, il est posé sur un socle portant le dessin d’une feuille mystérieuse. Des messages arrivent qui utilisent le calendrier aztèque et les vers d’un roi-poète pour annoncer les meurtres à venir. Des hommes politiques sont enlevés et sacrifiés. Le suspect boiteux porte le nom d’un botaniste mort depuis des siècles, les autorités du pays font preuve d’une mauvaise volonté manifeste… La police ne mettant pas toute l’énergie nécessaire à la résolution de ces énigmes, les recherches sont menées par un trio d’enquêteurs. Dans un gigantesque jeu de piste à travers la ville de Mexico et ses sites archéologiques, ils vont croiser un hippie spécialistes des plantes médicinales de la forêt lacandone, un vieil Américain qui dit avoir connu Zapata, et des Indiens qui ne vieillissent pas.

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À cette heure de la nuit, les couloirs de l’Institut national d’anthropologie et d’histoire étaient déserts. Seule une lueur verte projetait au bout d’un corridor des ombres difformes sur les murs du deuxième étage. Une clarté falote, échappée de l’immense bibliothèque du sanctuaire.
Mis bout à bout, on comptait là des kilomètres de rayonnages. Une collection de traités de tous âges, qui donnaient l’impression de pouvoir tomber en poussière au premier éternuement. Depuis des années, le responsable du département Histoire réclamait à cor et à cri un restaurateur supplémentaire ; un jour ou l’autre, les trois quarts des collections ne seraient plus bons qu’à allumer un feu de cheminée, et encore.
La tulipe verte d’une lampe était allumée sur une des longues tables d’étude. Une demi-douzaine de livres y était étalée, sans ordre apparent. À une extrémité, une silhouette féminine était penchée sur un volume ouvert ; l’ombre était immobile, hormis ses mains gantées de lin blanc qui tournaient la fragile texture des pages à l’aide d’une pince. Chaque feuillet était protégé par une macule translucide, que la moindre maladresse pouvait déchirer. La femme avait des cheveux très longs et très noirs, attachés sur la nuque par un simple crayon de bois.
Près de la table, un poste de télévision diffusait un microfilm sur un écran noir et blanc. Pour qui pénétrait ici pour la première fois, l’engin gris souris avait l’air rescapé d’une usine soviétique d’ordinateurs. D’autres boîtes de films, sorties des archives de l’INAH, étaient empilées au pied de la table. La jeune femme fit glisser en arrière un siège à roulettes qui poussa une plainte de rhumatisant et pivota vers l’écran. Catarina Marín détestait cet engin d’un autre âge ; si ça n’avait tenu qu’à elle, elle y aurait sans scrupules balancé un de ses hauts talons, histoire d’accélérer l’acquisition de procédés modernes de stockage de données. Mais elle savait que le lecteur de microfilms ne serait pas remplacé pour autant, et toutes ces archives miniaturisées seraient bonnes à mettre au clou. Il fallait même prier, en réalité, pour que l’appareil tienne encore un moment. Elle tourna une molette sur le flanc du lecteur, et un texte défila devant elle, de haut en bas ; puis dans l’autre sens, plus lentement. Alors sa fine silhouette s’enfonça dans son siège. Elle poussa un soupir et glissa à nouveau en arrière, vers la table d’acajou.
Elle glissa un signet de soie rouge et referma doucement le livre. Puis elle retira ses gants, quitta sa chaise et se rapprocha des armoires vitrées. Dans ce silence, elle éprouvait ce qu’on ressent dans une cathédrale déserte, au milieu de la nuit. Du moins l’imaginait-elle ainsi. Lorsque son cerveau arrivait à saturation, elle aimait venir ici, respirer les parfums mélangés du cuir et du bois cirés, les senteurs particulières des reliures en maroquin ou de ce papier arabe toujours blanc, fait de soie et de coton. Elle fit quelques pas et leva la tête vers la corniche qui surplombait l’armoire. Un panonceau peint à la main consacrait chaque section d’étagères à une thématique spécifique. Section Anthropologie et Histoire : là était son rayon à elle, son terrain de jeu. Plus loin, d’autres rayonnages traitaient de linguistique, de botanique, de sciences géologiques et minéralogiques, d’arts céramiques, picturaux et même culinaires. Mais elle s’y aventurait rarement.
Elle en était certaine : la clé, l’effrayante solution du meurtre de Coyoacán était là, endormie au cœur de ces milliers de pages ; section Anthropologie et Histoire.
La vitrine était sertie dans une boiserie de cèdre. Les longs doigts de Catarina Marín glissèrent sur le rebord. Les codex étaient à l’intérieur, dans ce mausolée de verre, comme les testaments de cultures mortes. Des œuvres d’art aux mille couleurs, que la main d’un scribe avait déposées sur des fibres végétales d’agaves. D’autres étaient faits de peaux d’animaux pliées en accordéon. Signe de leur valeur, une couverture en peau de jaguar distinguait les codex mayas des autres. Le mythe du bon sauvage, à peine battu en brèche par la férocité des coutumes, c’était le grand dada de Catarina. Plus tard, seulement plus tard, les rapports de Cortés, ceux de Bernal Díaz del Castillo ou de Sahagún viendraient revisiter toute cette naïveté.
Dans un coin de la salle, une armoire cadenassée et climatisée hébergeait les volumes les plus précieux. Le bahut faisait la fierté de Findley, mais pour ça aussi, il avait fallu batailler ferme. Seuls quelques originaux comme le Codex Colombino ou le Manuscrit Ramirez, un manuscrit náhuatl redécouvert au siècle dernier, y figuraient encore. Car le reste, après expertise ou restauration, avait rejoint les musées aux quatre horizons du monde. Cet éparpillement de la mémoire, Findley, Catarina et les autres ne pouvaient le digérer. Pour ces manuscrits, des collections de répliques microfilmées avaient été accumulées dans les sous-sols. Mais les joyaux, les vrais, l’Histoire des Indes de Durán, les codex prestigieux, Borgia, Azcatitlan, Mendoza, Peresianus, ceux-là dormaient à la Vaticane, à Liverpool ; ils végétaient dans les bibliothèques nationales et les musées de Paris, Dresde, Oxford ou Madrid, et même aux États-Unis. À des lieues, des années-lumière du sol qui les avait vus naître.
Catarina Marín savait tout cela. Elle avait pris part aux luttes pour rapatrier ces trésors confisqués par l’Histoire. Mais cette nuit, son défi était d’un autre ordre. Elle dénoua son chignon, le recomposa d’une main et revint lentement à la lumière.
Une ombre silencieuse glissait sur le sol. La silhouette s’approcha de la jeune femme, lentement, s’insinuant dans son dos entre les tables d’étude. Dans sa main droite se découpait une forme oblongue, dans le contre-jour verdâtre de la lampe. L’ombre en se rapprochant intercepta le rai de lumière qui éclairait la table. Catarina Marín fit fuser sa chaise en arrière d’un violent coup de talon, étouffa un cri et se redressa comme un roseau.

— C’est pas possible d’être aussi con ! Merde, merde, merde ! Tu m’as fichu une trouille. Une autre comme ça, et je te jure que je t’étrangle.
La jeune femme fit mine d’amorcer un revers du gauche, tandis que l’homme éclatait d’un rire énorme.

— Señora Marín, mourir entre vos mains serait pour moi la plus divine des fins, s’étrangla-t-il. Ne fais pas la tête : je t’apporte une bière. 

— Franchement, à cette heure de la nuit, j’aurais préféré un soda.
Findley leva les bras au ciel. Une Nochebuena, à cette heure tardive, c’était pourtant de circonstance.

— Comment savais-tu que je serais ici ? dit-elle.

— Ana. Elle m’a dit que tu repasserais tard dans la soirée. Et puis, en général, c’est ton heure. Tu avances ?

— Que dalle ! Je suis au point mort ; boîte de vitesses cassée.
Catarina Marín se releva. Elle se dirigea vers une tablette métallique. Avec précaution, cette fois, elle la fit glisser sur ses roulettes jusqu’à la pleine lumière.

— Tu as ressorti l’original du coffre-fort, je vois.
L’original, c’était une petite planche de bois cramoisie, posée à même la table. Le seul témoin, inerte et muet, de l’indicible ; l’ultime compagnon du cœur de Daniel Lombardo Castillo, pétrifié par le froid, par l’effroi. C’était une simple planche, du bois peint puis sommairement verni et déposé au fond de la boîte métallique. Juste sous l’organe congelé.

— J’avais besoin de l’avoir sous les yeux, répondit Catarina. Les tirages scanner sont très bien, mais à un moment, j’ai besoin de sentir l’original à portée de main. C’est physique.
Aussi sèche et cassante qu’elle parût, cette fille dégageait malgré elle un relent de sensualité brute. Physique, c’était le mot, Catarina Marín était physique. Et Findley n’avait certes pas besoin qu’on le lui rappelle. Il se pencha sur la plaque de bois. D’étranges inscriptions estampées à sa surface encadraient l’esquisse d’un dessin.

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Un extrait de « La philosophie du porc et autres essais » par Liu Xiaobo

Posté par Serge Bénard le 23 avril 2011

 

Par Lire, publié le 19/04/2011 à 07:00

 
Lauréat du prix Nobel de la paix en 2010, Liu Xiaobo n’a pas été autorisé par le gouvernement chinois à se rendre à Oslo pour recevoir son prix : condamné à onze ans de prison le jour de Noël 2009, au terme d’une parodie de procès public, pour « incitation à la subversion du régime » alors qu’il prônait une évolution pacifique de la Chine vers la démocratie, cet écrivain purge toujours sa peine au Liaoning. S’il est interdit de publication dans son pays, le plus farouche des dissidents chinois n’a cessé de prendre la parole par tous les moyens, soit dans la presse à Hong Kong, soit sur le Net. Autant dire que La philosophie du porc et autres essais, premier livre de Liu Xiaobo à paraître en français, témoigne de son courage et de son franc-parler, à commencer par sa critique de ce qu’il qualifie de « philosophie du porc » : cette inclination des intellectuels chinois à se laisser « acheter » par le parti communiste. Les élites chinoises en prennent pour leur grade. Mais les élites du reste du monde sont-elles moins cyniques ?

 

La philosophie du porc

 

LA PRIMAUTÉ DE L’INTÉRÊT,

 

LA MÉDIOCRITÉ L’EMPORTENT SUR TOUT

Dans la Chine du nouveau siècle, à part le « Monument du Millénaire », un building toujours inachevé, tout est comme avant. La médiocrité de la primauté de l’intérêt nous a pénétrés jusqu’à la moelle, et la ligne de démarcation entre le juste et le mal a presque été brouillée par l’avidité commune pour le profit. La promesse d’ »aisance relative » a bel et bien acheté les âmes, aujourd’hui totalement corrompues – presque plus un fonctionnaire n’est intègre, pas un centime n’est propre, pas un mot n’est sincère.

On me dira que la médiocrité est une caractéristique de la modernité, parce que la nature même de la modernité c’est la sécularisation, et que la sécularisation c’est la légitimation de la poursuite de l’intérêt ; on ne peut pas demander qu’il y ait une sécularisation qui ne se préoccupe pas de l’intérêt.

Le système démocratique produit par le processus de modernisation – la règle de la majorité – est effectivement un jeu de sécularisation centré sur les échanges d’intérêts, et même sur la généralisation de la médiocrité. Mais, premièrement, les échanges d’intérêts doivent suivre des règles claires, des règles d’échange justes, garanties par la loi à l’extérieur et par la conscience à l’intérieur. Or, en Chine, l’intérêt a remplacé la loi et la conscience pour devenir le seul pilier du système de gouvernement par les hommes, du règne de l’impudeur et du manque de respect pour les lois. Deuxièmement, la valeur fondamentale qui soutient le système démocratique – la liberté – est une qualité noble innée qui transcende la mesquinerie. Sans un système de valeurs qui accorde la priorité à la liberté, la démocratie non seulement peut aboutir à élire des tyrans comme Hitler, ou à la dictature d’un homme ou d’un parti au nom du peuple, mais elle peut aussi aboutir à l’absorption des qualités de noblesse, de dignité et de beauté par la médiocrité de la majorité anonyme.

[...] La Chine n’a jamais manqué de tradition de « grande démocratie » caractérisée par la rébellion des masses, mais elle n’a jamais eu de tradition démocratique accordant la priorité à la liberté ; il est difficile de penser à la liberté quand on n’a pas de quoi manger à sa faim.

LA SOCIÉTÉ MODERNE A BESOIN D’ÉLITES AUTONOMES

[...]

La modernisation c’est la sécularisation de la vie quotidienne, la démocratisation c’est le désenchantement de la vie politique, et ce que veulent les masses c’est ce bonheur séculier et médiocre. Si, en Chine, nous jouissions déjà de la modernisation et de la démocratisation, nous pourrions bien accepter un peu de médiocrité et de philistinisme. Mais le plus drôle, ou, devrais-je dire, le plus triste, c’est qu’alors que n’avons aucune des deux, que nous sommes encore confrontés à un pouvoir dictatorial, l’ensemble de la société, y compris les élites, est déjà incroyablement philistine et terriblement médiocre.

[...]

LES « ÉLITES » ENTRENT SPONTANÉMENT DANS LA PORCHERIE

En économie, la théorie étatiste du « centre fort », l’économie centriste de la « faction des conseillers du prince » et de la « faction de l’état-major » ; en politique, la « thèse de l’adieu à la révolution1« , la « nouvelle gauche » et les « pro-marché » ; dans la culture, le nationalisme fanatique et la « localisation » de la recherche qu’on retrouve presque partout ; tous ces éléments sont des composantes de la cynique « philosophie du porc ». Ce qui donne à réfléchir, c’est que ces membres des « élites » venus des cinq lacs et des quatre mers ne se sont nullement concertés à l’avance pour s’avancer tous ensemble vers un objectif commun ; ils ont tous pris spontanément le chemin de la « porcherie », malgré eux et sans se donner le mot, sans pouvoir se contrôler même s’ils l’avaient voulu, tout comme onze ans auparavant certains d’entre eux s’étaient engagés spontanément dans le « mouvement de 89″. Comme s’il avait suffi d’une nuit pour que, tout naturellement, de membres élevés de l’état-major des décideurs, ils se transforment sans complexes en grands patrons ou en P-DG gagnant des monceaux d’argent (comme les membres des élites de l’époque de Zhao Ziyang qui ont été écartés du haut état-major), de poètes d’avant-garde en négociants en livres et en courtiers de la culture, de metteur en scène d’avant-garde en invité d’honneur à la tribune du 50e anniversaire de la fondation de la République populaire et en donateur pour la construction d’écoles du projet « Espoir2« , de libéraux admirateurs de l’Occident en nationalistes ou membres de la « nouvelle gauche » prônant la résistance à l’hégémonie occidentale : mais, même parmi la toute petite minorité d’intellectuels qui continuent de prôner le libéralisme, certains affirment à grands cris que l’héritage libéral doit beaucoup au conservatisme anglo-américain, que la « liberté négative » est le seul libéralisme orthodoxe, et sous-entendent que le 4 Juin est un exemple récent de radicalisme politique et de mise en oeuvre de la « liberté positive ». [...]

LA « LIBERTÉ NÉGATIVE » AUX COULEURS DE LA CHINE

La traduction chinoise des termes d’Isaiah Berlin pour différencier les deux libertés pose elle-même problème. Dans l’original, les termes sont « negative liberty » et « positive liberty » que l’on pourrait traduire par liberté dont la caractéristique est de refuser, et la liberté dont la caractéristique est d’affirmer, mais on peut aussi utiliser les termes « xiaoji ziyou » et « jiji ziyou » ; on a tenu à utiliser cette dernière traduction. Mais si on le retraduit en anglais, cela devient « passive liberty » (liberté passive) et « active liberty » (liberté active). Cette traduction, qui choisit plutôt « liberté passive » que « liberté négative », est très révélatrice. Car en chinois, le terme xiaoji fait immédiatement penser au terme « passif », à « éviter ». [...] Sous la plume de nos libéraux, le libéralisme occidental devient extrêmement cynique, c’est cela le « libéralisme aux couleurs de la Chine ».

C’est précisément à l’abri de la « liberté passive aux couleurs de la Chine » que l’indifférence à l’égard de la politique caractérisée par les formules « le droit à l’absence d’histoire », « estomper l’idéologie, faire ressortir l’académique », « s’éloigner de la réalité, retourner à ses livres » est devenue la raison absurde du refus des élites de faire face à l’atroce réalité de la dictature. Puisque, pour le libéralisme orthodoxe, le meilleur gouvernement est celui qui s’occupe du moins de choses, la politique dont les masses populaires s’occupent le moins est la meilleure politique ; puisque la liberté négative c’est « la liberté de ne pas intervenir dans les affaires d’autrui ou de ne pas forcer autrui à faire quelque chose » et ce n’est pas « la liberté… de faire quelque chose de sa propre initiative », nous n’avons pas besoin de nous battre pour obtenir quelque chose. Ainsi, la philosophie du retrait du monde de Laozi et Zhuangzi est gratifiée par les prétendus intellectuels libéraux du nom de libéralisme, ce qui est de la philosophie du porc à 100 % – ceux qui ont été chassés vers la porcherie ou qui s’y sont enfuis attendent qu’on vienne les nourrir, voilà tout. [...]

Or, l’histoire montre que partout où règne la liberté, que ce soit la « liberté négative » ou la « liberté positive », elle ne serait jamais advenue si quelqu’un n’avait pas pris l’initiative de se battre, d’agir pour l’obtenir. Même la liberté à l’anglaise, dont ces intellectuels parlent avec délectation, n’a été possible que parce qu’il y a eu la « glorieuse révolution ».

Lire la suite : http://www.lexpress.fr/culture/livre/un-extrait-de-la-philosophie-du-porc-et-autres-essais-par-liu-xiaobo_983138.html


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Bonnes feuilles – Insatiable : un nouvel extrait inédit

Posté par Serge Bénard le 17 avril 2011

un nouvel extrait inédit

15/04/2011

Insatiable

Pour lire un extrait de « Insatiable : un nouvel extrait inédit « , clique sur le livre.

Vous aimez l’univers girly de Meg Cabot ? Vous aimez les romans Black Moon ? Alors, ne manquez pas le premier Black Moon à mourir de rire ! Insatiable est fait pour vous ! 
Découvrez sans plus tarder un nouvel extrait inédit de ce super roman Black Moon qui paraitra le 4 mai.

L’histoire de Meena Harper vous séduit-elle ?

 

Pour lire un extrait : http://www.lecture-academy.com/insatiable-un-nouvel-extrait-inedit

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Un extrait de Warhol par Arthur C. Danto

Posté par Serge Bénard le 15 avril 2011

Par Lire, publié le 15/04/2011 à 07:00

Si on ne compte plus les biographies d’Andy Warhol (1928-1987), voici une nouvelle approche du pape du pop art. Dans cet essai adossé à une documentation de première main, le philosophe et critique d’art américain Arthur Danto expose les mille et une métamorphoses de l’artiste américain. De ses premières créations, ses peintures de boîtes de soupe Campbell’s, à la création de l’atelier Factory en 1964, dans un loft de la 47e Rue à New York, en passant par ses relations avec Jasper Johns ou encore Robert Rauschenberg, Andy Warhol est passé au crible d’une lecture approfondie de sa trajectoire comme de ses oeuvres. Le mérite d’Arthur Danto est précisément d’analyser le « phénomène » Warhol dans son contexte socio-historique, soulignant sa différence avec ses prédécesseurs (Marcel Duchamp) comme avec ses successeurs (Jeff Koons). A l’oeuvre de cette figure fondatrice de la culture américaine sont associés New York et la Silver Factory, théâtre de toutes les excentricités.

La première mort

L’ histoire de la vie à New York est l’histoire de l’immobilier, et l’immobilier est donc un sujet aussi passionnant que l’amour : l’histoire de l’endroit où vous vivez, où vous auriez pu vivre, est aussi palpitante que l’histoire de votre rencontre avec l’être avec qui vous vivez, ou avec qui vous ne vivez plus, hélas. C’est le point de départ du chef-d’oeuvre comique de Tama Janowitz, Esclaves de New York, avec sa narratrice narquoise, une habitante de Manhattan un peu plus âgée qu’un peintre morose nommé Stash dans le texte, et qui s’appelle dans la vraie vie Ronnie Cutrone, assistant d’Andy Warhol de 1972 à 1982, mais qui hantait la Silver Factory depuis 1965. Vu la manière dont Warhol était souvent dépendant de son entourage pour ses idées, Cutrone joua un rôle important dans la dernière phase de la carrière artistique d’Andy. Si Stash est un bon portrait de Cutrone, alors Eleanor, « l’esclave de New York », avait son récit tout trouvé : titulaire du bail de l’espace où ils cohabitent, il a toujours l’oeil aux aguets dès qu’une jolie fille est dans les parages. Eleanor est à peu près sans le sou, sa « créativité » consiste à concevoir des chapeaux originaux pour les habitantes de Greenwich Village ; elle risque de se retrouver sans abri si elle cesse de trouver grâce aux yeux volages de Stash. Que ces nouvelles soient ou non un miroir fidèle de la vie à New York dans les années 1970, elles n’en constituent pas moins une métaphore compréhensible pour tout New-Yorkais. Sauf à être soi-même titulaire d’un bail, tout New-Yorkais, homme ou femme, marié ou célibataire, était enchaîné au locataire avec lequel il vivait.

Les bureaux sont évidemment régis par des lois différentes, et leur histoire est moins déchirante. Mais la « culture » de l’espace commercial dépend davantage des réalités de l’immobilier que de la simple vérité architecturale. La décoration argentée de la Silver Factory exprime de façon éloquente l’esprit de la vie artistique new-yorkaise du milieu des années 1960, et elle n’a pas survécu au déménagement suivant d’Andy Warhol Enterprises, fin 1967, lorsqu’il apprit qu’il devrait évacuer les lieux, puisque le bâtiment abritant la Silver Factory allait être démoli et remplacé par un immeuble d’appartements. Les murs argentés disparurent en même temps que la culture « jeune » de leurs occupants, la musique sur laquelle ils dansaient, les drogues qui leur permettaient de se défoncer ou auxquelles ils devenaient accros, leur promiscuité ou leur austérité sexuelle, même leur langage, si l’on suit le postulat de Wittgenstein selon lequel imaginer un langage, c’est imaginer une forme de vie.

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Franz-Olivier Giesbert : Son livre choc et explosif sur Nicolas Sarkozy !

Posté par Serge Bénard le 7 avril 2011

Franz-Olivier Giesbert, directeur du Point et présentateur de Semaine critique sur France 2, n’est pas dans les petits papiers du président. À vrai dire, beaucoup ont rapporté que Nicolas Sarkozy souhaitait la tête du journaliste et ce dernier aggrave dangereusement son cas avec un livre explosif. Intitulé M. le Président, scènes de la vie politique 2005-2011, ce portrait à charge publié chez Flammarion décrit un Sarkozy immature, qui ne sait pas déléguer et qui pique des colères dignes d’un enfant de CM2.

Le Point, qui vient d’être élu « Magazine de l’année » par le Syndicat de la Presse Magazine, publie quelques extraits de ce brûlot – un livre drôle et cinglant – qui commence par cette terrible anecdote : en janvier 2008, FOG reçoit un appel ahurissant du président suite à un article de Patrick Besson, qui publie chaque semaine une chronique dans les premières pages du Point (il est par ailleurs un excellent écrivain et il chronique aussi pour Marianne après avoir travaillé pour l’Humanité, VSD, Voici, Le Figaro, le Figaro Magazine entre autres…) et intitulé 24 Conseils au président de la République en vue des noces avec mademoiselle Bruni. Patrick Besson s’amuse de la réputation de tombeuse de la future première dame et « recommande [à Sarkozy] de ne pas présenter la nouvelle femme de sa vie à ses fils ni à Barack Obama ni à aucun beau mec« .

Le dialogue – que Giesbert reprend dans son livre – avec Nicolas Sarkozy est improbable :

Sarkozy : « Cet article est une saloperie qui mérite un cassage de gueule !« 
FOG : « Tu me menaces d’une correction ?« 
S : « Tu la mériterais, je ne sais pas ce qui me retient (…) Et qu’est-ce que tu dirais si j’écrivais ou faisais écrire que ta femme est une pute ?« 
FOG : « Jamais notre journal n’a écrit ni même suggéré que Carla est une pute.« 
S : « Si, si… Je suis sûr que tu péterais les plombs si je disais que ta femme est une pute, hein, une pute qui a servi à tout le monde et qui, en plus, veut coucher avec tes enfants.« 

Lire la suite : http://www.purepeople.com/article/franz-olivier-giesbert-son-livre-choc-et-explosif-sur-nicolas-sarkozy_a77410/1

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Lévi-Strauss au Japon – Bonnes feuilles

Posté par Serge Bénard le 1 avril 2011

Un an et demi après la mort de Claude Lévi-Strauss paraissent deux volumes d’inédits: l’un rassemble trois conférences données à Tokyo par l’auteur de «Tristes Tropiques» et l’autre, des textes sur la civilisation japonaise. Bonnes feuilles exclusives.

 Figure majeure de l’anthropologie française, Claude Lévi-Strauss (1908-2009) est notamment l’auteur des « Structures élémentaires de la parenté » (1949) et de « la Pensée sauvage » (1962). (© OZKOK/SIPA )Figure majeure de l’anthropologie française, Claude Lévi-Strauss (1908-2009) est notamment l’auteur des « Structures élémentaires de la parenté » (1949) et de « la Pensée sauvage » (1962). (© OZKOK/SIPA )

 

« La civilisation de type occidental a perdu le modèle qu’elle s’était donné à elle-même », déclare Claude Lévi-Strauss à Tokyo en 1986. Cette année-là, l’auteur de « Tristes Tropiques » y donne trois conférences où il confronte les grands acquis de son œuvre aux enjeux les plus contemporains. Usure du modèle productiviste, doute croissant sur l’idée de progrès, atomisation sociale intenable, difficultés à accepter les nouvelles figures de la parenté, notamment celles issues de la procréation artificielle: vingt-cinq ans plus tard, nous avons plus que jamais à affronter un même malaise.

Lire la suite : http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20110322.OBS0082/levi-strauss-au-japon.html

=> Extrait 1: Descartes et l’âme japonaise

=> Extrait 2: Bioéthique et peuples primitifs

=> Extrait 3: L’«art de l’imparfait»

 

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Bonnes feuilles – « L’interrogatoire » – Jacques Chessex convoque son double d’outre-tombe

Posté par Serge Bénard le 24 mars 2011

 
 

C’est le dernier livre que l’écrivain de Ropraz, décédé le 9 octobre 2009, a terminé. Face à face terriblement troublant entre un inquisiteur intérieur et l’écrivain, il met tout à plat en 31 chapitres brefs : sa vie, sa sexualité, sa foi, sa mort. Ex exclusivité pour L’Hebdo, les premiers extraits de L’interrogatoire, à paraître le 6 avril.

La jalousie

— Etes-vous jaloux?

— De quelle jalousie parlez-vous?

— De la jalousie d’amour.

— J’ai connu très jeune la personne avec laquelle je vis depuis quinze ans, nous avons quarante ans de différence. J’ai avec elle une relation assez étrange. Au début, elle avait été mon élève puis je l’ai vue faire ses études, entrer dans l’enseignement, devenir qui elle est.

J’AI USÉ DE L’ALCOOL JUSQU’AU DÉFI EXTRÊME. JE CROYAIS LE FIXER MOI-MÊME, CE DÉFI, EN FAIT JE ME DÉTRUISAIS.

Relation passionnelle, qui a connu (connaît encore) un caractère incestueux, c’est ma fille, en même temps c’est ma maîtresse, mon amante, ma compagne, et comme elle est très intelligente et intuitivement stratège, elle est devenue ma conseillère sur toutes sortes de terrains, assez grave, souvent sévère, – et ma complice amusée.

— Et de cette femme vous êtes jaloux.

— Au début je l’ai naturellement ressentie comme ma créature. Dieu est jaloux de sa créature.

— Ne fuyez pas dans l’absurde. Répondez. Etes-vous jaloux d’elle?

— J’ai cru que vous aviez compris. Oui, j’ai été jaloux d’elle. Je l’inventais, je devais craindre que quiconque m’enlevât ce privilège assez enivrant. D’autant que le corps de cette personne se faisait aussi intéressant, et désireux d’être guidé, que son esprit ardent et subtil.

Puis je me suis mis à comprendre qu’elle m’enseignait autant que je croyais l’enseigner. Qu’elle m’inventait comme je l’inventais. Qu’elle voulait de moi, et pour moi d’abord, beaucoup plus que ce que je montrais de moi au début de notre relation. J’ai compris qu’elle avait sondé en moi des lieux encore peu exploités, ou traîtreusement ignorés de moi, et qu’elle voulait que je les exploite.

Ainsi, à mesure que j’avais le sentiment de l’éduquer, de la former (drôle de mot), je prenais conscience que c’était elle qui m’éduquait en faisant de moi davantage que ce que j’avais cru en faire moi-même.

Comme si elle avait vu la part idéale, et la part possible, et qu’elle m’aidât avec tact, autorité, souvent humour, à les bien reconnaître et utiliser l’une et l’autre. Vous conviendrez que j’ai de quoi être jaloux d’une telle alliée.

De quelques pratiques sexuelles

— Vous n’avez pas parlé de sexe. Ou pas assez. Dans ce domaine avez-vous des préférences? Ou des envies refoulées?

— La plupart des dames que j’ai aimées reconnaissaient, Dieu merci, qu’elles s’étaient beaucoup masturbées.

— Cela convenait à votre humeur?

— D’autant mieux qu’alentour de ma cinquantième année j’ai commencé à me lasser du va-et-vient, quoi qu’il en fût de style canin,

– nécessité organique fait loi. Préférant à ces sportivités les voluptates portae, lingua aut digitu, parfois les deux, au rythme et dans le temps agréables, et calmes, et d’autant plus voluptueux, aigus, intenses, qu’une entière liberté de corps et de tête leur assure une pleine conscience du plaisir ainsi souhaité.

Ce qui n’empêche pas la pénétration, lingua aut digitu, dans quelque orifice heureusement gorgé d’attente ou plus étroit, tendu, resserré sur la langue ou le doigt qui le choiera.

— Vous prétendez que les femmes y trouvent leur compte. Qu’elles ne sont pas en demande de rapt, de pénétration, de perforation et de labourage à la trique…

— Je ne prétends rien, je constate. Je vois que l’amour «lesbien», l’amour de langue, de caresse longue, m’intéresse et m’amuse plus que la chiennerie vaginale.

— Résigné? Ou simplement empêché?

— Si je l’étais, je le saurais.

— Pourquoi nommer en latin certaines pratiques sexuelles?

Parce que je me suis beaucoup intéressé à lire Krafft-Ebing, la Psychopathia sexualis, le latin joue son rôle dès qu’il y a description, ou précision inconvenante. Cela prend la figure du jeu, à la fois banalisé et glorifié par la langue des savants.

Sans oublier que le latin a toujours une sonorité gourmande, pratique, en elle-même voluptueuse, qui ajoute pulpe et humeur au propos du spécialiste.

— Vous connaissez-vous des fantasmes, de simples envies, ou des désirs refoulés?

— Il n’y en a pas, dès lors que ma partenaire, la femme que j’aime et que j’ai dite, est à l’unisson dans le jeu.

— Etes-vous homosexuel?

— Il y a sans doute quelque chose d’homosexuel dans la masturbation réciproque. Quant à la langue, à son usage, et aux plaisirs de la bouche… J’aime l’odor feminae. J’aime les sucs. Les plis, la fente, le secret du lieu, des trous, et la souplesse des lèvres. J’aime quand la femme gémit. J’aime son souffle qui s’accélère. Quand elle se tend. Quand elle se cabre dans le plaisir. J’aime aussi les mots qu’elle dit. Et son sommeil. Et le rêve que je crois deviner sous la respiration calmée.

— Citez des auteurs, écrivains, peintres, cinéastes, qui répondent à vos pratiques.

— Baudelaire, Courbet, Ingres, Delacroix. Et João César Monteiro, le cinéaste portugais de La comédie de Dieu, où un vieux fabricant de sorbets goûte ses produits fondants sur la peau de ses employées nues. Et souvent en récitant le Cantique des cantiques.

Tout cela qui pourrait être kitch mais qui devient très troublant grâce à la beauté des fillettes et à la folie du vieillard à la langue véritablement éperdue.

— Et dans le cinéma français?

— Vous voulez parler des actrices? Je n’en vois guère que trois ou quatre, Sandrine Bonnaire (à cause du prénom), Juliette Binoche (la religion), Isabelle Huppert (la maigreur) et Fanny Ardant (à cause de la bouche et de la voix), pour incarner mes images.

Le suicide

— Avez-vous été tenté par le suicide?

— Non.

— Et dans l’avenir, vous tuerez-vous?

— Non.

— Possédez-vous une arme?

— Il n’y a pas d’arme chez moi. Ni revolver, ni aucune autre arme à feu. J’ai rendu mon mousqueton militaire à l’arsenal de Morges quand j’ai quitté l’uniforme. Je ne dissimule même pas la plus petite ampoule de cyanure.

— Vous avez été dans l’armée?

— J’avais les insignes du tir. J’étais chef de pièce dans l’artillerie anti-aérienne. Je lançais la grenade dans les montagnes de Lucerne. Les Suisses sont de furieux soldats. Héritage de mercenaires.

— Revenons au suicide. Vous êtes certain qu’il ne vous a jamais fasciné?

— Mon père s’est suicidé d’une balle dans la tempe en 1956. J’avais vingt-deux ans. Cette mort n’a pas cessé de m’habiter, ni de hanter plusieurs de mes livres. Il m’est arrivé de penser, c’était absurde, et peut-être une espèce de fuite, que mon père s’était suicidé à ma place. Que je n’aurais donc pas à le faire.

— Père suicidé, fils suicidé, il y a une tradition littéraire…

— Elle ne m’oblige pas.

— Et le suicide des autres?

— A chaque fois je revis les jours du suicide de mon père, et la négation du mien. En même temps je me réjouis d’être en vie, je lutte contre un sentiment de pitié, et je l’avoue de mépris, que j’éprouve quelques instants pour le mort qui a choisi cette mort au lieu d’affronter et de se battre.

Je ne parle pas des fascinés de la mort. Mais des perdants, des battus… Il me semble d’abord qu’ils n’avaient pas le droit de tuer leur unicité. Puis je mesure mon injustice, je me blâme de ma dureté, et je tente de songer avec humour à la devise des Vanités: hodie mihi, cras tibi, que je retourne évidemment à mon décompte: aujourd’hui toi, demain moi.

ILS NE SONT PAS NOMBREUX LES ÉCRIVAINS QUI ONT EU LA CHANCE DE NAÎTRE ET MOURIR LE MÊME JOUR.

— Avez-vous substitué à votre suicide un processus plus subtil, par exemple d’autodestruction par l’usage de stupéfiants?

— J’ai usé de l’alcool jusqu’au défi extrême. Je croyais le fixer moi-même, ce défi, en fait je me détruisais. Suicide différé. J’écrivais de sang-froid, le matin, c’était du travail sauvé, ensuite je buvais toute la journée et une partie de la nuit. Il y a vingt ans j’ai tout arrêté. La sobriété m’a nettoyé le corps et l’âme.

— Du moins voulez-vous nous le faire croire. Selon vous, on se désencombrerait complètement en se libérant de l’alcool.

— Non. Mais m’abstenir de l’alcool a permis une première liberté en me débarrassant de lieux, de gens, d’habitudes et de schémas de comportement qui m’emprisonnaient parce qu’ils étaient liés à l’alcool. Cette abstinence m’a nettoyé le corps, la tête, le désir, le sommeil, de la vieille chimie de la boisson. J’ai jeté le vieil homme avec l’alcool.

— Voilà pour l’autodestruction. Parlez encore de la mort des autres.

— Je ne compte plus les suicides de mes amis, ou de personnes que je connais, ou ceux des malheureux qui se sont jetés du Pont des suicidés, à quelques mètres du gymnase où j’enseignais. Là j’ai vu de cruelles scènes.

— Racontez.

— Non. Si je vous obéissais, j’entrerais dans l’ordre (et le désarroi) du roman, je préfère confesser qu’aujourd’hui l’évocation du suicide me fait exactement l’effet de la tache aveugle sur le regard: il se dérobe, paradoxalement il disparaît de mon champ de vision au moment où j’essaie d’en saisir le sens.

C’est comme un vertige, une paralysie de l’esprit, sans doute parce que le suicide appartient au secret le plus enfoui de l’être au monde. Infranchissable mur. Et dans l’emmurement la panique, et cette volonté de mort qui affole et qui contraint… A refuser comme le diable.

Le jour où je suis né

— Vous prétendez que votre livre, Un Juif pour l’exemple, vous a valu menaces et injures.

— Le dimanche 1er mars 2009, jour de mon anniversaire, les chars du Carnaval roulent au pas dans Payerne, ma ville natale, devant vingt mille personnes. L’un des chars se moque atrocement du martyre du Juif Arthur Bloch, assassiné pour l’exemple en 1942 dans cette ville par un groupe de nazis payernois soucieux de se manifester auprès d’Hitler.

Assommé à la barre de fer, achevé par balle, puis découpé en morceaux à quelques mètres de la Grand-Rue où les rigolards, cet après-midi-là, 1er mars 2009 à 14 h 30, exhibent salement son sacrifice. Etrange façon de s’amuser festivement. Et d’injurier un écrivain dont le livre, Un Juif pour l’exemple, a blessé la bonne conscience réjouie de toute une ville.

A l’époque les restes sanglants d’Arthur Bloch ont été enfermés dans des seaux à lait, la goguenarde boille des étables, et noyés au lac de Neuchâtel.

Or stupeur, ce 1er mars 2009, les amuseurs osent balader cette même boille sur un char de carnaval bariolé de sang rutilant et dégoulinant, avec d’infâmes devises «devoir de mémoire», etc. Et mon nom, Chessex, dont les deux S reproduisent exactement le sigle de la SS.

La fanfare hurle, les tambours battent, le public se tord de rire. L’infâme char va lentement sous une pluie de confettis, et sur le char, dans une boille peinturlurée de sang et ornée d’un tibia qui bringuebale aux tressauts du véhicule, les restes d’Arthur Bloch et la dépouille de Jacques Chessex égaient la foule sous le sigle nazi.

Payerne, dimanche 1er mars 2009. Le jour de ma naissance et de ma mort. Le lendemain, cadeau funèbre, ouvrant 24 heures, le journal le plus répandu à Lausanne, je découvre sur cinq colonnes la photographie de mon cercueil et mon nom affublé de sinistres ornements d’Himmler. Et dans le récipient agrandi par la photo que le journal très complaisamment étale, les restes du martyr Arthur Bloch et mon propre cadavre exhibé.

— Vous osez croire que l’événement fera date?

— Il m’a fallu une certaine vertu de silence, de distance, de concentration intérieure, pour me tenir loin de cet événement et de son exploitation misérable par un média sans honneur.

— Vous vous êtes reconnu seul à ce moment?

— J’étais l’auteur d’un livre, au plus près de ma conscience. Un livre qui exigeait d’être écrit. Je l’ai fait, il attendait en moi depuis des années, il me vaut la haine et l’injure. Et vous voyez, des menaces, des avertissements, des images de mort.

— Vos autres lecteurs? La communauté israélite?

— La communauté israélite a immédiatement réagi, et la CICAD, d’autres mouvements. Là, j’ai été assuré d’amitié et de soutien. Mais entendez-moi. Le mal n’est pas tant l’injure à l’écrivain, que la manifestation explicite d’un autre mal autrement plus sale et dangereux, un mal qui rampe, qui se ramifie souterrainement, qui empoisonne le sol et l’air, qui insinue et laidement trouve l’occasion d’exploser. Et de se répandre publiquement, ô médias complaisants, spectacles, scènes hideuses.

Le mal brun, la haine, la peur, la crasse «idéologique» imbécile et plate. Et si satisfait de lui-même, le mal, si sottement immonde. Le mal ordinaire dénoncé par Hannah Arendt, le mal qui prend la figure la plus commune, banale, quotidienne, pour s’emparer de nos existences et y établir son règne.

La sanglante mise en scène de Payerne, le jour de mon anniversaire, n’a de sens que si je l’interprète sous cet aspect: signe minable, mais grimaçant symptôme du Mal programmateur d’Auschwitz. Donc ignominie absolue.

— Reconnaissez que vous n’êtes pas triste d’avoir été pris pour cible! Même vilainement. Si l’on y regarde bien, c’est aussi une forme de consécration, bien malgré eux, que les voyous vous ont value.

— Consécration a contrario, ou à rebours, la chose est paradoxale. Ils ne sont pas nombreux les écrivains qui ont eu la chance de naître et de mourir le même jour.

Moi, c’est parce que j’ai écrit le martyre d’un Juif, et d’un Juif suisse en Suisse, dans un pays historiquement neutre, et en pleine occupation de l’Europe par Hitler. Je ne vous dirai pas que je m’en réjouis. Ni que je me prive d’en tirer une leçon de distance aggravée. Outre le rappel que la bêtise, et le mépris, sont opiniâtres à se pointer en tout lieu crépusculaire et crâne rouillé où ils repoussent.

Je reviendrai

— Donc vous vous êtes vu mort. C’est parfait. A la fin vous nous ferez croire que vous avez des vertus surnaturelles.

— Voir sa mort. Ou se voir mort. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose. J’ai vu ma mort dans une allégorie explicite, quoique dévoyée, c’était sur un char de carnaval, je voyais passer mon cadavre dans le hurlement des cuivres et le grelot des marottes. Je me suis vu mort, ayant subi le même sort que le personnage de mon roman.

Outre le tronçonnage et le sang dont je me souciais peu, vu l’état où j’étais censé me tenir, outre aussi l’horreur de l’injure à Arthur Bloch, me voir mort m’a fait prendre conscience, c’était à la fois précis et diffus, de l’extrême ténuité qui luit encore, ou s’insinue, tente de durer, entre l’état où je me sais en vie, forme, temps, respiration, et le néant, l’état de mort, où je serai rien dans aucun temps.

(…)

— Qui vous autorise à parler en initié de votre propre mort? Tant que je vous interroge, sachez-le, je ne tolérerai pas que vous en usiez avec la mort comme Guignol se joue des gendarmes!

— Je ne me moque ni de mourir, ni de la mort, ni de ma poussière de mort. Quelque chose en moi, qui parle de retour, me donne irrésistiblement la force de remonter de la poudre où je serai diffus à une espèce de parole, peut-être de voix, un souffle, un glissement d’air où les mots ne sont plus inaudibles mais deviennent précis, à nouveau doués de forme, de son, et capables de s’organiser en phrases.

Disons qu’ils sont silencieux, qu’ils se tiennent à hauteur d’oreille entre l’absence et l’écho, et voici, vous les entendez, je vous l’avais dit: «Je reviendrai.»

— Maintenant vous vous prenez pour le Christ. On finit comme on a commencé. Par le blasphème.

— Soyez paisible, on ne finit pas. Ce qui finit c’est la côtelette, le gigot des purs, l’os éclaté dans le feu. Qui sait si le doute, la foi, le remords, ne sont pas des modes du retour? Si la passion des corps, le goût du sang, la stupeur du jet d’urine, ne sont pas des façons de revenir rôder et marauder, et surprendre, voir, dérober, prendre, m’approprier ce qui m’était dû.

Me rendre le possesseur précaire de ce qui m’était annoncé. Qui sait si le retour n’est pas pareil à cette figure inquiète du Christ, qui viendra et reviendra «comme un voleur dans la nuit»?

Cette image de la nuit me porte, et avec elle, furtive, tenace, celle du voleur que sa lumière assimile à une flamme blanche dans le noir. Et moi je suis à la fois cette nuit, l’ombre qui a envahi la maison, qui garde les derniers recoins et débarras, et la flamme blanche qui avance dans les chambres, les couloirs, les resserres où le furtif se glisse et va à la façon des marlous.

— Avouez-vous que vous vous êtes assimilé à ce furtif?

— Oui je l’avoue, et je sais l’assimilation injurieuse. Mais cette image m’enchante. Toujours le retour. J’ai été visage troué de terre, ou semoule de l’ombre, je sors de ces fadeurs, je viens surprendre vos sommeils. Et le mien. Et mon songe. Mon absurde illusion de mortvivant.

— Vous vous soustrayez à la mort! Vous voulez vraiment le dernier mot…

— Ce n’est pas tant que je le veuille, le dernier mot est en moi. Il faut en prendre votre parti, Monsieur l’interrogateur, dussiez-vous crever de dépit, et ravaler votre questionnaire en bouchée aigre.

Nous n’aimons pas l’aigreur, Monsieur l’interrogateur, ni l’envie, ni la jalousie des justes. Nous aimons la folie qui ne se voit pas et qui dicte, et l’inattendu, le révélé, le montré qui ne devait pas l’être, le regard de l’idiot le vole et le mange, viande céleste, cascade fraîche.

Nous aimons les gouttes froides de l’ombre. Les surprises de la nuit. Or nous ne savons rien de la nuit, à peine du jour, nous savons l’attente, la calme attente impatiente qui parle en moi et se rit de vos mises en cause.

Parce que vous m’aiderez encore, Monsieur l’interrogateur, à m’éclairer en me provoquant. A piquer ma part d’ombre de votre langue serpentine. Ma part d’ombre ne change pas, ne se trouble pas, j’y vais avec vous et je regarde.

D’ailleurs, à force de nous parler nous nous sommes emboîtés et appariés comme la figure et son écrit, ou comme réfléchit le miroir, comme marche l’écho, ou comme la question ouvre la soute. Nous sommes inséparables, Monsieur l’interrogateur, simplement je prends congé.

— Non, attendez, il y a encore beaucoup de choses…

— Nous avons le temps.

— Vous n’avez rien dit de Dieu, ou si peu, rien de l’amour, rien de la peur…

— Vous auriez dû écouter mieux. Je dois vivre quelques années pour laisser venir d’autres mots de l’énigme. Même pas pour la définir, elle est sans forme et sans fond, au moins pour la délimiter. Vous voyez. J’aurai besoin de vous. Nous avons du pain sur la planche, vous et moi. Fixer une date? Prendre langue? Soyez tranquille, cher bourreau. Je reviendrai.

«L’interrogatoire». De Jacques Chessex. Grasset, 164 p. En librairie dès le 6 avril.

Source : http://www.hebdo.ch/jacques_chessex_convoque_son_double_94255_.html

 

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Les vies extraordinaires d’Eugène, Isabelle Monnin

Posté par Serge Bénard le 6 mars 2011

Les vies extraordinaires d’Eugène
Isabelle Monnin
Date de parution : 25/08/2010
Editeur : JC Lattès
EAN : 9782709634199

Prix conseillé : 17.0€
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Résumé de Les vies extraordinaires d’Eugène

On sait peu de choses d’elle. Pas son prénom. Juste qu’elle a décidé de ne plus parler, « puisqu’il n’y a plus rien à dire », qu’elle coud le même modèle de pantalon en velours rouge dans toutes les tailles, de 6 mois à 102 ans, qu’elle surnomme ses parents Lucha mama et Dalaï papa et qu’autrefois elle imitait Bourvil pour le faire rire. De lui, on sait qu’il prépare le marathon de New York, qu’il est historien et qu’il s’est donné une mission : pour que sa compagne retrouve la parole, il doit faire le récit de l’histoire d’Eugène. Eugène est leur fils. Il est mort à l’âge de six jours. Mais comment raconter une si courte vie ? A-t-il existé, lui qui n’a pas vécu ? Le père d’Eugène n’a pas d’imagination mais de la méthode. Il se lance dans une enquête. La traque pragmatique de ce qu’aurait dû être la vie d’Eugène. Il cherche ses « aurait dû » partout. Jusqu’à la crèche qu’il aurait dû fréquenter où il dérobe la liste des enfants qui auraient dû devenir les copains de son fils. Le voilà qui espionne, sur Internet ou dans les rues d’un quartier populaire de Paris, les familles de ces petits. Pendant une année, il tient le journal de cette enquête. Et il s’entraîne pour le marathon sur un tapis de course installé dans leur appartement. Pendant qu’il court, la mère d’Eugène glisse des morceaux de velours rouge dans sa machine à coudre et se raconte en silence les vies héroïques de son glorieux fils. Livre de deuil, Les Vies extraordinaires d’Eugène est le récit de l’absurdité et de la puissance de la vie.

Extraits

Le premier chapitre…

 

DÉCEMBRE 

J+26 (19 décembre) 
Je pourrais parler de Carla Bruni. Il semble que son histoire avec le président de la République a commencé ce soir-là. C’est une coïncidence évidem­ment, n’y voir aucun complot sarkozyste. C’était juste un dîner chez Jacques Séguéla. Il fallait dis­traire un ami récemment divorcé. Carla, Luc, Marie-Caroline, à vos agendas, retrouvons-nous le 23 novembre vers 20 heures, espérons un coup de foudre, Nicolas ne supporte pas de dormir seul. 
Ce jour où, en silence, un tsunami a renversé notre vie.

J+27 (20 décembre) 
En une des journaux, Carla Bruni est sourires Christmas à Eurodisney. J’ouvre Word. Numéros de page, feuille de style, je travaille en Calibri 11, ça change, interligne simple, je calibre le texte. Je clique sur l’icône « enregistrer sous », « bureau », « ok ». Il faut nommer le document : « L’Histoire de notre fils.doc ». C’est le plus simple. 
Après, je ne sais pas faire. L’écriture m’intimide. La figure de l’écrivain est celle d’un demi-dieu chez mes parents. Profs, province, culture. L’équivalent de Zidane pour un fan de football. Je me souviens de leur vénération suspendue lorsqu’ils énuméraient les auteurs. « Ah, Koun’déra et Djémes Djoyisse », disait ma mère, « Bouvier, Garcia Marquez, », jetait mon père. Tole-Stoye, Bequète, Modiano, Le Clé­zio, Nènessi Youstone, Someussète Môô Hane, Ninaberbérooova, Lévi-Chtra-osse, Sempl-roune… J’ai longtemps cru que c’était une sorte de jeu d’adultes : énoncer le plus de noms étranges pos­sibles comme un annuaire exotique. J’en ai gardé un goût pour les patronymes étrangers, qui me ramènent immédiatement, non pas dans les souve­nirs de quelques voyages (nous ne voyagions jamais), mais dans la chaleur de la cuisine familiale. 
Chaque année, mes parents me traînaient au Salon du livre. Nous « montions » à Paris en train. Toujours le même hôtel, près de la gare. Au-dessus du lit, il y avait une reproduction d’un tableau de Toffoli, le peintre préféré des enseignants de cette époque. Ma mère disait : « Quand même, à Paris, on sent tout de suite la culture. » Nous arrivions le vendredi soir, tard, et, dès le samedi matin, après un énorme petit déjeuner (« comme ça, on ne mangera pas ce midi »), nous nous pressions aux portes du temple, le Grand Palais réaménagé en supermarché du livre. Ma mère mettait son sac en bandoulière, « par sécurité », et mon père marchait les mains dans les poches arrière de son jean. La journée entière du samedi, et celle du dimanche, consistait à traquer l’auteur à « faire signer ». Je ressentais la demande de dédicace comme une humiliation. Pas eux. « Nous avons parlé à Attali, il connaît notre région », avait raconté une fois ma mère, tout excitée, à sa propre sœur, comme si elle avait eu un échange égalitaire et intéressant avec ce type dont les ouvrages s’empilaient sur la table du salon mais dont le plus important était désormais qu’il connaissait notre région. Je me disais que ça devait être cela la vie d’adulte, perdre tout esprit cri­tique, dès lors qu’on est confronté à quelqu’un que la société (mais qui au juste ?) a distingué une fois pour toutes. Mon père tenait pourtant pour principe non négociable que les statuts intangibles n’avaient pas leur place en république. Il concluait en général sa démonstration par un sans appel : « Et les aristos, nous les pendrons avec les boyaux du dernier curé. » J’ai mis longtemps à comprendre que c’était une blague. 
C’est surtout l’idée de déboyauter le curé qui me terrifiait. J’avais en souvenir le cochon que nos voi­sins paysans, les Saintonge, tuaient chaque année. Une fois, j’étais arrivé au moment où le boucher et ses assistants, installés dans la cour de la ferme, déroulaient les mètres de boyaux de l’animal. Ils net­toyaient le tube pour en enlever toute trace d’excré­ment. Odeur fétide. Tout le reste me semblait immobile. Cette couleur bistre. Je regardais la mort en face, la bouche ouverte. Avais-je ce même air ahuri quand j’ai vu mon petit au dernier jour ? Les hommes avaient du sang jusqu’aux coudes. Je revois la mère de mes copains, un masque sur le nez. On aurait dit le chirurgien du bloc opératoire. Avec une autre femme, elle préparait le boudin ; dans une grande bassine, le sang de l’animal bouillonnait. Les Saintonge touchaient la mort, en faisaient des sau­cisses ! Le soir, quand j’imaginais que des voleurs d’enfants m’attendaient tapis sous mon lit, c’est le père Saintonge qui venait me sauver. Il aurait pu, sûr et certain, tuer un homme de ses mains épaisses et brunes. Je ne pouvais me figurer mon père muni d’une scie pour découper les cuisses du cochon de l’année. Il avait déjà du mal à se servir du couteau électrique pour trancher le gigot. Voilà pourtant qu’il projetait d’étriper un curé. J’ai longtemps cru que mes parents ne mentaient jamais. Mais je trou­vais fort contradictoire qu’ils envisagent d’ouvrir le ventre d’un prêtre mais qu’ils se prosternent sans ironie devant ces auteurs en mocassins du Salon du livre. La vérité est que mes parents étaient complexés mais je ne le savais pas encore. 
Les Saintonge tuaient le cochon, nous empilions les livres. Pour leur plaire, je l’avais compris très tôt, il fallait donc être littéraire. Je m’y appliquai autant que je pus – et sans aucun second degré. Je lisais beaucoup. Il serait plus exact de dire que je passais de longues heures d’ennui (dans cette campagne moyenne, quand on ne jouait pas au foot, il n’y avait pas grand-chose à faire pour un garçon couvé par sa mère) un livre ouvert devant moi. Mais on disait que je lisais. Ma mère se plaignait par exemple souvent à sa sœur : « Celui-là, il est toujours un bou­quin à la main, j’aimerais tant qu’il aille jouer dehors. » (Maman, tu ne veux jamais que je sorte, tu as toujours une bonne raison pour m’en empêcher.) Les gens ne m’offraient que cela, des livres. J’avais dix ans à peine, j’étais déjà pris au piège de la repré­sentation sociale. 
Lire ne suffisait pas. Pour satisfaire ma mère, il fallait écrire. Elle conservait comme des reliques pré­cieuses le moindre mot que je lui avais adressé. À titre d’exemples : « Je tème mamanchéri » à six ans, « Vive Mitéran et vive maman » à dix ans, et le mythique « Maman, il est 6 heures du matin, je rentre seulement. J’ai eu un petit problème : j’ai glissé, à cause du verglas, dans le vomi d’un clo­chard. J’ai mis mes affaires sales dans la machine. Je vais dormir un peu tard je pense. Je tème maman-chéri ». Ce dernier mot, je l’avais rédigé la nuit de ma première cuite. Je devais avoir quatorze ans. C’était une soirée organisée par le club d’astronomie du collège (comme tous les fils de profs, j’étais censé être passionné par les étoiles). Boris Leprince et Fabrice Troutignon avaient apporté des bières et moi – j’avais pensé à Tolestoye –, une bouteille de vodka. Au bout d’une heure à peine, j’étais proche du coma éthylique, allongé dans mon vomi, dehors, sur la terrasse enneigée de Jean-Marc Lopez. Il est rare qu’il neige dans notre région, cet hiver-là était glacial. Je suis rentré à 6 heures du matin. Mes habits, recouverts de vomi gelé, craquaient au moindre de mes mouvements. Assez lucide pour deviner que Bukowski ne faisait pas partie du pan­théon parental, j’ai inventé le clochard. Un clochard dans ce bourg sans intérêt ? Comment a-t-elle pu le croire ? Je ne me serais jamais laissé berner par mon fils. Elle a pesté contre la pauvreté (mais surtout la saleté des pauvres) et a placé immédiatement le bout de papier dans sa « boîte à mots ». 
Il n’y a pas que sous l’oreiller de ma mère ou sur la table de la cuisine que j’exerçais mon art de l’écriture. Je me souviens de mes tentatives de faire du style dans les rédactions que nous commandait la prof de français. Surtout en troisième avec Mlle Foulon. Je savais par mes parents qui la côtoyaient en salle des profs qu’elle était célibataire. Elle se prénommait Capucine. En été, elle portait des chemises légèrement transparentes. Invariable­ment, Mlle Foulon me rendait une copie affublée d’un très vexant : « De la culture mais le style est lourd ! » Je ne comprenais pas qu’elle ne retrouve pas tout le lyrisme que j’y mettais. Le coup de grâce me fut porté lors du devoir sur « La Crise d’adolescence ». J’allais enfin pouvoir partager avec quelqu’un la profondeur de mes réflexions sur l’incommunicabilité moderne. Je remplis trois copies doubles. Dix jours après, elle me les rendit avec un sourire navré : « Certains ont eu du mal à y mettre un peu d’eux-mêmes », lança-t-elle, générali­sant ce qui d’évidence s’adressait à moi. Cette bonté – elle ne souhaitait pas me blesser – rajouta la mortification à l’humiliation. Sur le devoir, en rouge, comme toujours : « Style maladroit et lourd, malgré des idées. » Je me souviens de la chaleur de mes joues cramoisies et qu’elle portait une tunique noire, ajourée autour du cou. 
J’ai fini par me méfier de la littérature qui m’avait procuré tant de honte. La science historique était un bon compromis. Un plan, des exemples bien choi­sis, de la nuance : je suis facilement devenu le cham­pion de l’écriture académique. Je me suis glissé dans la discipline comme un poisson dans l’eau. Dans ce mot, « discipline », j’entendais moins matière que règles, obéissance et méthode. Cela me convenait parfaitement. Neutralité scientifique oblige, je ne me suis jamais engagé plus loin qu’une dédicace de thèse (« à mes parents et à ma femme »). Pour le reste, jamais de sentiments. Je n’ai de toute façon rien de personnel à écrire. Aucune imagination, aucun problème. Je me satisfais de ce que j’ai, et ce n’est pas un renoncement. Voilà, l’écriture n’est pas pour moi, mais pour les gens qui ont des avis, des problèmes intéressants, des imaginations ; pour ceux qui savent « y mettre un peu d’eux mêmes ». Pour des personnes qui ne craignent pas qu’on voie un peu leurs seins quand elles écrivent au tableau. Pour ma part, écrire « je » me semble aussi extravagant que de faire, par exemple, du patinage artistique. 
Autant dire que ce matin, devant cet ordinateur, dans ce café, c’est comme si j’avais décidé de tenter le triple loots, cette mystérieuse figure de patinage qui berça une partie des dimanches après-midi de mon enfance. Ma mamie Jeannette s’extasiait devant ces spectacles. Elle trouvait cela « magnifique », « surtout les costumes ».

J+28 (21 décembre) 
Si l’on vient deux jours de suite dans le même café, à la même heure, et qu’on s’assied à la même place, devient-on un habitué ? Y a-t-il une tradition de bizutage pour les nouveaux ? La serveuse aux cheveux rasés en est-elle l’ordonnatrice ? Le bar est peu rempli. Une table est entourée de quatre femmes en manteau. Elles appellent la serveuse « Lisette » et commandent des « déca-noisettes ». Elles parlent assez fort de leurs enfants et d’une fête de Noël à l’école qu’elles doivent organiser. L’une, en tapant un SMS, dit : « Ça me saoule ces fêtes à la con. » Elles parlent d’un certain Olivier. Il a préparé une chasse aux trésors et les enfants sont très excités. Dois-je lui faire un cadeau ? Faudra-t-il trinquer à la nouvelle année ? On n’aura qu’à dire que l’ordi­nateur portable est notre cadeau cette année.

Avec l’aimable autorisation des éditions JC Lattès © 2010

Source : http://www.premierchapitre.fr/sp/iphone/v3/livre_pc.php?livre=295


 

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« Complocratie » : plongée dans un monde de conspirations

Posté par Serge Bénard le 3 mars 2011


Dans un livre événement, Bruno Fay décortique les mécanismes qui génèrent les théories du complot. Bonnes feuilles exclusives.

Journaliste indépendant, Bruno Fay est le co-auteur de deux enquêtes remarquées : « Le Casier judiciaire de la République, abécédaire des hommes politiques mis en examen » (2002), et « No Low Cost » (2009), sur les coulisses et ravages de l’économie à bas coût.

« Complocratie » : plongée dans un monde de conspirations dans Actualité éditoriale, vient de paraître 2402_Complocratie_vignetteDans « Complocratie » (paru ce 24 février aux éditions du Moment), il se penche sur « les sources du nouveau conspirationnisme ». En plus d’une recherche documentaire très fouillée, il a rencontré des chercheurs, des acteurs de premier plan, mais aussi quelques conspirationnistes, pour de longs entretiens. A noter, des interviews chocs de Michel Rocard et du président du groupe Bilderberg.

Il explore son sujet dans toutes ses dimensions : la psychologie, le poids d’Internet, évidemment, qui accélère la circulation de la rumeur et de l’information. Mais aussi la stigmatisation du doute par le discours dominant, les manipulations d’officines « barbuzzardes » (des barbouzes lançant des buzz) ou le mensonge des hommes politiques, qui alimente la méfiance. Secrets d’Etat ou propagande politique.

Lire la suite : http://www.rue89.com/2011/02/24/complocratie-plongee-dans-un-monde-de-conspirations-192002?page=0

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Premier chapitre – La tête en friche, de Marie-Sabine Roger

Posté par Serge Bénard le 20 février 2011

La tête en friche, un film de Jean Becker d’après un roman de Marie-Sabine Roger. Sortie du film :  juin 2010. Avec : Gérard Depardieu, Gisèle Casadesus, Maurane. Le pitch : Germain et Margueritte ne se connaissent pas. L’un est analphabète, l’autre ancienne chercheuse en agronomie, désormais à la retraite. Un jour, ils se rencontrent dans un parc. Finalement, une amitié se lie. Petit à petit, Margueritte réussit même à lui transmettre le goût de la lecture. Mais lorsqu’elle perd la vue, les rôles s’inversent. C’est désormais à Germain de lui raconter des histoires… La bande-annonce : excessif.com

 

(http://www.excessif.com/cinema/videos/bande-annonce-la-tete-en-friche-5866580-760.html)

 

Le livre La tête en Friche Éditions du Rouergue 16,50 €

Le premier chapitre…

 

J’ai décidé d’adopter Margueritte. Elle va bientôt fêter ses quatre-vingt-six ans, il valait mieux pas trop attendre. Les vieux ont tendance à mourir.

Comme ça, s’il lui arrive un truc, je sais pas – tomber par terre dans la rue, ou se faire gauler son sac – je serai là. Je pourrai arriver tout de suite et pousser les gens du milieu, leur dire :

– Ok ! C’est bon, tirez-vous, maintenant ! Je m’en charge : c’est ma grand-mère.

Ce n’est pas écrit sur sa tête qu’elle est seulement adoptée.

Je pourrai lui acheter son journal, ses bonbons à la menthe. M’asseoir près d’elle dans le parc, aller la voir aux Peupliers, le dimanche. Et rester pour manger avec elle à midi, si je veux.

Bien sûr, avant aussi, j’aurais pu, mais je me serais senti en visite. Maintenant, ce sera par plaisir, et aussi par devoir.

C’est ça qui est nouveau : les obligations familiales. C’est un truc qui va bien me plaire, je le sens.

Ça me change la vie, de l’avoir rencontrée, Margueritte. Avoir quelqu’un à qui penser avec plaisir, quand je suis seul – quelqu’un d’autre que moi, je veux dire – ça fait drôle. J’en ai pas l’habitude. Je n’avais jamais eu de famille avant elle.

Enfin, je me comprends. J’ai une mère, pas le choix. Seulement, elle et moi, mis à part d’avoir été imbriqués l’un dans l’autre neuf mois, on n’a pas partagé grand-chose, sauf le pire. Pour le meilleur, j’en ai pas souvenir. J’ai un père, aussi, forcément. Mais j’en ai pas profité bien longtemps, il a fait son affaire à ma mère, et basta. Ceci dit, ça m’a pas empêché de grandir, plutôt mieux que les autres en moyenne : cent dix kilos de muscles et pas un poil de graisse, un mètre quatre-vingt-neuf sous la toise, le reste à l’avenant. Si mes parents m’avaient voulu, j’aurais sûrement fait leur fierté. Pas de chance.

Ce qui est nouveau pour moi, également, c’est qu’avant Margueritte je n’avais pas encore aimé quelqu’un. Je ne vous parle pas des choses sexuelles, je vous parle de sentiments sans qu’on aille au plumard après. Tendresse et affection, et confiance. Et tout ça. Des mots que j’ai encore un peu de mal à prononcer, vu qu’on ne me les avait jamais dits de plain-pied, avant que Margueritte en parle. Des sentiments très convenables et purs.

Je tiens à préciser, parce qu’ici j’en connais qui seraient largement assez cons pour me dire, Alors Germain, tu dragues les mamies ? Tu te farcis le troisième âge ?

Ça ne me gênerait pas de leur mettre un pain, à ceux-là.

Dommage que je n’ai pas connu Margueritte quand j’en avais vraiment l’usage, à l’époque où j’étais minot, quand je passais mon temps à essayer toutes les conneries qu’on peut faire.

Mais il ne faut jamais rien regretter, dans la vie : ce qui est passé doit rester en arrière.

Je me suis fait tout seul, et alors ? Même si ce n’est pas bâti dans les normes, ça tient.

Margueritte, elle se tasse, par contre. Elle se tient de guingois, pliée sur ses genoux. Va falloir que j’en prenne soin, si je veux vraiment qu’elle me dure. Elle a beau faire sa maligne, elle est fragile. Elle a des petits os de piaf, je pourrais les casser entre deux doigts, facile. Je dis ça comme ça, c’est pour dire. Bien sûr, je ne le ferai pas. Casser les os de sa grand-mère, faudrait être taré ! C’est seulement pour montrer comme elle est délicate. Elle me fait penser aux petits animaux en verre filé qu’ils vendent chez Granjean, à la papeterie. Une biche, surtout, dans la vitrine. Elle est minuscule, avec des pattes fines, fines ! Pas plus épaisses que des cils. Margueritte, elle est comme ça. Quand je passe devant cette biche, je l’achèterais bien. Trois euros qu’est-ce que c’est ? Seulement je sais que dans ma poche elle se pèterait tout de suite. Et puis où est-ce que je la mettrais ? Chez moi, ce n’est pas très fourni en étagères, pour poser la décoration. C’est petit, une caravane.

Pour Margueritte non plus, je n’avais pas de place, au début. À l’intérieur de moi, je veux dire. Lorsque j’ai commencé à m’attacher, j’ai bien senti que je devrais me faire de l’espace, rien que pour elle, et pour mes sentiments. Parce que l’aimer, ça me venait en plus du reste – tout ce que  j’avais déjà dans le crâne – et je n’avais pas prévu ça.

Alors j’ai fait mes rangements. Du coup, je me suis rendu compte que je n’avais pas grand-chose à garder d’important. Je m’encombrais de tout un tas de bordel imbécile. Les jeux à la télé, les blagues à la radio, les discussions avec Jojo Zekouc au café restau Chez Francine. La belote en 5 000 avec Marco, Julien et Landremont. Et puis les soirs où j’allais voir Annette, pour lui tirer ma crampe avec des mots d’amour. Mais ça, c’est bon pour la tête au contraire : on ne peut pas penser, avec les burnes pleines. Pas de façon correcte et profonde, en tout cas.

Annette, j’en parlerai une autre fois. C’est plus pareil, entre elle et moi.

La première fois que j’ai vu Margueritte, elle était sur ce banc, là-bas. Sous le gros tilleul, à côté du bassin. Il devait être dans les trois heures de l’après-midi, avec un beau soleil, un temps trop doux pour la saison. C’est pas bon pour les arbres : ça bourgeonne à tout va et si ça prend un coup de gel, les fleurs coulent et les fruits sont rares.

Elle était habillée pareil que d’habitude. Évidemment, ce jour-là, je ne pouvais pas le savoir, qu’elle s’habillait toujours comme ça. Les façons de faire des autres, on les connaît seulement quand on connaît les gens. La première fois, on ne peut pas prévoir ce qui va suivre. On ne sait pas si on s’aimera, si on se souviendra du premier jour, plus tard. Si on en arrivera à s’insulter, ou à se foutre sur la gueule. Ou si on deviendra des potes. Et tous les ou et tous les si qui vont avec. Et les peut-être.

Les peut-être, c’est ça, le pire.

Margueritte était là, assise sans rien faire, les yeux dans le vague. Bien en face de la pelouse, au bout de l’allée principale. Elle portait une robe imprimée, avec des fleurs grises et violettes de la couleur de ses cheveux, un gilet gris tout boutonné, et puis des bas et des chaussures sombres. Près d’elle, il y avait un sac noir.

Je me suis dit qu’elle n’était pas prudente. Un sac posé comme ça, je le vole comme je veux. Quand je dis je, ce n’est pas de moi que je parle. Je, c’est mis pour : les gens. Les racailles, en tout cas. Surtout qu’une petite vieille, c’est facile à semer à la course. Tu la pousses du plat de la main, d’un coup sec, ça suffit : elle tombe avec un petit cri, elle se fait un col du fémur, et puis elle reste allongée presque morte et toi – pas vous ni moi, bien sûr : les racailles – tu peux te tailler bien tranquille, d’ailleurs c’est fait, tu es déjà loin. Ne me demandez pas d’où je peux tenir ça. Enfin bon, elle n’était pas prudente.

J’aurais très bien pu ne pas venir au parc, ce lundi où je l’ai connue. J’aurais pu être occupé, ne pas avoir une minute libre. Qu’est-ce que vous vous imaginez ? Certains jours, j’ai des choses à faire : mesurer entre mes mains le tronc des jeunes pins plantés au bord de la rocade, pour surveiller la déforestation (la moitié d’entre eux va crever, j’en suis sûr, c’est pour ça que je vérifie. D’ailleurs, c’est pas étonnant, que ça crève, quand on voit comment ils s’y sont pris, ceux des espaces verts, à la mairie !). M’entraîner à courir le plus longtemps possible, à tirer les canettes au pistolet à plomb, devant la caravane. C’est pour le souffle et les réflexes, si un jour je devais m’échapper d’un attentat, ou sauver des gens, faut prévoir. Et un tas d’autres choses, aussi. D’autres choses très différentes. Par exemple, je sculpte des morceaux de bois avec mon Opinel. Je fais des animaux, des petits personnages. Des gens que je vois dans la rue, des chats, des chiens, n’importe qui.

Ou bien je vais au parc, pour compter les pigeons.

En passant, j’en profite pour écrire mon nom en lettres majuscules, sur la plaque de marbre au-dessous du soldat du monument aux morts. Bien sûr, à chaque fois, quelqu’un de la mairie l’enlève et puis m’engueule, Germain, arrête un peu tes conneries, y en a marre, tu nettoieras, au prochain coup !

Pourtant ce sont des feutres indélébiles – qui ne peut s’effacer / voir : ineffaçable – je les ai payés assez cher. D’ailleurs je vais aller leur dire, à la papeterie, que c’est du foutage de gueule. C’était marqué « toutes surfaces », c’est du vol. Le marbre, c’est une surface – que je sache, comme dirait Margueritte qui parle toujours bien.

En tout cas, dès que mon nom est effacé, je n’ai plus qu’à recommencer. C’est pas grave, je suis patient. Il restera peut-être, à force.

En plus je ne vois vraiment pas qui ça gêne, que je mette mon nom : je l’écris tout en bas. Même pas dans l’ordre alphabétique alors que je pourrais avoir des exigences, parce que Chazes, ce n’est pas à la fin, loin de là. Je pourrais me placer cinquième, dans leur liste !

Entre Pierre Boisverte et Ernest Combereau.

Un jour, je l’ai dit à Jacques Devallée, qui est secrétaire à la mairie. Il a hoché la tête, il a répondu que je n’avais pas tort sur le fond, et que les listes de noms sont effectivement conçues pour écrire des noms dessus !

– Toutefois, il a ajouté, toutefois il y a un détail dont il faut tenir compte…

– Ah oui, et lequel ? j’ai fait, comme ça.

– Eh bien, si tu regardes avec un peu plus d’attention, tu remarqueras que tous ceux dont le nom est gravé au bas du monument aux morts ont un point commun : ils sont morts.

– Ah bon ! j’ai fait. Ah bon, c’est comme ça ! Alors pour y avoir droit, il faut avoir passé l’arme à gauche, c’est ça ?

– C’est un peu dans cet esprit-là, en effet…, il a fait.

Il avait beau prendre son air supérieur, je lui ai dit que quand je serai mort, ils seront bien obligés de m’y graver aussi, sur leur putain de liste.

– Pourquoi donc ?

– Parce ce que je vais faire un papier pour le notaire. Je vais lui demander que ce soit dans mon testament. Les dernières volontés d’un défunt, ça se respecte.

– Pas forcément, Germain. Pas forcément…

N’empêche, je sais ce que je dis. J’y ai pensé, en rentrant chez moi : à ma mort (quand voudra le Seigneur, et Son heure sera la mienne), je veux qu’on l’écrive, mon nom. À la cinquième place. La cinquième en partant du haut, puisque c’est ça, et pas d’arnaque ! Ils se débrouilleront comme ils voudront, ces cons, à la mairie. Un testament, c’est un testament et puis c’est tout ! Oui, je me suis dit, je vais le faire, ce papier. Et je demanderai que ce soit Devallée qui me grave lui-même, rien que pour l’emmerder. J’irai voir chez maître Olivier, pour qu’on parle de ça ensemble. C’est un notaire, il saura bien quoi faire, non ?

© Le Rouergue

Avec l’aimable autorisation des éditions Le Rouergue © 2010

Source : http://www.premierchapitre.fr/sp/iphone/v3/livre_pc.php?livre=1#

 

 

 

 

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