Bonnes feuilles de Futurs proches de Noam Chomsky

Posté par Serge Bénard le 18 juillet 2011

Dans son livre Futurs proches - Liberté, indépendance et impérialisme au XXIe siècle, paru chez Lux le 13 janvier 2011 et traduit de l’anglais par Nicolas Calvé, Noam Chomsky nous propose, au chapitre 7, une réflexion sur « Les défis du XXIe siècle ».

Lire : http://www.contretemps.eu/lectures/bonnes-feuilles-futurs-proches-noam-chomsky

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Premier chapitre – Michel Onfray, Apostille au Crépuscule

Posté par Serge Bénard le 18 juin 2011


Il n’est pas nécessaire de présenter Michel Onfray, ni de rappeler la polémique qui a accueilli son Crépuscule d’une idole. Après avoir pris acte de l’émotion suscitée par sa critique iconoclaste du freudisme, et afin de dissiper les malentendus qui ont émaillé, bien souvent avec mauvaise foi, la publication de son ouvrage, Michel Onfray a éprouvé le besoin d’ajouter une Apostille à son essai. Il ne s’agit pas d’un repentir ou d’une auto-critique – mais d’une mise au point indispensable.

« Les analystes n’ont pas complètement atteint, 
dans leur propre personnalité, 
le degré de normalité psychique 
auquel ils veulent faire accéder leurs patients. » 
FREUD, L’Analyse avec fin et l’analyse sans fin.

PRÉFACE 
PSYCHANALYSTES, ENCORE UN EFFORT…
 
Où l’on apprend qu’il y a une vie après Freud…
1

Subir l’injustice ou la commettre ? Socrate a raison, ô combien !, d’affirmer qu’il vaut mieux subir l’injustice que la commettre. Dans le flot de haine ayant accueilli Le Crépuscule d’une idole , un livre d’un million de signes que beaucoup n’auront pas même eu le temps de lire pour le critiquer loyalement tant la haine s’est déversée en grande quantité avant la parution en librairie, j’aurai au moins eu la satisfaction d’opposer ma décence et ma retenue en ne tombant pas dans le caniveau où d’aucuns souhaitaient me conduire. 
Pour ma part, en effet, je n’ai traité personne de nazi, de fasciste, de pétainiste, de vichyste, alors qu’il m’aurait été facile d’insister sur le paradoxe qu’il y avait à m’invectiver avec pareilles insultes pour sauver Freud qui, lui, a manifesté sa sympathie pour le fascisme autrichien et sa formule italienne, signé des analyses aux limites de la haine de soi juive, avant de travailler avec les envoyés de l’Institut Göring pour que la psychanalyse puisse perdurer dans un régime national-socialiste ; je n’ai pas eu non plus recours aux facilités d’une psychanalyse sauvage à l’endroit de tel ou tel de mes adversaires pour attaquer sa vie privée, salir son père ou sa mère, stigmatiser son enfance ou suspecter sa sexualité, comme il a été fait à mon endroit ; de même, je n’ai pas utilisé les nombreuses informations qui m’ont été données, à la faveur de la parution de mon livre, par d’anciens patients sur le comportement délinquant et délictuel de certains analystes très en vue à Paris, et très impliqués dans la polémique à mon égard, qui utilisent le divan d’une façon susceptible de les conduire en correctionnelle si les victimes osaient parler ; enfin, je n’ai pas effectué d’attaques ad hominem, tout cela est vérifiable.

2

De l’inexistence de la critique. Le problème est moins cette réception pathologique de mon livre que l’incapacité de mes détracteurs d’apporter un seul argument valable contre mon travail car, dans le flot d’articles, de commentaires ou de sites surgis à cette occasion, et il y en eut pléthore, on chercherait en vain une invalidation de telle ou telle thèse de mon livre. Par exemple : 

1. Freud menteur. 
2. Freud affabulateur, inventeur de « mythes scientifiques » et de « roman historique ». 
3. Freud destructeur des traces de ses forfaits. 
4. Freud cocaïnomane dépressif, errant doctrinalement et cliniquement pendant plus d’une décennie. 
5. Freud à l’origine de la mort de son ami Fleischl-Marxow à cause d’erreurs répétées de prescriptions médicales. 
6. Freud destructeur du visage d’Emma Eckstein avec l’aide de son ami Fliess. 
7. Freud obsédé par l’onanisme. 
8. Freud obnubilé par l’accouplement avec sa mère. 
9. Freud extrapolant sa pathologie œdipienne à la planète entière. 
10. Freud perpétuellement travaillé par le tropisme incestueux. 
11. Freud couchant avec sa belle-sœur après avoir fait un point de doctrine de son renoncement à toute sexualité sous prétexte d’une sublimation dans la création de la psychanalyse. 
12. Freud sacrifiant à l’occultisme et au spiritisme. 
13. Freud pratiquant des rites de conjuration contre le mauvais sort. 
14. Freud croyant à la télépathie. 
15. Freud féru de numérologie. 
16. Freud inventant des cas n’ayant jamais existé. 
17. Freud romançant certains cas pour en faire des histoires convaincantes. 
18. Freud mentant sur sa clinique. 
19. Freud affirmant avoir guéri des patients qui ne l’ont jamais été. 
20. Freud prenant 415 euros 2010 pour une séance et prescrivant une rencontre par jour. 
21. Freud amassant une fortune en liquide échappant au fisc. 
22. Freud théorisant l’« attention flottante », justifiant ainsi que le psychanalyste puisse dormir pendant les séances sans que l’analyse s’en trouve pour autant troublée. 
23. Freud dormant pendant des séances, notamment avec Helen Deutsch. 
24. Freud confiant à Ferenczi : « les patients, c’est de la racaille ». 
25. Freud écrivant que sa psychanalyse soigne tout, et prescrivant tout de même en 1910 (!) l’intromission de sondes urétrales dans le pénis d’un homme afin de le guérir (!) de son goût pour la masturbation. 
26. Freud écrivant à Binswanger que la psychanalyse est « un blanchiment de nègres », autrement dit, que son chamanisme ne fonctionne pas. 
27. Freud ontologiquement homophobe. 
28. Freud misogyne théorisant l’infériorité physiologique, donc ontologique, des femmes. 
29. Freud très médiocre hypnotiseur. 
30. Freud pratiquant la balnéothérapie ou l’électrothérapie. 
31. Freud rédigeant une dédicace extrêmement élogieuse à Mussolini en 1933 en préface à Pourquoi la guerre ? (un livre qui développe des thèses en phase avec la doctrine du dictateur italien…). 
32. Freud soutenant le régime austro-fasciste du chancelier Dollfuss en 1934. 
33. Freud travaillant avec des émissaires de l’Institut Göring, dont Felix Boehm, pour assurer la pérennité de la psychanalyse dans le régime national-socialiste. 
34. Freud manigançant l’exclusion du psychanalyste Wilhelm Reich, avec les mêmes émissaires de l’Institut Göring, pour cause de communisme. 
35. Freud écrivant en pleine furie nazie que Moïse n’était pas juif et que les Juifs étaient des Egyptiens. 
36. Freud avouant peu de temps avant la fin de sa vie qu’on « n’en finit jamais avec une revendication pulsionnelle », autrement dit : qu’on ne guérit jamais. 
Ce Freud-là, donc, tous ceux qui m’ont traîné dans la boue en multipliant les attaques ad hominem n’en disent rien. Et pour cause, car le réquisitoire accablant brièvement résumé ci-dessus en trente-six thèses fait dans mon livre l’objet de longues argumentations étayées par des références et des citations dûment répertoriées. 
La haine de mes contradicteurs dit assez combien j’ai mis dans le mille… Et, dans cette aventure, la plupart des analystes de Paris qui ont rempli les pages « opinions » des journaux (pendant qu’on refusait explicitement les articles positifs sur mon travail dans ces mêmes supports…) se sont fait un devoir de donner raison à Karl Kraus, l’auteur de cet aphorisme célèbre : « La psychanalyse est cette maladie dont elle prétend être le remède. » Combien, en effet, la haine de ceux-là prouve que la psychanalyse ne soigne pas les pathologies les plus lourdes ! Le petit gratin analytique parisien a prouvé de façon ridicule et pitoyable que Freud avait raison : la psychanalyse est bien un blanchiment de nègres – autrement dit une entreprise inefficace… Sinon : pourquoi tant de haine ?

Source : http://www.grasset.fr/chapitres/ch_onfray6.html

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Mémoires de Chirac : le nouvel obs grille l’exclusivité du Point

Posté par Serge Bénard le 9 juin 2011

Publié par Julien Bellver

Mercredi 8 Juin 2011 | 09h44

puremedias.com

Le Nouvel Observateur du 8 juin 2011.puremedias.com - Agrandir


Jacques Chirac balance. Sur Nicolas Sarkozyentre autres. Dans le second tome de ses mémoires, « Le temps présidentiel, mémoires tome 2 » (Ed. Nil). Les bonnes feuilles de cet ouvrage très attendu devaient se retrouver en exclusivité dans les colonnes du Point cette semaine, à paraître demain. Mais Le Nouvel Observateur, qui a avancé sa parution d’un jour, grille la politesse à son confrère et y consacre sa Une aujourd’hui : « Chirac juge Sarkozy ». Exactement le même titre qui avait été choisi par Le Point, modifié quelques heures avant son départ pour l’imprimerie. On pourra donc lire demain en Une : « Chirac dit tout. Sarkozy, Bush, Mitterrand ».

Lire la suite : http://www.ozap.com/actu/memoires-chirac-nouvel-obs-grisse-exclusivite-point/427116

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Serge Sautreau, L’antagonie (extraits)

Posté par Serge Bénard le 9 juin 2011

7 juin 2011

 

 

Serge Sautreau, L’antagonie (extraits) dans Bonnes feuilles, extraits, premier chapitre sautreauTomber dans L’antagonie (journal 2007-2008) de Serge Sautreau (Gallimard) en plein jour c’est s’en relever autre. Et comme il m’est difficile d’écrire quelque chose de fulgurant après ça et que Renaud Ego l’a joliment fait surPoezibao, autant lui laisser la parole. Je reproduirai donc infra une partie de sa chronique et vous invite à lire également le billet de Pascale Fautrier sur Mediapart. Plus bas encore, quelques fragments extraits de l’année 2007 (« Entre ») du journal poétique de Serge Sautreau. Un extrait plus long peut d’ailleurs être téléchargé gratuitement en ePub sur ePagine. Grand merci enfin àMartine Silber de m’avoir amené à ce texte. ChG

« Le poète Serge Sautreau est mort le 18 Mars 2010 à l’âge de soixante-six ans. Depuis plusieurs années, une grave insuffisance respiratoire l’avait peu à peu cloué chez lui. Tout en travaillant à l’édition d’un vaste essai poéticopolitique, le Sens de l’excès (toujours inédit), il avait tenu au cours des années 2007-2008 un journal poétique, à la fois habité par l’urgence, le désespoir parfois, mais surtout par la grâce d’être vivant encore malgré tout. (…) L’Antagonie est la réponse épousant et s’opposant à l’agonie lente que vécut Serge Sautreau dans les dernières années de son existence. Réponse magnifique par sa hauteur de ton, son élégance à ne jamais s’apitoyer, son savoir-vivre en somme quand la vie, pourtant minée par la certitude de son imminente interruption, demeurait pour lui qui la désirait avec ardeur, une trame certes décousue mais éblouie d’illuminations et de feux de joie faits de toute brindille disponible. » (cliquer ici pour lire la suite de la chronique de Renaud Ego sur Poezibao)

 

Extraits de « Entre (été 2007) »

Comme elle s’éloigne, la vie. Comme elle se voile. D’une pièce à l’autre, si distante. Où sont ses gants, ses courants d’air ? Si je tends le bras déjà c’est l’horizon. Même la fenêtre étouffe. De l’autre côté, il y a les luxuriances.
Fourrures étonnées, sacres de mésanges, infinis hors la main. Mes aromates, vite.

Le cabot hystérique est aux commandes. Feux d’artifice ont force de loi. À genoux, gueux.

Mon foutu corps de gloire ne vole pas plus haut que le ciel.
Heureusement, le vent.

*

Je, et alors ?
Nous, et ensuite ?

Un toboggan de mirages sans sujet préconçu dans la vitesse de la lumière.
De quoi faire un peu d’ombre
À la grand-nuit.

Camaïeutique de ce qui vient,
Qui ne s’apprend pas, ne se voit guère,
Se joue chaque jour des jours qui restent et qui s’en vont.

Je passe dit-elle et nous y sommes.
Inutile de savoir compter.

Lire la suite : http://blog.epagine.fr/index.php/2011/06/serge-sautreau-l-antagonie-gallimard/

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Citation du 8 juin

Posté par Serge Bénard le 8 juin 2011

C’était deux livres, les Rêveries d’un promeneur solitaire et la Chartreuse, tous deux en édition ancienne.
- Mais, Odile… Merci… C’est extraordinaire… Comment les avez-vous trouvés? 

- J’ai bouquiné dans les rues de Brest, Monsieur. Je voulais vous rapporter quelque chose.

 André Maurois

Climats, 1928, p. 115.

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De l’influence du régime alimentaire (Balzac)

Posté par Serge Bénard le 3 juin 2011

Vendredi 3 juin 2011
DE L’INFLUENCE DU RÉGIME ALIMENTAIRE (BALZAC)

La première question qui s’impose, avant de débuter notre série d’articles dédiés aux plaisirs de la table, est celle de savoir s’il existe un lien entre la destinée d’un peuple et son régime alimentaire.
Un questionnement qui s’inscrit dans la droite ligne de Montesquieu et de son développement sur la théorie des climats.
Vaste question !
Sous la plume de Balzac, la réponse ne manque pas de nous intéresser, voire de nous surprendre.
Vous saurez tout sur d’étranges expérimentations alimentaires !
Que peut-on en déduire ? On ne peut que vanter les mérites des régimes équilibrés…
****

« Les destinées d’un peuple dépendent et de sa nourriture et de son régime. Les céréales ont créé les peuples artistes. L’eau-de-vie a tué les races indiennes. J’appelle la Russie une aristocratie soutenue par l’alcool. Qui sait si l’abus du chocolat n’est pas entré pour quelque chose dans l’avilissement de la nation espagnole, qui, au moment de la découverte du chocolat, allait recommencer l’empire romain ? Le tabac a déjà fait justice des Turcs, des Hollandais, et menace l’Allemagne. Aucun de nos hommes d’Etat, qui sont généralement plus occupés d’eux-mêmes que de la chose publique, à moins qu’on ne regarde leurs vanités, leurs maîtresses et leurs capitaux comme des choses publiques, ne sait où va la France par excès de tabac, par l’emploi du sucre, de la pomme de terre substituée au blé, de l’eau-de-vie, etc. (…)
Voici le résultat d’une expérience faite à Londres, dont la vérité m’a été garantie par deux personnes dignes de foi, un savant et un homme politique, et qui domine les questions que nous allons traiter.
Le gouvernement anglais a permis de disposer de la vie de trois condamnés à mort, auxquels on a donné l’option ou d’être pendus suivant le formule usitée dans ce pays, ou de vivre exclusivement, l’un de thé, l’autre de café, l’autre de chocolat, sans y joindre aucun autre aliment de quelque nature que ce fût, ni boire d’autres liquides. Les drôles ont accepté. Peut-être tout condamné en eut-il fait autant. Comme chaque aliment offrait plus ou moins de chances, ils ont tiré le choix au sort.
L’homme qui a vécu de chocolat est mort après huit mois.
L’homme qui a vécu de café a duré deux ans.
L’homme qui a vécu de thé n’a succombé qu’après trois ans.
Je soupçonne la Compagnie des Indes d’avoir sollicité l’expérience dans l’intérêt de son commerce.
L’homme au chocolat est mort dans un effroyable état de pourriture, dévoré par les vers. Ses membres sont tombés un à un, comme ceux de la monarchie espagnole.
L’homme au café est mort brûlé, comme si le feu de Gomorrhe l’eût calciné. On aurait pu en faire de la chaux. On l’a proposé, mais l’expérience a paru contraire à l’immortalité de l’âme.
L’homme au thé est devenu maigre et quasi diaphane, il est mort de consomption, à l’état de lanterne ; on voyait clair à travers son corps ; un philanthrope a pu lire le Times, une lumière ayant été placée derrière le corps. La décence anglaise n’a pas permis un essai plus original.
Je ne puis m’empêcher de faire observer combien il est philanthropique d’utiliser le condamné à mort au lieu de le guillotiner brutalement. On emploie déjà l’adipocire des amphithéâtres à faire de la bougie, nous ne devons pas nous arrêter en si beau chemin. Que les condamnés soient donc livrés aux savants au lieu d’être livrés au bourreau.
Une autre expérience a été faite en France, relativement au sucre.
Monsieur Magendie a nourri des chiens exclusivement de sucre ; les affreux résultats de son expérience ont été publiés, ainsi que le genre de mort de ces intéressants amis de l’homme, dont ils partagent les vices (les chiens sont joueurs) ; mais ces résultats ne prouvent encore rien par rapport à nous. »

Le traité des excitants modernes, Balzac,
http://fr.wikisource.org/wiki/Trait%C3%A9_des_excitants_modernes


Source : http://gazettelitteraire.over-blog.com/article-de-l-influence-du-regime-alimentaire-balzac-66648632.html

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Sartre, Cocteau & Co sous l’Occupation

Posté par Serge Bénard le 1 juin 2011

(Avec «BoOks»)

31-05-11 à 17:37 

Alan Riding, qui a été douze ans correspondant culturel du «New York Times» en Europe, publie aux Etats-Unis un livre sans concession ni moraline sur Saint-Germain-des-Prés au temps des nazis. Il en est question dans un long article traduit par «BoOks» ce mois-ci. Extraits.

Bien qu'il n'ait jamais été un collabo, le comportement de Jean-Paul Sartre sous l'Occupation fut moins héroïque que ses déclarations de l'immédiat après-guerre pourraient le laisser croire. (Sipa)

Bien qu’il n’ait jamais été un collabo, le comportement de Jean-Paul Sartre sous l’Occupation fut moins héroïque que ses déclarations de l’immédiat après-guerre pourraient le laisser croire. (Sipa)

 

Plus de trente ans après la guerre, dans des entretiens publiés récemment, Jean-Paul Sartre prétendait que les Français, et en particulier les écrivains et les artistes, n’avaient eu que deux options sous l’occupation nazie: collaborer ou résister. Il avait choisi la seconde, naturellement: «Notre travail était de dire à tous les Français, nous ne serons pas dirigés par les Allemands (1).»

En fait, le comportement de Sartre pendant l’Occupation, bien qu’il n’ait jamais été un collabo(2), fut moins héroïque que ses déclarations de l’immédiat après-guerre pourraient le laisser croire. Alan Riding, dont le jugement sur l’intelligentsia française n’est ni moralisateur ni indulgent, place Sartre très largement à la périphérie de la Résistance. Ses pièces, tel «Huis clos», furent considérées par certains de ses admirateurs (et certainement par Sartre lui-même, avec le recul du temps) comme des expressions voilées d’une opposition aux nazis. Mais elles reçurent sans problème le visa de la censure allemande, et les officiers du Reich eurent le plaisir d’assister à leur première, ainsi qu’à la réception qui suivit.

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Alan Riding a été le correspondant culturel pour l’Europe du «New York Times» pendant douze ans. Il a aussi été correspondant du «New York Times» à Madrid, Rio et Mexico. Il vit à Paris. Il a publié «And The Show Went On. Cultural Life in Nazi-Occupied Paris» («Et la fête continua. La vie culturelle dans Paris occupé») en 2010 chez Alfred A. Knopf. La traduction française doit paraître prochainement chez Plon.

Le philosophe était sûrement plus proche de la vérité, sur lui-même en tout cas, quand il déclarait, dans ces mêmes entretiens: «En 1939-1940, nous étions terrifiés de mourir, de souffrir, pour une cause qui nous dégoûtait. C’est-à-dire pour une France dégoûtante, corrompue, inefficace, raciste, antisémite, dirigée par les riches pour les riches – personne ne voulait mourir pour ça, jusqu’à ce que, eh bien, jusqu’à ce que nous comprenions que les nazis étaient pires.»

(…)

De peur que les lecteurs ne portent trop facilement un jugement sévère sur les Français, Riding fait assez justement remarquer qu’un certain nombre d’entre eux, dont des conservateurs commeClaudel, changèrent très vite d’avis, et conclurent avec Sartre que, quels que fussent les problèmes dont souffrait la France, «les nazis étaient pires».

Il y eut des poches de résistance dès les premiers jours de la guerre, notamment parmi des hommes et des femmes liés au musée de l’Homme. Amateurs en matière de résistance clandestine, ces chercheurs et écrivains courageux, menés par l’ethnologue Boris Vildé, furent vite arrêtés et, pour la plupart, exécutés. Leurs tracts et leurs réunions ne hâtèrent en rien la fin de la guerre.

À une époque où la victoire allemande en Europe semblait assurée, et où la voix de Charles de Gaulle était à peine entendue (à supposer qu’on lui prêtât attention), leurs actions pouvaient être considérées comme irréalistes, voire téméraires. Et cependant, comme Riding le souligne, c’était important: «Ils estimaient que, bien avant qu’un combat armé ne fût viable, les Français devaient apprendre à se penser en résistants, à rejeter la collaboration ouverte et à se convaincre que l’opposition à l’occupation était possible.»

(…)

Lire la suite : http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20110527.OBS4064/sartre-cocteau-co-sous-l-occupation-avec-books.html

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Le Bibliomane, par Charles Nodier

Posté par Serge Bénard le 31 mai 2011

 

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Le 30 mai 2011 

Au fil des pages le lecteur suit deux amis, dont l’un est bibliomane, au long d’une promenade dans Paris. La promenade est propice à diverses rencontres et à la visite de quelques lieux de la capitale où le livre est roi.

 

Vous avez tous connu ce bon Théodore, sur la tombe duquel je viens jeter des fleurs, en priant le ciel que la terre lui soit légère.

Ces deux lambeaux de phrase, qui sont aussi de votre connaissance, vous annoncent assez que je me propose de lui consacrer quelques pages de notice nécrologique ou d’oraison funèbre.

Il y a vingt ans que Théodore s’était retiré du monde pour travailler ou pour ne rien faire : lequel des deux, c’était un grand secret. Il songeait, et l’on ne savait à quoi il songeait. Il passait sa vie au milieu des livres, et ne s’occupait que de livres, ce qui avait donné lieu à quelques-uns de penser qu’il composait un livre qui rendrait tous les livres inutiles ; mais ils se trompaient évidemment. Théodore avait tiré trop bon parti de ses études pour ignorer que ce livre est fait il y a trois cents ans. C’est le treizième chapitre du livre premier de Rabelais.

Théodore ne parlait plus, ne riait plus, ne jouait plus, ne mangeait plus, n’allait plus ni au bal, ni à la comédie. Les femmes qu’il avait aimées dans sa jeunesse n’attiraient plus ses regards, ou tout au plus il ne les regardait qu’au pied ; et quand une chaussure élégante de quelque brillante couleur avait frappé son attention : – Hélas ! disait-il en tirant un gémissement profond de sa poitrine, voilà bien du maroquin perdu !

Il avait autrefois sacrifié à la mode : les mémoires du temps nous apprennent qu’il est le premier qui ait noué la cravate à gauche, malgré l’autorité de Garat qui la nouait à droite, et en dépit du vulgaire qui s’obstine encore aujourd’hui à la nouer au milieu.

Théodore ne se souciait plus de la mode. Il n’a eu pendant vingt ans qu’une dispute avec son tailleur : – Monsieur, lui dit-il un jour, cet habit est le dernier que je reçois de vous, si l’on oublie encore une fois de me faire des poches in-quarto.

La politique, dont les chances ridicules ont créé la fortune de tant de sots, ne parvint jamais à le distraire plus d’un moment de ses méditations. Elle le mettait de mauvaise humeur, depuis les folles entreprises de Napoléon dans le Nord, qui avaient fait enchérir le cuir de Russie. Il approuva cependant l’intervention française dans les révolutions d’Espagne. – C’est, dit-il, une belle occasion pour rapporter de la Péninsule des romans de chevalerie et des Cancioneros. – Mais l’armée expéditionnaire ne s’en avisa nullement, et il en fut piqué. Quand on lui parlait Trocadero, il répondait ironiquement Romancero, ce qui le fit passer pour libéral.

La mémorable campagne de M. de Bourmont sur les côtes d’Afrique le transporta de joie. – Grâce au ciel, dit-il en se frottant les mains, nous aurons les maroquins du Levant à bon marché ; – ce qui le fit passer pour carliste.

Il se promenait l’été dernier dans une rue populeuse, en collationnant un livre. D’honnêtes citoyens, qui sortaient du cabaret d’un pied titubant, vinrent le prier, le couteau sur la gorge, au nom de la liberté des opinions, de crier : Vivent les Polonais ! – Je ne demande pas mieux, répondit Théodore, dont la pensée était un cri éternel en faveur du genre humain, mais pourrais-je vous demander à quel propos ? – Parce que nous déclarons la guerre à la Hollande qui opprime les Polonais, sous prétexte qu’ils n’aiment pas les jésuites, repartit l’ami des lumières, qui était un rude géographe et un intrépide logicien. – Dieu nous pardonne ! murmura notre ami, en croisant piteusement les mains. Serons-nous donc réduits au prétendu papier de Hollande de M. Montgolfier ?

L’homme éminemment civilisé lui cassa la jambe d’un coup de bâton.

Théodore passa trois mois au lit à compulser des catalogues de livres. Disposé comme il l’a toujours été à prendre les émotions à l’extrême, cette lecture lui enflamma le sang.

Dans sa convalescence même son sommeil était horriblement agité. Sa femme le réveilla une nuit au milieu des angoisses du cauchemar. – Vous arrivez à propos, lui dit-il en l’embrassant, pour m’empêcher de mourir d’effroi et de douleur. J’étais entouré de monstres qui ne m’auraient point fait de quartier.

- Et quels monstres pouvez-vous redouter, mon bon ami, vous qui n’avez jamais fait le mal à personne ?

- C’était, s’il m’en souvient, l’ombre de Purgold dont les funestes ciseaux mordaient d’un pouce et demi sur les marges de mes aldes brochés, tandis que celle d’Heudier plongeait impitoyablement dans un acide dévorant mon plus beau volume d’édition princeps, et l’en retirait tout blanc ; mais j’ai de bonnes raisons de penser qu’ils sont au moins en purgatoire.

Sa femme crut qu’il parlait grec, car il savait un peu le grec, à telles enseignes que trois tablettes de sa bibliothèque étaient chargées de livres grecs dont les feuilles n’étaient pas fendues. Aussi ne les ouvrait-il jamais, se contentant de les montrer à ses plus privées connaissances, par le plat et par le dos, mais en indiquant le lieu de l’impression, le nom de l’imprimeur et la date, avec une imperturbable assurance. Les simples en concluaient qu’il était sorcier. Je ne le crois pas.

Comme il dépérissait à vue d’oeil, on appela son médecin, qui était, par hasard, homme d’esprit et philosophe. Vous le trouverez si vous pouvez. Le docteur reconnut que la congestion cérébrale était imminente, et il fit un beau rapport sur cette maladie dans le Journal des Sciences médicales, où elle est désignée sous le nom de monomanie du maroquin, ou de tiphus des bibliomanes ; mais il n’en fut pas question à l’Académie des sciences, parce qu’elle se trouva en concurrence avec le choléra-morbus.

On lui conseilla l’exercice, et comme cette idée lui souriait, il se mit en route l’autre jour de bonne heure. J’étais trop peu rassuré pour le quitter d’un pas. Nous nous dirigeâmes du côté des quais, et je m’en réjouis, parce que j’imaginai que la vue de la rivière le récréerait ; mais il ne détourna pas ses regards du niveau des parapets. Les parapets étaient aussi lisses d’étalages que s’ils avaient été visités dès le matin par les défenseurs de la presse, qui ont noyé en février la bibliothèque de l’Archevêché. Nous fûmes plus heureux au quai aux Fleurs. Il y avait profusion de bouquins ; mais quels bouquins ! Tous les ouvrages dont les journaux ont dit du bien depuis un mois, et qui tombent là infailliblement dans la case à cinquante centimes, du bureau de rédaction ou du fonds de libraire. Philosophes, historiens, poètes, romanciers, auteurs de tous les genres et de tous les formats, pour qui les annonces les plus pompeuses ne sont que les limbes infranchissables de l’immortalité, et qui passent, dédaignés, des tablettes du magasin aux margelles de la Seine, Léthé profond d’où ils contemplent, en moisissant, le terme assuré de leur présomptueux essor. Je déployais là les pages satinées de mes in-octavo, entre cinq ou six de mes amis.

Théodore soupira, mais ce n’était pas de voir les oeuvres de mon esprit exposées à la pluie, dont les garantit mal l’officieux balandran de toile cirée.

- Qu’est devenu, dit-il, l’âge d’or des bouquinistes en plein vent ? C’est ici pourtant que mon illustre ami Barbier avait colligé tant de trésors, qu’il était parvenu à en composer une bibliographie spéciale de quelques milliers d’articles. C’est ici que prolongeaient, pendant des heures entières, leurs doctes et fructueuses promenades, le sage Monmerqué en allant au Palais, et le sage Labouderie en sortant de la métropole. C’est d’ici que le vénérable Boulard enlevait tous les jours un mètre de raretés, toisé à sa canne de mesure, pour lequel ses six maisons pléthoriques de volumes n’avaient pas de place en réserve. Oh ! qu’il a de fois désiré, en pareille occasion, le modeste angulus d’Horace ou la capsule élastique de ce pavillon de fées qui aurait couvert au besoin l’armée de Xerxès, et se portait aussi commodément à la ceinture que la gaine aux couteaux du grand-père de Jeannot ! Maintenant, quelle pitié ! vous n’y voyez plus que les ineptes rogatons de cette littérature moderne qui ne sera jamais de la littérature ancienne, et dont la vie s’évapore en vingt-quatre heures, comme celle des mouches du fleuve Hypanis : littérature bien digne en effet de l’encre de charbon et du papier de bouillie que lui livrent à regret quelques typographes honteux, presque aussi sots que leurs livres ! Et c’est profaner le nom des livres que de le donner à ces guenilles barbouillées de noir qui n’ont presque pas changé de destinée en quittant la hotte aux haillons du chiffonnier ! Les quais ne sont désormais que la Morgue des célébrités contemporaines !

Il soupira encore, et je soupirai aussi, mais ce n’était pas pour la même raison.

J’étais pressé de l’entraîner, car son exaltation qui croissait à chaque pas semblait le menacer d’un accès mortel. Il fallait que ce fût un jour néfaste, puisque tout contribuait à aigrir sa mélancolie.

- Voilà, dit-il en passant, la pompeuse façade de Ladvocat, le Galiot du Pré des lettres abâtardies du dix-neuvième siècle, libraire industrieux et libéral, qui aurait mérité de naître dans un meilleur âge, mais dont l’activité déplorable a cruellement multiplié les livres nouveaux au préjudice éternel des vieux livres ; fauteur impardonnable à jamais de la papeterie de coton, de l’orthographe ignorante et de la vignette maniérée, tuteur fatal de la prose académique et de la poésie à la mode ; comme si la France avait eu de la poésie depuis Ronsard et de la prose depuis Montaigne ! Ce palais de bibliopole est le cheval de Troie qui a porté tous les ravisseurs du palladium, la boîte de Pandore qui a donné passage à tous mes maux de la terre ! J’aime encore le cannibale, et je ferai un chapitre dans son livre, mais je ne le verrai plus !

Voilà, continua-t-il, le magasin aux vertes parois du digne Crozet, le plus aimable de nos jeunes libraires, l’homme de Paris qui distingue le mieux une reliure de Derome l’aîné d’une reliure de Derome le jeune, et la dernière espérance de la dernière génération d’amateurs, si elle s’élève encore au milieu de notre barbarie ; mais je ne jouirai pas aujourd’hui de son entretien, dans lequel j’apprends toujours quelque chose ! Il est en Angleterre où il dispute, par juste droit de représailles, à nos avides envahisseurs de Soho-Square et de Fleet-Street les précieux débris des monuments de notre belle langue, oubliés depuis deux siècles sur la terre ingrate qui les a produits ! Macte animo, generoso puer !…

Voilà, reprit-il en revenant sur ses pas, voilà le Pont-des-Arts, dont l’inutile balcon ne supportera jamais, sur son garde-fou ridicule de quelques centimètres de largeur, le noble dépôt de l’in-folio tri-séculaire qui a flatté les yeux de dix générations de l’aspect de sa couverture en peau de truie et de ses fermoirs de bronze ; passage profondément emblématique, à la vérité, qui conduit du château à l’Institut par un chemin qui n’est pas celui de la science. Je ne sais si je me trompe, mais l’invention de cette espèce de pont devait être pour l’érudit une révélation flagrante de la décadence des bonnes lettres.

Voilà, dit toujours Théodore en passant sur la place du Louvre, la blanche enseigne d’un autre libraire actif et ingénieux ; elle a longtemps fait palpiter mon coeur, mais je ne l’aperçois plus sans une émotion pénible, depuis que Techener s’est avisé de faire réimprimer avec les caractères de Tastu, sur un papier éblouissant et sous un cartonnage coquet, les gothiques merveilles de Jehan Bonfons de Paris, de Jehan Mareschal de Lyon, et de Jehan de Chaney d’Avignon, bagatelles introuvables qu’il a multipliées en délicieuses contrefaçons. Le papier d’un blanc neigeux me fait horreur, mon ami, et il n’est rien que je ne lui préfère, si ce n’est ce qu’il devient quand il a reçu, sous le coup de barre d’un bourreau de pressier, l’empreinte déplorable des rêveries et des sottises de ce siècle de fer.

Théodore soupirait de plus belle ; il allait de mal en pis.

Nous arrivâmes ainsi dans la rue des Bons-Enfants, au riche bazar littéraire des ventes publiques de Silvestre, local honoré des savants, où se sont succédé en un quart de siècle plus d’inappréciables curiosités que n’en renferma jamais la bibliothèque des Ptolémées, qui n’a peut être pas été brûlée par Omar, quoi qu’en disent nos radoteurs d’historiens. Jamais je n’avais vu étaler tant de splendides volumes.

- Malheureux ceux qui les vendent ! dis-je à Théodore.

- Ils sont morts, répondit-il, ou ils en mourront.

Mais la salle était vide. On n’y remarquait plus que l’infatigable M. Thour, facsimilant avec une patiente exactitude, sur des cartes soigneusement préparées, les titres des ouvrages qui avaient échappé la veille à son investigation quotidienne. Homme heureux entre tous les hommes, qui possède, dans ses cartons, par ordre de matières, l’image fidèle du frontispice de tous les livres connus ! C’est en vain, pour celui-là, que toutes les productions de l’imprimerie périront dans la première et prochaine révolution que les progrès de la perfectibilité nous assurent. Il pourra léguer à l’avenir le catalogue complet de la bibliothèque universelle. Il y avait certainement un tact admirable de prescience à prévoir de si loin le moment où il serait temps de compiler l’inventaire de la civilisation. Quelques années encore, et l’on n’en parlera plus.

- Dieu me pardonne ! brave Théodore, dit l’honnête M. Silvestre, vous vous êtes trompé d’un jour. C’était hier la dernière vacation. Les livres que vous voyez sont vendus et attendent les porteurs.

Théodore chancela et blêmit. Son front prit la teinte d’un maroquin-citron un peu usé. Le coup qui le frappa retentit au fond de mon coeur.

- Voilà qui est bien, dit-il d’un air atterré. Je reconnais mon malheur accoutumé à cette affreuse nouvelle ! Mais encore, à qui appartiennent ces perles, ces diamants, ces richesses fantastiques dont la bibliothèque des de Thou et des Grolier se serait fait gloire ?

- Comme à l’ordinaire, monsieur, répliqua M. Silvestre. Ces excellents classiques d’édition originale, ces vieux et parfaits exemplaires autographiés par des érudits célèbres, ces piquantes raretés philologiques dont l’Académie et l’Université n’ont pas entendu parler, revenaient de droit à sir Richard Heber. C’est la part du lion anglais, auquel nous cédons de bonne grâce le grec et le latin que nous ne savons plus. – Ces belles collections d’histoire naturelle, ces chefs-d’oeuvre de méthode et d’iconographie sont au prince de…, dont les goûts studieux ennoblissent encore, par son emploi, une noble et immense fortune. – Ces mystères du moyen âge, ces moralités phénix dont le ménechme n’existe nulle part, ces curieux essais dramatiques de nos aïeux vont augmenter la bibliothèque modèle de M. de Soleine. – Ces facéties anciennes, si sveltes, si élégantes, si mignonnes, si bien conservées, composent le lot de votre aimable et ingénieux ami, M. Aimé-Martin. – Je n’ai pas besoin de vous dire à qui appartiennent ces maroquins frais et brillants, à triples filets, à larges dentelles, à fastueux compartiments. C’est le Shakespeare de la petite propriété, le Corneille du mélodrame, l’interprète habile et souvent éloquent des passions et des vertus du peuple, qui, après les avoir un peu déprisés le matin, en a fait le soir emplette au poids de l’or, non sans gronder entre ses dents, comme un sanglier blessé à mort, et sans tourner sur ses compétiteurs son oeil tragique ombragé de noirs sourcils.

Théodore avait cessé d’écouter. Il venait de mettre la main sur un volume d’assez bonne apparence, auquel il s’était empressé d’appliquer son elzéviriomètre, c’est-à-dire le demi-pied divisé presque à l’infini, sur lequel il réglait le prix, hélas ! et le mérite intrinsèque de ses livres. Il le rapprocha dix fois du livre maudit, vérifia dix fois l’accablant calcul, murmura quelques mots que je n’entendis pas, changea de couleur encore une fois, et défaillit dans mes bras. J’eus beaucoup de peine à le conduire au premier fiacre venu.

Mes instances pour lui arracher le secret de sa subite douleur furent longtemps inutiles. Il ne parlait pas. Mes paroles ne lui parvenaient pas. C’est le typhus, pensai-je, et le paroxysme du typhus.

Je le pressais dans mes bras. Je continuais à l’interroger. Il parut céder à un mouvement d’expansion.

- Voyez en moi, me dit-il, le plus malheureux des hommes ! Ce volume, c’est le Virgile de 1676, en grand papier, dont je pensais avoir l’exemplaire géant, et il l’emporte sur le mien d’un tiers de ligne de hauteur. Des esprits ennemis ou prévenus pourraient même y trouver la demi-ligne. Un tiers de ligne, grand Dieu !

Je fus foudroyé. Je compris que le délire le gagnait.

- Un tiers de ligne ! répéta-t-il en menaçant le ciel d’un point furieux, comme Ajax ou Capanée.

Je tremblais de tous mes membres.

Il tomba peu à peu dans le plus profond abattement. Le pauvre homme ne vivait plus que pour souffrir. Il reprenait seulement de temps à autre : – Un tiers de ligne ! en se rongeant les mains. – Et je redisais tout bas : – Foin des livres et du typhus !

- Tranquillisez-vous, mon ami, soufflais-je tendrement à son oreille, chaque fois que la crise se renouvelait. Un tiers de ligne n’est pas grand’chose dans les affaires les plus délicates de ce monde !

- Pas grand’chose, s’écriait-il, un tiers de ligne au Virgile de 1676 ! C’est un tiers de ligne qui a augmenté de cent louis le prix de l’Homère de Nerli chez M. de Cotte. Un tiers de ligne ! Ah ! compteriez-vous pour rien un tiers de ligne du poinçon qui vous perce le coeur ?

Sa figure se renversa tout à fait, ses bras se roidirent, ses jambes furent saisies d’une crampe aux ongles de fer. Le typhus gagnait visiblement les extrémités. Je n’aurais pas voulu être obligé d’allonger d’un tiers de ligne le court chemin qui nous séparait de sa maison.

Nous arrivâmes enfin.

- Un tiers de ligne ! dit-il au portier.

- Un tiers de ligne ! dit-il à la cuisinière qui vint ouvrir.

- Un tiers de ligne ! dit-il à sa femme, en la mouillant de ses pleurs.

- Ma perruche s’est envolée ! dit sa petite fille, qui pleurait comme lui.

- Pourquoi laissait-on la cage ouverte ? répondit Théodore. – Un tiers de ligne !

- Le peuple se soulève dans le Midi, et à la rue du Cadran, dit la vieille tante qui lisait le journal du soir.

- De quoi diable se mêle le peuple ? répondit Théodore. – Un tiers de ligne !

- Votre ferme de la Beauce a été incendiée, lui dit son domestique en le couchant.

- Il faudra la rebâtir, répondit Théodore, si le domaine en vaut la peine. – Un tiers de ligne !

- Pensez-vous que cela soit sérieux ? me dit la nourrice.

- Vous n’avez donc pas lu, ma bonne, le Journal des Sciences médicales ? Qu’attendez-vous d’aller chercher un prêtre ?

Heureusement le curé entrait au même instant pour venir causer, suivant l’usage, de mille jolies broutilles littéraires et bibliographiques, dont son bréviaire ne l’avait jamais complètement distrait, mais il n’y pensa plus quand il eut tâté le pouls de Théodore.

- Hélas ! mon enfant, lui dit-il, la vie de l’homme n’est qu’un passage, et le monde lui-même n’est pas affermi sur des fondements éternels. Il doit finir comme tout ce qui a commencé.

- Avez-vous lu, sur ce sujet, répondit Théodore, le Traité de son origine et de son antiquité ?

- J’ai appris ce que j’en sais dans la Genèse, reprit le respectable pasteur ; mais j’ai ouï dire qu’un sophiste du siècle dernier, nommé M. de Mirabeau, a fait un livre à ce sujet.

- Sub judice lis est, interrompit brusquement Théodore. J’ai prouvé dans mes Stromates que les deux premières parties du monde étaient de ce triste pédant de Mirabeau, et la troisième de l’abbé le Mascrier. – Eh ! mon Dieu, reprit la vieille tante en soulevant ses lunettes, qui est-ce donc qui a fait l’Amérique ?

- Ce n’est pas de cela qu’il est question, continua l’abbé. Croyez-vous à la Trinité ?

- Comment ne croirais-je pas au fameux volume de Trinitate de Servet, dit Théodore en se relevant à mi-corps sur son oreiller, puisque j’en ai vu céder, ipsissimis oculis, pour la modique somme de deux cent quinze francs, chez M. de Mac Carthy, un exemplaire que celui-ci avait payé sept cents livres à la vente de La Vallière ?

- Nous n’y sommes pas, exclama l’apôtre un peu déconcerté. Je vous demande, mon fils, ce que vous pensez de la divinité de Jésus-Christ.

- Bien, bien, dit Théodore. Il ne s’agit que de s’entendre. Je soutiendrai envers et contre tous que le Toldos-jeschu, où cet ignorant pasquin de Voltaire a puisé tant de sottes fables, dignes des Mille et une Nuits, n’est qu’une méchante ineptie rabbinique, indigne de figurer dans la bibliothèque d’un savant !

- A la bonne heure ! soupira le digne ecclésiastique.

- A moins qu’on n’en retrouve un jour, continua Théodore, l’exemplaire in chartâ maximâ dont il est question, si j’ai bonne mémoire, dans le fatras inédit de David Clément.

Le curé gémit, cette fois, fort intelligiblement, se leva tout ému de sa chaise, et se pencha sur Théodore pour lui faire nettement comprendre, sans ambages et sans équivoques, qu’il était atteint au dernier degré du typhus des bibliomanes, dont il est parlé dans le Journal des Sciences médicales, et qu’il n’avait plus à s’occuper d’autre chose que de son salut.

Théodore ne s’était retranché de sa vie sous cette impertinente négative des incrédules qui est la science des sots ; mais le cher homme avait poussé trop loin dans les livres la vaine étude de la lettre, pour prendre le temps de s’attacher l’esprit. En plein état de santé une doctrine lui aurait donné la fièvre, et un dogme le tétanos. Il aurait baissé pavillon en morale théologique devant un saint-simonien. Il se retourna vers la muraille.

Au long temps qu’il passa sans parler, nous l’aurions cru mort, si, en me rapprochant de lui, je ne l’avais entendu sourdement murmurer : – Un tiers de ligne ! Dieu de justice et de bonté ! mais où me rendrez-vous ce tiers de ligne, et jusqu’à quel point votre omnipotence peut-elle réparer la bévue irréparable de ce relieur ?

Un bibliophile de ses amis arriva un instant après. On lui dit que Théodore était agonisant, qu’il délirait au point de croire que l’abbé le Mascrier avait fait la troisième partie du monde, et que depuis un quart d’heure il avait perdu la parole.

- Je vais m’en assurer, répliqua l’amateur. – A quelle faute de pagination reconnaît-on la bonne édition du César elzévir de 1635 ? demanda-t-il à Théodore.

- 153 pour 149.

- Très bien. Et du Térence de la même année ?

- 108 pour 104.

- Diable ! dis-je, les Elzévirs jouaient de malheur cette année-là sur le chiffre. Ils ont bien fait de ne pas la prendre pour imprimer leurs logarithmes !

- A merveille ! continua l’ami de Théodore. Si j’avais voulu écouter ces gens-ci, je t’aurais cru à un doigt de la mort.

- A un tiers de ligne, répondit Théodore, dont la voix s’éteignait par degrés.

- Je connais ton histoire, mais elle n’est rien auprès de la mienne. Imagine-toi que j’ai manqué, il y a huit jours, dans une de ces ventes bâtardes et anonymes dont on n’est averti que par l’affiche de la porte, un Boccace de 1527, aussi magnifique que le tien, avec la reliure en vélin de Venise, les a pointus, des témoins partout, et pas un feuillet renouvelé.

Toutes les facultés de Théodore se concentraient dans une seule pensée :

- Es-tu bien sûr au moins que les a étaient pointus ?

- Comme le fer qui arme la hallebarde d’un lancier.

- C’était donc, à n’en pas douter, la vintisettine elle-même !

- Elle-même. Nous avions ce jour-là un joli dîner, des femmes charmantes, des huîtres vertes, des gens d’esprit, du vin de Champagne. Je suis arrivé trois minutes après l’adjudication.

- Monsieur, cria Théodore furieux, quand la vintisettine est à vendre, on ne dîne pas !

Ce dernier effort épuisa le reste de vie qui l’animait encore, et que le mouvement de cette conversation avait soutenu comme le soufflet qui joue sur une étincelle expirante. Ses lèvres balbutièrent cependant encore : – Un tiers de ligne ! mais ce fut sa dernière parole.

Depuis le moment où nous avions renoncé à l’espoir de le conserver, on avait roulé son lit près de sa bibliothèque, d’où nous descendions un à un chaque volume qui paraissait appelé par ses yeux, en tenant plus longtemps exposés à sa vue ceux que nous jugions les plus propres à la flatter.

Il mourut à minuit, entre un Du Seuil et un Padeloup, les deux mains amoureusement pressées sur un Thouvenin.

Le lendemain nous escortâmes son convoi, à la tête d’un nombreux concours de maroquiniers éplorés, et nous fîmes sceller sur sa tombe une pierre chargée de l’inscription suivante, qu’il avait parodiée pour lui-même de l’épitaphe de Franklin :

CI-GIT SOUS SA RELIURE DE BOIS, UN EXEMPLAIRE IN- FOLIO DE LA MEILLEURE ÉDITION DE L’HOMME, ÉCRITE DANS UNE LANGUE DE L’AGE D’OR QUE LE MONDE NE COMPREND PLUS. C’EST AUJOURD’HUI UN BOUQUIN GATÉ, MA- CULÉ DÉPAREILLÉ. IMPARFAIT DU FRONTIS- PICE, PIQUÉ DES VERS ET FORT ENDOMMAGÉ DE POUR- RITURE. ON N’OSE ATTEN- DRE POUR LUI LES HON- NEURS TARDIFS ET INUTILES DE LA RÉIMPRESSION.

ps:

SAISIE DU TEXTE : Sylvie Pestel pour la collection électronique de la bibliothèque municipale de Lisieux (16.07.1996). -RELECTURE : Anne Guézou.-ADRESSE : Bibliothèque municipale – B.P. 216 – F 14107 Lisieux cedex.

Cette nouvelle peut aussi être écoutée ici : http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/nodier-charles-le-bibliomane.html

Illustration : Le Bibliomane de la Charles Deering Library Northwestern University (Illinois, USA) détail d’un vitrail (1931-1933) par G. Owen Bonawit

Source : http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article1970

 

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Un extrait de L’île sous la mer par Isabel Allende

Posté par Serge Bénard le 12 mai 2011

Un extrait de L'île sous la mer par Isabel Allende dans Auteurs, écrivains, polygraphes, nègres, etc. 214voir la fiche

Par Lire, publié le 11/05/2011 à 07:00
Saint-Domingue, colonie française, 1770. Alors que Louis XVI vient d’épouser Marie-Antoinette à Versailles, Toulouse Valmorain, 20 ans, débarque sur l’île pour succéder à son père, propriétaire d’une plantation de canne à sucre, mort de la syphilis. Prompt à se marier avec Eugenia García del Solar, une riche héritière espagnole, le jeune Valmorain lui adjoint les services d’une petite mulâtresse, Zarité, dite Tété. Chétive, taiseuse, la gamine n’en a pas moins une volonté de fer et un profond désir de liberté. Surtout après avoir découvert le sort insupportable réservé aux esclaves, corvéables à merci sous un soleil de plomb, traités avec une violence sans nom. Bien que sous la protection de son maître, dont elle devient vite la maîtresse, Tété ne renoncera pas à ses rêves d’émancipation… Dans un souffle épique irrésistible, ce nouveau roman d’Isabel Allende retrace l’avènement de la première République noire d’Haïti avec force détails passionnants, tant sur l’esclavage que sur les pratiques vaudoues, et surtout avec moult personnages hauts en couleur, de la sublime courtisane Violette Boisier au célèbre rebelle noir Mackandal.

Saint-Domingue,1770-1793

Le mal espagnol Toulouse Valmorain arriva à Saint-Domingue en 1770, l’année où le dauphin de France épousa l’archiduchesse autrichienne Marie-Antoinette. Avant de s’embarquer pour la colonie, alors qu’il était loin de soupçonner que son destin allait lui jouer un tour et qu’il finirait enterré dans une plantation de canne à sucre aux Antilles, il avait été invité à Versailles, à des fêtes en l’honneur de la nouvelle dauphine, une blondinette de quatorze ans qui bâillait sans dissimulation au milieu du protocole rigide de la cour de France.

Tout cela se trouva relégué dans le passé. Saint-Domingue était un autre monde. Le jeune Valmorain avait une idée assez vague de l’endroit où son père amassait tant bien que mal le pain de la famille, avec l’ambition de faire fortune. Il avait lu quelque part que les premiers habitants de l’île, les Arawaks, l’appelaient Haïti avant que les conquistadors ne changent son nom pour Hispaniola et n’exterminent tous les natifs. En moins de cinquante ans, il ne resta pas un seul Arawak vivant, pas même à titre d’exemple : tous périrent, victimes de l’esclavage, des maladies européennes et du suicide. C’était une race à la peau rougeâtre, aux épais cheveux noirs, d’une inaltérable dignité, si timide qu’un seul Espagnol pouvait vaincre dix d’entre eux à mains nues. Ils vivaient en communautés polygames, cultivaient la terre en prenant soin de ne pas l’épuiser : patate douce, maïs, calebasse, arachide, piments, pommes de terre, manioc. La terre, comme le ciel et l’eau, n’avait pas de propriétaire avant que les étrangers s’en emparent pour cultiver des plantes jamais vues grâce au travail forcé des Arawaks. C’est à cette époque que la coutume de « lâcher les chiens » vit le jour : tuer des personnes sans défense en excitant les chiens contre elles. Quand ils eurent anéanti les indigènes, ils importèrent des esclaves séquestrés en Afrique et des Blancs d’Europe, convicts, orphelins, prostituées et rebelles.

A la fin du XVIIe siècle, l’Espagne céda la partie occidentale de l’île à la France qui lui donna le nom de Saint-Domingue, laquelle allait devenir la colonie la plus riche du monde. A l’époque où Toulouse Valmorain y débarqua, le tiers des exportations de la France provenait de l’île : sucre, café, tabac, coton, indigo, cacao. Il n’y avait plus d’esclaves blancs, mais les Noirs se comptaient par centaines de mille. La culture la plus exigeante était la canne à sucre, l’or doux de la colonie ; couper la canne, la broyer et la réduire en sirop n’était pas un labeur d’être humain mais, comme l’affirmaient les planteurs, un travail de bête.

Valmorain venait d’avoir vingt ans lorsqu’il fut appelé à la colonie par un message pressant de l’agent commercial de son père. Il débarqua vêtu à la dernière mode – poignets de dentelle, perruque poudrée et chaussures à hauts talons -, persuadé que les livres d’exploration qu’il avait lus le mettaient largement en mesure de conseiller son père pendant quelques semaines. Il voyageait accompagné d’un valet1presque aussi élégant que lui, avec plusieurs malles contenant ses vêtements et ses livres. Il se définissait comme un homme de lettres et avait l’intention, à son retour en France, de se consacrer à la science. Il admirait les philosophes et les encyclopédistes, qui avaient eu tant d’influence en Europe au cours des dernières décennies, et partageait certaines de leurs idées libérales : à dix-huit ans, Le contrat social de Rousseau avait été son livre de chevet. Dès qu’il eut débarqué, après une traversée qui avait failli se terminer en tragédie lorsque le bateau avait affronté un ouragan dans la mer des Caraïbes, il eut sa première surprise désagréable : son géniteur ne l’attendait pas au port. Il fut reçu par l’agent, un juif aimable vêtu de noir de la tête aux pieds, qui le renseigna sur les précautions qu’il fallait nécessairement prendre lorsqu’on se déplaçait dans l’île, lui trouva des chevaux, deux mules pour le transport des bagages, un guide et un milicien pour l’accompagner à l’habitation2 Saint-Lazare. Le jeune homme n’avait jamais mis les pieds hors de France et il avait prêté fort peu d’attention aux anecdotes – du reste banales – que racontait son père lors de ses rares visites à la famille, à Paris. Il n’avait jamais imaginé se rendre un jour à la plantation ; l’accord tacite était que son père devait consolider sa fortune dans l’île tandis que lui-même prenait soin de sa mère et de ses soeurs, tout en supervisant les négoces en France. La lettre qu’il avait reçue faisait état de problèmes de santé, aussi avait-il supposé qu’il s’agissait d’une fièvre passagère, mais en arrivant à Saint-Lazare après une journée de voyage à bride abattue dans une nature goulue et hostile, il comprit que son père était mourant. Il ne souffrait pas de malaria, comme il le pensait, mais de syphilis, un mal qui dévastait également Blancs, Noirs et mulâtres. L’affection avait atteint son stade ultime et son père était pratiquement invalide, couvert de pustules, les dents branlantes, l’esprit embrumé. Les traitements dantesques à base de saignées, de mercure et de cautérisations du pénis avec des fils métalliques chauffés au rouge ne l’avaient pas soulagé, mais il continuait à les pratiquer en manière d’acte de contrition. Il venait d’avoir cinquante ans et c’était un vieillard qui donnait des ordres extravagants, urinait sur lui sans s’en rendre compte et passait son temps dans un hamac avec ses mascottes, deux petites négresses à peine pubères.

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Bonnes feuilles – « J’ai vu la Chine devenir une grande puissance »

Posté par Serge Bénard le 30 avril 2011

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Pendant vingt ans, Eleih-Elle Etian fut, à partir de 1989, l’Ambassadeur du Cameroun en Chine où il gravit tous les échelons diplomatiques jusqu’à devenir, sur les dernières années de son séjour, le doyen du corps diplomatique en Chine. Dans un livre à paraître, aux éditions L’Harmattan, le « doyen » raconte sa Chine. Son témoignage est unique. Extraits exclusifs avant parution.

Il y a une vingtaine d’années, le Chinois rêvait de posséder trois choses : une bicyclette, une machine à coudre et une montre. Mais au Chinois moyen de Beijing qui allait à pied ou en vélo dans une ville où les rues ignoraient les embouteillages actuels, il manquait pratiquement tout lorsque j’arrivais ici, en 1989. Et, comme l’écrit Eric Meyer dans un ouvrage consacré à la Chine, « le salaire moyen des Chinois en 1987 s’élevait à 80 yuans par mois (environ 15 dollars)…et, outre son salaire, l’employé recevait chaque mois des tickets d’alimentation pour les produits de base : riz, sucre, huile d’arachide, sauce de soja, le tout détaillé à la balance et à la louche en pleine rue ».

Au « magasin de l’amitié »

Le lendemain de mon arrivée à Beijing, je n’avais pu trouver ni draps de lit, ni savon de toilette, ni pâte dentifrice au magasin chinois Jing Ke Long de Sanlitun, pourtant l’un des plus achalandés de la capitale chinoise. Il fallait alors tenter sa chance au « magasin de l’amitié » où les produits importés n’étaient accessibles qu’aux étrangers qui payaient en devises étrangères sous forme de Foreign Exchange Certificates (FEC). Et en guise d’emballage, c’était un genre de papier de couleur kaki qu’on attachait avec une ficelle de même couleur coupée avec une technique uniquement maîtrisée par les vendeuses qui, auparavant, avaient calculé votre prix à l’aide d’une tablette à calculer à billes.

Ne trouvant pas du lait frais au marché, j’en avais demandé à mon vieux chauffeur Zhao qui obtint que des paysans de la banlieue, toute proche puisqu’elle commençait pratiquement à moins d’un kilomètre de là, où se trouve actuellement l’un des grands hôtels du centre de la capital, m’en livrassent tous les matins. Les braves paysans venaient alors tout bonnement me jeter des paquets de lait en plastique par terre devant le portail de l’ambassade. Scandalisé, je finis par accrocher au portail un sceau pour qu’ils y déposent mes paquets de lait.

Maintenant on trouve au marché des fruits tels que les bananes, les pommes, les ananas, le raisin, la pastèque, le melon, durant pratiquement toute l’année. Il en va de même des légumes. Or, en ce temps là, la banane, la pomme, l’ananas, le raisin, étaient des fruits exotiques inconnus sur la place du marché. La banane importée d’Équateur ne se trouvait que dans les quelques rares épiceries des magasins réservés aux étrangers. La litchi arrivait du Sud au mois de juin, comme elle continue d’ailleurs de le faire. Mais les pastèques n’arrivaient que vers juillet août et les melons un mois plus tard. Leur arrivée par caravanes entières de camions était tout aussi spectaculaire que celle des choux vers la fin du mois d’octobre. Les ménagères achetaient quelques bottes de choux qu’elles déposaient sur le toit en tuile de ces petites masures en briques de terre de couleur grise sale qu’on voyait un peu partout le long des rues de Beijing, y compris la célèbre avenue Changan, située au coeur de Pékin. Elles les effeuillaient parcimonieusement, en hiver, pour faire la soupe.

 

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