Ailleurs et autrement, d’Annie Le Brun

Posté par Serge Bénard le 14 juin 2011

14/06/2011 | Critique | Non-Fiction  Ailleurs et autrement, d'Annie Le Brun - Annie Le Brun ©Frédéric Poletti/Opale - ©

14/06/2011 | Critique | Non-Fiction

C’est un éloge sans doute paradoxal : le chef-d’oeuvre d’Annie Le Brun est une préface, qu’elle rédigea en 1977 pour Jean-Jacques Pauvert, en introduction aux OEuvres complètes de Sade (Soudain un bloc d’abîme, Sade, repris avec Les Châteaux de la subversion, éd. Gallimard, «Tel»).

Mais c’est dire aussi que cette auteur inspirée, féministe à l’envers, radicalement opposée à la bien-pensance et aux catégories bourgeoises, se joue des genres littéraires aussi bien que sexuels : les articles qu’elle a publiés dans La Quinzaine littéraire, enfin rassemblés avec quelques textes aux formats variables, constituent bel et bien un programme d’anti-formatage intellectuel qui fait feu de tout bois. «Je sais, écrit Annie Le Brun en fin d’introduction, l’increvable soleil de la médiocrité n’a pas fini de fasciner. Mais, s’il est un moyen d’y échapper, voire de le combattre, ne serait-ce pas de commencer à regarder ailleurs et autrement

Le ton est donné : électrique. Loin de s’en tenir à des considérations littéraires, Annie Le Brun remonte presque systématiquement le fil des signes (mots et livres, mais aussi vêtements, faits d’actualité, rhétorique politique) jusqu’aux choix les plus fondamentaux de société. À ce point, son regard n’est plus celui d’une lectrice, mais d’un radar relié à des missiles sol-sol à déclenchement automatique. Parce qu’elle est l’une des rares personnes que la société du spectacle «révulse» encore au sens propre, elle tire. Car elle est contre, tout contre mais absolument contre, dénonçant ici la bêtise d’un consensus (autour du rap, par exemple, qui est « tout sauf une pratique radicale »), là l’aveuglement (celui, autre exemple, qui éloigne les lecteurs des livres méconnus d’Éric Jourdan ou de François-Paul Alibert), ailleurs enfin la récupération des formes les plus osées de création (notamment l’héritage de Guy Debord ou la transformation du surréalisme en simple épisode esthétique).

Lire la suite : http://www.magazine-litteraire.com/content/homepage/article?id=19426

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« Je me méfie comme de la peste des critiques littéraires »

Posté par Serge Bénard le 31 mai 2011

Comment choisissez-vous vos livres?

« Je me méfie comme de la peste des critiques littéraires »

Par Emmanuelle Alféef (LEXPRESS.fr), publié le 31/05/2011 à 08:00

Internet, les conseils du libraire, les conseils de critiques… mais pas n’importe lesquels, vous avez vos recettes bien à vous pour choisir vos prochaines lectures. Bien souvent, c’est un mélange de méthodes qui ont fait leurs preuves.

 

Caroline, rencontrée au Salon du livre de Paris, est une inconditionnelle de l’auteur Sire Cédric.

Emilie Wood/LEXPRESS.fr

Prenez un zeste de quatrième de couverture, quelques conseils savamment récoltés, une dose de critiques et allez faire un tour en librairie. Vous goûtez vos livres après avoir tenté des formules aux divers ingrédients. Comme les bonnes recettes s’échangent, en voici une compilation.

Un élément prépondérant reste la quatrième de couverture. Même si de l’avis de fredfer, elles « sont très mal [faites], ils ont tendance à dévoiler plus de la moitié du livre ». Comme lui, Bibi « ne [se] fie jamais entièrement à cela ». Il « feuillette toujours ». Et y ajoutera parfois « Un forum de lecture, un blog, un ami ou une critique dans la presse ».

Lire la suite : http://www.lexpress.fr/culture/livre/je-me-mefie-comme-de-la-peste-des-critiques-litteraires_997957.html

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Fortune du réflexe de Pavloff

Posté par Serge Bénard le 14 mai 2011

La scène se passe dans une maison d’édition à Paris, le jour de la réunion des représentants. Il arrive que des auteurs y participent. Celui-ci vient de raconter son livre en quelques minutes. Un représentant ose une question : « Son genre n’est pas très défini : vous le verriez dans quel rayon de la librairie ? » «  Euh… devant la caisse ! ». Il est vrai que l’endroit est stratégique. Certains « petits » livres, recueils de maximes, citations et autres pensées plus ou moins profondes, onstanley-kubrick-autoportrait.1305229639.jpgt dû leur succès à cette situation enviée. Effet garanti ou presque –qui oserait assurer quoi que ce soit dans ce domaine alors que depuis le début de l’année les livres ne se vendent pas sans quel nul ne sache pourquoi ? La « Petite collection » des éditions Mille et une nuits a déjà publié plus de 400 titres en tous genres  brochés à bas prix, dans un registre assez varié qui va des textes d’intervention d’Attac sur la taxe Tobin et la lutte contre l’OMC à LArt de foutre en quarante manières ou La Science pratique des filles du monde, manuel libertin prétendument imprimé à Amsterdam en 1789. Ce qui est nouveau, en revanche, c’est ce que l’on pourrait appeler le « réflexe de Pavloff ». A ne pas confondre avec « le réflexe de Pavlov », réaction acquise par habitude et provoquée par un stimulus extérieur. L’autre est baptisé ainsi en hommage à Frank Pavloff, auteur de Matin brun (Cheyne), nouvelle antifasciste de douze pages que la présence de Jean-Marie Le Pen au second tour des élections de 2002 propulsa au delà du million d’exemplaires ; et comme un signe des temps, Matin brun vient de faire son retour dans la liste des meilleures ventes, phénomène concomitant à la percée de Marine Le Pen dans les sondages (cette famille fait décidément beaucoup pour la librairie).

Lire la suite : http://passouline.blog.lemonde.fr/2011/05/13/fortune-du-reflexe-de-pavloff/#xtor=RSS-32280322


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Les dossiers Bernard Noël des revues Europe et CCP (par Cyril Anton)

Posté par Serge Bénard le 11 mai 2011

mercredi 11 mai 2011

Bernard Noël à travers deux revues 

Europe B noelDans ce double numéro d’Europe (1) l’objectif est de donner à entendre la résonance qui existe entre toutes les interventions de Bernard Noël, qu’elles soient d’écriture ou de parole, de dessin, de mise en scène ou de traductions, d’embrasser sa carrière pour rendre visible la cohérence et la tonalité indéfectible de son œuvre, de faire découvrir sa voix et sa pensée aux jeunes générations.

Nous entendrons tout d’abord un trio de voix où surgissent des souvenirs personnels, puis, des analyses plus stylistiques mais où Bernard Noël apparaît souvent, de biais, sortant des ombres de ces analyses littéraires, comme si sa personnalité y résistait. Mais c’est tout d’abord deux poèmes qui sont proposés. Et un entretien avec Chantal Colomb-Guillaume qui a préfacé et coordonné ce numéro. Il y aborde l’Aubrac contemporain, l’obstacle personnel que fut l’occitan parlé à la maison durant son enfance, ses études dans une École de Journalisme qui l’envoyèrent dans les cafés de Saint-Germain-des-Prés et son appartenance au réseau Curiel avant d’aborder les souvenirs liés aux premiers ouvrages : L’auteur de Extraits du Corps n’avait pas d’existence et celui du Château de Cène n’a commencé à exister que vers le milieu de 1969, mais sans me donner à vivre une double identité car, loin de m’identifier à lui, j’évitais de me signaler sous son nom (…).
Le Dictionnaire de la Commune fut une entreprise politique mais aussi le moment où il commença à signer Le Château sous son véritable nom. Il y eut ensuite Onze Romans d’œil, Romans d’un regard, etLes Peintres du Désir : Le regard est inséparable de l’espace qu’il génère, qu’il occupe, il s’en suit que regarder le regard, c’est faire l’expérience de l’espace dans son unité (…) Peut-être le rapport de la poésie et de la peinture tient-il dans le rapprochement un peu barbare de ces deux mots.
Un poème de Bernard Noël titré Le livre de l’Oubli suit cet entretien :
L’usage normal de la langue : compter et conter. L’écriture est fondée sur un détournement originel qui s’oublie tellement en lui-même qu’elle cherchera toujours d’où elle vient. (…)  Le pouvoir est assuré du présent : il sait qu’il n’y a rien hors de lui. Étant propriétaire du présent, il l’est aussi du passé, et cela suffit à faire croire à son avenir. Il est d’ailleurs ce dont l’avenir ne change pas la nature. Le pouvoir contrôle notre relation avec le temps. Seul l’oubli peut le déranger. L’oubli :le contre-pouvoir (…) Mon corps est mon seul lieu, mais il ne tient qu’à un nom, et ce nom a pour fonction de le rendre à l’oubli, dont il est fait.

Lire la suite : http://poezibao.typepad.com/poezibao/2011/05/les-dossiers-bernard-no%C3%ABl-des-revues-europe-et-ccp-par-cyril-anton.html

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19 mai à Paris – Le critique littéraire est-il mort ?

Posté par Serge Bénard le 10 mai 2011

Le critique littéraire est-il mort ? Débat CNL/Nonfiction.fr le jeudi 19 mai
[lundi 09 mai 2011 - 15:00]

Au Centre national du Livre, 53, rue de Verneuil, 75007, jeudi 19 mai 2011 à 19h précises.

Entrée libre sur inscription à : rsvp@centrenationaldulivre.fr.

A l’ère des réseaux sociaux et des blogs, l’audience et l’influence des prescripteurs traditionnels sont bouleversées. Si jusqu’ici les critiques de Télérama ou des suppléments littéraires du Monde, du Figaro et de Libération donnaient le « la » de ce qu’il fallait lire, leur autorité semble aujourd’hui s’effriter, concurrencée par la recommandation numérique. Dans ce contexte de basculement de l’économie de la prescription au profit de l’horizontalité et du collectif, la question de l’avenir du critique littéraire se pose plus que jamais. Destitution ? Disparition ? Réinvention ?
Pour en débattre, le Centre national du Livre et nonfiction.fr réunissent, autour de Frédéric Martel, qui animera le débat, critiques littéraires issus de la presse écrite et acteurs du numérique :

Robert Maggiori, philosophe, journaliste à Libération et auteur de Le Métier de critique : journalisme et philosophie,

Lauren Malka, journaliste littéraire au Magazine Littéraire, myboox.fr, evene.fr et animatrice de réseaux sociaux,

Rémi Mathis, conservateur à la BnF et vice-président de Wikimédia France,

Olivier Postel-Vinay, fondateur et directeur du magazine Books, Jean-Baptiste Soufron, directeur de Think Digital, think tank de Cap Digital.

Le Centre national du Livre et nonfiction.fr

Le Centre national du Livre, lieu d’encouragement de la création et de la diffusion d’ouvrages de qualité, s’associe à nonfiction.fr pour proposer, chaque trimestre, des débats publics autour d’un thème en rapport avec le livre et son économie

* Cette rencontre inaugurale s’inspire d’un dossier sur la mort du critique culturel publié en novembre dernier sur nonfiction.fr.

Source : http://www.nonfiction.fr/article-4606-le_critique_litteraire_est_il_mort__debat_cnlnonfictionfr_le_jeudi_19_mai.htm

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11e anniversaire de la mort de Bernard Lamarche-Vadel

Posté par Serge Bénard le 30 avril 2011

Bernard Lamarche-Vadel, né le 16 juillet 1949 et mort le 2 mai 2000 à La Croixille en Mayenne, est un écrivain, poète, critique d’art, photographe et collectionneur français.

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 Œuvres[modifier]

Michel-Ange, 1976
Du chien les bonbonnes, Bourgois, 1976
Degottex, l’œuvre de Jean Degottex et la question du tableau. Musée de peinture et de sculpture, Grenoble / Musée d’art et d’industrie, Saint-Étienne, 1978
L’Efficacité des rouges, Bourgois, 1978
Giacometti, 1979
Jean-Pierre Pincemin, Bourgois, 1980
Helmut Newton, Regard, 1981
Cols de l’accent violent, 1982
Pour Bram Van Velde, 1983
Lisible pour M., 1983
Collection Bernard Lamarche-Vadel, Musée Sainte-Croix, Poitiers, 1983
Catalogue Maeght n° 32 : peintures 1965-1980, 1985
Joseph Beuys, Marval, 1985
Alberto Giacometti, N.E.F., 1985
Klossowski, l’énoncé dénoncé, Marval, 1985.
Georges Autard, Action régionale pour la création artistique, 1985
Sidérations : l’atelier photographique français. Coédition Tours, Liège, Rome. Centre de Création Contemporaine : Carte Segrete, 1985
Tapiès, peinture 1965-1980, Maeght, 1985
Opalka, 1965, la Différence, 1986
Qu’est-ce que l’art français ?, La Différence, 1986
Continent Kirkeby. Centre de création contemporaine de Tours, 1987
Pierre Klossowski, 1987
Éric Dalbis, La Différence, 1987
Hucleux, La Différence, 1987
Zoo, Reverdot J-P, Marval, 1987
MAJY Magie, La Différence, 1988
Points de mire
Mimmo Paladino, le guetteur, La Différence, 1988
Olivier Thomé : propos La Différence, 1988
Erik Dietman, La Différence, 1990
Facile, Marval, 1990
Jean-Michel Sanejouand, les charges-objets, La Différence, 1990
Villeglé, Marval, 1990
Les Espionnes, (collaboration, B. Rheims, G. Kehayoff), 1992
Le Bonheur, (collaboration F. Chevallier), La Différence, 1993
Vitré, La Différence, 1993
Lewis Baltz, La Différence, 1993
Arman [Classiques du XXIe siècle] 1993
Vétérinaires, 1993 (Prix Goncourt du premier roman)
Bugatti : les meubles, les sculptures, les autos, (collaboration B. Dufour), La Différence, 1995
Carmelo Zagari, La Différence, 1995
Tout casse, Gallimard, 1995, Folio 1995
Lignes de mire : écrits sur la photographie, Marval, 1995
La logeuse, (collaboration Y. Guillot), Marval, 1996
Entretiens, témoignages, études critiques (dir. I. Rabineau. Méréal), 1997
Sa vie, son œuvre, dédié à Philippe Sollers (1997
Fos, natures d’un lieu, images en manœuvres, 1997
Comment jouer l’enfermement, Christian Bourgois, Paris, 1999
L’art, le suicide, la princesse et son agonie, (1998)
Arman, La Différence, 1999
De la douce hystérie des bilans, 2000
Mise en demeure, (photo. J.-P. Reverdot), son dernier roman

Source : http://fr.wikipedia.org/wiki/Bernard_Lamarche-Vadel

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De la critique littéraire considérée comme un exercice de mépris

Posté par Serge Bénard le 20 avril 2011

Charlotte Lacoste, Séductions du bourreau, Paris : Presses Universitaires de France, coll. « Intervention philosophiques », 2010, 472 p., EAN 978213058430.

 

Par Luc Rasson

Quoi qu’on puisse penser des

 Bienveillantes, la publication de ce roman en 2006 aura au moins eu le mérite de susciter des débats passionnants révélant que, plus de soixante ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, nous continuons à nous définir par rapport à cet événement majeur. À l’instar de la Révolution française, cette guerre qui fut la dernière à ravager le continent européen (si l’on exclut la crise yougoslave des années 1990) constitue un écran sur lequel les générations actuelles continuent à projeter leurs débats, leurs doutes, leurs contradictions afin de mieux circonscrire leur propre identité démocratique. Le roman de Jonathan Littell, on le sait, provoqua une véritable scission au sein du lectorat, les contempteurs vouant aux gémonies une fiction qui ose rendre compte du génocide à partir de la perspective du bourreau, les thuriféraires saluant l’audace d’un texte qui, justement, prend le risque de s’interroger sur ce qui se passe dans la tête d’un organisateur du génocide. Certes, le projet de J. Littell n’était pas original : dès 1952 Robert Merle, dans La mort est mon métier, donna la parole à Rudolf Lang, alter ego de Rudolf Höss, le commandant d’Auschwitz qui supervisa l’installation des premières chambres à gaz1. Mais par son ampleur, par son souffle épique, par sa dimension encyclopédique, par son protagoniste-narrateur échappant aux simplifications réductrices qu’appelle certain stéréotype du nazi en littérature (et au cinéma), ce roman frappa les esprits. Aussi vit-on paraître aussitôt des ouvrages critiques — souvent des pamphlets, à vrai dire — qui s’en prirent au roman, à son protagoniste SS et à son auteur2. Il est d’ailleurs notable que, face à cette prolifération de livres dénonçant le roman, il n’existe, jusqu’à aujourd’hui, à ma connaissance, aucun ouvrage de quelque dimension qui en prenne la défense3.

Réhabiliter le nazi ?

À cette floraison d’ouvrages critiques vient de s’ajouter celui de Charlotte Lacoste qui est sans doute le plus informé et le mieux étayé des ouvrages qui dénoncent les Bienveillantes. Livre qui, à vrai dire, ne se limite pas à être un commentaire critique du roman de J. Littell : son ambition est plus vaste, même si ce « roman-symptôme qui cristallise toute la fantasmagorie pousse‑au‑crime » (p. 6) constitue le déclencheur de la réflexion et occupe l’ensemble de la deuxième partie de Séductions du bourreau. La thèse de Ch. Lacoste a l’avantage de la clarté : il existe une mode qui consiste à donner la parole au bourreau. Cette mode est dangereuse car elle révèle une fascination morbide de nos contemporains pour le point de vue du tortionnaire et du génocidaire et elle risque, à terme, de « recrédibiliser le personnage du nazi » (p. 228), voire de contribuer — excusez du peu — à la « nazification du lectorat » (p. 224). L’interprétation est d’une cohérence à toute épreuve : puisque J. Littell « a choisi de faire alliance avec un SS » (p. 456), Les Bienveillantes est un « roman à thèse » (p. 256) dont l’objectif est la « revalorisation du “système de valeurs” et de la “pensée” nazis » (p. 457).

Voilà quelques-unes des affirmations à l’emporte-pièce qui émaillent ce livre. Que l’on ajoute à l’outrance des énoncés, un ton péremptoire, une écriture sarcastique, voire l’expression du mépris à l’égard de ceux qui auraient l’outrecuidance d’apprécier Les Bienveillantes, ou, plus généralement, de souscrire aux thèses de Christopher Browning sur « l’homme ordinaire » ou de Zygmunt Bauman sur la « modernité » de l’Holocauste et l’on se demande s’il ne faut pas retourner contre Ch. Lacoste le reproche qu’elle adresse aux lecteurs qui prennent au sérieux la liberté de l’artiste : « L’émotion fait loi en lieu et place de la critique » (p. 173).

Or, l’émotion première qui imprègne tout ce livre est, comme je l’ai déjà suggéré, le mépris. Regardons cela de façon systématique. Mépris du roman, pour commencer. Face à l’historiographie, face au témoignage, la fiction est suspecte. S’inspirant du présupposé anti‑littéraire qui présida à la démarche de Jean‑Norton Cru face aux témoignages de la Grande Guerre, Ch. Lacoste distingue « deux lignées » qui « s’affrontent tout au long du siècle » et qui opposent les romanciers à succès « maîtres de l’épouvante lucrative » aux « défenseurs du témoignage » (p. 46) — ceux que J.‑N. Cru appelait les « témoins probes ». Ce qui préside à une telle suspicion, c’est qu’il existe une vérité de l’événement, toujours menacée par une littérature malhonnête aux aguets, prête à la déformer : c’est la littérature « ballonnée, surhormonée » (p. 137) sacrifiant à une « logique du spectacle » qui, et ce n’est sans doute pas une coïncidence dans l’esprit de Ch. Lacoste, était « celle des nazis eux-mêmes » (p. 109‑110).

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Le siècle de Maurice Nadeau

Posté par Serge Bénard le 15 avril 2011

Par Thierry Clermon

14/04/2011 | Mise à jour : 12:24

Il aura cent ans le 21 mai. Venu tardivement à la littérature, il a rattrapé le temps perdu. Cet éditeur a lancé Barthes, Perec, Houellebecq. Entre autres.

Le siècle de Maurice Nadeau   dans Auteurs, écrivains, polygraphes, nègres, etc. coeur-Pour nombre de lecteurs, le nom de Maurice Nadeau est lié à la publication d’Extension du domaine de la lutte de Houellebecq, en 1993. Pour les aînés, du moins ceux que le temps a épargnés, il fut une des grandes plumes, une des plus lues, du quotidien d’Albert Camus et de Pascal Pia: Combat, où il écrivit entre 1945 et le début des années cinquante, puis de L’Express. Pour les autres, Nadeau, c’est Monsieur Quinzaine littéraire, quarante-cinq ans au service des livres, et un numéro 1036 qui sera prochainement en kiosque.

Rien ne destinait Nadeau à devenir ce qu’il est. Fils d’un épicier mort à Verdun en 1916, il mène dans les années trente une carrière d’instituteur tombé dans le communisme, puis le trotskisme, obsédé par le concert des prolétaires, agitant les ouvriers des fabriques du XIIIe. Entre deux actions militantes avec sa femme Marthe, il fréquente, en béjaune des lettres modernes, l’échoppe d’Adrienne Monnier, rue de l’Odéon. Lui, qui a lu tout Balzac, y fait de neufs apprentissages avec Faulkner, Dos Passos et Kafka, qui viennent à peine d’être traduits en français. Le virus est inoculé. Nadeau dévore plus qu’il ne lit, allant même jusqu’à acheter L’Action ­française pour les feuilletons littéraires de Daudet fils. Il a à peine trente ans; il vient de rencontrer André Breton, il se lie avec Benjamin Péret.

Lire la suite : http://www.lefigaro.fr/livres/2011/04/14/03005-20110414ARTFIG00491-le-siecle-de-maurice-nadeau.php


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Quoi de neuf ? Baudelaire

Posté par Serge Bénard le 11 avril 2011

… D’ailleurs, ce pourrait être l’intitulé d’une rubrique invitant à lire et relire encore les classiques, non comme des objets napthalinés dignes de respect mais comme des nouveautés. Car aussi anciens soient-ils, ils nous permettent d’envisager les choses baudelaire_nadar_1.1302455397.jpgautrement, dans notre observation des événements courants, de la marche du monde et de la folie des hommes. Alors disons que ce sera une rubrique : « Quoi de neuf ? …. » Aujourd’hui, Baudelaire .

Plusieurs livres invitent à le revisiter. Les siens d’abord, qu’il s’agisse de la poésie ou de Mon cœur mis à nu. Ses articles sont peu lus, carence à laquelle remédie une nouvelle collection de poche lancée par Flammarion ; aussi, parallèlement à un Zola et un Gautier, voici un Baudelaire journaliste (368 pages, 8,90 euros, GF), deux mots que l’on n’a pas l’habitude de voir accolés. Cette anthologie d’Alain Vaillant est d’autant bienvenue que son intitulé même casse le double stéréotype qui colle aux basques de l’écrivain (poète maudit et provocateur dans la mystification). Il tient même que, dans sa production journalistique, Baudelaire a été le type même du « polygraphe de la modernité ». Pour la plupart, ses articles et chroniques (plus de deux-cents entre 1841 et 1866) sont longs et argumentés. N’étant attaché nulle part, il publie partout. Une indépendance qui lui permet de choisir ses sujets en toute liberté. Il touche à tout : poèmes en vers et en prose, fiction, chansons, traduction (les nouvelles d’Edgar Poe) et surtout critiques (ses comptes rendus des Salons de peinture demeurent une référence pour les historiens de l’art), toutes activités qui ne le clivent pas en différents Baudelaire distincts les uns des autres, mais au contraire enrichissent notre image d’un auteur unique et protéiforme, comme ils l’étaient presque tous alors.

Lire la suite : http://passouline.blog.lemonde.fr/2011/04/10/quoi-de-neuf-baudelaire/

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Critique – Blogueur est-il un métier dangereux ?

Posté par Serge Bénard le 8 avril 2011

Danger

Pas encore mais cela pourrait bientôt venir, à en croire un post que vient de publier la blogueuse américaine Kiri Blakeley ! Elle  y présente le cas d’un blogueur/ critique de livres, Big Al, qui a connu la mésaventure de se faire inonder d’injures par une auteur auto-éditée, furieuse de la manière avec laquelle il avait critiqué son livre. Je vous propose ci-dessous une traduction de l’article, car l’histoire est intéressante et, qui sait, susceptible de se produire également en France. A noter que Kiri Blakeley tire de cet épisode des conclusions auxquelles je n’adhère pas, sur la différence entre auteurs « professionnels » et auteurs auto-édités (une vision à mon sens très américaine des choses selon laquelle auteur est un « métier » à part entière pour lequel il est préférable d’avoir suivi une formation).

 

> L’auteur auto-édité qui ne savait pas accepter les mauvaises critiques

Quand il a écrit sa critique du pêcheur Grec, un roman auto-publié sur Internet, Big Al ne pensait pas que l’auteur, Jacqueline Howett, irait jusqu’à le traiter de menteur et à lui dire, plus d’une fois, d’aller « se faire f….e ».

Le conflit auteur contre blogueur a commencé lorsque le premier a relevé les nombreuses fautes d’orthographe et de grammaire du roman de Howett et a écrit que les lecteurs pourraient, par leur faute, ne pas aller jusqu’au bout du livre. « Lire ne devrait pas être si difficile » a-t-il précisé.

Lire la suite : http://www.les-agents-litteraires.fr/blogueur-metier-dangereux

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