Choix du jour de libraires à Marseille, Bastia, Limoges

Posté par Serge Bénard le 12 décembre 2010

 Sans la télé

 

Couverture du livre Sans la télé

 

Auteur : 

Guillaume Guéraud

Date de saisie : 18/11/2010

Genre : Jeunesse à partir de 13 ans

Editeur : Rouergue, Rodez, France

Collection : DoAdo

Prix : 8.00 € / 52.48 F

ISBN : 978-2-8126-0162-0

GENCOD : 9782812601620

Sorti le : 08/09/2010

Acheter Sans la télé chez ces libraires indépendants en ligne :
L’Alinéa (Martigues) Dialogues (Brest) Durance (Nantes) Maison du livre (Rodez) Mollat (Bordeaux) Ombres Blanches (Toulouse)Sauramps (Montpellier) Thuard (Le Mans)

 

Le roman commence par cette citation de Jean-Luc Godard : « Le cinéma fabrique des souvenirs, alors que la télévision fabrique de l’oubli ». Le ton est donné.
Si Guillaume Guéraud partage l’avis de Godard maintenant, il en était tout autrement quand il avait 8 ans. Tous les autres ont la télé dans la cour de récré, et Guillaume rêve de voir Goldorak et Tom Sawyer en dessins animés. Il demande des explications à sa mère sur cette absence, réclame, supplie, il veut la télé ! Il se met dans une colère noire mais rien n’y fera. La télé n’entrera pas dans l’appartement.

Sa mère a une autre idée.

« elle décide de m’emmener au CINÉMA. »

« Sans la télé » est un roman qui se lit d’une traite, c’est vraiment (vraiment-vraiment) bien, son auteur se dévoile et si le lecteur a lu quelques-uns de ses romans avant, des connexions se font.
Pour info, les films énoncés tout le long du roman sont répertoriés à la fin !
À lire dès… qu’on en a envie (dès 12-13 ans), ado, adulte, peu importe !

 

Dans un récit autobiographique, l’auteur raconte sa jeunesse dans une cité populaire au cours des années 1970-1980, à travers son rapport au cinéma. Sa mère refusant d’avoir la télévision, elle l’entraîne dans les salles obscures, et c’est grâce au septième art qu’il découvre le monde. Un roman émouvant, véritable ode au cinéma, pour ados et/ou passionnés de cinéma…

 

Jusqu’au moment où je les entends parler de Charles Ingalls. Et de sa fille Laura qui a soi-disant récité un poème l’autre jour qui a fait pleurer tout le monde à l’école. Je me creuse mais je ne connais pas une seule fille qui s’appelle Laura dans notre école et, dans le quartier, je connais la famille N’Dong, la famille Abdelazziz, la famille Absalon, mais aucune famille Ingalls.
- C’est qui Laura Ingalls ? je leur demande.
- La fille de la petite maison dans la prairie ! ils me répondent tous à la fois
Quelle maison ? Quelle prairie ? On habite sans un quartier où il n’ya que des immeubles, un centre commercial et un parking. A croire qu’ils se foutent de moi.

Guillaume a 8 ans et vit dans un quartier populaire de la banlieue bordelaise dans les années 70. Guillaume a 8 ans et il aimerait bien qu’on lui explique pourquoi tout le monde a la télévision sauf lui. Alors pour contrer Tom Sawyer, Zorro, Starsky et Hutch et les supers pouvoirs de Goldorak, sa mère décide de l’emmener au cinéma.
Et Guillaume voit des films, des tas de films, des films trop grands pour lui, des films qu’il ne comprend pas toujours. Mais qu’importe ! C’est dans les salles obscures, enfoncé dans des fauteuils au velours élimé du ciné-club que Guillaume va découvrir le monde : la vie avec Le Voleur de Bicyclette de De Sica, la lutte des classes avec Les Temps Modernes de Chaplin, les filles et le sexe avec Duel au soleil, la violence qui libère avec Scarface de De Palma… Des films qui font pleurer, rire, réfléchir. Des films qui lui montrent le monde tel qu’il est.
Un récit autobiographique tout en émotion, où comme au cinéma (parfois) le rire se mêle aux larmes, et pour comprendre pourquoi E.T. est finalement un héros communiste…

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Une courte lecture de Guillaume Guéraud

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Guillaume Guéraud au micro de Jean Morzadec


 

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Choix du jour de libraires à Épinal, Paris, SMontauban, Pont-duChâteau

Posté par Serge Bénard le 12 décembre 2010

.. Le Front russe

Couverture du livre Le Front russe

Auteur : 

Jean-Claude Lalumière

Date de saisie : 03/12/2010

Genre : Romans et nouvelles – français

Editeur : Dilettante, Paris, France

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 9782842631925

GENCOD : 9782842631925

Sorti le : 22/08/2010

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Chronique épatante d’un jeune fonctionnaire du Ministère des Affaires Étrangères, ce roman est l’un des plus réjouissants de la Rentrée littéraire. Les arcanes et les rouages de l’administration comme vous ne les avez peut-être jamais vus ou tels que vous n’oseriez les décrire.

« Le front russe » premier roman, sympathique, drôle, autodérision, est un livre agréable à lire. Il est à conseiller à tout lecteur qui veut se changer les idées.

Le narrateur pensait avoir trouvé un emploi qui allait lui permettre de réaliser son rêve de jeunesse : parcourir le monde. Ce goût du voyage lui était venu en dévorant les quelques exemplaires du magazine Géo que lui avait offert son oncle Bertrand.
Hélas, adulte, il passe le plus clair – ou plutôt le plus sombre – de son temps dans un bureau aux murs blancs. Depuis cinq ans au ministère des Affaires étrangères, ses rêves de voyages « vont se dégonfler comme les coussins d’air d’un naviplane resté à quai ». Il a été affecté à l’administration centrale et plus précisément au Bureau des pays en voie de création/section Europe de l’Est et Sibérie, section qu’entre eux les fonctionnaires des Affaires étrangères appellent « Le front russe ». Il s’agit, lui dira Boutinot, son chef de section qui dirige ses hommes comme des militaires, de prendre la suite des services secrets et de préparer, une fois que les pays en cause seront stabilisés, l’arrivée de missions diplomatiques officielles.
Pas très excitant. Mais notre narrateur, qui veut bien faire alors que ce bureau roupille gentiment, s’active en vue de se faire remarquer et de faire carrière. De fait c’est un gaffeur patenté, champion hors catégorie de la bévue, instigateur involontaire de situations cocasses. Entre autres, dans le cadre d’une grande opération de communication visant à redorer le blason du pouvoir exécutif, il va proposer une «pride diplomatique» : la marche des fiertés diplomatiques Imaginez chaque représentation défilant aux couleurs de son pays sur un char décoré et en musique ! L’idée est retenue, le ministre est enthousiaste, la diplomatie va, enfin, sortir de l’ombre. Au départ hésitants, vingt-trois pays confirment leur présence à cette marche. Le grand jour arrive. Mais surgit une torpille dans ce dispositif sans faille…
Quant à ses collègues : Alice éphémère maîtresse ; Arlette l’air blafard qui se vante de travailler à l’instinct ; Philippe, qui a une idée très personnelle du classement ; Marc qui arbore des T-shirts venants de destinations exotiques, ils contribuent à l’ambiance courtelinesque du bureau. 
Le narrateur frustré dans son désir d’ailleurs – « Je vis et il ne se passe rien » – aura le mot de la fin : « L’histoire d’une vie c’est toujours l’histoire d’un échec ». 
Belle réussite que ce premier roman caustique, savoureux, très drôle. On rit de bon coeur et souvent.

Désopilant ! 
Avec ce livre « rentrez » dans la bonne humeur…


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Choix du jour de libraire à Cotonou (Bénin)

Posté par Serge Bénard le 10 décembre 2010

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_ Porto-Novo : un rêve brésilien

Nouréini Tidjani-Serpos

Illustrateur : Jean Caffe

Genre : Poésie

Editeur : Karthala, Paris, France

19.00 €

ISBN : 2-86537-430-0

GENCOD : 9782865374304

Sortie en 1993

Choix de Christel Noudjinlodo de la librairie Bufalo à Cotonou, Bénin

Ville aux trois chasseurs, aux trois religions, aux trois noms, le vieux site de Hogbonou vit, sur le fleuve Ouémé, l’Est et l’Ouest se rejoindre : Adja et Yoruba, héritiers prestigieux d’Allada et d’Oyo la peuplèrent jusqu’à ce que le Nord s’en mêlât. Et l’antique Adjacé devient Porto-Novo. C’était au XVIIIe siècle, les Portugais rêvaient d’un port moderne rebâti sur la traite, ignorant que la ville, au mépris de son nom, resterait ancienne et comme hantée par l’esprit des morts comme ces Zangbétos de paille affaissés au fond des temples.

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Choix du jour de libraires à Nyon, Reze, Vaux-le-Pénil

Posté par Serge Bénard le 8 décembre 2010

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L’embrasure

Douna Loup

Genre : Romans et nouvelles – français

Mercure de France, Paris, France

Collection : Bleue

14.00 €

ISBN : 9782715231351

GENCOD : 9782715231351

Sortie le : 02/09/2010

Choix de Claude Amstutz de la librairie Payot à Nyon (Suisse)

La forêt est grande, profonde, vibrante, vivante et vivifiante. Elle est quelque chose comme une femme qui voudrait l’homme sans lui dire. Quelque chose qui dit oui sous la robe mais qui s’est perdu dans la bouche, qui devient tendre dans l’humus et vous jette les ronces au visage. La forêt est comme ça, ici. Le sauvage sait y faire. L’attirance qu’elle éprouve à se faire explorer, elle la garde au-dedans, de la sève en puissance qui coule sous la terre, qui monte comme une odeur et vous emballe sur-le-champ. Même le ciel, au-dessus, ne reste pas indifférent. Qu’elle soit froissée après la pluie, comme les femmes qui préfèrent se doucher avant, qu’elle soit bouillante de soleil, comme celles qui brûlent après la porte d’entrée, la forêt, ici, elle ne laisse personne sortir indemne. elle retient un peu de notre substance dans sa rivière profonde. Elle se charge d’enseigner l’ardeur.

Ainsi commence le roman de Douna Loup, L’embrasure, qui nous raconte l’histoire d’un jeune chasseur pour lequel la forêt est son monde, à lui, à la fois inépuisable – il en découvre les odeurs, les murmures, les couleurs au gré des saisons – et rassurant – il est le chasseur, le maître du jeu et des heures – au point que, hormis auprès de quelques amis qu’il fréquente au café du village ou des femmes de passage, rien d’autre ne l’intéresse, ni personne. Seulement voilà, deux événements vont bousculer le petit monde de cet être frustre, quoique plus complexe qu’il n’y paraît au premier regard. Il découvre un mort dans sa forêt. Un étranger. Que cherchait-il ? Qui est-il ? Près de son cadavre – son nom est Laurent Martin – il s’empare d’un carnet qui va l’interpeller et le conduire où il n’aurait voulu aller.

Mais notre jeune homme n’est pas au bout de ses surprises, car il va rencontrer une femme peu ordinaire, Eva – Zorah, dans une autre vie qu’elle ne veut raviver – qu’il accepte d’héberger pour la nuit, mais quand il veut s’approcher d’elle, il se voit maintenu de force à l’écart par… un flingue ! Pourtant, peu après ce moment de leur rencontre, il sent que la situation lui échappe : Je m’approche, je vois qu’elle a les yeux fermés, j’aimerais la toucher mais je ne peux pas, sa respiration fait comme une brise profonde sous ses omoplates. Je n’ai même plus envie de la prendre ou de la serrer, juste la regarder me met dans une paix formidable et je m’aperçois que je n’ai jamais vu quelqu’un dormir. J’ai vu des femmes abandonnées un moment après l’étreinte. J’ai vu des morts, j’ai vu des bébés dans leurs poussettes, mais je n’ai jamais vu une femme dormir.

Auprès d’Eva qui l’ouvre à une humanité insoupçonnée, tout bascule et s’il se laisse apprivoiser, à son rythme, ce n’est pas sans connaître sur ce délicat parcours les affres de l’angoisse, de la résistance et du doute. La perte de son indépendance, de son territoire, de ses habitudes ? Pour Eva, je sens les larmes toutes proches, comme des bombes prêtes à éclater, peut-être parce qu’elle dégage quelque chose comme du sel qui vous fouette le visage, ou parce qu’elle fait voyager de façon inconnue dans les lieux que je connais le mieux au monde.

La lente maturation des êtres touchés par la grâce – cette attirance, cette légèreté, cette élévation impossibles à décrire – nous réserve les plus beaux passages de ce livre qui ne verse à aucun moment dans l’invraisemblable ou l’artificiel : La musique, dans le salon de thé, force le silence à se ramasser en boule dans mon cerveau. Je me réjouis de boire et manger. La nuit passée est comme l’inverse d’une bombe, elle a fait de moi un homme rassemblé en entier. Un bloc. C’est pour cela que mes mots se forcent à être au plus proche d’eux-mêmes avant de sortir tout en vrac, pour ne pas briser l’unité qui résonne dedans. Eva n’a pas peur de mon silence. Elle voit bien mes yeux bafouiller de lumière.

Je suis ébloui par ce premier roman – la plus remarquable découverte de l’année ! – dont la beauté du style n’est pas le moindre des mérites. D’une construction irréprochable, servi par une écriture sensuelle jouant habilement de la progression dramatique de ses personnages, il réjouira les amoureux de la langue, de l’intimité et de la nature.

Le site Internet des éditions du Mercure de France nous apprend que Douna Loup est née en 1982 en Suisse, de parents marionnettistes. Elle passe son enfance et son adolescence dans la Drôme. À dix-huit ans, son Baccalauréat Littéraire en poche, elle part pour six mois à Madagascar en tant que bénévole dans un orphelinat. À son retour elle s’essaye à l’ethnologie, elle nettoie une banque suisse pendant trois mois, garde des enfants durant une année, écrit sa première nouvelle, puis devient mère, et étudie les plantes médicinales. Après avoir vendu des tisanes sur les marchés et obtenu un certificat en Ethno-médecine, elle se consacre pleinement à l’écriture, en même temps qu’à ses deux filles. Elle vit aujourd’hui en Suisse.

Choix de Daiva Malo de la librairie Espace culturel Atout Sud à Reze (44)

Orphelin, élevé par son grand-père, le héros de l’Embrasure vit dans une solitude planifiée et n’a qu’une passion : la chasse. Jusqu’au jour où un mort et une femme vont perturber son univers ordonné. Un beau premier roman, grâce à l’écriture de Douna Loup qui rend la beauté de la nature tangible, et les aspérités de l’âme palpables.

Choix de Max Buvry de la librairie Vaux Livres à Vaux-le-Pénil (77)

Le narrateur a 25 ans, vit seul et aime sa solitude. Il préfère se protéger des autres et surtout des femmes («Je n’aimerais pas qu’une femme me tienne. Je n’aimerais pas qu’une femme me manque. S’il y en a une qui commence à pomper dans mon énergie pour en faire sortir la dépendance, c’est sûr, je fiche le camp.»). Il ne semble apprécier que la compagnie de son grand-père. Mais en réalité, sa passion est ailleurs, la chasse, la nature et la forêt. Un amoureux de la vraie chasse, respectueuse de la nature et de toutes ses facettes. Pourtant ses habitudes sont bousculées le jour où lors d’une chasse, il découvre un homme mort avec à ses côtés un carnet. Il prévient les gendarmes mais conserve le carnet. Obsédé par ce carnet, il mène sa propre enquête qui l’incite à se poser des questions sur cet homme venu mourir volontairement dans sa forêt mais aussi sur lui-même et sur sa vie. Pourtant la rencontre avec Eva sera peut-être plus bouleversante. Ces deux chasseurs ou gibiers, face à face, vont mutuellement s’apprivoiser et tisser une vraie relation humaine, sans dépendance, sans rivalité, dans la compréhension mutuelle. Un beau texte initiatique débordant de tendresse.

Le journal sonore des livres : Lu par Douna Loup – 07/12/2010

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Une courte lecture de Douna Loup


Douna Loup au micro de Jean Morzadec

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Choix du jour de libraire à Nyon (Suisse)

Posté par Serge Bénard le 6 décembre 2010

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René Char : vie et mort d’une amitié

Jocelyne François

Genre : Biographies, mémoires, correspondances…

la Différence, Paris, France

Collection : Littérature française

10.00 €

ISBN : 978-2-7291-1882-2

GENCOD : 9782729118822

Sortie le : 06/05/2010

Choix de Claude Amstutz de la librairie Payot à Nyon  (Suisse).

Il arrive que nous oubliions certains êtres parmi ceux qui nous ont été proches. Personne ne sait d’où vient l’oubli. Je n’ai pas oublié René Char. N’avais-je pas écrit à la fin de mon roman « Les Amantes ou tombeau de C » : « et que je meure si je l’oublie » ? Je suis vivante. Il me reste peu de temps, sept ans seulement, pour atteindre l’âge qu’il avait à sa mort. Ce n’est pas considérable et je vois plus clairement ce que signifient les dernières années d’une vie.

Ainsi commence ce court récit, consacré à sa rencontre avec René Char, par le lien de la poésie – cette fragile, forte et inexplicable passerelle. De ces années passées à Saumane-de-Vaucluse avec son amie Marie-Claire Pichaud et sa fille Dominique, non loin de L’Isle-sur-la-Sorgue – où résidait le poète – Jocelyne François parle avec beaucoup de pudeur, de délicatesse et de clairvoyance de son amitié avec René Char, qui fut immédiate. En lui, elle loua la simplicité, la justesse, la générosité, le naturel; de même l’expression de son visage, son regard, ses mains, sa voix.

Sa pièce de travail, assez petite, abritait une grande table presque entièrement couverte de papiers, de livres, de documents, de courrier reçu ou en partance, mais toujours avec une place vide pour une ou quelques fleurs. Sa bibliothèque tenait dans un meuble modeste où tout était visible, mais par une discrétion qui m’est naturelle envers toutes les bibliothèques, je ne m’en approchais jamais. (…) Le plus souvent nous parlions l’un en face de l’autre, lui derrière sa table et moi assise en biais devant la cheminée, mais parfois il se levait et venait s’asseoir auprès de moi. Lorsqu’il allait chercher un livre pour m’en lire un passage, il se tenait debout contre un angle de la table.

Leurs échanges, qui durèrent huit ans, ressemblaient à un très bon vin que l’on ne se dépêche pas de boire et sur lesquels l’âge ne pèse pas. Puis un jour, peu après le décès de sa soeur préférée, Julia, René Char tenta de transgresser leur belle amitié, et ce fut la fin. Je ne reviendrai plus…

Demeure, au fil du temps, ce chant de reconnaissance qui ne guérit pas les intimes blessures mais s’élance pourtant vers le ciel, pour cette confiance réciproque qui lui permit de grandir et tout dire, pour la préexistence que permet l’écriture, pour le mouvement assuré de leur rencontre, ce signe étrange venu de très loin et qui conduit à la clarté.

Deux passages bouleversants illuminent ces pages d’une sensibilité et d’une douceur à fleur de peau : J’écris à l’orbe de la mort, où Jocelyne François parle du décès de sa fille Dominique, ainsi que Trente ans déjà, poème dédié à René Char, à titre posthume.

Jocelyne François a publié plusieurs romans, parmi lesquels Les bonheurs (1970), Les amantes ou tombeau de C (1978 et 1998), Joue-nous Espana (1980 – prix Femina), tous parus aux éditions du Mercure de France et en coll. Folio/Gallimard. Avec Signes d’air (1982), elle se consacre à la poésie : un magnifique recueil qui n’est pas sans rappeler l’univers de René Char – recommandé ! – auprès du même éditeur. Enfin, son Journal, constitué à ce jour de trois volumes – Le cahier vert, Une vie d’écrivain et Le solstice d’hiver – couvrant la période 1961 à 2007 mériterait certainement mieux que le timide accueil qui lui fut réservé.

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Choix du jour de libraires à Saintes et Vézelay

Posté par Serge Bénard le 2 décembre 2010

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Le philosophe nu

Alexandre Jollien

Genre : Philosophie

Seuil, Paris, France

15.00 €

ISBN : 978-2-02-095915-5

GENCOD : 9782020959155

Sortie le : 19/08/2010

Choix de Elise Laven de la librairie De la lettre @ la bulle à Saintes (17)

Philosopher sur le bonheur lorsque l’on est incapable d’être heureux soi-même… C’est sur ce paradoxe que démarre le journal d’Alexandre Jollien publié aux éditions du Seuil. Et c’est tout sa force… Ce livre est sincère, intelligent, salvateur… donc indispensable !

Philosophe, mari, père de famille et handicapé, l’auteur aspire au bonheur mais ne peut se défaire de ses passions : l’envie, la peur, la colère… Il convoque tour à tour les philosophes anciens, son immense pouvoir d’analyse, le zen, un sens de l’autocritique féroce afin de ne plus se laisser ronger par ses passions. Pour, comme il le dit si bien, «tout accomplir de manière impeccable et demeurer détaché du résultat».

Plus qu’une leçon de vie, cet essai est une claque… qui fait du bien. Émouvant et intelligent à la fois – c’est plutôt rare pour un penseur -, Alexandre Jollien ne fait pas de la philosophie : il la vit ! Un vrai sage en somme…

Choix de Lorant Hecquet de la librairie L’or des étoiles à Vézelay (89)

L’auteur puise aux sources de la sagesse antique pour expérimenter et éprouver les passions humaines. Une bouleversante authenticité, une sincérité qui frappe en plein coeur. On sort de ce livre comme de la vision d’un arc en ciel : émerveillé, remué en profondeur, un peu plus humain. A mettre entre toutes les mains !

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Choix du jour de libraires à Lille et Bourg-en-Bresse

Posté par Serge Bénard le 29 novembre 2010

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Les trois saisons de la rage

Victor Cohen-Hadrias

Genre : Romans et nouvelles – françai

Albin Michel, Paris, France

22.00 €

ISBN : 9782226215154

GENCOD : 9782226215154

Sortie le : 18/08/2010

Choix de Lydie Zannini de la librairie DU THÉÂTRE ZANNINI à BOURG-EN-BRESSE (01)

On ne peut pas dire que Victor Cohen Hadria envahisse le marché du livre avec ses oeuvres. Le dernier date de 1998. Et il a raison, car pour cette rentrée littéraire, je parie qu’il va créer la SURPRISE.

Je me suis lancée dans ce gros volume de 464 pages avec plaisir : 

1ère partie : deux médecins, un militaire et un rural, échangent des courriers pour rendre service à un couple d’amoureux. Échos de la guerre de Napoléon III en Normandie.

2ème partie : le médecin rural écrit son journal et nous faisons mieux connaissance avec ce monde campagnard vu par un être humain, fait de chair et de sentiments amoureux lui aussi.

Victor Cohen Hadria m’a emportée par son écriture et je me suis vue accompagner son médecin campagnard dans ses tournées. Il ne vous lâchera pas non plus. Dès la parution de son livre, venez le découvrir, je suis sûre que vous serez conquis ! Sa lecture sera plus convaincante que tout ce que je pourrai vous dire.

Choix de Stéphanie Fontaine de la librairie FURET DU NORD à LILLE (59)

Ce merveilleux roman est en quelque sorte une suite de « La maladie de Sachs » mais au XIXème siècle et dans la Normandie de Maupassant. La fille du docteur Le Coeur trouve dans le secrétaire de son père, décédé depuis plusieurs années, quelques lettres et une sorte de journal intime. Bien plus que le récit d’une vie, ces lettres et ce journal, sont une véritable chronique passionnante et foisonnante de ce coin de campagne où les balbutiements de la médecine se confrontent aux croyances ancestrales des paysans. Le docteur Le Coeur, en vrai humaniste, parcourt inlassablement les routes pour visiter aussi bien les riches et les puissants que les plus miséreux. Le lecteur s’attache à cet homme aux défauts si humains et à la beauté et grandeur d’âme si extraordinaire.

 

La Radio des libraires : 

 

Valérie Broutin de la librairie L’HORIZON à BOULOGNE-SUR-MER (62)

 

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Choix du jour de libraire à Saintes

Posté par Serge Bénard le 29 novembre 2010

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Les quatre morts de Jean de Dieu

Andrée Chedid

Genre : Romans et nouvelles – français

Flammarion, Paris, France

17.00 €

ISBN : 978-2-08-123351-5

GENCOD : 9782081233515

Sortie le : 28/08/2010

Choix de Elise Laven de la librairie De la lettre @ la bulle à Saintes (17)

Qui aurait cru qu’un roman dont le titre comprend mort et Dieu allait nous plaire ? Certainement pas nous ! Malgré cet avertissement long et sinistre, ce nouveau roman d’Andrée Chédid (mère de L et grand-mère de M) est une pure merveille. Une fiction qui réchauffe le coeur. Ces quatre morts nous entraînent dans la vie modeste et passionnante de Juan, de son enfance chez les Jésuites à la maladie d’Alzheimer : ses certitudes d’homme, sa relation avec sa femme, ses enfants… le tout à travers l’histoire avec un grand H – la guerre d’Espagne, l’exil en France, Staline, la chute du mur de Berlin… Dans ce nouveau roman, la poétesse a su créer un personnage attachant car humain face à ses contradictions, ses agacements, ses peurs. Un seul reproche : ce livre est trop court ! Nous nous serions laissés facilement emportés par plus de méandres de la vie de Juan.

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Choix du jour de libraires à Romans-sur-Isère

Posté par Serge Bénard le 27 novembre 2010

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Wendy & Lucy

Jon Raymond

Traducteur : Nathalie Bru

Genre : Romans et nouvelles – étranger

Albin Michel, Paris, France

Collection : Terres d’Amérique

22.00 €

ISBN : 978-2-226-21513-0

GENCOD : 9782226215130

Sortie le : 29/09/2010

Choix de François Reynaud de la librairie Les Cordeliers à Romans-sur-Isère (26)

Deux amis se retrouvent et partent pour une longue randonnée en montagne dans l’espoir de retrouver une intimité perdue. Un garçon va devoir se battre parce que ses copains l’ont décidé pour lui. Un veuf d’une quarantaine d’années rencontre par hasard, quelques semaines à peine après la mort de sa femme, l’amie de longue date dont il a toujours été, en vérité, amoureux. Un homme part à la recherche d’un toxicomane qui fut, des millions d’années plus tôt, son meilleur ami. Planté par ses amis alors qu’il est en pleine préparation d’un cochon de lait qui promet d’être succulent, un type invite au débotté à la dégustation les deux ouvriers mexicains qui s’occupent de son jardin. Une jeune femme et un jeune homme se retrouvent enfermés toute une nuit dans la boutique du centre commercial où ils travaillent, et attendent, l’une avec impatience, l’autre avec crainte, le moment où leurs jeunes corps se retrouveront. Dans une ville du nord ouest des États-Unis, en route pour l’Alaska où elle espère trouver un job du côté des pêcheries, Wendy perd sa chienne Lucy et va la chercher toute une journée et toute une nuit jusqu’au moment de la révélation ultime… Qui choisit pour nous ? Qu’est-ce que la fidélité en amour et en amitié ? A quel moment un lien casse-t-il, une amitié bascule-t-elle dans l’indifférence ? Pourquoi nos vies nous échappent-elles à ce point ?

Dans ce premier recueil de nouvelles de Jon Raymond, ne vous attendez pas à trouver de ces gens bâtis de certitudes qui affrontent la vie avec insolence et succès, mais plutôt des hommes et des femmes qui tâtonnent autour d’eux et essaient, tant bien que mal, de réussir des choses aussi simples qu’une intimité. Ces nouvelles sont des trésors de tendresse et d’empathie de la part d’un auteur envers ses personnages. On rit, on pleure avec eux, et l’on se retrouve un peu dans ces destins dérisoires qui se tracent en silence comme des pas perdus dans la neige.

Si vous ne devez lire qu’un seul recueil de nouvelles cette année, Wendy et Lucy est pour vous.

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Choix du jour de libraires à Saint-Amand-Montrond et Vaux-le-Penil

Posté par Serge Bénard le 25 novembre 2010

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Bifteck

Martin Provost

Genre : Romans et nouvelles – français

Phébus, Paris, France

Collection : Littérature française

11.00 €

ISBN : 9782752904768

GENCOD : 9782752904768

Sortie le : 19/08/2010

Choix de Mireille Yvars de la librairie Sadip à Saint-Amand-Montrond (18)

Une fable qu’on lit d’une traite en souriant, en riant de bon coeur, mais aussi par moment avec une pointe de tristesse.

Si on se prend au jeu, un vrai plaisir 

 

Choix de Max Buvry de la librairie Vaux Livres à  (77)

Loïc et Fernande tiennent la boucherie Plomeur installée de longue date à Quimper, chez les Plomeur, on est boucher de père en fils. Les Plomeur aiment leur métier, gagnent beaucoup d’argent et aimeraient que leur fils André suive leur trace. Leur éducation s’en ressent : son premier vocabulaire aura trait à la viande, la caisse journalière du magasin lui permettra d’apprendre à compter… André sera bon élève, «le jeune boucher avait le don de faire chanter la chair», toutes les chairs… Alors que les hommes mobilisés partent vers une autre boucherie dans les tranchées de l’Est de la France, ils quittent les rues quimpéroises, et leurs femmes se retrouvent seules. Lorsqu’elles ont vent des exploits du jeune André, elles se précipitent au magasin… Le commerce prospère et André affine son expertise. Et puis la guerre se termine, l’armistice est signé, les hommes reviennent et un matin, André trouve un bébé devant la boucherie, six autres suivront ! Sept enfants qui bouleversent la boucherie Plomeur, les affaires vont mal. Du jour au lendemain, père de sept enfants ! Mais l’attachement viscéral d’André à ses sept bambins l’entraîne vers d’autres cieux… Martin Provost nous offre un plat succulent, assaisonné d’un humour prononcé mais toujours à bon escient, un conte drôle, tendre, humaniste et loufoque, agrémenté d’une folie jubilatoire. Un vocabulaire tendre ou cru comme une bonne viande saignante, un livre à dévorer !

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