Le choix du jour d’un libraire – Des voyous magnifiques, de Bruno Gallet

Posté par Serge Bénard le 8 décembre 2011

Couverture du livre Des voyous magnifiques

Auteur : Bruno Gallet

Date de saisie : 03/12/2011

Genre : Romans et nouvelles – français

Editeur : Anne Carrière, Paris, France

Prix : 18.50 € / 121.35 F

ISBN : 978-2-84337-618-4

GENCOD : 9782843376184

Sorti le : 13/10/2011

Bruno Gallet aurait pu écrire un polar assez classique. Il aurait ainsi placé les personnages d’Abel et Tuscan sur une route balisée et déjà parcourue : leur braquage qui échoue avec un banquier abattu, leur fuite et la traque effrénée de la police. Seulement, en s’échappant de Barcelonnette, en avalant les lacets du sud des Alpes pour aller se planquer dans le Causse, leur trajectoire de malfrats sans envergure va prendre une tout autre dimension ; les voilà maintenant investis d’une précieuse mission. 
Aux prises avec le réel et dénué de lyrisme, «Des voyous magnifiques» explore l’humain, mettant à nu ces desperados, les amenant à renoncer aux mensonges et aux apparences pour parvenir à la vérité de leur être sur cette voie escarpée des passions et des tragédies qui nous animent. Alors qu’Abel n’a jamais connu ses parents, son compère n’a pas oublié ce père tyrannique et cette jeunesse gâchée qu’il décida un jour de laisser derrière lui. Ces deux hommes, malmenés par la vie de ceux qui les ont précédés, vont devoir affronter une nature omniprésente pour tenter de se réfugier chez la soeur de Tuscan. Au pays de son enfance, au temps des fugues étoilées, des parties de chasse et des immuables senteurs. Sur cette route, cheminent l’amitié bourrue qui les unit, les secrets de l’un et l’admiration de l’autre pour Giono. A travers le périple éprouvant des fuyards, le lecteur est projeté dans un monde sensoriel, dépeignant une nature ancestrale, interrogeant l’Homme dans sa complexité et son ambivalence. En suivant cette voie, Bruno Gallet a écrit un roman noir magnifique, bercé par le chant universel de l’auteur de Manosque.

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Choix du jour de libraires : Le premier été (3 choix) Anne Percin

Posté par Serge Bénard le 23 novembre 2011

 

Couverture du livre Le premier été

 

Le premier été (3 choix)

Anne Percin

Rouergue, Rodez, France

Choix de Valérie Simonnot de la librairie DU PARC / ACTES SUD à Paris, France – 23/11/2011

« Les leçons de courage sont des leçons de cruauté. » Anne Percin est un auteur que j’apprécie beaucoup. J’avais déjà beaucoup aimé Bonheur Fantôme, ainsi que son roman pour adolescents, Comme des trains dans la nuit. Et Le premier été m’a tout autant plu, car j’y ai retrouvé tout ce qui me plaît dans l’univers d’Anne Percin : une certaine mélancolie ou nostalgie, une écriture douce-amère, des personnages dont on se sent tout de suite très proches… Deux soeurs se retrouvent dans la maison de leurs gra (…)


En savoir plus sur « Le premier été »

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Choix du jour de libraire : Monstre sacré, de Donald E. Westlake

Posté par Serge Bénard le 19 novembre 2011

Couverture du livre Monstre sacré

 

Auteur : Donald E. Westlake

Traducteur : Pierre Bondil

Date de saisie : 02/11/2011

Genre : Policiers

Editeur : Rivages, Paris, France

Collection : Rivages-Thriller

Prix : 18.50 € / 121.35 F

ISBN : 978-2-7436-2240-4

GENCOD : 9782743622404

Sorti le : 08/06/2011

Jack PINE est un dieu car Jack PINE est acteur. L’Acteur avec un grand A, genre Jack NICHOLSON avec plus de frasques sexuelles à son actif qu’il n’y a de casseroles derrière une voiture de jeunes mariés. Aujourd’hui, il livre une interview avec une gueule de bois monstrueuse. Mais ce journaliste est bizarre et ses questions très personnelles… ?
Par le maitre du roman noir, un bel exercice qui flirte avec le grand guignol… Imaginez Jack NICHOLSON avec la tête du héros et tout prendra sens…
Enjoy…

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Choix du jour de libraire : .. L’an prochain à Tbilissi, de Sana Krasikov

Posté par Serge Bénard le 13 novembre 2011

 

Couverture du livre L'an prochain à Tbilissi

 

Auteur : Sana Krasikov

Traducteur : Esther Ménévis

Date de saisie : 09/11/2011

Genre : Romans et nouvelles – étranger

Editeur : Albin Michel, Paris, France

Collection : Terres d’Amérique

Prix : 22.00 € / 144.31 F

ISBN : 9782226231550

GENCOD : 9782226231550

Sorti le : 05/10/2011

 

L’an prochain à Tbilissi sonne comme une promesse… ou comme une malédiction, peut-être, pour les personnages de Sana Krasikov. Comment ne pas se perdre lorsque tant de lieux, tant de personnes, tant d’événements, tant d’obligations dissemblables, souvent même contradictoires, se mêlent dans un seul esprit, un seul corps ?

Cette dame de compagnie d’une vieille femme sur le déclin, qui assiste impuissante aux passages de plus en plus fréquents des rapaces, n’est-elle pas elle-même la proie facile et privilégiée de ce fils profiteur ?
Cette jeune fille qui aspire tellement à l’indépendance et à la liberté dans ce nouveau pays, ne se laisse-t-elle pas berner, encore et toujours, par cet homme violent, parce qu’il est parfois si difficile et si effrayant d’être seule ?
Et celle-ci encore qui, aveuglée par cet étrange sentiment que l’on appelle parfois amour, se voit entraînée au coeur de dangereuses manigances, ne choisit-elle pas de fuir, sous prétexte de renouer avec un passé, des origines qu’elle ne comprend pas, des amis qu’elle ne comprend plus ?

Les nouvelles de Sana Krasikov mettent en exergue, avec une grande délicatesse, les aspirations et déconvenues de ces expatriés d’Europe de l’Est qui ne trouvent plus leur place, ni dans un pays ni dans l’autre, perdus entre deux cultures, deux identités. La puissance narrative de cette jeune auteure américaine d’origine ukrainienne éclaire les existences de ces femmes, plus ou moins tristes, plus ou moins blessées, qui se battent pour plus de libertés, pour un peu de reconnaissance et, tout simplement, pour une vie meilleure…


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Choix du jour de libraire : La tour d’arsenic, d’Anne Birkefeldt Ragde

Posté par Serge Bénard le 8 novembre 2011


Couverture du livre La tour d'arsenic

Auteur : Anne Birkefeldt Ragde

Traducteur : Jean Renaud

Date de saisie : 06/11/2011

Genre : Romans et nouvelles – étranger

Editeur : Balland, Paris, France

Prix : 24.90 € / 163.33 F

ISBN : 978-2-35315-136-3

GENCOD : 9782353151363

Sorti le : 20/10/2011

Amalie Thygesen dite Malie, vient de mourir : sa fille et son fils, ainsi que sa petite-fille se rendent dans la maison familiale remplie de souvenirs pour les obsèques. Nous remontons le temps pour comprendre les réactions si contrastées à l’annonce de la mort de cette femme à la fois mère despotique et grand-mère adorable. Nous allons découvrir peu à peu, sur trois générations de femmes, l’histoire familiale de Malie la mère, Ruby la fille et Thérèse la petite-fille. Trois destins magnifiquement racontés où la puissance du drame familial exulte.

 

Source : http://www.lechoixdeslibraires.com/livre-86416-a-ne-pas-manquer-emmanuelle-taillardas.htm


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Choix du jour de libraire : _ Le dernier testament de Ben Zion Avrohom, de James Frey

Posté par Serge Bénard le 5 novembre 2011

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Couverture du livre Le dernier testament de Ben Zion Avrohom

Auteur : James Frey

Traducteur : Michel Marny

Date de saisie : 02/11/2011

Genre : Romans et nouvelles – étranger

Editeur : Flammarion, Paris, France

Collection : Littérature étrangère

Prix : 23.00 € / 150.87 F

ISBN : 978-2-08-125517-3

GENCOD : 9782081255173

Sorti le : 20/08/2011

Et si la prophétie se réalisait et que le messie revenait parmi nous ? C’est ce que semble croire le rabbin, le frère et le père de Ben Zion Avrohom. Et aussi la myriade de gens qui croisent son chemin, son transporter par son amour inconditionnel ou révoltés par sa remise en cause du système, de la religion, des à-priori sexuels…
Très « punk » dans son attitude, Frey choisi de donner voix à tous les personnages annexes et non son héros pour ne pas forcer sur l’image du messie, renforcer son humilité. Ben aura un parcours particulier et fulgurant, dans les coeurs, dans l’histoire, dans votre imagination.
Un livre grave et malin, qui trompe son monde et sait éviter l’écueil du pamphlet ou de la satire…


Et si le Christ était revenu sur Terre au vingt-et-unième siècle et qu’il vivait actuellement à New York. Le Messie que nous décrit James Frey a pour nom Ben Zion Avrohom, des transes s’apparentant à des crises d’épilepsie lui permettent d’entrer en contact avec le Créateur de connaître mot à mot les Saintes Écritures et de consoler les malheureux de ce monde. Mais plus que les miracles qu’il est capable d’accomplir, c’est le message qu’il délivre qui est important. Sa parole il la dispense prioritairement auprès des marginaux des exclus, une parole d’amour, affirmant que dans la vie le plus important c’est d’aimer et de vivre. Malheureusement, un tel message de paix angoisse les autorités qui considèrent Ben comme un agitateur, sans compter que certains extrémistes religieux cherchent à s’approprier le Messie pour en faire leur héraut.
Chaque chapitre de ce roman de James Frey fait entendre la voix singulière de l’une des personnes dont Ben a changé la vie, démontrant que le fils de Dieu est aussi intensément Humain.


Le Messie est de retour… à New York et au 21ème siècle. Il s’appelle Ben vient d’une famille juive reconvertie au christianisme. Il va changer tous ceux qui croiseront sa route. James Frey pourra peut être en déranger certains étant donné son positionnement sur Dieu ou la pratique de la religion. Il est parfois violent et cru mais son message est avant tout un message positif. C’est un roman au final plein de vie, James Frey nous dit qu’au fond le seul véritable Dieu c’est l’amour, il faut s’aimer soi et aimer les autres pour bien vivre.


Ben Zion Avrohom en a tous les signes : juif, descendant direct de David, il sera le messie tant attendu. Seulement l’ennui, c’est qu’il arrive aujourd’hui, et à New York… Une bonne comédie… Ben est un miraculé et ça commence plutôt bien pour un messie. Ce qui retient notre attention dans ce roman ce sont les vies des gens, tristes ou ordonnées ou pauvres ou délinquantes ou austères, c’est leur ressenti, leur façon de réagir, de vivre en société, d’accepter ou non le changement, l’étrangeté… Comment se sent-on face à la manifestation d’un événement, d’une chose que l’on ne comprend pas : désarmé, charmé, effrayé, dégoûté ? Chaque personnage a son mot à dire dans cette histoire où les parallèles avec les évangiles sont assez nombreux. Forcément, ça remue un peu de voir l’accueil qui lui est fait à cet homme, de penser à la façon dont effectivement cette histoire pourrait se dérouler de nos jours, de nous mettre à la place de tous ces personnages qu’il croise et de nous demander évidemment comment nous, nous les accueillons, l’étrangeté et la différence…

 

Source : http://www.lechoixdeslibraires.com/livre-108457-le-dernier-testament-de-ben-zion-avrohom.htm#328682

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Choix du jour de libraire : Le souvenir du monde : essai sur Chateaubriand, de Michel Crépu

Posté par Serge Bénard le 31 octobre 2011

Le souvenir du monde : essai sur Chateaubriand

essai sur Chateaubriand

Auteur : Michel Crépu

Date de saisie : 27/10/2011

Genre : Littérature, essais

Editeur : Grasset, Paris, France

Collection : Essai

Prix : 17.50 € / 114.79 F

ISBN : 978-2-246-70871-1

GENCOD : 9782246708711

Sorti le : 07/09/2011

Certains auteurs ont le privilège de vous emmener au septième ciel, même s’ils ne choisissent pas la voie de la facilité. Prenez Michel Crépu, par exemple : oser parler de Chateaubriand n’est déjà un sujet particulièrement engageant pour bon nombre de lecteurs potentiels soudain convoqués aux souvenirs de leurs années scolaires, à propos de l’homme des «Mémoires d’outre-tombe», dont les 3600 pages font frémir rien que d’y penser, autant que les 2’400 pages de «A la recherche du temps perdu» de Marcel Proust. Et le passé – ce XIXe siècle qui ressemble si peu à ce début de XXIe – est souvent jugé assez lointain pour qu’il ressemble à un livre refermé une fois pour toutes, avec sa fine pellicule de poussière qui le recouvre à la manière d’un 1er cru classé auquel manquent les grandes occasions de le déguster !

Alors, pourquoi ne parvient-on pas à lâcher Le souvenir du monde – Essai sur Chateaubriand, le dernier livre de Michel Crépu ? Peut-être tout simplement, parce qu’il est un grand écrivain, qu’il joint à son impressionnante érudition sur l’auteur et son époque, un ton chaleureux, vif, percutant, parfois drôle ou léger qui fait mouche à chaque page.

Vous croyez connaître Chateaubriand ? Alors, préparez-vous à quelques surprises, car l’intérêt de cet essai consiste à démontrer ce qui se cache derrière l’image tant de fois rabâchée – entre autres par Chateaubriand lui-même – d’un incorrigible séducteur romantique. Michel Crépu note : «Chateaubriand s’est trouvé pris dans le piège de la légèreté inadmissible. Au fond, ce qu’on appellerait aujourd’hui un délit de sale gueule. La sale gueule, ici ? Trop d’élégance, trop d’intelligence bien-fondée, trop de succès de librairie et avec les femmes, trop de qualités en somme pour qu’on les supporte à l’échelle d’une haute fonction. Au portrait de ce lyrique aux grandes orgues, il ajoute : Il est perçu comme l’était le jeune Proust, avant de s’enfermer : un dilettante, un faiseur de phrases ayant des idées sur tout, complètement irresponsable, développant des obscénités sur l’honneur et la liberté de l’esprit.»

Figure emblématique d’un monde qui change – avec son langage, ses valeurs, son art de vivre – ce «dernier catholique heureux», comme le mentionne Michel Crépu, n’est-il pas celui qui fustige son propre temps, avec sa «lente et irrémédiable désagrégation de l’antique substance allégorique française» qui reposait sur le sens de l’honneur, la charité et le don de soi ? Le parallèle avec le «Voyage au bout de la nuit» de Louis-Ferdinand Céline, pour audacieux qu’il soit, s’avère pertinent : «Il n’y a pas si loin des dernières pages des Mémoires au Bardamu de Céline, c’est la même route, le même voyage qui continue, droit dans les ténèbres. Entre-temps, les choses n’ont pas fini de se déliter, de se défaire à mesure, le faux n’a pas cessé non plus de gagner en puissance persuasive. Qui pour voir cela, après le vicomte ? Céline relit les Mémoires d’outre-tombe pendant sa détention au Danemark, après la guerre, en pleine écriture de Féerie pour une autre fois, testament d’outre-tombe pour un autre siècle. Chateaubriand voulait conduire les Français par la voie des songes, comme de Gaulle lui empruntera plus tard la formule, en pleine nuit de juin 40, Céline en aura choisi une autre, non moins porteuse de vérité. Tout cela se tient, on a tort d’ignorer les uns comme les autres.»

Le passionnant, dans Le souvenir du monde, est dans la puissance d’identification de l’auteur avec son sujet : l’impression qu’il est Chateaubriand, qu’il est Napoléon Bonaparte, qu’il est Juliette Récamier : à la manière d’un Henri Guillemin dans les années 70, d’un Jean d’Ormesson ou d’un Pietro Citati aujourd’hui. Débordant de visions savoureuses, il souligne «l’admiration irrésistible et l’incompréhension dégoûtée» pour Bonaparte, alors que de Madame Récamier il retient «l’art de transformer le mois d’avril en une fournaise d’août et la maison qui console des errances…» On ne saurait mieux le dire ! 

Alors, moderne, finalement ou visionnaire, Chateaubriand ? Un dernier signe de la main puisé dans «Le génie du christianisme» est cité par Michel Crépu : «Détruisez le culte évangélique, et il vous faudra dans chaque village une police, des prisons, des bourreaux.»

L’agaçant avec les génies, c’est qu’ils ont souvent raison…

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Choix du jour de libraire : Vialatte à La Montagne, d’Alexandre Vialatte

Posté par Serge Bénard le 28 octobre 2011


Couverture du livre Vialatte à La Montagne

Date de saisie : 27/10/2011

Genre : Littérature, essais

Editeur : Julliard, Paris, France

Prix : 17.00 € / 111.51 F

ISBN : 978-2-260-01961-9

GENCOD : 9782260019619

Sorti le : 20/10/2011

Alexandre Vialatte nous revient – et c’est tant mieux ! – car outre ses admirateurs les plus inconditionnels qui suivent ses écrits depuis des lustres et ne sont manifestement plus en âge d’affronter leur service militaire, la fleur au fusil, voici que les plus jeunes, sans doute un peu agacés par le conformisme ambiant, affirment haut et fort leur ferveur pour cet éternel jeune homme.

« J’avais treize ans » – nous confie dans sa préface Jean-Pierre Caillard, P.D.G. du Groupe La Montagne -, « je croyais déjà à la littérature. L’illumination m’était venue à la lecture des chroniques, rituellement programmées par La Montagne, de cet homme, un écrivain, qui savait sublimer la quintessence imaginaire de la vie, aux yeux éblouis de l’adolescent que j’étais. (…) Jamais nous ne laisserons dire que treize ans est le plus bel âge de la vie. Pourtant, Vialatte, Nizan, Nimier, Blondin et quelques autres encore, auront préparé pour nous des confitures et des goûters littéraires somptueux, qui surpassaient sans peine ceux que nous accordaient les jeux trop attendus de nos âges. »

Ainsi, dans le présent volume qui vient de paraître – « Vialatte à La Montagne » – 25 de ses chroniques sont présentées et choisies par des auteurs actuels, parmi lesquels Amélie Nothomb, Laurence Cossé, Pierre Jourde, Marie-Hélène Lafon, Philippe Meyer, Pascal Ory, Philippe Vandel et la rédaction de La Montagne.

Quel délice de mordre ces textes comme une pomme qui a ce goût d’enfance, cette curiosité de l’instant présent ou cette poésie de la mémoire qui fait notre enchantement et notre légèreté dans un huis-clos de la pensée où souvent les professeurs se prennent pour des innovateurs, les politiques pour des marabout et les écrivains pour des chantres du réel. Mazette, tout un programme ! Ni célébration insolente de la vie, ni confrontation audacieuse avec la mort, avec cet entre-deux « stations » qui bourgeonne, tremble et séduit le lecteur. Mieux encore : l’homme…

Rien de tel chez Alexandre Vialatte, toujours passionnant, respectueux, instructif à la manière d’un instituteur qui distribue des billes de toutes les couleurs dans une cour de récréation à des gosses au sourire désarmant. Qu’il nous parle de grammaire, de ses admirations – « Mauriac c’est la fièvre, Chardonne c’est la lumière, Pourrat c’est la chaleur » – de nains de jardin, de vacances ou de chiens, il surprend, aiguise le regard et ranime en nous les braises chaque jour prêtes à s’éteindre. Lisez son portrait de l’homme d’aujourd’hui, étrangement contemporain : « L’homme d’aujourd’hui entend se comporter comme un adulte responsable. Il se méfie des idées préconçues. Ou imposées. Il recherche les faits. Il dispute, il juge, il décide par lui-même. Il veut connaître le dossier des affaires sur lesquelles il doit s’engager. (…) Le prospectus général l’assure qu’il ne cesse de devenir plus libre, plus intelligent et plus fort. Que les siècles se superposent et qu’il y voit, par conséquent, de plus en plus loin. Mais il en va de ce socle hautain comme de celui de ce procureur auquel un avocat disait : Monsieur l’avocat général, votre position supérieure est une erreur de menuisier. »

Parmi d’autres sujets, citons encore son approche piquante du roman : « On a tout essayé pour trouver du nouveau : le roman sans histoire, le roman sans personnages, le roman ennuyeux, le roman sans talent, peut-être même le roman sans texte. La bonne volonté a fait rage. Peine perdue, on n’est parvenu qu’à créer le roman sans lecteur. (…) A lire tant de romans de penseurs qui demandent à bénéficier de l’irresponsabilité de l’enfance, on se demande s’il y a encore des pères de famille dans les lettres, j’entends des hommes qui, arrivés à un certain âge, admettent qu’on ne peut rien faire sans une règle du jeu. La spécialité de notre époque est de la refuser en tout domaine. Notre civilisation en crève. Par peur de vivre. On ne peut avoir de raisons de vivre que si on a des raisons de mourir. Or on ne meurt pas pour le bloc-évier ou l’appareillage électrique. Et pour quoi donc ? Demandez au caporal, demandez au romancier de service, c’est le moment ou jamais, notre civilisation vide ses dernières cartouches. Le caporal cherche dans ses poches. Il a égaré la consigne. »

Pour le plaisir enfin, voici un dernier extrait de « Vialatte à La Montagne », avec une des plus belles chroniques, consacrée ici à « Huit et demi », le film de Federico Fellini, l’un de mes dix films préférés : « L’art se satisfait du spectacle. Au lieu de résoudre ses contraires, de les harmoniser, d’en biffer, de mutiler un peu les branches basses pour faire pousser l’arbre plus haut, il s’accepte en bloc, décousu, et il fait danser tout ensemble, le blanc et le noir, le bien et le mal, l’atroce et le comique, le tragique, le fantastique, le fascinant. C’est le portrait de la sarabande que danse le monde dans le grenier de l’homme, dans le cerveau du créateur. Il n’a pas peur d’en montrer les ficelles, car elles font partie du tableau. C’est le portrait de ses marionnettes. Et de quelles tailles ! De ses problèmes, de sa vie, de l’angoisse, du gâchis, de ses plaisirs, de son foie malade, il a fait un ballet. Il est porté par l’enthousiasme de la chose. C’est l’artiste. » 

Et c’est ainsi – pour paraphraser l’auteur – que Vialatte est grand !

 

Source : http://www.lechoixdeslibraires.com/livre-111948-vialatte-a-la-montagne.htm#327951

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Choix du jour de libraires – Rouler

Posté par Serge Bénard le 27 octobre 2011

Rouler

Couverture du livre Rouler

Auteur : Christian Oster

Date de saisie : 19/10/2011

Genre : Romans et nouvelles – français

Editeur : Ed. de l’Olivier, Paris, France

Collection : Littérature française

Prix : 15.00 € / 98.39 F

ISBN : 9782879297774

GENCOD : 9782879297774

Sorti le : 18/08/2011

Rouler jusqu’à une destination incertaine, sans doute Marseille, mais rouler… Le narrateur prend sa voiture un matin et décide de rouler. On sait que dans la vie ce n’est pas la destination qui compte mais le chemin… et pour lui c’est la même chose. Ce qui va compter n’est pas tant sa destination que son cheminement et les rencontres qu’il va faire. On apprend peu de choses sur ce narrateur, mais l’essentiel de sa motivation nous est dévoilée. On s’attache alors à lui et on le suit avec curiosité. On lit plusieurs passage le sourire aux lèvres, car le roman est teinté d’humour et d’ironie. Un côté décalé et original.

Un roman très agréable, une tranche de vie, et une jolie ouverture finale…


Un homme sur la route, au volant de sa voiture. Il ne sait pas vraiment où il va, mais il y va. Chemin faisant, il visite, rencontre des personnes et se rapproche du monde. Une sorte de road trip à la française : il ne se passe peut-être pas grand chose au final (mais si on jouait à ne s’intéresser qu’au scénario, on passerait à côté de la littérature), mais c’est bien raconté et il y a de bons portraits. Calme et contemplatif : osterien !


«J’ai pris le volant un jour d’été, à treize heures trente.» Ainsi commence l’errance volontaire d’un homme, qui quitte Paris et roule vers le sud, en direction non d’une ville, mais d’un mot : Marseille. Autant vous prévenir, il ne se passera rien. Tout juste apprendrons-nous au détour d’une page le prénom du narrateur et les raisons de sa fuite. Nous voilà donc embarqués avec lui – disons qu’il nous tolère, l’homme est un peu misanthrope ! -, à suivre les méandres de sa géographie approximative, la vacuité de ses pensées, la dérive de ses sentiments, le hasard de ses rencontres… jusqu’à ce que, «dans une sorte de brume mentale», se profile une raison d’être au monde.
Tout, dans cet étrange voyage, n’est qu’indécision, imprécisions, contradictions. Là réside le talent de l’auteur : immerger ses personnages, et partant le lecteur, dans le flou avec une précision d’entomologiste. On retrouve avec bonheur l’acuité du regard, l’obsession du détail, l’incongruité et la drôlerie qui caractérisent le style inimitable de Christian Oster (auteur, entre autres, de Mon grand appartement et Une femme de ménage, tous deux parus en format poche chez Minuit).

 

Source : http://www.lechoixdeslibraires.com/livre-106298-rouler.htm#325945


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Choix du jour de libraire : Le Bloc, de Jérôme Leroy

Posté par Serge Bénard le 25 octobre 2011

Couverture du livre Le Bloc

Auteur : 

Jérôme Leroy

Date de saisie : 24/10/2011

Genre : Romans et nouvelles – français

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Série noire

Prix : 17.50 € / 114.79 F

ISBN : 978-2-07-078642-8

GENCOD : 9782070786428

Sorti le : 06/10/2011

 

Souvenirs de France : Antoine Maynard – devenu fasciste à cause d’un sexe de fille -, ou bien à cause d’un dandysme mal placé, Antoine Maynard le lettré, la plume du Bloc, noie ses souvenirs dans la vodka en cette nuit qui verra l’entrée au gouvernement de nombreux ministres d’extrême droite. La consécration pour sa femme, Agnès Dorgelles, l’héritière qui est parvenue à «dédiaboliser» le parti du Trident. La paupérisation galopante, la désintégration du tissu social et l’incurie d’une classe politique toujours prompte à favoriser les nantis ont précipité la balkanisation d’une société trouvant refuge dans le repli communautaire. Dans ce contexte, la moindre étincelle signifie l’embrasement. Et lorsque celle-ci s’annonce, le Chef historique du Bloc, Roland Dorgelles, sent que l’heure de son parti a enfin sonné. 

En cette même nuit, Stanko, l’ami, le protégé, le skin paumé nourrit de misère et de violence, sait également que son heure est arrivée. Mais pour lui ce sera la dernière. Le Bloc doit désormais afficher une certaine respectabilité en vue de la prochaine présidentielle et le responsable de la garde prétorienne du Bloc être éliminé. Pour lui s’annonce une nuit des Longs Couteaux.

«Le Bloc» de Jérôme Leroy nous fait pénétrer dans les entrailles de la peste brune, au sein d’un mouvement charriant la haine et les dissensions. La complexité de ce parti est palpable à travers la structure narrative du récit où un chapitre dans la tête d’Antoine vient répondre à celui qui nous met dans la peau de Stanko, comme un balancier oscillant de l’intellectuel idéologue (milieu bourgeois, petit-fils de résistant communiste) à la brute épaisse (fils d’ouvrier sacrifié sur l’autel de la nouvelle compétitivité). D’un parcours l’autre. Des surgeons de la France Pétainiste, tendance Drieu la Rochelle, aux enfants du premier choc pétrolier emplis des désillusions du «tournant de la rigueur» ; le spectre d’un électorat protéiforme.

De ces deux personnages, le roman de Jérôme Leroy tire une réelle puissance d’évocation soulignant la rhétorique programmatique de cette extrême droite qui depuis des années réussit à démonétiser le discours lénifiant et fataliste de nos social-démocraties.


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