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Choix du jour de libraires à Nyon (Suisse)

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.. Le lent sourire

 

Couverture du livre Le lent sourire

 

 

Auteur : Caterina Bonvicini

Traducteur : Lise Caillat

Date de saisie : 31/08/2011

Genre : Romans et nouvelles – étranger

Editeur : Gallimard, Paris, France

Collection : Du monde entier

Prix : 20.50 € / 134.47 F

ISBN : 978-2-07-013201-0

GENCOD : 9782070132010

Sorti le : 15/09/2011

Elles sont des amies trentenaires qui ne se sont jamais perdues de vue depuis le lycée. Et voilà que dans ce groupe, après Diana opérée avec succès, c’est chez Lisa deux ans plus tard, que le même mal – une tumeur au cerveau – est diagnostiqué par les médecins. Elle, par contre, en meurt : Lisa, l’amie inséparable de Clara et son lent sourire qui offre un si beau titre au roman de Caterina Bonvicini : «Le sourire lent, c’est le sourire de la fin. La vie qui ralentit, qui décélère jusqu’a l’immobilité.»

«C’était une histoire simple : Nous nous sommes rencontrées, nous nous sommes choisies, nous nous sommes écoutées, nous nous sommes comprises. Il n’y avait pas de noeuds à défaire, pas de fragments à rassembler, pas de mystères. Nous étions là.» A cette touchante évocation répond une autre, après la mort de Lisa : «C’était une amitié passionnelle, certes, reposant sur une attraction réciproque, mais une amitié profonde, durable. Un peu comme sa foulée, son pas qui résonne encore dans ma tête quand je retourne dans cette maison, un pas élancé. Il m’arrive de l’entendre dans le hall : c’est elle qui entre. Alors je vais dans la cuisine, je m’assieds et fixe la place vide. Je tends le bras, tourne ma main, et attends. Les yeux fermés, j’essaie de sentir ses doigts, longs comme ses pas, qui touchent les miens.»

Remontant le temps, égrenant les souvenirs partagés – les moments d’extase, de turpitudes ou d’insouciance de leur jeunesse – le tour de force de ce roman est de nous montrer, par la voix de Lisa, que la mort peut prendre le visage de la vie dans «un mouvement opposé à la sépulture», et qu’il n’est pas nécessaire d’oublier pour affronter l’avenir : «Derrière nos dialogues il y avait des pages et des pages de vie commune. L’enfance, l’adolescence, les années de fac, tous les boulots et les amours venus après, les anniversaires, les réveillons, les vacances, les mariages, les enterrements, les cuites, les bêtises monstres, les soucis d’argent, les problèmes familiaux, tout un entrelacs d’événements partagés qui émergeait comme un fleuve souterrain, en se mélangeant au flux du présent.»

Un éloge de l’amitié – thème somme toute peu abordé en littérature – qui obéit à d’autres règles que celles de l’amour, unissant malgré la douleur présente Sandra l’ex première de classe avec sa petite frange brune aujourd’hui épouse de Daniele, Veronica la rebelle qui organisait les fugues du lycée et toujours à la recherche du prince charmant, Diana la véritable soeur avec laquelle Lisa a partagé 4’745 jours sur les bancs d’école et qui est mariée avec Marco, Clara la librairie qui s’est enfin découvert un mec libre prénommé Tommaso, enfin Lisa et «ses yeux en amande qui évoquent Giotto, bleus comme le fond de la chapelle Scrovegni» et son mari Alberto.

Caterina Bonvicini, par de délicates anecdotes, souvent drôles, décrit admirablement les états d’âme qui s’emparent de ce groupe d’amis – «un pluriel fissuré» – submergés tour à tour par la soudaine précarité de la vie, la fatigue, la colère, les reproches, la difficulté à supporter les autres ou d’être ensemble, se sentant coupables d’être en bonne santé, coupables d’être heureux, coupables d’être vivants avec leurs limites, leurs défauts, leur générosité, chacun devenu la mémoire de l’autre, «tantôt prison, tantôt rempart devant ce paysage dévasté.»

Une histoire bien différente de celle qui secoue Ben, le narrateur de la partie centrale du livre : un chef d’orchestre célèbre, homme jaloux, possessif, égoïste qui fait la connaissance de Clara dans les couloirs de la clinique de Bentivoglio, où il rend visite à son épouse Anna – une cantatrice adulée par son public – elle aussi arborant ce lent sourire, mais dans un contexte bien différent : «Les mille amis qu’Anna croyait avoir. Avec leurs histoires incroyables. Personne ne s’est donné la peine de venir. En même temps, je lançais des coups d’oeil méprisants vers les tournesols et les orchidées, les roses et les lis, qu’on apercevait par la porte entrouverte. Pour envoyer des fleurs, il y a du monde. Seulement ce n’est pas une loge ici, messieurs.»

Si «les vivants sont faits pour se remémorer», Caterina Bonvicini restitue toute l’émotion palpable de ce roman bouleversant par la bouche de la mère de Clara : «Trésor, les morts ne doivent pas sentir notre douleur. Ils ne doivent sentir que notre amour…»

A lire et relire, le coeur gagné par le léger tremblement de ces saisons volées en éclats, empreintes de tant de douceur et d’apaisement : Le lent sourire est un pur chef d’oeuvre !

Source : http://www.lechoixdeslibraires.com/livre-108635-le-lent-sourire.htm#311752

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