• Accueil
  • > Archives pour le Mercredi 13 juillet 2011

Lire et relire – Guy de Maupassant, Le Horla

Posté par Serge Bénard le 13 juillet 2011

Guy de Maupassant

Le Horla (1887)

8 mai. – Quelle journée admirable ! J’ai passé toute la matinée étendu sur l’herbe, devant ma maison, sous l’énorme platane qui la couvre, l’abrite et l’ombrage tout entière. J’aime ce pays, et j’aime y vivre parce que j’y ai mes racines, ces profondes et délicates racines, qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l’attachent à ce qu’on pense et à ce qu’on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l’air lui-même.

J’aime ma maison où j’ai grandi. De mes fenêtres, je vois la Seine qui coule, le long de mon jardin, derrière la route, presque chez moi, la grande et large Seine qui va de Rouen au Havre, couverte de bateaux qui passent.

A gauche, là-bas, Rouen, la vaste ville aux toits bleus, sous le peuple pointu des clochers gothiques. Ils sont innombrables, frêles ou larges, dominés par la flèche de fonte de la cathédrale, et pleins de cloches qui sonnent dans l’air bleu des belles matinées, jetant jusqu’à moi leur doux et lointain bourdonnement de fer, leur chant d’airain que la brise m’apporte, tantôt plus fort et tantôt plus affaibli, suivant qu’elle s’éveille ou s’assoupit.

Comme il faisait bon ce matin !

Vers onze heures, un long convoi de navires, traînés par un remorqueur, gros comme une mouche, et qui râlait de peine en vomissant une fumée épaisse, défila devant ma grille.

Après deux goélettes anglaises, dont le pavillon rouge ondoyait sur le ciel, venait un superbe trois-mâts brésilien, tout blanc, admirablement propre et luisant. Je le saluai, je ne sais pourquoi, tant ce navire me fit plaisir à voir.

12 mai. – J’ai un peu de fièvre depuis quelques jours ; je me sens souffrant, ou plutôt je me sens triste.

D’où viennent ces influences mystérieuses qui changent en découragement notre bonheur et notre confiance en détresse ? On dirait que l’air, l’air invisible est plein d’inconnaissables Puissances, dont nous subissons les voisinages mystérieux. Je m’éveille plein de gaieté, avec des envies de chanter dans la gorge. – Pourquoi ? – Je descends le long de l’eau ; et soudain, après une courte promenade, je rentre désolé, comme si quelque malheur m’attendait chez moi. – Pourquoi ? – Est-ce un frisson de froid qui, frôlant ma peau, a ébranlé mes nerfs et assombri mon âme ? Est-ce la forme des nuages, ou la couleur du jour, la couleur des choses, si variable, qui, passant par mes yeux, a troublé ma pensée ? Sait-on ? Tout ce qui nous entoure, tout ce que nous voyons sans le regarder, tout ce que nous frôlons sans le connaître, tout ce que nous touchons sans le palper, tout ce que nous rencontrons sans le distinguer, a sur nous, sur nos organes et, par eux, sur nos idées, sur notre coeur lui-même, des effets rapides, surprenants et inexplicables.

Comme il est profond, ce mystère de l’Invisible ! Nous ne le pouvons sonder avec nos sens misérables, avec nos yeux qui ne savent apercevoir ni le trop petit, ni le trop grand, ni le trop près, ni le trop loin, ni les habitants d’une étoile, ni les habitants d’une goutte d’eau… avec nos oreilles qui nous trompent, car elles nous transmettent les vibrations de l’air en notes sonores. Elles sont des fées qui font ce miracle de changer en bruit ce mouvement et par cette métamorphose donnent naissance à la musique, qui rend chantante l’agitation muette de la nature… avec notre odorat, plus faible que celui du chien… avec notre goût, qui peut à peine discerner l’âge d’un vin !

Ah ! si nous avions d’autres organes qui accompliraient en notre faveur d’autres miracles, que de choses nous pourrions découvrir encore autour de nous !

16 mai. – Je suis malade, décidément ! Je me portais si bien le mois dernier ! J’ai la fièvre, une fièvre atroce, ou plutôt un énervement fiévreux, qui rend mon âme aussi souffrante que mon corps ! J’ai sans cesse cette sensation affreuse d’un danger menaçant, cette appréhension d’un malheur qui vient ou de la mort qui approche, ce pressentiment qui est sans doute l’atteinte d’un mal encore inconnu, germant dans le sang et dans la chair.

18 mai. – Je viens d’aller consulter un médecin, car je ne pouvais plus dormir. Il m’a trouvé le pouls rapide, l’oeil dilaté, les nerfs vibrants, mais sans aucun symptôme alarmant. Je dois me soumettre aux douches et boire du bromure de potassium.

25 mai. – Aucun changement ! Mon état, vraiment, est bizarre. A mesure qu’approche le soir, une inquiétude incompréhensible m’envahit, comme si la nuit cachait pour moi une menace terrible. Je dîne vite, puis j’essaie de lire ; mais je ne comprends pas les mots ; je distingue à peine les lettres. Je marche alors dans mon salon de long en large, sous l’oppression d’une crainte confuse et irrésistible, la crainte du sommeil et la crainte du lit.

Vers dix heures, je monte dans ma chambre. A peine entré, je donne deux tours de clef, et je pousse les verrous ; j’ai peur… de quoi ?… Je ne redoutais rien jusqu’ici… j’ouvre mes armoires, je regarde sous mon lit ; j’écoute… j’écoute… quoi ?… Est-ce étrange qu’un simple malaise, un trouble de la circulation peut-être, l’irritation d’un filet nerveux, un peu de congestion, une toute petite perturbation dans le fonctionnement si imparfait et si délicat de notre machine vivante, puisse faire un mélancolique du plus joyeux des hommes, et un poltron du plus brave ? Puis, je me couche, et j’attends le sommeil comme on attendrait le bourreau. Je l’attends avec l’épouvante de sa venue, et mon coeur bat, et mes jambes frémissent ; et tout mon corps tressaille dans la chaleur des draps, jusqu’au moment où je tombe tout à coup dans le repos, comme on tomberait pour s’y noyer, dans un gouffre d’eau stagnante. Je ne le sens pas venir, comme autrefois, ce sommeil perfide, caché près de moi, qui me guette, qui va me saisir par la tête, me fermer les yeux, m’anéantir.

Je dors – longtemps – deux ou trois heures – puis un rêve – non – un cauchemar m’étreint. Je sens bien que je suis couché et que je dors… je le sens et je le sais… et je sens aussi que quelqu’un s’approche de moi, me regarde, me palpe, monte sur mon lit, s’agenouille sur ma poitrine, me prend le cou entre ses mains et serre… serre… de toute sa force pour m’étrangler.

Moi, je me débats, lié par cette impuissance atroce, qui nous paralyse dans les songes ; je veux crier, – je ne peux pas ; – je veux remuer, – je ne peux pas ; – j’essaie, avec des efforts affreux, en haletant, de me tourner, de rejeter cet être qui m’écrase et qui m’étouffe, – je ne peux pas !

Et soudain, je m’éveille, affolé, couvert de sueur. J’allume une bougie. Je suis seul.

Après cette crise, qui se renouvelle toutes les nuits, je dors enfin, avec calme, jusqu’à l’aurore.

2 juin. – Mon état s’est encore aggravé. Qu’ai-je donc ? Le bromure n’y fait rien ; les douches n’y font rien. Tantôt, pour fatiguer mon corps, si las pourtant, j’allai faire un tour dans la forêt de Roumare. Je crus d’abord que l’air frais, léger et doux, plein d’odeur d’herbes et de feuilles, me versait aux veines un sang nouveau, au coeur une énergie nouvelle. Je pris une grande avenue de chasse, puis je tournai vers La Bouille, par une allée étroite, entre deux armées d’arbres démesurément hauts qui mettaient un toit vert, épais, presque noir, entre le ciel et moi.

Un frisson me saisit soudain, non pas un frisson de froid, mais un étrange frisson d’angoisse.

 Lire la suite : http://abu.cnam.fr/cgi-bin/go?horla3,21,40

Texte produit par Joël Surcouf (joel.surcouf@wanadoo.fr)

Publié dans Lire et relire | Commentaires fermés

Bon anniversaire à Catherine Breillat

Posté par Serge Bénard le 13 juillet 2011

Catherine Breillat
Romancière, réalisatrice, scénariste et actrice française
Née à Bressuire le 13 juillet 1948

 images43.jpeg

En savoir plus :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Catherine_Breillat

http://www.evene.fr/celebre/biographie/catherine-breillat-4366.php

http://www.canalplay.com/realisateur-acteur/catherine-breillat,297,306,3460.aspx


Publié dans Anniversaires, fêtes, commémorations, Auteurs, écrivains, polygraphes, nègres, etc. | Commentaires fermés

Anniversaire – Isaac Babel

Posté par Serge Bénard le 13 juillet 2011

Isaac Babel
Ecrivain ukrainien
[Littérature étrangère]
Né à Odessa le 13 juillet 1894
Décédé à Moscou le 27 janvier 1940

images113.jpeg En savoir plus :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Isaac_Babel

http://www.universalis.fr/encyclopedie/isaac-babel/

http://www.evene.fr/celebre/biographie/isaac-babel-17661.php

Publié dans Auteurs, écrivains, polygraphes, nègres, etc. | Commentaires fermés

Bon anniversaire à Wole Soyinka

Posté par Serge Bénard le 13 juillet 2011

Wole Soyinka
Ecrivain nigérian
Né à Abeokuta le 13 juillet 1934

 images42.jpeg

 

En savoir plus : 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Wole_Soyinka

http://nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1986/soyinka-bio.html

 http://www.universalis.fr/encyclopedie/wole-soyinka/

Publié dans Anniversaires, fêtes, commémorations, Auteurs, écrivains, polygraphes, nègres, etc. | Commentaires fermés

Anniversaire – Gabrielle Roy

Posté par Serge Bénard le 13 juillet 2011

Gabrielle Roy
Femme de lettres québécoise
Née à Saint-Boniface le 22 mars 1909
Décédée à Québec le 13 juillet 1983

090322gabrielleroy8.jpg

 

En savoir plus :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Gabrielle_Roy

 http://www.evene.fr/celebre/biographie/gabrielle-roy-404.php

http://www.maisongabrielleroy.mb.ca/

http://www.universalis.fr/encyclopedie/gabrielle-roy/

http://www.google.fr/webhp?hl=fr#q=Gabrielle+Roy&hl=fr&safe=off&site=webhp&prmd=ivnsbo&tbs=tl:1&tbo=u&ei=OZ4dTqKZCM75sga9nbGyDQ&sa=X&oi=timeline_result&ct=title&resnum=16&sqi=2&ved=0CHwQ5wIwDw&bav=on.2,or.r_gc.r_pw.&fp=1abe81eed8667c3c&biw=1374&bih=855

http://www.google.fr/imgres?imgurl=http://img.src.ca/2009/03/22/480×270/090322gabrielle_roy_8.jpg&imgrefurl=http://www.radio-canada.ca/regions/manitoba/2009/03/22/001-gabrielle-roy_centenaire.shtml&usg=__-BTfNBUlWUnv2Lc92tDV44LWVrE=&h=270&w=480&sz=15&hl=fr&start=0&sig2=1tk8Zbfh1LIh00ZNAbwa3g&zoom=1&tbnid=XkSs4Nk3DjokqM:&tbnh=141&tbnw=182&ei=754dTuOAF8zQsgaB3qCyDQ&prev=/search%3Fq%3Dgabrielle%2Broy%26um%3D1%26hl%3Dfr%26safe%3Doff%26sa%3DN%26biw%3D1374%26bih%3D855%26tbm%3Disch%26prmd%3Divnsbo&um=1&itbs=1&iact=hc&vpx=1035&vpy=598&dur=756&hovh=168&hovw=300&tx=234&ty=165&page=1&ndsp=26&ved=1t:429,r:25,s:0

Publié dans Anniversaires, fêtes, commémorations, Auteurs, écrivains, polygraphes, nègres, etc. | Commentaires fermés

Anniversaire – Emmanuel Bove

Posté par Serge Bénard le 13 juillet 2011

Emmanuel Bove
Ecrivain français
Né à Paris le 20 avril 1898
Décédé le 13 juillet 1945

 boveetchien.jpg

En savoir plus :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Emmanuel_Bove

 http://www.emmanuel-bove.net/index.htm

http://authologies.free.fr/bove.htm

http://www.evene.fr/celebre/biographie/emmanuel-bove-20051.php

http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article1120http://www.emmanuel-bove.net/indexbove4.htm

 

Publié dans Anniversaires, fêtes, commémorations, Auteurs, écrivains, polygraphes, nègres, etc. | Commentaires fermés

Anniversaire – Romain Weingarten

Posté par Serge Bénard le 13 juillet 2011

Romain Weingarten
Ecrivain, poète et dramaturge français
Né à Paris le 05 décembre 1926
Décédé à Challans le 13 juillet 2006

 220pxromainweingartenvers1996.jpg

En savoir plus : 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Romain_Weingarten

http://www.spectacles.fr/artiste/romain-weingarten

http://www.universalis.fr/encyclopedie/romain-weingarten/

 

Publié dans Anniversaires, fêtes, commémorations, Auteurs, écrivains, polygraphes, nègres, etc. | Commentaires fermés

Anniversaire – Grantland Rice

Posté par Serge Bénard le 13 juillet 2011

Grantland Rice
Ecrivain américain
Né à Murfreesboro, Tennessee le 1 novembre 1880

Décédé le 13 juillet 1954

 images112.jpeg

En savoir plus : 

http://fr.wikipedia.org/wiki/Grantland_Rice

http://archives.nd.edu/research/texts/rice.htm

http://fr-fr.facebook.com/pages/Grantland-Rice/204286762934314?sk=info

 

Publié dans Anniversaires, fêtes, commémorations, Auteurs, écrivains, polygraphes, nègres, etc. | Commentaires fermés

Bon anniversaire à Alain Demouzon

Posté par Serge Bénard le 13 juillet 2011

 Alain Demouzon

Écrivain français né en 1945.

images41.jpeg

En savoir plus :

http://fr.wikipedia.org/wiki/Alain_Demouzon

http://www.alain-demouzon.fr/Alain_DEMOUZON_–_site_officiel/ACCUEIL.html

http://www.zonelivre.fr/blog/alain-demouzon-biographie-et-bibliographie/

Publié dans Anniversaires, fêtes, commémorations, Auteurs, écrivains, polygraphes, nègres, etc. | Commentaires fermés

Repas américain à la Maison de Jules Verne d’Amiens (80)

Posté par Serge Bénard le 13 juillet 2011


22 juillet 2011

En 1885, Jules Verne organisa un grand bal costumé dans sa maison, intitulé la ≪ Grrrrande Auberge du Tour du Monde ≫. Afin de perpétuer cette grande fête, participez à cette nouvelle ≪ Grrrrande Auberge ≫ sur le thème des Etats-Unis !

Au programme : repas américain préparé par Le Grill de l’Oncle Sam et musique blues. Le duo Weird Souls vous transportera tout au long de la soirée dans leur univers musical très empreint de blues américain.

Jules Verne lui-même n’a eu de cesse de montrer à travers ses romans son admiration pour les Etats-Unis, qu’il a brièvement visités en 1867. Au cours de la soirée, vous serez amenés à découvrir le roman très original qu’il a consacré à ce pays, Le Testament d’un Excentrique.

Une occasion de découvrir certains aspects de la culture américaine… et l’idée que Jules Verne s’en faisait !

De 19h30 à 22h30.

Sur réservation au 03-22-45-45-75 ou maisondejulesverne@amiens-metropole.com

Tarif : adulte 30€, enfant 20€. 

 Source : http://www.litterature-lieux.com/actualite-129.htm

Publié dans Auteurs, écrivains, polygraphes, nègres, etc., Journées, rencontres, événements, voyages, Maisons d'écrivains, résidences d'auteurs, maisons du l | Commentaires fermés

12345...7
 

Tranche de vie |
Maudy les bons tuyaux |
The Celebration of Thanksgi... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | www.tofik.com
| MANGA
| agbar