Mon grain de sel : À propos de livre

Posté par Serge Bénard le 5 juin 2011

Volontairement, j’ai passé sous silence le 30 mai dernier une date anniversaire qui m’est pourtant particulièrement chère. Motif : après bien des hésitations, je trouvais que cet événement n’avait rien à voir avec Filière Livre. Et pourtant ! Le 30 mai 1631, Théophraste Renaudot lançait sa célèbre Gazette. En fait, le premier journal de langue française, si l’on veut bien considérer que les Nouvelles ordinaires de divers endroits parues depuis janvier 1631 n’en étaient que l’ébauche rudimentaire. Que les mânes des libraires parisiens Martin et Vendosme ne me jettent pas la pierre ! N’ont-ils pas perdu le procès qu’ils intentèrent à Renaudot pour ce qu’ils considéraient comme une contrefaçon ? Certes, le jeu était inégal, le soutien financier du gouvernement de Richelieu pesant d’un poids décisif. Mais on considère aujourd’hui, à juste titre semble-t-il, que la Gazette de Renaudot était bien meilleure, quant au contenu, que celle de ses adversaires. 

En dépit de l’hostilité des imprimeurs et libraires parisiens, Renaudot emporta donc le marché face à ses concurrents. Et en 1635, l’État lui accorda même un monopole pour lui et ses successeurs, ce qui rendait la victoire imparable. La Gazette connut un franc succès. Il faut dire que sa qualité méritait cette reconnaissance publique. Nouvelles d’ici et d’un peu partout, concision, clarté, tels étaient les atouts de cette révolution que constituait la naissance de ce premier journal. D’ailleurs, la réussite fut telle que Renaudot adjoignit à la Gazette un supplément : les Extraordinaires lesquels développaient les évènements les plus importants. Nos journaux contemporains ne font pas autre chose avec leurs magazines de fin de semaine…

À l’heure où l’on s’interroge sur le déclin de la presse, il est peut-être bon de rappeler une loi du marketing : un produit mis sur le marché a une courbe de vie plus ou moins longue,  mais son destin est inexorable qui doit aboutir un jour à sa disparition. Si on ne prenait que la presse pour exemple la liste serait longue.

Mais c’est au livre que je voulais en venir. Penché chaque jour sur l’évolution des livres numériques – allez ! appelons les par leur nom français : livrels – je ne peux que constater leur progression. Les États-Unis ouvrent la marche, comme souvent, mais nous suivons. Ceux qui veulent croire que cette évolution peut capoter ne sont que des autruches qui refusent de voir la réalité. Personnellement, aussi attaché au livre papier que je sois, je note qu’il s’agit d’une affaire entendue. Dans tout ce que je lis, entends ou vois, je constate qu’en fait le débat est surtout affectif. Or, qu’est-ce qu’un livre, si ce n’est la pensée d’un auteur transmise à la multitude (si possible) ? Contrairement à ce que l’on veut parfois nous faire croire, il n’y a pas de loi d’airain qui fasse que cette pensée ne puisse qu’être imprimée sur papier. L’essentiel n’est-il pas avant tout qu’elle soit transmise ? Un écran peut suffire à cette tâche…

Dans le pire des cas, celui de Fahrenheit 451, il suffirait aux humains d’apprendre un livre par cœur pour le sauver de l’oubli. Ce que ni le papier ni l’électronique ne peuvent faire. Alors…

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