Canada – Les 20 finalistes de la 24e édition du Prix littéraire Trillium dévoilés

Posté par Serge Bénard le 31 mai 2011

 

TORONTO — Le gouvernement de l’Ontario a dévoilé lundi les 20 finalistes de la 24e édition du Prix littéraire Trillium, qui récompense des auteurs ontariens francophones et anglophones.

Dans la catégorie des livres pour adultes en français, «Un souffle venu de loin» d’Estelle Beauchamp affrontera «Laisse-moi te dire» de Murielle Beaulieu, «La mémoire de l’aile» d’Andrée Christensen, «Pendant que l’Autre en moi t’écoute» de Michel Dallaire et «Le soixantième parallèle» de Didier Leclair.

Pour ce qui est des ouvrages pour enfants en français, «La piste sanglante» de Gilles Dubois, «Ariane et son secret» de Sylvie Frigon, «Étienne Brûlé: Le fils de Champlain, tome 1» de Jean-Claude Larocque et Denis Sauvé, «La première guerre de Toronto» de Daniel Marchildon et «Les voleurs de couleurs» d’Aurélie Resch se disputeront ce prix remis à tous les deux ans en alternance avec celui de poésie.

Du côté anglophone, six oeuvres sont en lice dans la catégorie des livres pour adultes, soit «Room» d’Emma Donoghue, «What Disturbs Our Blood» de James FitzGerald, «The Amazing Absorbing Boy» de Rabindranath Maharaj, «The Reinvention of the Human Hand» de Paul Vermeersch et «The Death of Donna Whalen» de Michael Winter.

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Citation du 31 mai

Posté par Serge Bénard le 31 mai 2011

Les femmes cherchent un féminin à « auteur » : il y a « bas-bleu ». C’est joli, et ça dit tout. À moins qu’elles n’aiment mieux « plagiaire » ou « écrivaine ».

Jules Renard

Journal, 1905, p. 959

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SOMMAIRE DU 31 MAI

Posté par Serge Bénard le 31 mai 2011


   

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Voltaire est mort voici 233 ans

Posté par Serge Bénard le 30 mai 2011

François Marie Arouet, dit Voltaire. L’origine la plus couramment acceptée de ce pseudonyme est l’anagramme obtenue à partir des lettres capitales AROUET L(e) J(eune) écrites en latin AROVETLI -, né le 21 novembre 1694 à Paris où il meurt le 30 mai 1778, est un écrivain et philosophe qui a marqué le XVIIIe siècle et qui occupe une place particulière dans la mémoire collective des Français.

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Ouvrages de Voltaire

▪  La Ligue ou Henry le grand, poème épique, 1723

▪  La Henriade, 1728

▪  Histoire de Charles XII, 1730

▪  Zaïre, 1732

▪  Le Temple du goût, 1733

▪  Épitre à Uranie, 1733

▪  Lettres philosophiques ou Lettres anglaises, 1734

▪  Mondain, 1736

▪  Épître sur Newton, 1736

▪  Traité de métaphysique, 1736

▪  Essai sur la nature du feu, 1738

▪  Éléments de la philosophie de Newton, 1738

▪  Zulime, 1740

▪  Zadig (ou La Destinée), 1748

▪  Sémiramis 1748

▪  Le Monde comme il va, 1748

▪  Nanine, ou le Péjugé vaincu, 1749

▪  Le Siècle de Louis XIV, 1751

▪  Micromégas, 1752

▪  La Pucelle d’Orléans, 1755, poème héroïcomique

▪  Poème sur le désastre de Lisbonne, 1756

▪  Essai sur les mœurs et l’esprit des nations, 1756

▪  Histoire des voyages de Scarmentado écrite par lui-même, 1756

▪  Candide ou l’Optimisme, 1759

▪  Histoire d’un bon bramin, 1761

▪  Traité sur la tolérance, 1763

▪  Ce qui plaît aux dames, 1764

▪  Dictionnaire philosophique portatif, 1764

▪  Jeannot et Colin, 1764

▪  De l’horrible danger de la lecture, 1765

▪  Petite digression, 1766

▪  Le Philosophe ignorant, 1766

▪  Les Questions de Zapata, 1767

▪  L’Ingénu, 1767

▪  L’Homme aux 40 écus, 1768

▪  La Princesse de Babylone, 1768

▪  Canonisation de saint Cucufin, 1769

▪  Questions sur l’Encyclopédie, 1770

▪  Les Lettres de Memmius, 1771

▪  Il faut prendre un parti, 1772

▪  Le Cri du Sang Innocent, 1775

▪  De l’âme, 1776

▪  La Bible enfin expliquée par plusieurs aumôniers de S. M. L. R. D. P., 1776

▪  Dialogues d’Euhémère, 1777

▪  Correspondance avec Vauvenargues, établie en 2006

Théâtre

Œdipe, tragédie, 1718

Artémire (première version de Mariamne), 1720

Hérode et Mariamne, tragédie, 1724

La Fête de Bélébat, 1725

L’Indiscret, comédie, 1725

Brutus, tragédie, 1730

Les Originaux ou Monsieur du Cap-Vert, comédie, 1732

Ériphyle, tragédie, 1732

Zaïre, tragédie, 1732

Samson, opéra, 1732

Tanis et Zélide ou Les Rois pasteurs, tragédie, 1733

Adelaïde du Guesclin, tragédie, 1734

L’Échange, comédie, 1734

La Mort de César, tragédie, 1736

Alzire ou Les Américains, tragédie, 1736

L’Enfant prodigue, comédie, 1736

L’Envieux, comédie, 1738

Pandore, opéra, 1740

Zulime, tragédie, 1740

Le Fanatisme ou Mahomet le prophète, tragédie, 1741

Thérèse, 1743

Mérope, tragédie, 1743

La Princesse de Navarre, comédie ballet, 1745

Le Temple de la gloire, opéra, 1746

La Prude, comédie, 1747

Sémiramis, tragédie, 1748

La Femme qui a raison, comédie, 1749

Nanine ou Le Préjugé vaincu, comédie, 1749

Oreste, tragédie, 1749

Rome sauvée ou Catilina, tragédie, 1750

Le Duc d’Alençon ou Les Frères ennemis, tragédie (variante d’Adélaïde), 1751

Amélie ou Le Duc de Foix, tragédie (2ème variante d’Adélaïde), 1752

L’Orphelin de la Chine, tragédie, 1755

Socrate, drame, 1759

L’Écossaise, comédie, 1760

Tancrède, tragédie , 1760

Le Droit du seigneur, comédie, 1762

Olympie, tragédie, 1762

Le Triumvirat, tragédie , 1764

Les Scythes, tragédie , 1767

Charlot ou La Comtesse de Givry, drame, 1767

Le Dépositaire, comédie, 1769

Les Guèbres ou La Tolérance, tragédie, 1769

Le Baron d’Otrante, opéra buffa, 1769

Les Deux Tonneaux, opéra-comique, 1773

Sophonisbe, tragédie, 1774

Les Pélopides ou Atrée et Thyeste, tragédie, 1770

Les Lois de Minos, tragédie, 1773

Don Pèdre, tragédie, 1774

L’Hôte et l’Hôtesse, divertissement, 1776

Irène, tragédie, 1778

Agathocle, tragédie, 1778

Seize volumes de ses œuvres ont paru dans la Bibliothèque de la Pléiade, dont treize de correspondance (édition définitive de Theodore Besterman, 1977-1993).

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Les ateliers du livre – Le couple auteur / éditeur

Posté par Serge Bénard le 30 mai 2011


Entrée librejeudi 16 juin 2011 9 h 30 – 17 h 30
Les ateliers du livre proposent, sous forme de journées d’études, un rendez-vous régulier sur l’histoire du livre et son univers contemporain.
L’exposition « Gallimard, 1911-2011 : un siècle d’édition », qui se tient à la BnF jusqu’au 3 juillet 2011, dévoile de nombreuses correspondances d’écrivains, témoignant de la diversité des liens qui unissent l’auteur à son édi- teur. Nées, dans leur acception moderne, au cours des XVIIIe et XIXe siècles, ces deux figures ont la difficile tâche de concilier commerce et idées. Partenaires de gré et parfois de force, elles forment un véritable couple : rencontres, fâcheries, ruptures, attachement, contrats, (in)fidélité et dépendance, rivalités et luttes de pouvoir, postérité et héritages rythment leur histoire et dessinent les géométries de la création.
Historiens du livre et de la littérature, éditeurs, écrivains et journalistes étudieront l’alliance de ces deux fortes personnalités dans l’histoire, et analyseront les ressorts de leur collaboration. En fin de journée, une table ronde permettra aux intervenants de s’interroger sur l’évolution de cette relation si particulière dans la société numérique, à l’heure où Internet semble parfois remet- tre en question la nécessité d’un intermédiaire entre l’auteur et ses publics.

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Lu pour vous – 100 films du roman à l’écran – Collectif – Nouveau Monde

Posté par Serge Bénard le 30 mai 2011


livrelivresalire100filmsduromanalecran.jpegPeut-on faire d’un grand roman un grand film ? Telle est la question posée dans cet ouvrage co-édité par le CNDP-CRDP (Centre national de documentation pédagogique – Centre régional de documentation pédagogique),  le SCÉRÉN (Services culture, éditions, ressources pour l’Éducation nationale) et Nouveau Monde Editions.

 

En effet, depuis ses débuts, le cinéma se nourrit de littérature, mais l’alchimie qui permet de transposer l’œuvre romanesque sur grand écran semble réservée aux plus grands cinéastes : Kubrick, Visconti, Renoir, Bresson et quelques autres ont su créer des chefs-d’œuvre à partir d’autres chefs-d’œuvre, quand d’autres en livraient de pâles copies. Le cinéma est souvent plus « heureux  » quand il s’inspire de la littérature de genre, fertile en intrigues qui intimident moins les cinéastes et peuvent nourrir des univers très divers, comme l’illustre la fortune cinématographique d’un Simenon.  

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Suisse – La Joie de lire confédère l’univers des filles

Posté par Serge Bénard le 30 mai 2011

Suisse - La Joie de lire confédère l’univers des filles dans Edition, éditeurs 962418

Pour la fin du printemps 2011, la maison d’édition genevoise La Joie de lire propose quatre titres qui devraient passionner le jeune lectorat féminin sans pour autant laisser indifférent les garçons.

Alice Vieira (qui jouit d’une grande renommée dans les pays lusophones) donne Le Mariage de ma mère dans la collection « Récits », ici ce titre ne semble pas accessible avant l’âge de dix ans pas tant par la quantité de texte que par son contenu. Dominique Nédelec, qui a une respectable expérience de la traduction du portugais pour les livres de jeunesse, a su rendre les non-dits qui peuplent la souffrance de l’héroïne. L’héroïne Vera a été confiée à sa naissance par sa mère (mannequin parcourant le monde pour son travail)  à un lointain cousin qui décède et c’est sa veuve qui seule continue de s’occuper d’elle. Elle ignore totalement qui peut être son père et les maîtresses d’école primaire se sont montrées maladroites par rapport à sa situation familiale. Vera se bâtit un monde épistolaire où elle rédige les lettres qu’elle se persuade recevoir et celles qu’elle se convainc envoyer (cette dimension essentielle pas explicitée pendant de nombreuses pages fait de ce roman un texte résistant). Boulotte, elle pratique un absentéisme important au collège, ce qui renforce son échec scolaire. Sa bouée de sauvetage est la mère de l’homme qui devient le mari de sa mère, leur rencontre est chaleureuse et une perspective de vie commune de l’héroïne, de la mère du marié et du jeune couple s’ouvre. Ce roman dépeint donc, de façon certes secondaire pour l’action, des situations rarement traitées en littérature de jeunesse : une enfant qui ne sait pas qui est son père, l’absentéisme  et l’échec scolaires.

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Lire et relire – Maxence van der Meersch, La maison dans la dune

Posté par Serge Bénard le 30 mai 2011

Maxence van der Meersch
La maison dans la dune
roman
La Bibliothèque électronique du Québec
Collection Classiques du 20e siècle Volume 76 : version 1.0

La maison dans la dune
Édition de référence : Albin Michel, 1932. Le Livre de poche.

À mon père.

I

Sylvain allait de maison en maison proposer du tabac belge.
Il avait, pour sonner aux portes et faire ses offres à ses clients, une façon à lui, la façon des fraudeurs, qui ne savent jamais s’ils vont voir devant eux un ami ou un ennemi. Il appuyait sa bicyclette contre le mur, allait tirer la sonnette, et revenait à son vélo. Il l’enfourchait, posait le pied sur la pédale, se tenait prêt à démarrer. La porte s’ouvrait.
« Pas de tabac ? soufflait Sylvain.
– Pas cette semaine. »
La porte se refermait. Et Sylvain s’en allait plus loin, sonner à une autre porte.
Sylvain était un homme de trente ans, grand et large d’épaules, avec une tête qui plaisait par quelque chose de naïf et de franc répandu sur ses traits. Il avait des cheveux châtains, mal plantés, taillés en brosse et dominant son front haut. Son nez d’ancien boxeur était aplati et élargi à la base, sans être pour cela complètement déformé. Ses yeux bruns étaient petits et brillants, – celui qu’on lui voyait, tout au moins, car l’autre était entièrement masqué par une énorme enflure violacée. Cela l’enlaidissait, lui déformait le visage, sans parvenir à rendre antipathiques ses traits où se lisait une certaine douceur candide contrastant singulièrement avec son physique d’athlète. Il était vêtu en maçon. Il portait un lourd pantalon de velours d’Amiens, immense, descendant en vastes plis le long de ses jambes, et retenu à la taille par une ceinture de flanelle bleue. Sur le torse, il avait une espèce de gilet, taillé dans le même velours côtelé, et sur lequel étaient cousues des manches de lustrine noire solide. Aux pieds, des espadrilles blanches maculées. Tout son accoutrement était couvert de plaques de mortier, et d’une fine poussière de chaux. Il avait ficelé sur la barre horizontale du cadre de sa bicyclette une pelle de maçon, à fer carré. Et, tenant d’une main le guidon de son vélo, il équilibrait de l’autre, sur son épaule, un sac à ciment qui était censé contenir sa truelle et ses outils.« Pas de tabac ?– Une paire de paquets. »
Pour la femme qui les lui demandait, Sylvain tira de son sac deux paquets d’une demi-livre.
« Combien ? – Vingt francs. » Il reçut l’argent. « Faut pas repasser la semaine prochaine ? – Non. Dans quinze jours, tu pourras revenir. – Merci. »
Et Sylvain repartit plus loin, continua de sonner aux portes, partout où il avait des clients connus. Ailleurs, il n’allait pas, sauf dans les quartiers déserts, les hameaux en pleine campagne, les fermes isolées. Dans les villages, on peut se hasarder à sonner partout. Mais ici, en plein Dunkerque, on risquait à tout moment de tomber sur un agent, sur un « noir », douanier déguisé en civil, qui ne se laisserait pas abuser par l’honnête apparence du vêtement et du sac de maçon.« Pas de tabac ?… Pas de tabac ? »
Sur l’épaule de Sylvain, le sac s’allégeait. Sylvain, de tête, fit son calcul : il était parti avec sept kilos. Il en avait vendu un peu plus de quatre. Il payait son tabac vingt-cinq francs le kilo. Il le revendait de trente-cinq à quarante, suivant les têtes. Depuis ce midi, il avait gagné, comptait-il, à peu près, cinquante-cinq francs. Et ça n’était pas difficile. Les gens trouvent encore leur bénéfice à payer dix francs une demi-livre de tabac belge de bonne qualité, quand le tabac français le moins cher revient à plus de quinze francs.
Toute une chaîne d’intermédiaires vit ainsi de la fraude, depuis le maître fraudeur jusqu’aux revendeurs en détail. On paie le tabac belge seize francs, ce qui revient à onze francs en monnaie française. Le maître fraudeur donne six francs de «portage» aux hommes qu’il embauche pour l’apporter en France. Et il le revend vingt-cinq francs. Le revendeur, comme Sylvain, prend lui aussi un bénéfice d’une dizaine de francs. Et ses clients, des cafetiers en général, revendent encore le plus souvent le tabac à des amateurs, en prélevant sur la marchandise une quatrième dîme.« C’est assez pour aujourd’hui, pensa Sylvain. Je peux rentrer. »
Et, après avoir encore passé dans deux ou trois estaminets, il remonta définitivement sur sa bicyclette, et prit la route de Furnes. Il sortit de Dunkerque, suivit un moment, le long du canal, la route de Dunkerque à Furnes, s’engagea sur un pont, et obliquant dans la direction de la mer, il arriva dans la partie désertique et sablonneuse du littoral, qui s’étend, toute nue, aride et presque inculte, sur des kilomètres et des kilomètres, jusqu’à Bray-Dunes et la frontière belge. Il roula encore un moment par un étroit chemin qui traversait ce pays triste, proche de la côte, où de maigres cultures, des prairies à l’herbe rare, des jardinets où ne poussait bien que la pomme de terre, alternaient avec d’immenses surfaces stériles, abandonnées à l’envahissement des dunes. C’était une contrée morne, sèche, parcourue par un vent dur et salin, qui piquait la peau. Une impalpable poussière de sable passait en sifflant dans les herbes, s’accumulait sur le chemin, y dessinait des lignes en croissants, comme de minuscules cordons de dunes. Et au loin, une rafale plus forte les emportait de nouveau, les brassait en colonnes tournoyantes qu’on voyait courir comme des trombes, jusqu’à perte de vue. Et d’autres colonnes descendaient sans arrêt des collines de sable qui s’élevaient entre le pays et la mer. Elles arrivaient, passaient avec un crépitement sec dans les buissons âpres et rabougris, entouraient parfois Sylvain d’un tourbillon en spirale, essaim impalpable de danseuses aériennes. Lentement, cette féerique invasion s’étalait sur la plaine, y déposait ces incessants apports de sable, surélevait peu à peu le niveau du sol. Tout s’enlisait irrésistiblement. Du côté de la mer, les rares maisons que rencontrait Sylvain étaient enterrées, comme noyées déjà dans l’assaut des dunes. On connaissait ainsi, tout près de Zuydcoote, un clocher où l’on entrait par les fenêtres, et que les vieilles gens disaient être le survivant d’un village enfoui.Dans cette solitude, Sylvain roulait, la tête baissée, la visière de sa casquette rabattue sur les yeux, pour les abriter. Il arriva dans un hameau isolé, bâti le long du chemin, et tournant le dos au vent de la mer. C’était là qu’il habitait. Il n’y avait que sept ou huit maisons, dont une épicerie où l’on vendait aussi du pain. C’étaient d’anciennes maisons de pêcheurs, maintenant louées à des ouvriers qui travaillaient pour la plupart à Dunkerque ou aux grandes aciéries toutes proches. Elles étaient vieilles, faites en brique jaune pâle, suivant la mode du pays, et couvertes de tuiles rouges que le vent perpétuel érodait et avivait d’une incessante tombée de poussière de sable. Sa lente action avait même, par place, tracé dans la brique des stries d’usure. Elles semblaient toutes petites, ces maisons, à demi enfouies, basses sous leur grand toit, perdues ainsi au milieu de cette plaine démesurée, que limitaient au nord et au sud seulement les lignes parallèles des dunes et du canal maritime, mais qui s’étendait à droite et à gauche jusqu’au plus lointain de l’horizon.Sylvain vivait là depuis dix ans, pourtant, accoutumé à cet isolement, à cette tristesse plate, ininterrompue, où pas un arbre, pas un clocher, rien que l’ondulation monotone des dunes, et, par place, un hérissement de buissons rachitiques, n’arrêtait le regard. Il arriva devant sa maison, qui était l’avant-dernière de la rangée. Et il sauta de vélo, poussa la porte, et entra.« Bonsoir, Germaine, souhaita-t-il.
– Bonsoir, dit sa femme. T’as bien vendu ?
– Ça va. »
Sylvain se débarrassa de son sac, poussa son vélo jusqu’à la courette, et revint.
Germaine était une belle créature, bien plantée, la chair saine, l’œil noir et vif sous des sourcils fournis et fortement arqués. Ses lèvres grasses, son teint frais, ses joues charnues lui donnaient un air appétissant et sensuel, que ne démentait pas l’indolence un peu molle des gestes. On la sentait ennemie de l’effort, lasse des tribulations de sa vie passée, du temps où elle traînait le trottoir, avant que Sylvain s’éprît d’elle et l’épousât. – Elle était assise près de la fenêtre, et reprisait paisiblement des bas.En face d’elle était Louise, la grosse maîtresse de César, le meilleur camarade de Sylvain. C’était une brave femme, honnête et un peu bonasse, qui aimait très sincèrement son pseudo- mari, malgré le trafic du tabac auquel il l’employait souvent quand l’ouvrage pressait. César, lui, était un contrebandier enragé, qui depuis vingt ans, malgré d’incessants conflits avec la douane et la police, ne savait revenir à la vie normale. Ancien boxeur comme l’avait été Sylvain, il était peu à peu tombé à une amoralité complète, mené malgré lui par des passions violentes, qui avaient causé sa déchéance. – Il était installé près du feu, et fumait cigarette sur cigarette, en attendant Sylvain.
Revenu de la cour, Sylvain ôta sa casquette, l’accrocha à un clou, contre le mur.
« Qu’est-ce que t’as à l’œil ? demanda alors Germaine.
– Un    coup    de    poing »,    expliqua    Sylvain, brièvement. César tourna la tête : « Tu t’es laissé faire ça ?– Je pense que tu aurais fait comme moi, dit Sylvain sans se froisser. J’ai rencontré deux noirs…
– Où ?
– Juste en arrivant à Dunkerque. »
Germaine quitta son raccommodage, et César cessa de fumer.
« Ils t’ont pris ton tabac ?
– Non. Ils m’avaient arrêté juste au tournant de l’octroi. Je me suis cassé le nez dessus, pour dire.
– Alors ?
– Alors, c’était bon. Je leur avais déjà donné mon sac. Je me disais qu’un mois avec sursis, c’est pas une affaire…
– Non, approuva César. – Mais tu l’as, ton sac, s’étonna la grosse Louise.–Laisse-moi expliquer, Louise. J’allais les suivre sans rien dire, mais ils ont voulu me passer les menottes. Je suis trop connu pour me promener    comme    ça    dans    Dunkerque,    hein ? Alors, on s’est battu.
– Ça a dû chauffer, dit César, dont le visage marquait un intérêt passionné.
– Ça, oui. Surtout qu’il y avait un imbécile d’employé d’octroi qui est accouru, quand ils ont crié main-forte.
– Et tu les as eus tout de même ?
– À la fin, oui. Mais j’ai bien pensé que j’y laisserais mon vélo. Le plus mal arrangé, ç’a été l’employé d’octroi. Il y a un noir, aussi, qui saignait du nez comme une fontaine. Mais celui- là, il m’a mordu ici. Regarde. »
Sylvain releva sa manche, montra sur son biceps la marque profonde et bleuâtre d’une morsure.
« On va y mettre de la teinture d’iode, hein, Germaine ?
– Oui. »
Et Germaine alla chercher une petite bouteille dans son armoire.
« Et t’as su ravoir ton vélo tout de même ? interrogea encore César, que ce récit laconique enthousiasmait, et qui eût aimé en apprendre plus long.
– Oui. Quand « l’octroi » a été par terre, les autres se sont fatigués. J’en ai profité pour filer. Il y en a un qui m’a encore suivi un moment. Mais je l’ai attendu un peu plus loin, et je lui ai dit de me laisser tranquille. Il était tout seul, tu comprends, j’aurais eu beau jeu. Mais il est parti. »
Tout en parlant, Sylvain allongeait son bras musculeux, que Germaine badigeonnait de roux.
« Ça me fait plus mal, maintenant, dit-il. Tout à l’heure, je ne sentais rien.
– C’est la colère », émit César.
Il regardait aussi le bras de Sylvain, admirant sans l’avouer la beauté des muscles longs et nets sous la peau, roulant avec aisance, tressaillant à chaque geste, riches d’un flux nourri de sang chaud qui gonflait le réseau saillant des veines. On eût dit un beau marbre vivant. Et l’admiration de César se trahit malgré lui :« Quel malheur d’avoir lâché la boxe avec des bras pareils, dit-il.
– C’est    bon,    c’est    bon,    protesta    Germaine, fâchée. Ne viens pas encore lui mettre la tête à l’envers, toi. »
Sylvain souriait sans rien dire. C’était la marotte de César, la boxe. Il ne pouvait plus y songer, lui, usé par la noce et les femmes. Il avait été solide, pourtant, autrefois. Petit mais râblé, les bras immenses, la face carrée, la mâchoire massive, le front brutal, il gardait encore sur sa face les stigmates de son ancienne profession : nez déformé, pommettes bosselées, arcades sourcilières écrasées et taillées de cicatrices. Brèche-dent, une oreille décollée, les lèvres fendues, il ressemblait vaguement à un bronze qu’on aurait martelé à coups de maillet.
Sylvain, son pansement fini, était allé à la cave, où menait un escalier de bois. Avec la lame de son canif, il dévissa la planche de l’une des marches. Et il découvrit ainsi une cache, il y vida le fond de son sac de maçon, et revissa la planche.« Tu m’attendais ? demanda-t-il à César, en revenant.
– Oui. J’aurai besoin de toi, demain après- midi.
– Pour quoi faire ? – « Monter » un chien en Belgique. – Lequel ?
–Tom. J’avais un type, mais il s’est fait prendre hier. T’auras trente francs. C’est le prix. Entendu ?
– Entendu. Je viendrai chez toi, sitôt après midi. »
Louise, la maîtresse de César, intervint.
« C’est pas bien, tout de même, de faire la bête comme ça avec ces chiens. Tu te le feras tuer une fois ou l’autre, ce pauvre Tom.
– Il est trop malin, répliqua César. Il reconnaît les douaniers à l’uniforme.– Et tous ceux que tu dresses encore ? J’ai mal au cœur, quand je pense à tout ce qu’ils vont devoir faire…
– Ça va, ça va, fais pas la morale, dit César. Ça ne te regarde pas. C’est affaire aux hommes. »
Louise leva les yeux au ciel, mais n’osa plus rien dire. C’était une brave femme, qui craignait les gendarmes. Elle sentait bien que, dans ces débats, Germaine, ancienne fille au passé agité, ne lui donnait pas raison. Germaine était plus familiarisée avec la justice. Et la fraude rapportait à Sylvain des bénéfices dont elle profitait trop pour les voir disparaître sans regret.
Le soir arrivait, assombrissait déjà la petite cuisine. César alluma une cigarette encore, et son allumette jeta un reflet pourpre, qui fit ensuite paraître l’ombre plus dense. Et il se leva.
« Allez, Louise, en route. Il est temps pour le souper. »
Ils sortirent. On entendit claquer, juste à côté, la porte de leur maison.
«Ils ne t’ont pas reconnu? demanda alors Germaine.
– Qui ? Les noirs ? Non. Même si j’avais dû laisser mon vélo, tu sais bien que j’ai toujours une fausse plaque.
– Et ton bras ? – Ça va. – Tu pourras aller, demain ? – Oui, oui. » Tranquillisée, Germaine ne dit plus rien.
Sylvain n’aimait pas parler. Elle devait s’arranger pour résumer en peu de mots ce qu’elle avait à lui dire. Elle lâcha son raccommodage, se leva pour préparer le repas du soir. Et Sylvain alla à la porte, ouvrit le battant du haut pour faire entrer le reste du jour qui traînait encore sur la campagne. Il s’accouda sur l’appui ; il regarda au-dehors la tristesse de cette lande sablonneuse, de ce ciel d’un vert clair, où passait un vent vif, qui chassait devant lui des traînées de nuages étirés, et frangés de rouge. Et il découvrait dans cette désolation de terre stérile, dans la pâleur de ce ciel vide et froid quelque chose de tragique, qui, sans qu’il sût pourquoi, lui faisait songer à sa destinée…

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Les hommes ne devraient lire que des livres d’auteurs masculin…

Posté par Serge Bénard le 30 mai 2011

 Lundi 30 mai 2011

Les hommes ne devraient lire que des livres d’auteurs masculin… dans Lecture, lecteur, lectorat agatha_christie200_0

Messieurs, si vous aimez la littérature et que vous êtes misogynes, cette liste des 75 «plus grands chefs-d’œuvre de la littérature» proposée par le magazine masculin américain Esquire est faite pour vous. En effet, sur ces 75 livres, un seul a été écrit par une femme,  note The Atlantic Wire: Flannery O’Connor, auteure du recueil de nouvelles A Good Man is hard to find. L’écrivaine doit se sentir bien seule dans cette liste, effacée par 74 autres écrivains masculins comme Charles Bukowski, Henry Miller ou encore Jack Kerouak.

The Atlantic Wire cite ensuite de nombreuses femmes journalistes ou écrivain choquées par cette liste, comme Roxane Gray, qui en a fait une tribune sur le site HTMLgiant.com:

«Ce qui est troublant, c’est qu’on sous-entend que les hommes ne devraient lire que de la littérature masculine, que les hommes ne devraient pas s’ennuyer à lire des livres écrits par des femmes, et bien sûr, que les plus grands chefs-d’oeuvres sont exclusivement écrits par des hommes (…). Cette liste cultive l’idée erronée que les hommes ne voudraient lire qu’un certain type de livre. Si j’étais un homme, je trouverais cette liste insultante.»

VDA, une organisation non lucrative pour les Femmes dans l’Art, a même publié la liste sur sa page Facebook. Les commentaires n’ont pas tardé à fuser. Atlantic Wire en a relevé un particulièrement cinglant :

«Ce qui me choque c’est le présupposé explicite selon lequel les hommes ne voudraient pas lire des auteurs féminins. En effet, ils n’ont pas envie. A cause de revues comme Esquire.»


 

Lire la suite : http://www.slate.fr/lien/38825/hommes-litterature-femmes

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Pourquoi les libraires sont inquiets

Posté par Serge Bénard le 30 mai 2011

30/05/11 à 12:09 

Depuis mars, les librairies enregistrent une baisse significative de leurs ventes. La faute à qui? à quoi? Enquête. 

Pourquoi les libraires sont inquiets dans Economie du livre 1829822

Le Grand Prix RTL-Lire 2011 a été décerné jeudi soir au Salon du livre de Paris à Fabrice Humbert pour « La fortune de Sila » (éd. Le Passage), fresque romanesque contemporaine qui met en scène la folie financière de la planète et la ruée vers l’abîme des personnages. (c) Afp

« Pas top », « calme », « inquiétant», le climat est morose chez les libraires. Depuis mars 2011, ils ont enregistré une baisse significative de leur chiffre d’affaire. A Paris, l’Ecume des Pages constate une chute de 5% de ses ventes. A Brest, chez Dialogues, la responsable fait part de ses craintes: «C’est dur. Pour vous donner un exemple, là où l’on vendait 200 livres, on n’en vend plus que 140 aujourd’hui.»

En dépit des statistiques trimestrielles publiées par «Livres Hebdo» le 11 mai, qui annoncent une (modeste) augmentation de 1% des ventes de livres par rapport à l’année dernière, les libraires voient d’un œil inquiet ce qui s’apparente à une crise à retardement. Nouveau coup dur pour un monde de la lecture déjà chancelant.

Les librairies de province semblent davantage touchées que les parisiennes, constatant parfois une chute de plus de 10% des ventes, comme chez Saint Paul à Marseille. Déplorant un contexte économique difficile, la responsable confie que cela fait plus de sept ans que son chiffre d’affaire diminue. A Langon, le patron de la librairie Entre-deux-noirs s’en remet à ses romans préférés: «Vous connaissez Tim Dorsey? Un de ses personnages se résout à vendre de la drogue pour ne pas mettre les clés sous la porte de sa librairie…»

La faute à qui? «Au beau temps», répondent-ils à l’unanimité. Le thermomètre a eu raison de la littérature. Les lecteurs sont partis bronzer. Chez Entre-deux-noirs, on dédramatise. Mais le soleil leur aura coûté environ 15% de leur chiffre d’affaire depuis le début de l’année.

Lire la suite : http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20110512.OBS2994/pourquoi-les-libraires-sont-inquiets.html

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