Les deux bouts de la langue, par Michel Onfray

Posté par Serge Bénard le 31 mai 2011

Ce texte a été écrit par Michel Onfray pour introduire l’édition en espéranto du Traité d’athéologie. Un livre édité par la coopérative d’édition de SAT,SAT EFK.

 


Au commencement était Babel, chacun connaît l’histoire : les hommes parlent une seule et même langue, dite « adamique », celle du premier d’entre eux. Puis ils se proposent de construire une immense tour destinée à pénétrer les cieux. Pareille architecture suppose que les hommes habitant le même élément que Dieu en deviendraient de facto les égaux. Cette volonté prométhéenne agit comme une autre formule du péché originel car, goûter du fruit de l’arbre de la connaissance, c’est savoir tout sur chaque chose, autrement dit, une fois encore, égaler Dieu. Il y eut une sanction pour le geste d’Eve, personne n’a oublié… De même pour celui des constructeurs de Babel : la confusion des langues.

Dieu qui est amour, rappelons-le pour qui aurait la fâcheuse tendance à l’oublier, descend sur Terre pour constater de visu l’arrogance de ces hommes. « Il dit : « Voilà qu’à eux tous ils sont un seul peuple et ont un seul langage ; s’ils ont fait cela pour leur début, rien désormais pour eux ne sera irréalisable de tout ce qu’ils décideront de faire. Allons ! Descendons et là, brouillons leur langage, de sorte qu’ils n’entendent plus le langage les uns des autres. » Et Yahvé les dispersa, de là, à la surface de toute la Terre, et ils cessèrent de bâtir la ville » (Gen. 11, 6-7) – où comment semer la discorde…

Dès lors, il y eut des langues, certes, mais surtout l’incompréhension parmi les hommes. De sorte que la multiplicité des idiomes constitue moins une richesse qu’une pauvreté ontologique et politique. On se mit alors à parler local, ce que d’aucuns célèbrent aujourd’hui comme le fin du fin. Je songe aux « nationalistes », plus justement nommés « indépendantistes régionaux », qui font de la langue un instrument identitaire, un outil de fermeture sur soi, une machine de guerre anti-universelle, autrement dit un dispositif tribal.

Précisons que le politiquement correct passe souvent sous silence cette information qu’il n’existe pas une langue corse, une langue bretonne, mais des dialectes corses ou bretons, chacun correspondant à une étroite zone géographique déterminée par le pas d’un homme avant l’invention du moteur. Le mythe d’une langue corse ou d’un unique parler breton singe paradoxalement le jacobinisme honni, car lesdites langues régionales sont compartimentées en groupe de dialectes – j’eus des amis corses qui, le vin aidant, oubliaient un instant leur religion et leur catéchisme nationaliste pour avouer qu’un berger du cap corse ne parlait pas la même langue que son compagnon du cap Pertusato ! Babel, Babel…

La langue régionale exclut l’étranger, qui est pourtant sa parentèle républicaine. Elle fonctionne en cheval de Troie de la xénophobie, autrement dit, puisqu’il faut préciser les choses, de la haine de l’étranger, de celui qui n’est pas « né natif » comme on dit. Or, comme une espèce animale, une langue obéit à des besoins relatifs à une configuration temporelle et géographique ; quand ces besoins disparaissent, la langue meurt. Vouloir faire vivre une langue morte sans le biotope linguistique qui la justifie est une entreprise thanatophilique. Son équivalent en zoologie consisterait à vouloir réintroduire le dinosaure dans le quartier de la Défense et le ptérodactyle à Saint-Germain-des-Prés…

A l’autre bout de la langue de fermeture, locale, étroite, xénophobe, il existe une langue d’ouverture, globale, vaste, cosmopolite, universelle : l’espéranto. Elle est la création de Ludwik Zamenhof, un juif de Bialystok, une ville alors située en Russie (en Pologne aujourd’hui). Dans cette cité où la communauté juive côtoyait celle des Polonais, des Allemands et des Biélorusses, les occasions de ne pas se comprendre étaient nombreuses. En ces temps, déjà, Dieu pouvait jouir de son forfait. Fin 1870-début 1880, l’espéranto se propose donc le retour au Babel d’avant la colère divine.

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Le Bibliomane, par Charles Nodier

Posté par Serge Bénard le 31 mai 2011

 

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Le 30 mai 2011 

Au fil des pages le lecteur suit deux amis, dont l’un est bibliomane, au long d’une promenade dans Paris. La promenade est propice à diverses rencontres et à la visite de quelques lieux de la capitale où le livre est roi.

 

Vous avez tous connu ce bon Théodore, sur la tombe duquel je viens jeter des fleurs, en priant le ciel que la terre lui soit légère.

Ces deux lambeaux de phrase, qui sont aussi de votre connaissance, vous annoncent assez que je me propose de lui consacrer quelques pages de notice nécrologique ou d’oraison funèbre.

Il y a vingt ans que Théodore s’était retiré du monde pour travailler ou pour ne rien faire : lequel des deux, c’était un grand secret. Il songeait, et l’on ne savait à quoi il songeait. Il passait sa vie au milieu des livres, et ne s’occupait que de livres, ce qui avait donné lieu à quelques-uns de penser qu’il composait un livre qui rendrait tous les livres inutiles ; mais ils se trompaient évidemment. Théodore avait tiré trop bon parti de ses études pour ignorer que ce livre est fait il y a trois cents ans. C’est le treizième chapitre du livre premier de Rabelais.

Théodore ne parlait plus, ne riait plus, ne jouait plus, ne mangeait plus, n’allait plus ni au bal, ni à la comédie. Les femmes qu’il avait aimées dans sa jeunesse n’attiraient plus ses regards, ou tout au plus il ne les regardait qu’au pied ; et quand une chaussure élégante de quelque brillante couleur avait frappé son attention : – Hélas ! disait-il en tirant un gémissement profond de sa poitrine, voilà bien du maroquin perdu !

Il avait autrefois sacrifié à la mode : les mémoires du temps nous apprennent qu’il est le premier qui ait noué la cravate à gauche, malgré l’autorité de Garat qui la nouait à droite, et en dépit du vulgaire qui s’obstine encore aujourd’hui à la nouer au milieu.

Théodore ne se souciait plus de la mode. Il n’a eu pendant vingt ans qu’une dispute avec son tailleur : – Monsieur, lui dit-il un jour, cet habit est le dernier que je reçois de vous, si l’on oublie encore une fois de me faire des poches in-quarto.

La politique, dont les chances ridicules ont créé la fortune de tant de sots, ne parvint jamais à le distraire plus d’un moment de ses méditations. Elle le mettait de mauvaise humeur, depuis les folles entreprises de Napoléon dans le Nord, qui avaient fait enchérir le cuir de Russie. Il approuva cependant l’intervention française dans les révolutions d’Espagne. – C’est, dit-il, une belle occasion pour rapporter de la Péninsule des romans de chevalerie et des Cancioneros. – Mais l’armée expéditionnaire ne s’en avisa nullement, et il en fut piqué. Quand on lui parlait Trocadero, il répondait ironiquement Romancero, ce qui le fit passer pour libéral.

La mémorable campagne de M. de Bourmont sur les côtes d’Afrique le transporta de joie. – Grâce au ciel, dit-il en se frottant les mains, nous aurons les maroquins du Levant à bon marché ; – ce qui le fit passer pour carliste.

Il se promenait l’été dernier dans une rue populeuse, en collationnant un livre. D’honnêtes citoyens, qui sortaient du cabaret d’un pied titubant, vinrent le prier, le couteau sur la gorge, au nom de la liberté des opinions, de crier : Vivent les Polonais ! – Je ne demande pas mieux, répondit Théodore, dont la pensée était un cri éternel en faveur du genre humain, mais pourrais-je vous demander à quel propos ? – Parce que nous déclarons la guerre à la Hollande qui opprime les Polonais, sous prétexte qu’ils n’aiment pas les jésuites, repartit l’ami des lumières, qui était un rude géographe et un intrépide logicien. – Dieu nous pardonne ! murmura notre ami, en croisant piteusement les mains. Serons-nous donc réduits au prétendu papier de Hollande de M. Montgolfier ?

L’homme éminemment civilisé lui cassa la jambe d’un coup de bâton.

Théodore passa trois mois au lit à compulser des catalogues de livres. Disposé comme il l’a toujours été à prendre les émotions à l’extrême, cette lecture lui enflamma le sang.

Dans sa convalescence même son sommeil était horriblement agité. Sa femme le réveilla une nuit au milieu des angoisses du cauchemar. – Vous arrivez à propos, lui dit-il en l’embrassant, pour m’empêcher de mourir d’effroi et de douleur. J’étais entouré de monstres qui ne m’auraient point fait de quartier.

- Et quels monstres pouvez-vous redouter, mon bon ami, vous qui n’avez jamais fait le mal à personne ?

- C’était, s’il m’en souvient, l’ombre de Purgold dont les funestes ciseaux mordaient d’un pouce et demi sur les marges de mes aldes brochés, tandis que celle d’Heudier plongeait impitoyablement dans un acide dévorant mon plus beau volume d’édition princeps, et l’en retirait tout blanc ; mais j’ai de bonnes raisons de penser qu’ils sont au moins en purgatoire.

Sa femme crut qu’il parlait grec, car il savait un peu le grec, à telles enseignes que trois tablettes de sa bibliothèque étaient chargées de livres grecs dont les feuilles n’étaient pas fendues. Aussi ne les ouvrait-il jamais, se contentant de les montrer à ses plus privées connaissances, par le plat et par le dos, mais en indiquant le lieu de l’impression, le nom de l’imprimeur et la date, avec une imperturbable assurance. Les simples en concluaient qu’il était sorcier. Je ne le crois pas.

Comme il dépérissait à vue d’oeil, on appela son médecin, qui était, par hasard, homme d’esprit et philosophe. Vous le trouverez si vous pouvez. Le docteur reconnut que la congestion cérébrale était imminente, et il fit un beau rapport sur cette maladie dans le Journal des Sciences médicales, où elle est désignée sous le nom de monomanie du maroquin, ou de tiphus des bibliomanes ; mais il n’en fut pas question à l’Académie des sciences, parce qu’elle se trouva en concurrence avec le choléra-morbus.

On lui conseilla l’exercice, et comme cette idée lui souriait, il se mit en route l’autre jour de bonne heure. J’étais trop peu rassuré pour le quitter d’un pas. Nous nous dirigeâmes du côté des quais, et je m’en réjouis, parce que j’imaginai que la vue de la rivière le récréerait ; mais il ne détourna pas ses regards du niveau des parapets. Les parapets étaient aussi lisses d’étalages que s’ils avaient été visités dès le matin par les défenseurs de la presse, qui ont noyé en février la bibliothèque de l’Archevêché. Nous fûmes plus heureux au quai aux Fleurs. Il y avait profusion de bouquins ; mais quels bouquins ! Tous les ouvrages dont les journaux ont dit du bien depuis un mois, et qui tombent là infailliblement dans la case à cinquante centimes, du bureau de rédaction ou du fonds de libraire. Philosophes, historiens, poètes, romanciers, auteurs de tous les genres et de tous les formats, pour qui les annonces les plus pompeuses ne sont que les limbes infranchissables de l’immortalité, et qui passent, dédaignés, des tablettes du magasin aux margelles de la Seine, Léthé profond d’où ils contemplent, en moisissant, le terme assuré de leur présomptueux essor. Je déployais là les pages satinées de mes in-octavo, entre cinq ou six de mes amis.

Théodore soupira, mais ce n’était pas de voir les oeuvres de mon esprit exposées à la pluie, dont les garantit mal l’officieux balandran de toile cirée.

- Qu’est devenu, dit-il, l’âge d’or des bouquinistes en plein vent ? C’est ici pourtant que mon illustre ami Barbier avait colligé tant de trésors, qu’il était parvenu à en composer une bibliographie spéciale de quelques milliers d’articles. C’est ici que prolongeaient, pendant des heures entières, leurs doctes et fructueuses promenades, le sage Monmerqué en allant au Palais, et le sage Labouderie en sortant de la métropole. C’est d’ici que le vénérable Boulard enlevait tous les jours un mètre de raretés, toisé à sa canne de mesure, pour lequel ses six maisons pléthoriques de volumes n’avaient pas de place en réserve. Oh ! qu’il a de fois désiré, en pareille occasion, le modeste angulus d’Horace ou la capsule élastique de ce pavillon de fées qui aurait couvert au besoin l’armée de Xerxès, et se portait aussi commodément à la ceinture que la gaine aux couteaux du grand-père de Jeannot ! Maintenant, quelle pitié ! vous n’y voyez plus que les ineptes rogatons de cette littérature moderne qui ne sera jamais de la littérature ancienne, et dont la vie s’évapore en vingt-quatre heures, comme celle des mouches du fleuve Hypanis : littérature bien digne en effet de l’encre de charbon et du papier de bouillie que lui livrent à regret quelques typographes honteux, presque aussi sots que leurs livres ! Et c’est profaner le nom des livres que de le donner à ces guenilles barbouillées de noir qui n’ont presque pas changé de destinée en quittant la hotte aux haillons du chiffonnier ! Les quais ne sont désormais que la Morgue des célébrités contemporaines !

Il soupira encore, et je soupirai aussi, mais ce n’était pas pour la même raison.

J’étais pressé de l’entraîner, car son exaltation qui croissait à chaque pas semblait le menacer d’un accès mortel. Il fallait que ce fût un jour néfaste, puisque tout contribuait à aigrir sa mélancolie.

- Voilà, dit-il en passant, la pompeuse façade de Ladvocat, le Galiot du Pré des lettres abâtardies du dix-neuvième siècle, libraire industrieux et libéral, qui aurait mérité de naître dans un meilleur âge, mais dont l’activité déplorable a cruellement multiplié les livres nouveaux au préjudice éternel des vieux livres ; fauteur impardonnable à jamais de la papeterie de coton, de l’orthographe ignorante et de la vignette maniérée, tuteur fatal de la prose académique et de la poésie à la mode ; comme si la France avait eu de la poésie depuis Ronsard et de la prose depuis Montaigne ! Ce palais de bibliopole est le cheval de Troie qui a porté tous les ravisseurs du palladium, la boîte de Pandore qui a donné passage à tous mes maux de la terre ! J’aime encore le cannibale, et je ferai un chapitre dans son livre, mais je ne le verrai plus !

Voilà, continua-t-il, le magasin aux vertes parois du digne Crozet, le plus aimable de nos jeunes libraires, l’homme de Paris qui distingue le mieux une reliure de Derome l’aîné d’une reliure de Derome le jeune, et la dernière espérance de la dernière génération d’amateurs, si elle s’élève encore au milieu de notre barbarie ; mais je ne jouirai pas aujourd’hui de son entretien, dans lequel j’apprends toujours quelque chose ! Il est en Angleterre où il dispute, par juste droit de représailles, à nos avides envahisseurs de Soho-Square et de Fleet-Street les précieux débris des monuments de notre belle langue, oubliés depuis deux siècles sur la terre ingrate qui les a produits ! Macte animo, generoso puer !…

Voilà, reprit-il en revenant sur ses pas, voilà le Pont-des-Arts, dont l’inutile balcon ne supportera jamais, sur son garde-fou ridicule de quelques centimètres de largeur, le noble dépôt de l’in-folio tri-séculaire qui a flatté les yeux de dix générations de l’aspect de sa couverture en peau de truie et de ses fermoirs de bronze ; passage profondément emblématique, à la vérité, qui conduit du château à l’Institut par un chemin qui n’est pas celui de la science. Je ne sais si je me trompe, mais l’invention de cette espèce de pont devait être pour l’érudit une révélation flagrante de la décadence des bonnes lettres.

Voilà, dit toujours Théodore en passant sur la place du Louvre, la blanche enseigne d’un autre libraire actif et ingénieux ; elle a longtemps fait palpiter mon coeur, mais je ne l’aperçois plus sans une émotion pénible, depuis que Techener s’est avisé de faire réimprimer avec les caractères de Tastu, sur un papier éblouissant et sous un cartonnage coquet, les gothiques merveilles de Jehan Bonfons de Paris, de Jehan Mareschal de Lyon, et de Jehan de Chaney d’Avignon, bagatelles introuvables qu’il a multipliées en délicieuses contrefaçons. Le papier d’un blanc neigeux me fait horreur, mon ami, et il n’est rien que je ne lui préfère, si ce n’est ce qu’il devient quand il a reçu, sous le coup de barre d’un bourreau de pressier, l’empreinte déplorable des rêveries et des sottises de ce siècle de fer.

Théodore soupirait de plus belle ; il allait de mal en pis.

Nous arrivâmes ainsi dans la rue des Bons-Enfants, au riche bazar littéraire des ventes publiques de Silvestre, local honoré des savants, où se sont succédé en un quart de siècle plus d’inappréciables curiosités que n’en renferma jamais la bibliothèque des Ptolémées, qui n’a peut être pas été brûlée par Omar, quoi qu’en disent nos radoteurs d’historiens. Jamais je n’avais vu étaler tant de splendides volumes.

- Malheureux ceux qui les vendent ! dis-je à Théodore.

- Ils sont morts, répondit-il, ou ils en mourront.

Mais la salle était vide. On n’y remarquait plus que l’infatigable M. Thour, facsimilant avec une patiente exactitude, sur des cartes soigneusement préparées, les titres des ouvrages qui avaient échappé la veille à son investigation quotidienne. Homme heureux entre tous les hommes, qui possède, dans ses cartons, par ordre de matières, l’image fidèle du frontispice de tous les livres connus ! C’est en vain, pour celui-là, que toutes les productions de l’imprimerie périront dans la première et prochaine révolution que les progrès de la perfectibilité nous assurent. Il pourra léguer à l’avenir le catalogue complet de la bibliothèque universelle. Il y avait certainement un tact admirable de prescience à prévoir de si loin le moment où il serait temps de compiler l’inventaire de la civilisation. Quelques années encore, et l’on n’en parlera plus.

- Dieu me pardonne ! brave Théodore, dit l’honnête M. Silvestre, vous vous êtes trompé d’un jour. C’était hier la dernière vacation. Les livres que vous voyez sont vendus et attendent les porteurs.

Théodore chancela et blêmit. Son front prit la teinte d’un maroquin-citron un peu usé. Le coup qui le frappa retentit au fond de mon coeur.

- Voilà qui est bien, dit-il d’un air atterré. Je reconnais mon malheur accoutumé à cette affreuse nouvelle ! Mais encore, à qui appartiennent ces perles, ces diamants, ces richesses fantastiques dont la bibliothèque des de Thou et des Grolier se serait fait gloire ?

- Comme à l’ordinaire, monsieur, répliqua M. Silvestre. Ces excellents classiques d’édition originale, ces vieux et parfaits exemplaires autographiés par des érudits célèbres, ces piquantes raretés philologiques dont l’Académie et l’Université n’ont pas entendu parler, revenaient de droit à sir Richard Heber. C’est la part du lion anglais, auquel nous cédons de bonne grâce le grec et le latin que nous ne savons plus. – Ces belles collections d’histoire naturelle, ces chefs-d’oeuvre de méthode et d’iconographie sont au prince de…, dont les goûts studieux ennoblissent encore, par son emploi, une noble et immense fortune. – Ces mystères du moyen âge, ces moralités phénix dont le ménechme n’existe nulle part, ces curieux essais dramatiques de nos aïeux vont augmenter la bibliothèque modèle de M. de Soleine. – Ces facéties anciennes, si sveltes, si élégantes, si mignonnes, si bien conservées, composent le lot de votre aimable et ingénieux ami, M. Aimé-Martin. – Je n’ai pas besoin de vous dire à qui appartiennent ces maroquins frais et brillants, à triples filets, à larges dentelles, à fastueux compartiments. C’est le Shakespeare de la petite propriété, le Corneille du mélodrame, l’interprète habile et souvent éloquent des passions et des vertus du peuple, qui, après les avoir un peu déprisés le matin, en a fait le soir emplette au poids de l’or, non sans gronder entre ses dents, comme un sanglier blessé à mort, et sans tourner sur ses compétiteurs son oeil tragique ombragé de noirs sourcils.

Théodore avait cessé d’écouter. Il venait de mettre la main sur un volume d’assez bonne apparence, auquel il s’était empressé d’appliquer son elzéviriomètre, c’est-à-dire le demi-pied divisé presque à l’infini, sur lequel il réglait le prix, hélas ! et le mérite intrinsèque de ses livres. Il le rapprocha dix fois du livre maudit, vérifia dix fois l’accablant calcul, murmura quelques mots que je n’entendis pas, changea de couleur encore une fois, et défaillit dans mes bras. J’eus beaucoup de peine à le conduire au premier fiacre venu.

Mes instances pour lui arracher le secret de sa subite douleur furent longtemps inutiles. Il ne parlait pas. Mes paroles ne lui parvenaient pas. C’est le typhus, pensai-je, et le paroxysme du typhus.

Je le pressais dans mes bras. Je continuais à l’interroger. Il parut céder à un mouvement d’expansion.

- Voyez en moi, me dit-il, le plus malheureux des hommes ! Ce volume, c’est le Virgile de 1676, en grand papier, dont je pensais avoir l’exemplaire géant, et il l’emporte sur le mien d’un tiers de ligne de hauteur. Des esprits ennemis ou prévenus pourraient même y trouver la demi-ligne. Un tiers de ligne, grand Dieu !

Je fus foudroyé. Je compris que le délire le gagnait.

- Un tiers de ligne ! répéta-t-il en menaçant le ciel d’un point furieux, comme Ajax ou Capanée.

Je tremblais de tous mes membres.

Il tomba peu à peu dans le plus profond abattement. Le pauvre homme ne vivait plus que pour souffrir. Il reprenait seulement de temps à autre : – Un tiers de ligne ! en se rongeant les mains. – Et je redisais tout bas : – Foin des livres et du typhus !

- Tranquillisez-vous, mon ami, soufflais-je tendrement à son oreille, chaque fois que la crise se renouvelait. Un tiers de ligne n’est pas grand’chose dans les affaires les plus délicates de ce monde !

- Pas grand’chose, s’écriait-il, un tiers de ligne au Virgile de 1676 ! C’est un tiers de ligne qui a augmenté de cent louis le prix de l’Homère de Nerli chez M. de Cotte. Un tiers de ligne ! Ah ! compteriez-vous pour rien un tiers de ligne du poinçon qui vous perce le coeur ?

Sa figure se renversa tout à fait, ses bras se roidirent, ses jambes furent saisies d’une crampe aux ongles de fer. Le typhus gagnait visiblement les extrémités. Je n’aurais pas voulu être obligé d’allonger d’un tiers de ligne le court chemin qui nous séparait de sa maison.

Nous arrivâmes enfin.

- Un tiers de ligne ! dit-il au portier.

- Un tiers de ligne ! dit-il à la cuisinière qui vint ouvrir.

- Un tiers de ligne ! dit-il à sa femme, en la mouillant de ses pleurs.

- Ma perruche s’est envolée ! dit sa petite fille, qui pleurait comme lui.

- Pourquoi laissait-on la cage ouverte ? répondit Théodore. – Un tiers de ligne !

- Le peuple se soulève dans le Midi, et à la rue du Cadran, dit la vieille tante qui lisait le journal du soir.

- De quoi diable se mêle le peuple ? répondit Théodore. – Un tiers de ligne !

- Votre ferme de la Beauce a été incendiée, lui dit son domestique en le couchant.

- Il faudra la rebâtir, répondit Théodore, si le domaine en vaut la peine. – Un tiers de ligne !

- Pensez-vous que cela soit sérieux ? me dit la nourrice.

- Vous n’avez donc pas lu, ma bonne, le Journal des Sciences médicales ? Qu’attendez-vous d’aller chercher un prêtre ?

Heureusement le curé entrait au même instant pour venir causer, suivant l’usage, de mille jolies broutilles littéraires et bibliographiques, dont son bréviaire ne l’avait jamais complètement distrait, mais il n’y pensa plus quand il eut tâté le pouls de Théodore.

- Hélas ! mon enfant, lui dit-il, la vie de l’homme n’est qu’un passage, et le monde lui-même n’est pas affermi sur des fondements éternels. Il doit finir comme tout ce qui a commencé.

- Avez-vous lu, sur ce sujet, répondit Théodore, le Traité de son origine et de son antiquité ?

- J’ai appris ce que j’en sais dans la Genèse, reprit le respectable pasteur ; mais j’ai ouï dire qu’un sophiste du siècle dernier, nommé M. de Mirabeau, a fait un livre à ce sujet.

- Sub judice lis est, interrompit brusquement Théodore. J’ai prouvé dans mes Stromates que les deux premières parties du monde étaient de ce triste pédant de Mirabeau, et la troisième de l’abbé le Mascrier. – Eh ! mon Dieu, reprit la vieille tante en soulevant ses lunettes, qui est-ce donc qui a fait l’Amérique ?

- Ce n’est pas de cela qu’il est question, continua l’abbé. Croyez-vous à la Trinité ?

- Comment ne croirais-je pas au fameux volume de Trinitate de Servet, dit Théodore en se relevant à mi-corps sur son oreiller, puisque j’en ai vu céder, ipsissimis oculis, pour la modique somme de deux cent quinze francs, chez M. de Mac Carthy, un exemplaire que celui-ci avait payé sept cents livres à la vente de La Vallière ?

- Nous n’y sommes pas, exclama l’apôtre un peu déconcerté. Je vous demande, mon fils, ce que vous pensez de la divinité de Jésus-Christ.

- Bien, bien, dit Théodore. Il ne s’agit que de s’entendre. Je soutiendrai envers et contre tous que le Toldos-jeschu, où cet ignorant pasquin de Voltaire a puisé tant de sottes fables, dignes des Mille et une Nuits, n’est qu’une méchante ineptie rabbinique, indigne de figurer dans la bibliothèque d’un savant !

- A la bonne heure ! soupira le digne ecclésiastique.

- A moins qu’on n’en retrouve un jour, continua Théodore, l’exemplaire in chartâ maximâ dont il est question, si j’ai bonne mémoire, dans le fatras inédit de David Clément.

Le curé gémit, cette fois, fort intelligiblement, se leva tout ému de sa chaise, et se pencha sur Théodore pour lui faire nettement comprendre, sans ambages et sans équivoques, qu’il était atteint au dernier degré du typhus des bibliomanes, dont il est parlé dans le Journal des Sciences médicales, et qu’il n’avait plus à s’occuper d’autre chose que de son salut.

Théodore ne s’était retranché de sa vie sous cette impertinente négative des incrédules qui est la science des sots ; mais le cher homme avait poussé trop loin dans les livres la vaine étude de la lettre, pour prendre le temps de s’attacher l’esprit. En plein état de santé une doctrine lui aurait donné la fièvre, et un dogme le tétanos. Il aurait baissé pavillon en morale théologique devant un saint-simonien. Il se retourna vers la muraille.

Au long temps qu’il passa sans parler, nous l’aurions cru mort, si, en me rapprochant de lui, je ne l’avais entendu sourdement murmurer : – Un tiers de ligne ! Dieu de justice et de bonté ! mais où me rendrez-vous ce tiers de ligne, et jusqu’à quel point votre omnipotence peut-elle réparer la bévue irréparable de ce relieur ?

Un bibliophile de ses amis arriva un instant après. On lui dit que Théodore était agonisant, qu’il délirait au point de croire que l’abbé le Mascrier avait fait la troisième partie du monde, et que depuis un quart d’heure il avait perdu la parole.

- Je vais m’en assurer, répliqua l’amateur. – A quelle faute de pagination reconnaît-on la bonne édition du César elzévir de 1635 ? demanda-t-il à Théodore.

- 153 pour 149.

- Très bien. Et du Térence de la même année ?

- 108 pour 104.

- Diable ! dis-je, les Elzévirs jouaient de malheur cette année-là sur le chiffre. Ils ont bien fait de ne pas la prendre pour imprimer leurs logarithmes !

- A merveille ! continua l’ami de Théodore. Si j’avais voulu écouter ces gens-ci, je t’aurais cru à un doigt de la mort.

- A un tiers de ligne, répondit Théodore, dont la voix s’éteignait par degrés.

- Je connais ton histoire, mais elle n’est rien auprès de la mienne. Imagine-toi que j’ai manqué, il y a huit jours, dans une de ces ventes bâtardes et anonymes dont on n’est averti que par l’affiche de la porte, un Boccace de 1527, aussi magnifique que le tien, avec la reliure en vélin de Venise, les a pointus, des témoins partout, et pas un feuillet renouvelé.

Toutes les facultés de Théodore se concentraient dans une seule pensée :

- Es-tu bien sûr au moins que les a étaient pointus ?

- Comme le fer qui arme la hallebarde d’un lancier.

- C’était donc, à n’en pas douter, la vintisettine elle-même !

- Elle-même. Nous avions ce jour-là un joli dîner, des femmes charmantes, des huîtres vertes, des gens d’esprit, du vin de Champagne. Je suis arrivé trois minutes après l’adjudication.

- Monsieur, cria Théodore furieux, quand la vintisettine est à vendre, on ne dîne pas !

Ce dernier effort épuisa le reste de vie qui l’animait encore, et que le mouvement de cette conversation avait soutenu comme le soufflet qui joue sur une étincelle expirante. Ses lèvres balbutièrent cependant encore : – Un tiers de ligne ! mais ce fut sa dernière parole.

Depuis le moment où nous avions renoncé à l’espoir de le conserver, on avait roulé son lit près de sa bibliothèque, d’où nous descendions un à un chaque volume qui paraissait appelé par ses yeux, en tenant plus longtemps exposés à sa vue ceux que nous jugions les plus propres à la flatter.

Il mourut à minuit, entre un Du Seuil et un Padeloup, les deux mains amoureusement pressées sur un Thouvenin.

Le lendemain nous escortâmes son convoi, à la tête d’un nombreux concours de maroquiniers éplorés, et nous fîmes sceller sur sa tombe une pierre chargée de l’inscription suivante, qu’il avait parodiée pour lui-même de l’épitaphe de Franklin :

CI-GIT SOUS SA RELIURE DE BOIS, UN EXEMPLAIRE IN- FOLIO DE LA MEILLEURE ÉDITION DE L’HOMME, ÉCRITE DANS UNE LANGUE DE L’AGE D’OR QUE LE MONDE NE COMPREND PLUS. C’EST AUJOURD’HUI UN BOUQUIN GATÉ, MA- CULÉ DÉPAREILLÉ. IMPARFAIT DU FRONTIS- PICE, PIQUÉ DES VERS ET FORT ENDOMMAGÉ DE POUR- RITURE. ON N’OSE ATTEN- DRE POUR LUI LES HON- NEURS TARDIFS ET INUTILES DE LA RÉIMPRESSION.

ps:

SAISIE DU TEXTE : Sylvie Pestel pour la collection électronique de la bibliothèque municipale de Lisieux (16.07.1996). -RELECTURE : Anne Guézou.-ADRESSE : Bibliothèque municipale – B.P. 216 – F 14107 Lisieux cedex.

Cette nouvelle peut aussi être écoutée ici : http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/nodier-charles-le-bibliomane.html

Illustration : Le Bibliomane de la Charles Deering Library Northwestern University (Illinois, USA) détail d’un vitrail (1931-1933) par G. Owen Bonawit

Source : http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article1970

 

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Version française de Lost Vegas : interview de Benjamin Gallen, le traducteur

Posté par Serge Bénard le 31 mai 2011

Parution de la version française de Lost Vegas : interview de Benjamin Gallen, le traducteur

PAR SUPERCADDY

La très attendue version française de Lost Vegas, le livre de Paul McGuire, est depuis quelques jours disponible. Responsable de la traduction, Benjo ne cache pas son soulagement d’avoir mené le projet à son terme. Entretien.

Parution de la version française de Lost Vegas : interview de Benjamin Gallen, le traducteur

La couverture de Lost Vegas.

Avril 2009. L’éminent Paul McGuireannonce être en voie de terminer son premier roman. Benjo relaie l’information sur son blog et plaisante sur l’acquisition des droits de traduction. Dès le lendemain, un éditeur le contacte et le projet est lancé.

Parue il y a environ un an, la version originale de Lost Vegas a massivement séduit, au sein de la communauté poker comme en dehors. La lecture de la 4e de couverture de l’édition française permet mieux qu’un long discours de comprendre pourquoi :

« Où pouvait-on en une nuit : manger un steak pour une poignée de dollars, s’incruster dans un mariage mexicain, se faire plumer au black jack par un croupier nommé Dong, jouer au vidéo poker pendant treize heures d’affilée, siroter une piña colada servie dans une noix de coco, taxer une cigarette à une vieille de 85 ans sous aide respiratoire, foncer à bord d’une limousine aux frais de la princesse jusqu’au Spearmint Rhino, s’y frotter la queue contre une ex-Miss USA, dégueuler à l’arrière d’un taxi conduit par un ancien para, sniffer de la coke bas de gamme dans les toilettes du O’Sheas, et finir par trouver la carte miraculeuse, celle qui défonce la paire d’As de votre adversaire et vous fait gagner un tournoi de poker ? À Las Vegas, et nulle part ailleurs. »

Les éditions Inculte présentent le livre en ces termes : « Derrière l’image de Las Vegas, métropole gigantesque aux néons luisants, se cache un visage blafard, celui des losers exsangues, des parieurs éreintés, des prostituées camées et des motels croulants. Dans Lost Vegas, le journaliste américain Paul McGuire raconte les arrière-cours du gaming business, les tricheries et les pactes faustiens des casinotiers, la réalité sordide d’une ville qui révèle plus qu’aucune autre la misère humaine.« 

Quant à Benjo, ami de l’auteur et responsable de la traduction française, il est sans doute le mieux placé pour parler d’un livre qu’il décrit sur son blog comme « un mémoire savoureux sur la Ville du Vice, les World Series of Poker et tout ce qu’il y a autour. Un objet littéraire non identifié, fourmillant de ces personnages et situations bizarres qu’affectionnent l’auteur, personnage principal d’une virée au coeur et en marge d’une ville qu’il aime et déteste à la fois« .

Lire la suite : http://www.clubpoker.net/parution-version-francaise-lost-vegas-interview-benjamin-gallen-traducteur/n-4181

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Sur les traces de Darwin : De la Chine aux Galapagos !

Posté par Serge Bénard le 31 mai 2011


Ajouté le 31/05/2011

Les Editions Sang de la Terre annoncent la sortie du livre : Sur les traces de Darwin par Michel Lamy.

Sur les traces de Darwin : De la Chine aux Galapagos !  dans À paraître darwinDes voyages dans les pas de la science

À travers l’histoire de ses voyages, l’auteur vous fait découvrir des scientifiques célèbres et les lieux qu’ils ont fréquentés. Partant pour les îles Galápagos sur les traces de Darwin, lui-même sur les traces de Humbolt découvrant, en Equateur, l’allée des volcans. Aux USA, visitant les grands parcs nationaux, il retrouve René Dubos, premier découvreur des antibiotiques. En Chine il apprend que le panda est l’ours du père David d’Espelette. Au Vietnam, à NhaTran, il découvre l’Institut Pasteur créé par AlexandreYersin, qui a mis en évidence le bacille de la peste. En Afrique, il est tout d’abord à Olduvai, où ont officié Louis et Marie Leakey, célèbres anthropologues, puis les grands déserts qu’a fréquenté Théodore Monod pendant près de quatre vingt ans. Parcourant l’Europe jusqu’au Cap Nord, il herborise avec Linné en Laponie. À Bornéo le souvenir de Gregor Mendel, père de la génétique. De Saint-Pétersbourg à Moscou, il suit les traces de Vladimir Vernadsky, l’inventeur du concept de biosphère, l’écologie globale.
Il retrouve, plus près de nous, Claude Bernard, l’inventeur de la physiologie, célèbre à Lyon et à Paris et Jean Rostand à Ville-d’Avray et l’un de nos plus grands vulgarisateurs, précédé par Jean Henri Fabre qui a scellé la vocation de très nombreux entomologistes.
Finalement, à Ruffec ville natale de l’auteur, il croisait régulièrement le Professeur Jean Bernard, président du Comité national d’éthique, décédé le 17 avril 2006, trait d’union entre les passeurs de sciences contemporains et les grands disparus découverts dans cet ouvrage.

Lire la suite :  http://www.i-voyages.net/news/index.php?val=2656_sur+traces+darwin+chine+aux+galapagos+

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Facebook m’a tuer, de Alexandre des Isnards & Thomas Zuber

Posté par Serge Bénard le 31 mai 2011

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Madamedub.com : Racontez-nous la genèse de cet ouvrage ? Qu’est-ce qui après L’open space m’a tuer vous a donné envie de vous pencher sur cette « problématique » Facebook ?

Alexandre des Isnards & Thomas Zuber : On trouvait étrange de nous entendre dire entre amis  : « je n’ai pas de visibilité sur mes vacances », ou « désolé, je suis booké ce week-end ». En sortant de l’open space, la course se poursuit après 20 heures. On « gère » nos amis, on est « aux taquets, addict à l’urgence, bref, on ne vit plus on gère.
Et Facebook est le symbole de la fin de cette frontière entre vie privée et vie professionnelle  où se mélangent amis, collègues, et membres de la famille et où tout le monde se compare. Sur Facebook, comme en open space, nous sommes en représentation, il faut s’y montrer sous son meilleur profil, véhiculer une image positive. Ces nouvelles comédies humaines sont passionnantes à analyser.

Madamedub.com : Comment envisagez-vous la continuité entre vos deux ouvrages ? Facebook pouvant finalement s’apparenter à un prolongement de l’open space dans la sphère privée.

Alexandre des Isnards & Thomas Zuber : Oui, Facebook est une extension de l’open space à nos vies privées, une panoptique où tout le monde surveille tout le monde. Comme on ne sait pas qui nous regarde, ni quand on nous regarde, on assure son image pour ne pas être pris en défaut. Dans les deux cas, nous sommes dans le royaume de l’hyper transparence qui conduit au conformisme social. En open space, le fait de sentir surveillés nous incite à calquer notre attitude sur celles des autres. Sur Facebook, on se montre sous son meilleur profil pour épater ses amis et ne froisser personne.

Madamedub.com : Facebook m’a tuer se revendique de ne pas être une étude sociologique. Pourtant en de très nombreuses occasions vous en empruntez le vocabulaire. La limite a t-elle été délicate à définir et à maintenir ? Comment pensez-vous, vous être affranchis de cet obstacle ?

Alexandre des Isnards & Thomas Zuber : Pour notre livre, nous avons rencontré beaucoup de personnes proches et moins proches. Nous avons également lu des ouvrages de sociologues, de philosophes, de romans sur la problématique des réseaux sociaux. Donc il doit y avoir de la sociologie qui imprègne ce qu’on a raconté, sûrement. Sans avoir de méthode sociologique stricto sensu, le livre s’apparente à de la sociologie illustrée. Nos petites histoires visent un effet miroir qui complète les théories sociologiques. 

Source : http://madamedub.com/crbst_128.html

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Gonzague Saint Bris à Angers avec  » à vous de lire – Littératour « 

Posté par Serge Bénard le 31 mai 2011

Par Catherine Nedelec – le 30 Mai 2011 à 16:18

Inauguré le 25 mai à Paris-Gare du Nord, le train « À vous de Lire ! – Littératour » sillonne la France jusqu’au 7 juin prochain. Il fera halte mercredi 1er juin en gare Saint-Laud. Au menu, une exposition retraçant l’histoire de l’écrit, des conférences, lectures, ateliers et rencontres d’écrivains. Gonzague Saint Bris y animera un café littéraire.

Gonzague Saint Bris à Angers avec

La manifestation A vous de lire, organisée par le ministère de la Culture et de la Communication, s’arrêtera dans 11 gares, de 9 h 30 à 20 h 30. Cette année, l’exposition Des tablettes d’argile aux tablettes numériques, retrace l’histoire de l’écrit et ses grandes révolutions, d’abord des tablettes assyriennes au papyrus, puis du parchemin au papier et enfin, du manuscrit à la presse de Gutenberg jusqu’à l’imprimerie industrielle et aux écrans tactiles. Des trésors issus de collections publiques et privées, (parchemins, manuscrits, incunables, lettres, livres, reliures d’art…) jalonneront l’exposition, afin de mieux faire vivre aux visiteurs la magie et les évolutions de cet objet irremplaçable qu’est le livre. 

Parallèlement, les visiteurs pourront assister à des conférences, des lectures, des ateliers et des rencontres avec des écrivains. Gonzague Saint Bris y animera un café littéraire et présentera son nouveau livre, Balzac, une vie de roman 

(éditions Télémaque), biographie consacrée à l’auteur de La Comédie humaine. Gonzague Saint Bris est l’auteur de 40 livres. Il a reçu de nombreux prix, dont l’Interallié pour Les Vieillards de Brightonet le Prix des Romancières pour L’Enfant de Vinci. Il est le Président-fondateur de La Forêt des livres.

Catherine Nedelec

Source :

http://www.angersmag.info/Gonzague-Saint-Bris-a-Angers-avec-a-vous-de-lire-Litteratour_a2767.html

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Algérie – Kaid Ahmed, homme d’Etat, portrait d’un artisan de l’histoire

Posté par Serge Bénard le 31 mai 2011

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Par Rabah Iguer

S’adressant à Kaïd Ahmed, à Si Slimane, comme l’appelaient tous les militants, l’auteur écrit d’emblée, dans son hommage posthume : «Aujourd’hui, j’ai décidé d’écrire pour(te) faire revivre aux bons souvenirs de nos militants, mais surtout pour instruire la jeunesse qui ne t’a pas connu, l’Homme que tu étais, à travers une restitution du passé que je voudrais ordonnée de parties fondées, sur la réalité, l’authenticité et la sincérité dans le propos, à la mesure de ta grandeur, pardon, de tes grands sentiments envers le peuple et la patrie…»Cela promet, se disait-on, avant de rentrer dans les profondeurs de plus de 500 pages, même si l’on sait que la valeur d’un ouvrage n’est pas dans son volume. Mais après avoir pris connaissance des principaux chapitres et lu attentivement les bonnes feuilles, nous sommes contraints de reconnaître cette particularité de la présente livraison de Kamel Bouchama, qui se situe dans l’authenticité et la pertinence des faits et des événements qui sont relatés dans l’ouvrage. Il est certain que ce travail est le produit qui couronne un temps appréciable d’études et de recherches autour de la personnalité de celui pour qui l’auteur avait une vive admiration et auquel il vouait un respect inimaginable. Pourquoi donc ce choix…, si l’on s’essaye à lui poser cette question ? «Parce que le personnage est un Homme qui fait partie de ceux qui ont écrit l’Histoire et parce que ce choix, celui de le revisiter dans cet ouvrage, découle de cette intrigue jamais révélée en notre pays, au sujet de ce compagnon de route, au sommet de l’Etat, qui a été méticuleusement occulté après sa mort, après avoir été combattu de la façon la plus vile», vous répondra-t-il avec autant d’assurance que de sincérité. Alors, Kamel Bouchama va dans cette franchise qui lui est connue et nous assène, comme il le fait dans ses nombreux écrits : «Nous savons tous que dans l’Histoire, il y a de belles choses, mais il y a aussi de moins belles… Il faut les dire. Il faut s’assumer.»

Un livre pour ouvrir un large débat sur l’histoire
Cet ouvrage va éclaircir des zones d’ombre et susciter beaucoup de commentaires. C’est aussi son but premier, qui vient au moment opportun, pour soulever un débat – un grand débat certainement – que nous souhaitons large, loyal, franc, serein et fructueux. C’est dire que cet ouvrage, qui ne fait pas office de tribunal, se veut un espace de réflexion dans un esprit de droiture et de Il appelle à un débat, dit l’auteur, que je souhaiterai fécond et profitable à la mémoire de Si Slimane et par extension à la mémoire collective si malmenée lorsqu’il s’agit d’établir ou rétablir l’histoire des Hommes qui ont été les pionniers dans la construction du pays, qui ont fait la grandeur de notre Révolution.». justice. Et Kaïd Ahmed mérite bien cela, lui qui a marqué son temps par de belles expressions, de judicieuses sentences, d’importants discours, de pertinentes explications et de réels débats. Restons dans les débats. N’encourageait-il pas «ces débats faits de critique objective et responsable et d’autocritique courageuse, ne s’attaquant pas à la dignité des hommes en tant que tels mais aux aspects négatifs de leurs activités, de leur gestion, de leurs conceptions inadéquates, de leurs mauvais rapports sur le plan humain…» ? C’est exactement ce qu’il exigeait des responsables du parti dans toutes ses interventions. l a même envoyé une directive dans ce sens à toutes les instances du FLN. Alors, Kamel Bouchama n’a pas présenté un plaidoyer, encore moins 
un brûlot pour accuser les uns et condamner les autres, il a écrit un ouvrage pour rétablir la vérité sur l’Homme. Il estime que cela est son droit, le plus absolu, en tant (que) militant du FLN, un vrai, qui a gravi les échelons de la responsabilité, palier par palier.

Lire la suite : http://www.latribune-online.com/culture/52713.html

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Le cousin djiboutien de Walter Benjamin

Posté par Serge Bénard le 31 mai 2011

Par Abdourahman Waberi

L’écrivain djiboutien Abdourahman Waberi aime flâner à Berlin, sur les pas de Walter Benjamin, un philosophe juif allemand avec lequel il se sent une grande affinité. Parenté culturelle bien plus forte que la différence des origines.

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Walter Benjamin, da morto, by bluinfaccia via Flickr CC

 

A vrai dire, je ne connaissais de l’Allemagne que bien peu de choses, avant de venir à Berlin, ce chantier perpétuel aux allures de vaste jardin public, à la queue de l’été dernier, pour toute une année. Comme souvent, un bouquet de clichés me tenait lieu de porte d’entrée ou de grille de lecture. Certes, j’y avais effectué de courts séjours, depuis une dizaine d’années, pour assister à des lectures et autres rencontres littéraires savamment orchestrées par les gens du milieu. J’en découvrais la valeur et la saveur pour la première fois en 1998, à l’occasion de la traduction de mon premier livre, un choix de nouvelles intitulé Die Legende von der Nomadensonne, publié par un jeune éditeur munichois devenu depuis un auteur à succès [1]. Plus récemment, je m’étais lié avec la très inventive équipe de la revue Lettre International qui m’a ouvert ses colonnes et invité par deux fois comme membre du jury international à l’occasion du Lettre Ulysses Award for the Art of Reportage en 2003 et 2004.

Faune jeune, errante et bobopunk

En prenant mes aises dans un grand appartement ensoleillé sur le versant cossu du quartier de Friedenau, j’ai eu la nette sensation de m’aventurer sur un terrain inconnu, impressionné par ce mélange d’ordre et de décontraction propres à la classe aisée, sûre de ses droits et assurée sur ses arrières. Un ami qui avait sondé mes interrogations me fit cette réflexion: «Tu verras, c’est un quartier calme. Il n’y a que des retraités et des veufs!». Je me suis demandé s’il me verrait mieux cherchant et trouvant mon rang et mon royaume au milieu de la faune jeune, errante et bobopunk de Prenzlauer Berg. Il n’en fit rien. Je suis bien là où je me dois d’être, dans le calme et l’anonymat de mon périmètre aux élégants immeubles.

Lire la suite : http://www.slateafrique.com/351/litterature-djibouti-berlin-walter-benjamin

 

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Tolstoï ou « La Mémoire du monde »

Posté par Serge Bénard le 31 mai 2011

 

28.05.2011, 22:13

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Photo: RIA Novosti




La bibliothèque privée de Léon Tolstoï mérite bien sa place au registre de « Mémoire du monde », programme de l’UNESCO de protection du patrimoine documentaire. Cette possibilité a été soulevée  à Manchester lors de la réunion du Comité consultatif international spécial qui a eu lieu du 22 au 25 mai.

La bibliothèque du grand écrivain russe fait partie des 80 œuvres qui constituent le patrimoine documentaire de l’humanité. Il s’agit des réalisations intellectuelles et spirituelles de l’humanité des traités de médecine chinoise ancienne au chef-d’œuvre cinématographique expressionniste de Fritz Lang  Metropolis.  La bibliothèque de Léon Tolstoï occupe une place à part dans ce registre d’une immense richesse intellectuelle. Pourquoi ?

Premièrement, c’est une des plus grandes bibliothèques d’écrivain au monde avec ses 22 000 volumes en 30 langues. Deuxièmement, sa composition caractérise à la fois son propriétaire et en dit long sur les réalisations intellectuelles et spirituelles de l’humanité dans son ensemble. Ces richesses inestimables sont conservées au musée-domaine de Tolstoï à Yasnaïa Polïana. « Les livres s’alignent sur les mêmes rayonnages que du vivant de l’écrivain », explique la collaboratrice du musée Galina Alexeeva.

Lire la suite :  http://french.ruvr.ru/2011/05/28/50923134.html

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Larry Kirshbaum, futur éditeur chez Amazon

Posté par Serge Bénard le 31 mai 2011

L’agent littéraire prendra ses nouvelles fonctions d’éditeur début juillet

Rédigé par Clémentine Baron, le lundi 30 mai 2011 à 16h21

Comme annoncé, c’est bien Larry Kirshbaum qui dirigera le nouveau bureau d’édition d’Amazon, à New York (notre actualitté).

L’ex patron du groupe Time-Warner Book qui s’est récemment recyclé en agent littéraire, est considéré comme une pointure dans son milieu. Il vient d’accepter le poste d’éditeur qu’Amazon lui proposait. 

Larry Kirshbaum, futur éditeur chez Amazon dans Edition numérique, éditon en ligne v-23926

Selon Jeff Belle, le vice- président du service livres d’Amazon, Kirshbaum sera chargé de mettre en place « quelque chose qui ressemble à de l’édition traditionnelle », avec « un accent particulier sur les textes de non-fiction mais aussi sur la fiction littéraire ». Il aura également la charge d’une équipe éditoriale au complet.

Gage de haute qualité des futures publications d’Amazon, Kirshbaum devrait entrer en fonction le 5 juillet. Son arrivée permet à Amazon de remporter une victoire de plus dans la guerre concurrentielle que le groupe mène contre les éditeurs.

Quant à l’agence littéraire de Larry Kirshbaum, elle devrait être léguée à la direction de Megan Thompson et Susanna Einstein. (via The Bookseller)

Source : http://www.actualitte.com/actualite/26390-kirshbaum-agent-litteraire-editeur-amazon.htm

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