Dans la peau de Jean Paulhan

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 Arton445Certains éditeurs se prendraient pour Paulhan, si on les encourageait à peine. Moi, j’ai fait mieux: pendant quelques heures je suis entré dans la peau de l’éminence grise de la N.R.F.!
Et comment donc? Oh, très simplement. A la demande de Gérard Mordillat, j’intervenais dans une scène clé de son film,
 En compagnie d’Antonin Artaud. Le grand sachem de la rue Sébastien-Bottin refusait le recueil de poèmes de Jacques Prevel. Celui-ci avait laissé un journal de ses relations avec le Mômo, d’où était tiré le scénario. Mon texte? Extrait de la trop fameuse lettre de refus, emberlificotée et hypocrite, qui chassait définitivement le pauvre bougre du paradis Gallimard.
Comment avais-je composé mon personnage? J’étais resté moi-même, sans maquillage ni perruque. Paulhan, je me souvenais de l’avoir vu dans un restaurant chinois, une vision difficile à oublier: un colosse à la voix de petite fille, le teint rouge, des yeux écarquillés, comme ceux d’une chouette. Il avait salué la femme avec qui je déjeunais, Claude Jan, une romancière tout à fait oubliée. Dans la rue, elle me confia à quel point elle avait souffert sous la férule de ce tyran.  «Il m’a vraiment découragée. Je n’ai plus osé écrire une seule ligne.»

ON A OUBLIE MICHEL MOHRT
Les fastes qui entourent le centenaire de la maison Gallimard, même s’ils nous agacent plutôt, ont le mérite de jeter une lumière crue sur les us et la perspicacité de ses employés. Après Artaud, refoulé par Jacques Rivière, d’autres poètes ont failli partager le sort de Prevel.
On peut, grâce à des notes de lecture, vérifier que ni Char ni Michaux n’ont été reçus avec tout l’encens qu’on s’accorde à leur adresser aujourd’hui. Et ils finirent par entrer dans la Pléiade! 
D’autres collaborateurs fidèles ont, du côté de la prose, failli connaître un effacement injuste. Je pense à François Erval, chargé de la littérature germanique, cofondateur, avec Nadeau, de La Quinzaine Littéraire. Un autre fantassin dévoué, Michel Mohrt, romancier breton et anglophile, a failli passer également aux oubliettes. J’ai appris en lisant le livre de Frédéric Vitoux sur Bernard Frank (Ed. Leo Scheer) que François Nourissier, chargé de rédiger l’album Un siècle NRF de la Pléiade, ne l’aimait pas. Il l’effaça complètement, en dépit de son rôle auprès de Claude Gallimard.
Mohrt vient de connaître une relative réparation de cet affront dans le Découverte/Gallimard, sobrement titré Gallimard, Un éditeur à l’oeuvre. Son auteur, Alban Cerisier, parle d’Evangile: il est «en charge de la conservation et de la mise en valeur des fonds patrimoniaux» (sic) des Editions. Justice est faite. Sur une photographie, Erval et Mohrt posent à côté de Claude G., en 1962.

Lire la suite : http://lettres.blogs.liberation.fr/sorin/2011/05/dans-la-peau-de-jean-paulhan.html

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