• Accueil
  • > Archives pour le Lundi 23 mai 2011

Istres (13) – Ivres de livres : la lecture dans tous ses états

Posté par Serge Bénard le 23 mai 2011

(mis en ligne le 23/05/11)

index.jpeg
Ce week-end (samedi 22 et dimanche 23 mai), la Ville a proposé aux enfants de la Ville de fêter le livre avec la 3e édition d’Ivres de livres

 

Pour inciter les enfants et jeunes générations à s’intéresser aux livres, la Ville a proposé pour la 3e année consécutive, “Ivres de livres”, une véritable fête du livre destinée aux enfants et aux ados.

Un succès retentissant souligné par l’ensemble des acteurs, puisque 68 classes de la Ville pour 1600 élèves ont participé à la fête.

Confection de cabanes de pain d’épices, de glace, de sable, en papier et cartons de récupération, autant de scènes reproduites tirées du livre “Graines de cabanes” et réalisées par les élèves de 9 classes de la Ville.

Ivres de livres c’est aussi un rallye organisé par la Ville à destination des enfants des classes de CM2 et de 6e des collèges. Un rallye sous forme de jeux de questions à propos d’ouvrages qu’ils ont lu en amont.

“Nous avons véritablement envie de continuer en nous approchant d’une manifestation plus grande, c’est un apport que nous voulons faire pour l’éducation de nos enfants” confiait François Bernardini, Maire d’Istres, samedi 22 mai, accompagné d’élus de la municipalité, à l’occasion de la remise des prix du rallye lecture au collège Alain Savary.

 

Source : http://www.istres.fr/index.php?id=230&no_cache=1&tx_ttnews%5Btt_news%5D=5265&tx_ttnews%5BbackPid%5D=122&cHash=a84d9e0638

Publié dans Fêtes du livre, marchés, brocantes, braderies, Promotion du livre et de la lecture, dons de livres | Commentaires fermés

Spécial flash 16 h 59 – Décès de Michel Prigent

Posté par Serge Bénard le 23 mai 2011

Le président du directoire des Presses Universitaires de France (PUF), Michel Prigent, est décédé jeudi 19 mai à Paris, à l’âge de 60 ans, ont annoncé ce lundi les PUF, premier éditeur universitaire de France.

Publié dans Disparitions, nécrologies, Edition, éditeurs | Commentaires fermés

Du risque à la catastrophe

Posté par Serge Bénard le 23 mai 2011

arton15063ebbd.jpg
Turner, « Shade and Darkness – the Evening of the Deluge » (wikipedia)

À propos d’un nouveau paradigme

par Florent Guénard & Philippe Simay [23-05-2011]

Domaine(s) : Philosophie
Dossier(s) : Le sens des catastrophes
Mots-clés : modernité | science | risque

L’omniprésence, au sein des sciences humaines et sociales, de la notion de catastrophe est l’indice que se construit un véritable paradigme qui entend se substituer à celui du risque sur lequel s’est construit le projet moderne. Selon un tel paradigme, l’homme, loin d’être maître de la nature et des transformations qu’il lui fait subir, s’avérerait faible, vulnérable, faillible. L’homme serait-il un « être pour la catastrophe » ?

On assiste depuis dix ans à la multiplication, en sciences humaines et sociales, des travaux traitant de la catastrophe. En attestent les nombreuses publications, en sociologie [1], en anthropologie [2], en histoire [3] ou en philosophie [4], pour lesquelles elle est un objet central. Certaines revues y ont consacré de substantiels dossiers (Esprit, 2008 ; Le Portique, 2008 ; Terrain, 2010) croisant les différents champs disciplinaires. On peut penser que l’augmentation du nombre de catastrophes ces dernières années (par exemple, le tsunami en 2004, l’ouragan Katrina en 2005, le séisme en Haïti en 2010, plus récemment le tsunami au Japon, mais aussi l’explosion de l’usine AZF en 2001 ou l’attaque terroriste contre les Twin Towers en 2002) explique très largement que celles-ci fassent l’objet d’une attention particulière, qu’il s’agisse de comprendre ce qu’elles impliquent ou plus spécifiquement d’envisager les manières de s’en prévenir. Pour juste qu’elle soit, une telle explication reste limitée. Elle ne permet pas de comprendre en effet que l’on soit devenu récemment plus sensible à des événements qui ont toujours existé, sous une forme ou sous une autre. Habermas, après d’autres, l’a largement souligné : le XXe siècle fut le siècle des catastrophes (Habermas, 1998). Et, plus encore, elle ne permet pas de mesurer que les différentes études des catastrophes tendent à constituer, par delà la diversité de leurs approches, un champ de recherche dont la nouveauté tient à la constitution d’une catégorie originale.


Si la notion de catastrophe est féconde, sa définition reste néanmoins complexe. D’abord, elle regroupe des événements qui peuvent sembler assez largement hétérogènes. Sont ainsi appelés catastrophes à la fois des cataclysmes dont l’origine est naturelle (ouragans, tsunamis, tremblements de terre etc.) et des tragédies produites par la volonté ou l’incapacité de l’homme (attentats terroristes, accidents).

Lire la suite  et télécharger ce(s) document(s) :: http://www.laviedesidees.fr/Du-risque-a-la-catastrophe.html

 

Publié dans Critiques, notes de lecture, feuilletons, analyses, présentations | Commentaires fermés

L’érudition au service de l’histoire

Posté par Serge Bénard le 23 mai 2011


lundi 23 mai 2011 – 10:00

Dictionnaire de paléographie française – Découvrir et comprendre les textes anciens (XVe-XVIIIe siècle)
Nicolas Buat, Évelyne Van den Neste
Éditeur : Belles Lettres
654 pages /
45 € sur
Résumé : Un ouvrage inédit dans sa forme, intelligemment conçu, qui rendra bien des services aux paléographes débutants
Rémi JIMENES

L’histoire érudite n’est plus à la mode. On lui préfère une histoire problématisée, une histoire à thèses, plus stimulante et de portée plus large que les travaux de pure érudition. L’étude des sources (archéologiques, numismatiques, archivistiques, codicologique) demeure pourtant la base de toute opération historique, et les cursus universitaires auraient tort de délaisser les sciences dites « auxiliaires » au prétexte de favoriser l’esprit de synthèse. En histoire, l’érudition ne suffit pas, mais elle est nécessaire.  On ne peut donc que se réjouir de découvrir le Dictionnaire de paléographie française de Nicolas Buat et Évelyne Van den Neste, propre à familiariser les jeunes historiens modernistes avec les documents d’archives.
L’ouvrage couvre une large période chronologique (XVe-XVIIIe siècles), mais les exemples proviennent pour l’essentiel de documents copiés entre 1550 et 1650. Les auteurs qualifient cette période de « siècle d’or » de la paléographie.

Lire la suite : http://www.nonfiction.fr/article-4657-lerudition_au_service_de_lhistoire.htm

Publié dans Critiques, notes de lecture, feuilletons, analyses, présentations | Commentaires fermés

Lu pour vous – Promenades Mentales de Jamila Ben Mustapha

Posté par Serge Bénard le 23 mai 2011


La Presse | Publié le 23.05.2011

1306151631max.jpg
A la croisée de la philosophie et de l’observation quotidienne Voici un nouvel arrivé dans la littérature tunisienne d’expression française, un genre nouveau, dont Jamila Ben Mustapha nous a donné la primeur. Philosophe et femme de lettres de par sa formation, elle a fait se rejoindre le traité de morale à l’œuvre littéraire, avec une attention au «grain du texte» qui charme, qui représente, qui pousse à l’imagination.

Ce livre est autant à toi qu’à moi, laisse entendre le message. Car l’œuvre est novatrice en plus d’un sens. D’abord, en présentant un «moi» qui n’est ni un modèle ni l’objet d’une histoire. C’est bien une œuvre qu’elle écrit, où elle analyse les mœurs et coutumes de son temps et de son pays. Elle ne cherche ni à expliquer les théories du siècle, ni à adapter la démarche didactique des traités de psychologie sociale ou des sciences du comportement. Nous retrouvons dans Promenades mentales cette même modestie à la Montaigne, personnelle et multiple, où elle nous parle «de brassages, d’interprétation d’idées se nourrissant perpétuellement les unes des autres». Mais elle continue en affirmant que, dans tous les cas, «il faut avoir l’humilité …en passant à la pratique, d’assurer de visu et de façon tangible l’imperfection». Qualité rare et précieuse, la modestie de Mme Ben Mustapha s’insère, sans le vouloir, dans le parcours de l’humain.

Lire la suite : http://www.jetsetmagazine.net/culture/revue,presse/livres–promenades-mentales-de-jamila-ben-mustapha.21.10754.html

Publié dans Lu pour vous | Commentaires fermés

Lire et relire – Stefan Zweig, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme

Posté par Serge Bénard le 23 mai 2011


Traduit de l’allemand par Olivier Bournac et Alzir Hella
La Bibliothèque électronique du Québec
Collection Classiques du 20e siècle Volume 90 : version 1.0

 

Introduction

Au début de 1942, la radio de Paris nous annonçait    que    « l’écrivain    juif    Stefan    Zweig venait de se donner la mort au Brésil » – nouvelle reproduite le lendemain en trois lignes par les journaux nazis de la capitale. Et ce fut ensuite le silence complet sur ce grand et noble écrivain qui avait acquis en France une renommée égale à celle de nos meilleurs auteurs.
Stefan Zweig était né à Vienne, où il fit ses études, le 28 novembre 1881. À vingt-trois ans, il était reçu docteur en philosophie et obtenait le prix de poésie Bauernfeld, une des plus hautes distinctions littéraires de son pays. Il avait alors publié une plaquette de vers et une traduction des meilleures    poésies    de    V erlaine,    écrit    des nouvelles et une pièce de théâtre. Mais il jugeait « que la littérature n’était pas la vie », qu’elle n’était « qu’un moyen d’exaltation de la vie, un moyen d’en saisir le drame d’une façon plus claire et plus intelligible ». Son ambition était de voyager, « de donner à son existence l’amplitude, la plénitude, la force et la connaissance, aussi de la lier à l’essentiel et à la profondeur des choses ». En 1904, il était à Paris, où il séjourna à plusieurs reprises et où il se lia avec les écrivains de l’Abbaye, Jules Romains en particulier, avec qui, plus tard, il devait donner la magnifique adaptation du Volpone que des dizaines de milliers de Parisiens eurent la joie de voir jouer à l’Atelier et dont le succès n’est pas encore épuisé aujourd’hui. Il rendit ensuite visite, dans sa modeste demeure du Caillou-qui-Bique, en Belgique, à Émile Verhæren, dont il devint le traducteur et le biographe. Il vécut à Rome, à Florence, où il connut Ellen Key, la célèbre authoress suédoise, en Provence, en Espagne, en Afrique. Il visita l’Angleterre, parcourut les États-Unis, le Canada, le Mexique. Il passa un an aux Indes. Ce qui ne l’empêchait pas de poursuivre ses travaux littéraires, sans effort, pourrait-on penser, puisqu’il dit quelque part: « Malgré la meilleure volonté, je ne me rappelle pas avoir travaillé durant cette période. Mais cela est contredit par les faits, car j’ai écrit plusieurs livres, des pièces de théâtre qui ont été jouées sur presque toutes les scènes d’Allemagne et aussi à l’étranger… »Les multiples voyages de Zweig devaient forcément développer en lui l’amour que dès son adolescence il ressentait pour les lettres étrangères et surtout pour les lettres françaises. Cet amour, qui se transforma par la suite en un véritable culte, il le manifesta par des traductions remarquables de Baudelaire, Verlaine, Rimbaud, de son ami Verhæren, dont il fit connaître en Europe centrale les vers puissants et les pièces de théâtre, de Suarès, de Romain Rolland, sur qui il fut un des premiers, sinon le premier, à attirer l’attention des pays de langue allemande et qui eut sur lui une influence morale considérable.
Ardent pacifiste, type du véritable Européen – ce vocable qui devait servir les appétits les plus monstrueux, cacher les crimes les plus effroyables – Zweig avait été profondément ulcéré par la guerre de 14-18. En 1919, il se retirait    à    Salzbourg,    la    ville-musée    « dont certaines des rues, dit Hermann Bahr – connaisseur et admirateur, lui aussi, des lettres françaises – vous rappellent Padoue, cependant que d’autres vous transportent à Hildesheim ». C’est à Salzbourg, l’ancienne résidence des princes archevêques, où naquit Mozart, qu’il nous envoyait ses messages appelés à faire le tour du monde, ces œuvres si vivantes, si riches d’émotions et de passion et qui ont nom, entre autres, Vingt-quatre heures de la vie d’une femme, – dont Gorki a pu dire qu’il lui semblait n’avoir rien lu d’aussi profond, – Amok, La Confusion des Sentiments, La Peur…En moins de dix ans, Zweig, qui naguère n’avait considéré le travail «que comme un simple rayon de la vie, comme quelque chose de secondaire », publiait une dizaine de nouvelles – la nouvelle allemande a souvent l’importance d’un de nos romans – autant d’essais écrits en une langue puissante sur Dostoïewski, Tolstoï,7Nietzsche, Freud, dont il était l’intime, Stendhal, Marceline    Desbordes-V almore,    etc.,    qui témoignent de la plus vaste des cultures et permettent d’affirmer que tous ont trouvé en lui un biographe à leur mesure. Puis, suivit la série de ses écrits historiques, où il acquit d’emblée avec son Fouché l’autorité que l’on confère aux maîtres.*
Hélas ! Hitler et ses nazis s’étaient emparés du pouvoir en Allemagne, les violences contre les réfractaires s’y multipliaient. Bientôt l’Autriche, déjà à demi nazifiée, serait envahie. Zweig part pour l’Angleterre et s’installe à Bath, dans le Somerset. Mais depuis l’abandon de la souriante demeure salzbourgeoise, son âme inquiète ne lui laissait pas de repos. Il parcourt de nouveau l’Amérique du Nord, se rend au Brésil, revient en Angleterre, fait de courts séjours en Autriche, où les nazis tourmentent sa mère qui se meurt, en France… Et la guerre éclate. Je l’entends encore au début de 40, à l’hôtel Louvois, quand nous préparions la conférence sur sa Vienne tant aimée qu’il donna à Marigny, me dire avec angoisse – lui qui ne voulait pas ignorer les plans d’Hitler, les    préparatifs    de    toute    l’Allemagne :    « Vous serez battus. » Et quand les événements semblent lui donner raison, c’en est fait totalement de sa tranquillité. Il voit répandues sur l’Europe les ténèbres épaisses qu’il appréhendait tant. Il quitte définitivement sa maison de Bath et gagne les États-Unis où il avait pensé se fixer. Mais l’inquiétude morale qui le ronge a sapé en lui toute stabilité. Le 15 août 1941, il s’embarque pour le Brésil et s’établit à Pétropolis où il espérait encore trouver la paix de l’esprit. En vain. L’auteur d’Érasme, qui ressemblait par tant de côtés à l’humaniste hollandais, n’est du reste pas un lutteur. Le 22 février 1942, il rédige le message d’adieu ci-dessous :« Avant de quitter la vie de ma propre volonté et avec ma lucidité, j’éprouve le besoin de remplir un dernier devoir : adresser de profonds remerciements au Brésil, ce merveilleux pays qui m’a procuré, ainsi qu’à mon travail, un repos si amical et si hospitalier. De jour en jour, j’ai appris à l’aimer davantage et nulle part ailleurs je n’aurais préféré édifier une nouvelle existence, maintenant que le monde de mon langage a disparu pour moi et que ma patrie spirituelle, l’Europe, s’est détruite elle-même.« Mais à soixante ans passés il faudrait avoir des forces particulières pour recommencer sa vie de fond en comble. Et les miennes sont épuisées par les longues années d’errance. Aussi, je pense qu’il vaut mieux mettre fin à temps, et la tête haute, à une existence où le travail intellectuel a toujours été la joie la plus pure et la liberté individuelle le bien suprême de ce monde.
« Je salue tous mes amis. Puissent-ils voir encore l’aurore après la longue nuit ! Moi je suis trop impatient, je pars avant eux. »
Le lendemain, Stefan Zweig n’était plus. Pour se soustraire à la vie, il avait recouru au gaz, suicide sans brutalité qui répondait parfaitement à sa nature. Sa femme l’avait suivi dans la mort.A. H.

Vingt-quatre heures de la vie d’une femme

Dans la petite pension de la Riviera où je me trouvais alors (dix ans avant la guerre1), avait éclaté à notre table une violente discussion qui brusquement menaça de tourner en altercation furieuse et fut même accompagnée de paroles haineuses et injurieuses. La plupart des gens n’ont qu’une imagination émoussée. Ce qui ne les touche pas directement, en leur enfonçant comme un coin aigu en plein cerveau, n’arrive guère à les émouvoir ; mais si devant leurs yeux, à portée immédiate de leur sensibilité, se produit quelque chose, même de peu d’importance, aussitôt bouillonne en eux une passion démesurée. Alors ils compensent, dans une certaine mesure, leur indifférence coutumière par une véhémence déplacée et exagérée.
Ainsi en fut-il cette fois-là dans notre société de commensaux tout à fait bourgeois, qui d’habitude se livraient paisiblement à de small talks1 et à de petites plaisanteries sans profondeur, et qui le plus souvent, aussitôt après le repas, se dispersaient : le couple conjugal des Allemands pour excursionner et faire de la photo, le Danois rondelet pour pratiquer l’art monotone de la pêche, la dame anglaise distinguée pour retourner à ses livres, les époux italiens pour faire des escapades à Monte-Carlo, et moi pour paresser sur une chaise du jardin ou pour travailler. Mais cette fois-ci, nous restâmes tous accrochés les uns aux autres dans cette discussion acharnée; et si l’un de nous se levait brusquement, ce n’était pas comme d’habitude pour prendre poliment congé, mais dans un accès de brûlante irritation qui, comme je l’ai déjà indiqué, revêtait des formes presque furieuses.Il est vrai que l’événement qui avait excité à1 On trouve particulièrement dans ce récit, et en accord avec le milieu cosmopolite qui y est évoqué, de nombreux termes anglais, mais aussi français, ces derniers concernant notamment le jeu ou la « galanterie ». Du reste, le français semble être la langue principale entre les personnages. tel point notre petite société était assez singulier. La pension dans laquelle nous habitions tous les sept, se présentait bien de l’extérieur sous l’aspect d’une villa séparée (ah ! comme était merveilleuse la vue qu’on avait des fenêtres sur le littoral festonné de rochers), mais en réalité, ce n’était qu’une dépendance, moins chère, du grand Palace Hôtel et directement reliée avec lui par le jardin, de sorte que nous, les pensionnaires d’à côté, nous vivions malgré tout en relations continuelles avec les clients du Palace. Or, la veille, cet hôtel avait eu à enregistrer un parfait scandale.En effet, au train de midi, exactement de midi vingt (je dois indiquer l’heure avec précision parce que c’est important, aussi bien pour cet épisode que pour le sujet de notre conversation si animée), un jeune Français était arrivé et avait loué une chambre donnant sur la mer : cela seul annonçait déjà une certaine aisance pécuniaire. Il se faisait agréablement remarquer, non seulement par son élégance discrète, mais surtout par sa beauté très grande et tout à fait sympathique : au milieu d’un visage étroit de jeune fille, une moustache blonde et soyeuse caressait ses lèvres, d’une chaude sensualité ; au-dessus de son front très blanc bouclaient des cheveux bruns et ondulés ; chaque regard de ses yeux doux était une caresse ; tout dans sa personne était tendre, flatteur, aimable, sans cependant rien d’artificiel ni de maniéré. De loin, à vrai dire, il rappelait d’abord un peu ces figures de cire de couleur rose et à la pose recherchée qui, une élégante canne à la main, dans les vitrines des grands magasins de mode, incarnent l’idéal de la beauté masculine. Mais dès qu’on le regardait de plus près, toute impression de fatuité disparaissait, car ici (fait si rare !) l’amabilité était chose naturelle et faisait corps avec l’individu. Quand il passait, il saluait tout le monde d’une façon à la fois modeste et cordiale, et c’était un vrai plaisir de voir comment à chaque occasion sa grâce toujours prête se manifestait en toute liberté.Si une dame se rendait au vestiaire, il s’empressait d’aller lui chercher son manteau ; il avait pour chaque enfant un regard amical ou un mot de plaisanterie ; il était à la fois sociable et discret; bref, il paraissait un de ces êtres privilégiés, à qui le sentiment d’être agréable aux autres par un visage souriant et un charme juvénile donne une grâce nouvelle. Sa présence était comme un bienfait pour les hôtes du Palace, la plupart âgés et de santé précaire ; et grâce à une démarche triomphante de jeunesse, à une allure vive et alerte, à cette fraîcheur qu’un naturel charmant donne si superbement à certains hommes, il avait conquis sans résistance la sympathie de tous. Deux heures après son arrivée, il jouait déjà au tennis avec les deux filles du gros et cossu industriel lyonnais, Annette, âgée de douze ans, et Blanche qui en avait treize ; et leur mère, la fine, délicate et très réservée Mme Henriette, regardait en souriant doucement, avec quelle coquetterie inconsciente les deux fillettes toutes novices flirtaient avec le jeune étranger. Le soir, il nous regarda pendant une heure jouer aux échecs, en nous racontant entre- temps quelques gentilles anecdotes, sans nous déranger du tout; il se promena à plusieurs reprises, assez longtemps, sur la terrasse avec Mme Henriette, dont le mari comme toujours jouait aux dominos avec un ami d’affaires ; très tard encore, je le trouvai en conversation suspecte d’intimité avec la secrétaire de l’hôtel, dans l’ombre du bureau.Le lendemain matin, il accompagna à la pêche mon partenaire danois, montrant en cette matière des connaissances étonnantes; ensuite, il s’entretint longuement de politique avec le fabricant de Lyon, ce en quoi également il se révéla un causeur agréable, car on entendait le large rire du gros homme couvrir le bruit de la mer. Après le déjeuner (il est absolument nécessaire pour l’intelligence de la situation que je rapporte avec exactitude toutes ces phases de son emploi du temps), il passa encore une heure avec Mme Henriette, à prendre le café tous deux seuls dans le jardin ; il rejoua au tennis avec ses filles et conversa dans le hall avec les époux allemands. À six heures, en allant poster une lettre, je le trouvai à la gare. Il vint au-devant de moi avec empressement et me raconta qu’il était obligé de s’excuser, car on l’avait subitement rappelé, mais qu’il reviendrait dans deux jours.Effectivement, le soir, il ne se trouvait pas dans la salle à manger, mais c’était simplement sa personne qui manquait, car à toutes les tables on parlait uniquement de lui et l’on vantait son caractère agréable et gai.Pendant la nuit, il pouvait être onze heures, j’étais assis dans ma chambre en train de finir la lecture d’un livre, lorsque j’entendis tout à coup par la fenêtre ouverte, des cris et des appels inquiets dans le jardin, qui témoignaient d’une agitation certaine dans l’hôtel d’à côté. Plutôt par inquiétude que par curiosité, je descendis aussitôt, et en cinquante pas je m’y rendis, pour trouver les clients et le personnel dans un état de grand trouble et d’émotion. Mme Henriette, dont le mari, avec sa ponctualité coutumière, jouait aux dominos avec son ami de Namur, n’était pas rentrée de la promenade qu’elle faisait tous les soirs sur le front de mer, et l’on craignait un accident. Comme un taureau, cet homme corpulent, d’habitude si pesant, se précipitait continuellement vers le littoral, et quand sa voix altérée par l’émotion criait dans la nuit: « Henriette ! Henriette ! », ce son avait quelque chose d’aussi terrifiant et de primitif que le cri d’une bête gigantesque, frappée à mort. Les serveurs et les boys se démenaient, montant et descendant les escaliers; on réveilla tous les clients et l’on téléphona à la gendarmerie. Mais au milieu de ce tumulte, le gros homme, son gilet déboutonné, titubait et marchait pesamment en sanglotant et en criant sans cesse dans la nuit, d’une manière tout à fait insensée, un seul nom : « Henriette ! Henriette ! » Sur ces entrefaites, les enfants s’étaient réveillées là-haut et en chemises de nuit elles appelaient leur mère par la fenêtre ; alors le père courut à elles pour les tranquilliser.Puis se passa quelque chose de si effrayant qu’il est à peine possible de le raconter, parce que la nature violemment tendue, dans les moments de crise exceptionnelle, donne souvent à l’attitude de l’homme une expression tellement tragique que ni l’image, ni la parole ne peuvent la reproduire avec cette puissance de la foudre qui est en elle. Soudain, le lourd et gros bonhomme descendit les marches de l’escalier en les faisant grincer, et avec un visage tout changé, plein de lassitude et pourtant féroce ; il tenait une lettre à la main: «Rappelez tout le monde!» dit-il d’une voix tout juste intelligible au chef du personnel.    « Rappelez    tout    le    monde ;    c’est inutile, ma femme m’a abandonné. »Il y avait de la tenue dans cet homme frappé à mort, une tenue faite de tension surhumaine devant tous ces gens qui l’entouraient, qui se pressaient curieusement autour de lui pour le regarder et qui, brusquement, s’écartèrent pleins de confusion, de honte et d’effroi. Il lui resta juste assez de force pour passer devant nous en chancelant, sans regarder personne, et pour éteindre la lumière dans le salon de lecture ; puis on entendit son corps lourd et massif s’écrouler d’un seul coup dans un fauteuil, et l’on perçut un sanglot sauvage et animal, comme seul peut en avoir un homme qui n’a encore jamais pleuré. Cette douleur élémentaire agit sur chacun de nous, même le moins sensible, avec une violence stupéfiante. Aucun des garçons de l’hôtel, aucun des clients venus là par curiosité n’osait risquer un sourire, ou même un mot de commisération. Muets, l’un après l’autre, comme ayant honte de cette foudroyante explosion du sentiment, nous regagnâmes doucement nos chambres, et tout seul dans la pièce obscure où il était, ce morceau d’humanité écrasée palpitait et sanglotait, archi- seul avec lui-même dans la maison où lentement s’éteignaient les lumières, où il n’y avait plus que des murmures, des chuchotements, des bruits faibles et mourants.

Lire la suite : http://beq.ebooksgratuits.com/classiques/Zweig-femme.pdf

Publié dans Lire et relire | Commentaires fermés

Lecture : Alexandre Vialatte

Posté par Serge Bénard le 23 mai 2011

Samedi 28 Mai à 16h le comédien Hugues Quester lira des extraits de la correspondance d’Alexandre Vialatte à la librairie Les Temps modernes à Orléans (45). Alexandre Vialatte (1901-1971) fût un écrivain touche à tout. A la fois journaliste, chroniqueur (auteur de centaines de chroniques dans le journal « La Montagne », rééditées en 2 volumes chez Bouquins/Laffont), il fût aussi traducteur, des romans de Franz Kafka notamment, mais aussi de Thomas Mann, Brecht, Goethe… Il fût écrivain lui-même: ses héros, comme Battling le ténébreux sont des adolescents qui n’arrivent jamais indemnes à l’âge adulte.

2011 est donc l’année Vialatte – avec un prix littéraire, d’abord: Olivia Rosenthal, auteur de Que font les Rennes après Noël (Editions Verticales Verticales) en est la première récipiendaire. Avec aussi des manifestations dans toute la France, pour élargir encore le cercle des fervents lecteurs de cet auteur inclassable, érudit et fantaisiste, digressif et imparablement logique.

Lecture : Alexandre Vialatte dans Anniversaires, fêtes, commémorations vialatte2

Source : http://newsbook.fr/?p=354

Publié dans Anniversaires, fêtes, commémorations, Auteurs, écrivains, polygraphes, nègres, etc., Classiques et/ou rééditions, Lectures publiques, promenades et tourisme littéraires, théâtre, Traductions, traducteurs | 1 Commentaire »

Grands prix de printemps de la SGDL 2011

Posté par Serge Bénard le 23 mai 2011

La Société des Gens de Lettres a décerné ses Grands Prix de Printemps 2011, qui seront remis à l’Hôtel de Massa le mardi 14 juin.

Grand Prix de Littérature

Grand prix de Poésie

Grand Prix du Roman

Commandez ce livre

Commandez ce livre

Commandez ce livre

Serge Doubrovsky
Un homme de passage
Grasset

Max Pons 
Vers le Silence, itinéraire poétique
 
La Barbacane

Marvin Victor
Corps mêlés
Gallimard




 

Grand Prix de la Nouvelle

Grand Prix de l’Essai

Grand Prix du Livre Jeunesse

Commandez ce livre

Commandez ce livre

Commandez ce livre

Hubert Mingarelli
La lettre de Buenos Aires
Buchet-Chastel

Denis Cosnard
Dans la peau de Patrick Modiano
Fayard

Yveline Féray, Anne Romby
L’oiseau magique
Picquier Jeunesse




 

Prix Paul Féval de Littérature Populaire

Prix de Poésie Charles Vildrac

Prix Baudelaire de traduction

Commandez ce livre

Commandez ce livre

Commandez ce livre

Hubert de Maximy
Le destin d’Honorine
Presses de la Cité

Claude Beausoleil
Black Billie
Le Castor Astral

Cécile Arnaud (trad.) Andrea Levy
Une si longue histoire
La Table Ronde




 

Prix de Traduction Gérard de Nerval

Fiction
Radiophonique

Commandez ce livre

Mireille Gansel (trad.), Reiner Kunze
Un jour sur cette terre
Cheyne

Laure-Hélène Planchet et
François Teste
Lettres mortes
Sur les docks

France Culture


Membres du jury (présidé par Georges-Olivier Châteaureynaud) : Alain Absire, Daniel Arsand, Christiane Baroche, Jean Blot, Jean Claude Bologne, Catherine Borgella, Patrick Bureau, Noëlle Châtelet, Sylvestre Clancier, François Coupry, Roger Dadoun, Pierrette Fleutiaux, Pascale Gautier, Françoise Gerbaulet, Christine Goémé, Françoise Henry, Hervé Hamon, Dominique Le Brun.

Source : Communiqué de Presse


Le blog des prix littéraires. Un blog de Prix-litteraires.net.Grands prix de printemps de la SGDL 2011 dans Prix, récompenses, palmarès, célébrations, hommages, mé


Publié dans Prix, récompenses, palmarès, célébrations, hommages, mé | Commentaires fermés

Livre audio – Le Décaméron (Première Nouvelle), Jean Boccace

Posté par Serge Bénard le 23 mai 2011

Donneur de voix : René Depasse | Durée : 35min | Genre : Nouvelles

Boccace

Giovanni Boccaccio (1313-1375), est généralement admis comme le créateur de la prose italienne, comme Dante celui de la poésie. Durant la peste qui frappe la ville de Florence en 1348 et dont l’auteur a été témoin, trois jeunes hommes et sept jeunes femmes se réunissent à l’église Santa Maria Novella et prennent la décision de s’isoler dans une villa lointaine pour échapper à la peste. Dans ce lieu, les jeunes gens se racontent pendant dix jours des histoires les uns aux autres. Le titre Décaméron vient donc de ces dix journées de contes. Au total, l’œuvre se compose de cent récits de longueur inégale dont voici le premier : Le Pervers évoqué comme un saint.

Le pervers, « Ce Chappelet était un si galant homme, qu’étant notaire de sa profession, et notaire peu employé, il aurait été très-fâché qu’aucun acte eût passé par ses mains, sans être jugé faux. Il en eût fait plus volontiers de pareils pour rien, que de valides pour un gros salaire. Avait-on besoin d’un faux témoin, il était toujours prêt ; souvent même n’attendait-il pas qu’on l’en priât.
Comme on était alors en France fort religieux pour les serments et que cet homme ne se faisait aucun scrupule de se parjurer, il gagnait toujours son procès, quand le juge était obligé de s’en rapporter à sa bonne foi. »

Traduction : Antoine Sabatier de Castres (1742-1817).

Le Pervers évoqué comme un saint.

> Télécharger le mp3 (Clic-droit, « Enregistrer sous… »)

> Consulter la version texte de ce livre audio.

Fenêtre externe

Source audio originale (Boccace_-_Le_pervers_evoque_comme_un_saint.mp3)

 

Source : http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/boccace-jean-le-decameron-premiere-nouvelle.html?utm_source=feedburner&utm_medium=feed&utm_campaign=Feed%3A+litteratureaudio+%28Litterature+audio.com+-+Livres+audio+gratuits%29


Publié dans Audiolecture, livre audio | 1 Commentaire »

Un aller simple pour la lecture

Posté par Serge Bénard le 23 mai 2011

 

Mis à jour 23-05-2011 08:56

Un tiers des Français n'ouvre jamais de livre...

Un tiers des Français n’ouvre jamais de livre… Photo : Sipa

 

La manifestation A vous de lire entend réconcilier une partie des Français avec les livres. Une initiative ludique et itinérante.

Si le secteur de l’édition se porte plutôt bien, boosté par l’édition jeunesse et les régimes alimentaires, l’intérêt des Français pour la lecture vacille lentement depuis une trentaine d’années. D’après une étude TNS Sofres réalisée en 2009, les deux tiers de nos concitoyens ouvrent au moins un livre chaque année, ils ne sont que 35 % à en dévorer plus de cinq par an, contre 42 % en 1981. D’où l’idée, lancée l’an dernier par Frédéric Mitterrand, d’une grande fête nationale du livre intitulée A vous de lire, qui se déroule cette année du 26 au 29 mai dans toute la France.

Au cœur du millier de manifestations organisées cette année, le train A vous de lire ! Littératour sillonnera la France et proposera une exposition itinérante qui raconte “l’histoire du livre, des tablettes d’argile aux tablettes numériques”, explique Xavier Froment, coordinateur général de la manifestation.

Ce convoi pas comme les autres partira de la Gare du Nord, à Paris, ce mercredi, et fera escale à Lyon, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Lille ou encore Nantes jusqu’au 7 juin prochain.

A chaque étape, les organisateurs ont fait appel aux différents acteurs du livre, “les libraires, les bibliothécaires, mais aussi des écrivains et des artistes, afin de désacraliser l’objet”, poursuit Xavier Froment.

Des animations sont ainsi prévues dans les écoles, les hôpitaux, les places de village et même les prisons autour du thème de l’année, la correspondance. A l’instar de la Fête de la musique, A vous de lire inspire déjà à l’étranger puisque des manifestations sont prévues en Italie, à Madagascar, en Centre-afrique, en Uruguay et en République dominicaine.

Plus d’infos sur www.avousdelire.fr

Source : http://www.metrofrance.com/culture/un-aller-simple-pour-la-lecture/pkev!kNakPF0f0P10Bh1THSJ1Ig/


 


 

Publié dans Fêtes du livre, marchés, brocantes, braderies | 1 Commentaire »

123456
 

Tranche de vie |
Maudy les bons tuyaux |
The Celebration of Thanksgi... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | www.tofik.com
| MANGA
| agbar