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Lu pour vous – L’Olympe des infortunes, de Yasmina Khadra

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Mohammed Yefsah

L’éloge de la rédemption et de l’effort…

C’est l’histoire de marginaux vivants dans un terrain vague, décharge publique à la périphérie d’une ville et près de la mer. « Telle une patrie, le terrain vague hérissé de carcasses de voitures, de monceaux de gravats et de ferraille tordue » (p.17), est le lieu où l’on croise des personnages, drôles et attachants, oubliés des Hommes et des Dieux. Et eux aussi, ils fuient comme la peste la société moderne qui a écrasé son humanité. Dans ce roman, Yasmina Khadra (de son vrai nom Mohamed Moulessehoul) célèbre la nature, plus exactement la mer, seuil du paradis et de l’enfer de ces marginaux. Elle devient ainsi la symbolique de leurs tensions ou de leurs délivrances temporaires. « Une vague plus grosse que les précédentes arrive de très loin, dans un roulement mécanique spectaculaire, domine le large au point de cacher l’horizon et se met à déferler lourdement sur le rivage. On dirait une interminable muraille mouvante déterminée à raser tout sur son passage. Elle monte, monte, engrossée de fiel et de vertige. Soudain, elle se dégonfle à quelques brasses de cirque et s’affaisse lamentablement, semblable à la montagne accouchant d’une souris » (p.52). Les personnages se tournent vers la mer, ses fracs et ses écumes, afin d’oublier les citadins et la société moderne. Cet Olympe construit ainsi la marginalité spatiale, mentale et idéologique, d’où ressort la vision de l’auteur sur ce sujet.

La périphérie à l’image du centre

Le récit se focalise notamment autour de deux personnages, Ach le borgne, poète et musicien et son protégé Junior le Simplet. Il est aussi traversé par d’autres personnages pour qui la ville est l’enfer où il ne faut surtout pas mettre les pieds. Une partie des personnages fonctionne en couple, les fréres Zouj, Ach et Junior, le Pacha et Pipo, Mimosa et Mama et les autres évoluent à côté de ces derniers, à savoir Einstein, Dib, Bliss, Aït Cétéré, Négus. A travers ces personnages se dégagent les rapports de dominés-dominants, qui dessinent les hiérarchies établies et les groupes, les amitiés et les rivalités, les folies et les solidarités, les fantasmes et les déceptions. Afin d’amplifier le caractère et le rôle de chacun dans la mécanique de ce récit, l’auteur a choisi de leur donner des patronymes à forte connotation extratextuelle(1), historique et/ou religieuse. Le portrait et le caractère de chacun est dépeint avec tendresse et avec un humour qui frôle le grotesque. Ces marginaux ne cessent de chanter leur hymne d’hommes libres, loin des contraintes de la ville et de ses lois. Ce qui ne les empêche pas de reproduire les tares de la société qu’ils dénoncent et fuient. « En vérité, Négus n’a pas renoncé à ses ambitions de dictateur. Depuis qu’il trouvé ce maudit casque rouillé sur la plage, il a renoué avec ses fantasmes et passe le plus clair de son temps à former des bataillons imaginaires et à leur botter le cul dans la pestilence hallucinatoire des décharges publiques. Il avait même élevé un chiot au rang de caporal avant de le limoger pour insubordination caractérisée » (p.33) insiste le narrateur. Et bien d’autres personnages ont la volonté de puissance, comme les patronymes choisis l’indiquent. Ils ont aussi un passé, sur lequel l’auteur ne s’étale pas, qui montre leur « capital culturel », si l’on reprend le concept de Pierre Bourdieu. On trouve ainsi plusieurs figures de classes dans cet univers: le scientifique à sa manière, qui n’est autre qu’Einstein, un « alchimiste forcené… (qui) a tué un tas de chiens errants avec les breuvages de sa fabrication » (p.55), le philosophe, poète et musicien, Ach, et les autres : le prêcheur, le meneur, le caïd, le fort, le puissant (physiquement ou mentalement). On a l’esprit et le corps de la société individualiste, dans laquelle sont ancrés la rivalité, la concurrence, et le consensus, notamment en temps de paix sociale. Cet univers de la marginalité, complètement coupé de la ville, est finalement à l’image la société. Et si l’auteur reproduisait les catégories de la société qu’il a voulu dénoncer, c’est-à-dire le système de la mondialisation, tel qu’il l’a déclaré à maintes reprises (voir ses entretiens sur son site personnel) ?

Lire la suite : http://www.babelmed.net/Pais/Méditerranée/Littérature/lolympe_des.php?c=6601&m=319&l=fr

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