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Dossier spécial – Littérature islandaise (II)

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Régis Boyer

Pendant 30 ans et jusqu’en 2001, Régis Boyer fut professeur de langues, littératures et civilisation scandinaves à la Sorbonne. Il est aussi traducteur du norvégien, du suédois, de l’islandais et du danois en français, et nous lui devons la publication des sagas dans la Bibliothèque de la Pléiade, déjà rééditées cinq fois. Il a enfin écrit de nombreux essais et documents d’histoire sur les traditions nordiques et les vikings.

Nabbu: Régis Boyer, Bonjour. Nous faisons aujourd’hui appel à vous parce que Le Salon du Livre de Paris a cette année pour invités d’honneur LES PAYS SCANDINAVES. D’après vous, est-ce que ce terme fait sens ?

Régis Boyer: Sans aucun doute. Ce sont des littératures originales, qui font partie de notre patrimoine, qui se sont illustrées par de grands écrivains, que malheureusement nous ne lisons pas, ou guère, mais qui doivent être divulguées.

A l’intérieur même de cette appellation, quelles seraient les particularités et les points communs propres à ces différents pays ?

L’Islande est le pays le plus cultivé d’Europe : un pays où il n’existe aucun analphabétisme. Un pays qui bat les records de publication de livres, journaux et revues, et de fréquentation des bibliothèques. Il s’agit du pays le plus lettré du monde !
Prenez cette anecdote : une fois, avec ma femme – ce devait être en 62 – nous prenons l’auto et décidons d’aller nous promener. Ma femme me dit qu’il faut acheter des œufs. Un dimanche après-midi, ce n’est jamais  gagné… Soudain, j’aperçois une maison avec une fenêtre ouverte – c’était en plein été – , et un type dont la tête dépasse. Nous décidons d’essayer cette ferme. Je m’approche, je salue donc cet homme et lui demande s’il vend des œufs.Il me répond : « Oui, mais laissez-moi d’abord finir mon chapitre !»
Il ne faut jamais oublier que l’Islande est une espèce de nucleus, de modèle, de point directeur pour les autres. Les suédois ont subi d’autres influences, ils sont plus orientaux. Les danois vivent en symbiose avec les allemands, puisqu’ils sont frontaliers. Les norvégiens seraient les plus proches des islandais, parce que la majorité de la population islandaise est norvégienne.
Mais vous ne pouvez pas réduire le phénomène danois, ou norvégien, ou suédois, au phénomène islandais.
Après, parmi ce qu’ils ont de commun, il y a le culte de la nature, la volonté de parvenir à exprimer leur quid proprii le plus intime – ils ont, de manière générale et à la différence des français bavards, beaucoup de peine à se communiquer. Ils partagent aussi le respect et l’attention à autrui, un sens du passé et de l’histoire, qui les a fortement marqués, et surtout, surtout, le talent de conter et de raconter : ce sont des conteurs.

Alors justement, les premières traces écrites sont souvent celles d’un travail de transcription des traditions orales – pour la plupart des récits de conquêtes et d’aventure. Ce talent de conteur vient-il de là ?
Nous ne sommes pas sûrs qu’il ait existé une authentique tradition orale germanique – les scandinaves étant des germains du nord. Le fait est qu’ils n’ont pas eu d ‘écriture jusqu’à leur conversion au christianisme, autour de l’an mille. C’est à cette époque-là que les clercs chrétiens, en s’installant, ont importé leur religion, bien sûr, mais aussi leurs textes : la Bible, et toute la littérature classique grecque et latine. C’était des gens bene litteratus, et de fait, ce fut un moment catalyseur. Brusquement, les Scandinaves avaient leurs propres histoires à raconter. D’ailleurs, les auteurs de sagas sont de vrais écrivains : attentifs à leurs textes et à la manière dont ils le disent, plus qu’au simple besoin de relater je ne sais quelle tradition !

Aujourd’hui, la littérature scandinave s’est largement diversifiée dans ses formes. Y aurait-il, du coup, conflit entre les courants traditionaliste et moderniste?

C’est une question difficile. Il ne faut pas oublier qu’il s’agit de pays à l’écart, et superbement ignorés par le reste de l’Europe pendant de nombreux siècles.  Aujourd’hui, ils font du complexe, et cherchent toujours à prouver quelque chose. Il y a notamment une grande influence des anglo-saxons sur les suédois, les danois et les norvégiens. Ils ont peur d’être obsolètes, et ne veulent surtout pas qu’on pense qu’ils n’auraient pas pris le bon train. Plus récemment, les polars nordiques ont connu un engouement sans précédent. Peut-on identifier les raisons d’un tel succès ? (avec colère) Ce sont les journalistes français qui sont coupables de cette tendance, ou plus exactement, c’est la mode des anglo-saxons ! Mais plus sérieusement, le fait que le polar soit un succès est à mes yeux temporaire. Mais il y a néanmoins deux choses à dire : tout d’abord, ce sont des polars bien écrits. D’autre part, il se cache derrière ce courant une réelle tradition. Les sagas islandaises, ce sont des polars, et même de grands polars ! Il y a un crime, une disparition, une énigme à résoudre. Aussi, je vois une conjonction entre le polar actuel et cette vieille tradition du récit qui nous donne quelque chose à entendre.

Lire la suite : http://www.nabbu.com/interview/regis-boyer,25.html

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