Accueil Livres Le livre du jour Le livre du jour – Crimes, de Ferdinand von Schirach

Le livre du jour – Crimes, de Ferdinand von Schirach

Commentaires fermés
0
16

Le livre du jour - Crimes, de Ferdinand von Schirach dans Le livre du jourFerdinand von Schirach est un avocat très connu et médiatique en Allemagne. Dans les onze nouvelles de Crimes, il raconte certains cas dont il a eu à s’occuper. Très souvent, il s’agit de crimes de sang, mais pas toujours. Par contre, ce qui est constant, c’est la description quasi clinique du déraillement de la machine humaine : comment un homme, rabaissé par sa femme durant cinquante ans finit par la tuer à coups de hache (« Les pommes »), comment une sœur est amenée à tuer son frère par amour (« Le violoncelle »), pourquoi un gardien de musée devient fou au point de détruire la statue qu’il a surveillée pendant plus de vingt ans (« L’épine »). Dans ce dernier cas d’ailleurs, l’auteur n’a pas de réponse. Il déroule la biographie du gardien, énumère les faits, mais il n’est pas capable d’interpréter et ne le fait pas. Il constate scrupuleusement, avec un détachement assez froid, et ne peut que conclure à la complexité de la psychologie humaine quel que soit le milieu social.

Avec méticulosité et brièveté, l’auteur explique le fonctionnement de la justice en Allemagne applicable au cas proposé. On est bien loin de tout lyrisme et pourtant, il se met lui-même en scène montrant comment il apporte aussi parfois un soutien personnel à ses clients. Seule la dernière nouvelle (« L’Ethopien ») témoigne d’une grande part de subjectivité et d’humanité dans le procès d’un pauvre type qui a tout raté en Allemagne, s’y est mis hors-la-loi, mais a refait sa vie en Éthiopie pour le bonheur de tout un village mais en situation irrégulière.

Quand j’étais enfant, je prenais un plaisir certainement coupable, au moins douteux, à écouter Pierre Bellemare raconter d’horribles histoires bien sanglantes à la radio. On tire de la lecture de ces onze nouvelles le même genre de plaisir, celui de se dire que « c’est arrivé un jour », loin, et qu’on est heureusement entouré de gens sains, pas comme tous ces malades. Le seul problème c’est que justement, Ferdinand von Schirach montre bien que tous ces gens qui un jour passent à l’acte sont des gens du commun, sans profil pervers, qu’ils ne tueront qu’une fois, rien à voir avec les tueurs en série. C’est assez angoissant ces gens qui ne portent pas le crime sur leur visage… Et comme Ferdinand von Schirach n’accumule pas les détails sordides et ne donne pas dans le gore grotesque que certaines situations pourraient susciter, ses personnages n’en sont que plus réalistes, proches, vivants… c’est angoissant, pas de doute.

Si plusieurs cas rapportés ont l’intérêt pour motif (liés au trafic de drogue, au remboursement de dettes), beaucoup sont dus à l’amour : un jeune homme découpe dans sa baignoire le cadavre d’un homme qu’il a trouvé dans son lit parce qu’il pense que c’est sa petite amie qui l’a tué (« Quelle chance ! »), un autre souhaite goûter la sienne parce qu’il l’aime plus que tout (« L’amour »).

Ma nouvelle préférée est « Légitime défense » : un type insignifiant est agressé sur le quai d’une gare par deux délinquants récidivistes à coups de couteau et de batte de base ball. En un geste, il retourne le couteau contre son premier agresseur et comprime la carotide de l’autre. Bilan : deux morts. Il ne prononce pas un mot et n’en prononcera pas un seul, nul ne sait qui il est et s’il a tué deux hommes, c’était en état de légitime défense. Excessive ? A la justice de décider, à la justice de juger pour ce cas-là, même si le coupable n’est pas aussi quelconque qu’il y paraît.

Et c’est bien toute la complexité du jugement que Ferdinand von Schirach illustre ici : comment des textes de lois peuvent-ils s’appliquer à des passions violentes, à des actes pulsionnels, à des fous irresponsables le temps d’un seul crime ? Faut-il emprisonner Michalka parce qu’il a braqué une banque avec un pistolet en plastique pour rentrer en Éthiopie retrouver les siens ? C’est à bien mauvais escient qu’on parle chez nous de machine judiciaire, car elle n’est faite que d’hommes.

Crimes

Ferdinand von Schirach traduit de l’allemand par Pierre Malherbet
Gallimard, 2011
ISBN : 978-2-07-012904-1 – 215 pages – 17,50 €

Source : http://yspaddaden.wordpress.com/2011/04/24/crimes-ferdinand-von-schirach/

  • Filière L

    Nouveau

    Amateur, vous pouvez en savoir plus sur Flaubert, l’écrivain, l’œuvre et l&rsq…
  • Lecures plus

  • Zoom, le magazine de l’image

    Pour les collectionneurs Des numéros de Zoom, la revue des fans des années 70/80 Voir sur …
Charger d'autres articles liés
  • Lecures plus

  • Zoom, le magazine de l’image

    Pour les collectionneurs Des numéros de Zoom, la revue des fans des années 70/80 Voir sur …
  • Filière L

    Nouveau

    Amateur, vous pouvez en savoir plus sur Flaubert, l’écrivain, l’œuvre et l&rsq…
Charger d'autres écrits par Serge Bénard
Charger d'autres écrits dans Le livre du jour
Les commentaires sont fermés.

Consulter aussi

Son premier roman cartonne à 35 000 exemplaires

lundi 01 août 2011 Jamais Michèle Foulain n’avait espéré un tel tirage de son premie…