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Lu pour vous – Jeunes femmes en uniforme, Tereska Torrès

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A 90 ans, l’écrivaine Tereska Torrès a retraduit en français un livre qu’elle avait écrit soixante ans auparavant… en français. Une bizarrerie littéraire doublée d’une belle histoire que le correspondant de The Independent à Paris nous raconte en détail.



Lu pour vous - Jeunes femmes en uniforme, Tereska Torrès dans Lu pour vous litteratureUn roman français au succès légendaire, écrit il y a soixante ans, vient d’être publié pour la première fois en France. Comment est-ce possible ? C’est une longue histoire, passionnante, où j’ai joué un bien modeste rôle de figurant. C’est aussi une histoire dans l’Histoire, ce qui la rend encore plus séduisante : il s’agit du premier récit de l’ultime histoire d’amour d’une idole du cinéma britannique des années 1930 et 1940 qui connut un destin tragique. Le livre en question n’était encore jamais paru en France, parce qu’il était considéré comme trop osé pour les Français. Ou, plus exactement, son auteure, Tereska Torrès, redoutait que sa description des vies amoureuses hétérosexuelles et homosexuelles des soldates françaises à Londres pendant le Blitz ne choque le public.

En 1950, son livre, qui s’inspirait vaguement de sa vie à Londres pendant la guerre, a été traduit en anglais sous le titre Women’s Barracks (Caserne pour femmes). C’est devenu un classique de la littérature de gare, qui a fait l’objet d’un procès pour obscénité, accusé de favoriser le relâchement des mœurs. Il s’en est vendu 4 millions d’exemplaires rien qu’aux Etats-Unis. Aujourd’hui, plus de soixante ans après, Tereska Torrès, âgée de 90 ans, vient de le retraduire elle-même en français. Le résultat, Jeunes Femmes en uniforme, est paru chez Phébus et a été salué par la critique. Il y a quatre ans, j’avais interviewé Tereska alors qu’elle envisageait de réécrire Women’s Barracks sur la suggestion d’un éditeur français. Le manuscrit original en français s’était en effet perdu.

Tereska, connue en France en tant qu’auteure de douze autres ouvrages sérieux, a toujours nourri une certaine détestation pour son plus grand succès commercial. “Je vais sur Internet et j’apprends que je suis la reine littéraire des lesbiennes, la personne qui a écrit le premier roman érotique lesbien à succès. Je déteste ça. Je le déteste », m’avait-elle confié à l’époque. « Quand on lit Women’s Barracks, on y trouve cinq personnages principaux. Un et demi seulement peuvent être considérés comme lesbiens.” Le livre original n’a assurément rien d’obscène, et il n’est même pas particulièrement croustillant. Pour moi, Women’s Barracks était l’histoire plutôt touchante de jeunes gens désespérément en quête d’amour sous les bombes, ai-je fait valoir à son auteure. Pourquoi ne pas le publier en français ? Tereska a alors accepté de le retraduire – même si elle est revenue sur sa décision quelque temps plus tard. Nous sommes devenus amis. De temps à autre, je passais la voir et nous prenions le thé en mangeant des petits gâteaux. Et je vantais chaque fois les vertus de son livre prétendument torride. Il y a deux ans, elle a à nouveau changé d’avis et commencé à retravailler sur Jeunes Femmes en uniforme.

Sur la page de garde de l’exemplaire qu’elle m’a fait parvenir il y a peu, elle a écrit généreusement : “Jamais je n’aurais écrit ce livre sans vous.”  Tereska ne s’est pas contentée de traduire le livre… Les rares “passages coquins” sont fort heureusement toujours là, mais elle donne en outre beaucoup plus d’éléments sur l’euphorie, la terreur et le courage qui régnaient à Londres pendant la guerre. Elle a développé les personnages et approfondi son histoire. Finalement, je dois le reconnaître, c’est un bien meilleur livre.

On trouve aussi dans Jeunes Femmes en uniforme le premier récit détaillé de la liaison qu’eurent l’une des amies de Tereska – baptisée “Josette” dans le livre – et l’acteur britannique Leslie Howard. Pendant les mois qui précédèrent sa mort tragique, en 1943, à bord d’un avion abattu en vol, il vécut avec “Josette” et son fils illégitime dans son manoir du Surrey. La star d’Autant en emporte le vent [il joue le rôle d’Ashley Wilkes] avait 50 ans, la jeune Française presque trente de moins. A en croire Tereska, leur histoire était une idylle où le sexe était secondaire. Quoi qu’il en soit, la nouvelle version du livre de Tereska est excellente et si différente de l’ancienne qu’il serait dommage que quelqu’un ne la retraduise pas en anglais. 

Source : http://www.courrierinternational.com/article/2011/04/15/amours-feminines-sous-les-bombes

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