Sara Stridsberg: « La littérature est un papillon qui n’a pas de sexe »

Posté par Serge Bénard le 1 avril 2011

Par Adeline Journet, publié le 31/03/2011 à 12:30

Sara Stridsberg:

« Ecrire c’est créer l’empathie, c’est aspirer à atteindre ce qui nous est étranger, c’est tendre la main vers l’inconnu, vers celui qui est seul. »

Annika von Hausswolff

 

 

A l’occasion de la sortie de Darling River, Sara Stridsberg, figure notable de la littérature suédoise contemporaine, nous a parlé de son art et de sa vision du « féminisme » nordique.

 

Quelle est votre vie d’écrivain ?

Sara Stridsberg: Je m’inspire de tout ce qui m’entoure : la musique, l’art, la littérature, la vie en général. Louise Bourgeois a été d’une grande inspiration pour moi, pour La Faculté des rêves, et surtout pour mon dernier roman, Darling River. Mais il y a aussi Marguerite Duras, Sarah Kane, ou encore Elfriede Jelinek. J’ai été professeure de littérature à Berlin, également chercheuse sur les thèmes de la destruction et de l’aliénation dans la littérature, de Médée à Sarah Kane.

Pourquoi avoir écrit sur Valerie Solanas dans La Faculté des rêves?

J’ai lu son livre Scum Manifesto et j’ai été fasciné par sa voix étrange et poétique. La satire politique n’est pas très fréquente de nos jours. Ce livre m’a fait pensé à Jonathan Swift et à son A Modest Proposal où il suggérait que les Anglais mangent tous les enfants irlandais et j’ai été emportée par la façon dont Valérie Solanas déconstruisait le monde autour d’elle : l’art, la politique, l’architecture, la psychologie, la philosophie, la religion. J’ai été surprise et émue par son sens de l’humour percutant. Je me suis demandé quel genre d’expérience de la vie pouvait avoir eu cette femme pour en produire un texte aussi particulier et dystopien. Elle est la femme la plus triste dont j’ai entendu parler. A travers son texte c’est sa vie qui est venue à moi. Je n’avais pas prévu d’en écrire un livre. C’est juste arrivé, comme ça..

Pourquoi avoir inclu un personnage nommé « La narratrice » dans ce livre ? Vouliez-vous mettre en scène votre propre personnage de femme ?

Etant donné que ce livre parle d’une personne très vulnérable j’ai ressenti le besoin d’être particulièrement sincère en tant que narratrice. En principe, dans un roman, le narrateur est invisible et très puissant, narrer y est un acte de manipulation. Dans ce livre je voulais déshabiller le narrateur, le forcer à montrer son vrai visage, ses intentions et ses points faibles. Cette narratrice, ce n’est pas exactement moi, vous pouvez trouver un peu de moi dans chaque personnage du roman, dans Valerie, dans Dorothy, Cosmogirl, Silky boy et même dans Andy Warhol. Ce qui est vraiment de moi dans la narratrice, c’est sa façon de dire les choses..

Comment concevez-vous le travail d’écriture ?

Je ne suis pas toujours maître de ce que j’écris. J’ai traduit le manifeste de Valerie, j’ai écrit une pièce puis un roman sur elle, ce qui signifie que j’ai passé des années à ses côtés. Ca a été pour moi une expérience à la fois excitante et effrayante. « J’ai été en enfer et j’en suis revenue », écrivait Louise Bourgeois, « et laissez-moi vous dire que c’était magnifique ».

La littérature embrasse le monde entier et peut être un asile pour les indésirables et tous les marginaux du monde.

Ecrire est vital pour moi. Ecrire c’est parler et se taire à la fois, comme a dit Marguerite Duras. Ma vie sans l’écriture serait un vide total, un désert gris. Ecrire c’est créer l’empathie, c’est aspirer à atteindre ce qui nous est étranger, c’est tendre la main vers l’inconnu, vers celui qui est seul. Peut-être que mon roman était un peu enfantin, par la manière dont la narratrice tentait de tenir la main de Valerie alors qu’elle gisait mourante, brisée et seule, dans un hôtel miteux d’un horrible quartier de San Francisco… Mais écrire c’est aussi s’ouvrir à des voix étrangères. Devenir aussi proche d’un de ses personnages, c’est une leçon d’empathie, tant pour l’écrivain que pour le lecteur. La littérature embrasse le monde entier et peut être un asile pour les indésirables et tous les marginaux du monde.

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9782234061149 dans Lu pour vous

 

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