Accueil Livres Actualité éditoriale, vient de paraître Un pâle portrait de La Recherche (Proust)

Un pâle portrait de La Recherche (Proust)

Commentaires fermés
0
10

Laurence Roussillon-Constanty

Nayla Tamraz, Proust Portrait Peinture, Paris : Édition Orizons, coll. « Universités-Domaine littéraire », 2010, 252 p., EAN 9782296087682.

Tout autant que la lecture, la peinture est un motif fondamental de l’œuvre proustienne et c’est ce motif que Nayla Tamraz s’attache à analyser dans son étude, Proust Portrait Peinture. La tâche est loin d’être facile et comporte de nombreux écueils et ce, pour diverses raisons : d’une part ces dernières années, le retour salutaire à une plus grande ouverture entre les disciplines et les cultures a donné lieu à de nombreux ouvrages s’inscrivant à la croisée entre peinture et littérature et fournissant un travail méthodologique à la fois rigoureux et novateur. D’autre part, comme le souligne Adam Watt dans son récent livre sur Proust et la lecture1, le marché du livre (et autres « objets dérivés ») semble saturé d’études portant sur la Recherche et son auteur. Dans ce contexte et fort de ces attentes, le lecteur ne peut qu’être intéressé puis sincèrement déçu par une entreprise pourtant parfaitement louable et justifiée.

 

 

Dans son introduction, N. Tamraz énonce clairement l’enjeu de son livre lorsqu’elle écrit :

[…] s’interroger sur la place qu’occupe la peinture dans À la recherche du temps perdu c’est réfléchir à la manière dont la peinture se propose comme une poétique, voire une herméneutique. Inversement, il serait possible de se demander dans quelle mesure la littérature pourrait afficher une intention parmi d’autres, celles de se présenter comme un discours sur la peinture, proposant une manière de la comprendre et de l’envisager. (p. 9)

Le plan de l’ouvrage suit ce mouvement de balancier même s’il se décline en trois parties de longueur inégale.

Fondements théoriques : du portrait-tableau au portrait du tableau

La première partie, de loin la plus longue et la plus théorique, s’intéresse à l’insertion du portrait tableau dans le texte, c’est-à-dire à la façon dont Proust décrit les détails visuels d’une scène, qu’il s’agisse d’un véritable tableau ou d’un tableau que le narrateur ou l’un des personnages esquisse aux moyens de procédés que N. Tamraz répertorie à l’aide d’outils d’analyse littéraire. Elle montre ici comment le texte de Proust s’articule autour de « plans de texte » et selon différentes perspectives. De manière très détaillée, l’auteur procède à une énumération d’exemples qui illustrent les différents moyens de la représentation mis en œuvre par Proust et présente cette « description-tableau » comme un moyen de faire apparaître un univers parallèle à celui de la fiction propre. Elle poursuit ensuite son analyse en envisageant la description de ces tableaux en mots dans laRecherche selon des critères d’ordre plastique (la composition, la ligne, la couleur).

À l’aide d’exemples précis, N. Tamraz montre ici comment Proust mobilise « une écriture artiste s’adressant à l’imagination, c’est-à-dire à cette capacité de mettre en images » (p. 71). Dans cette partie, l’auteur montre surtout les limites de l’ekphrasis chez Proust et s’interroge sur l’opération même de transposition à l’œuvre dans toute tentative de description du visuel. S’appuyant sur les travaux de recherche les plus pointus sur les rapports texte/image (notamment les écrits d’Aron Kibedi Varga), N. Tamraz change alors de perspective avant de revenir à des outils d’analyse purement littéraire (Riffaterre), semblant hésiter à la façon dont il convient d’aborder l’ekphrasis proustienne. Malgré des comparaisons entre le texte de Proust et la critique d’art dont il s’est inspiré, on a autant de mal à voir ici où l’auteur veut en venir qu’à suivre son raisonnement.

Cette première partie se conclut sur une analyse du style où le sujet englobe, de fait, texte et image, éléments d’analyse picturale et linguistique. Pour démêler cet écheveau d’interprétations possibles, et mieux démontrer ce qu’elle nomme avec justesse la « picturalisation » de l’univers romanesque de Proust, N. Tamraz s’attache dans la deuxième partie de son livre à une « étude de cas » autour des portraits d’Albertine qui sont, selon elle, de nature « à résumer tous les portraits proustiens » (p. 114).

Lire la suite : http://www.fabula.org/lodel/acta/document.php?id=6144

  • Filière L

    Nouveau

    Amateur, vous pouvez en savoir plus sur Flaubert, l’écrivain, l’œuvre et l&rsq…
  • Lecures plus

  • Zoom, le magazine de l’image

    Pour les collectionneurs Des numéros de Zoom, la revue des fans des années 70/80 Voir sur …
Charger d'autres articles liés
  • Lecures plus

  • Zoom, le magazine de l’image

    Pour les collectionneurs Des numéros de Zoom, la revue des fans des années 70/80 Voir sur …
  • Filière L

    Nouveau

    Amateur, vous pouvez en savoir plus sur Flaubert, l’écrivain, l’œuvre et l&rsq…
Charger d'autres écrits par Serge Bénard
Charger d'autres écrits dans Actualité éditoriale, vient de paraître
Les commentaires sont fermés.

Consulter aussi

Projet Gutenberg : 1 milliard d’ebooks gratuits

  Le Projet Gutenberg a pour ambition de partager gratuitement les livres au format numéri…