Bibliothécaire du dimanche : un débat qui nous dépasse

Posté par Serge Bénard le 12 février 2011

09/02/2011

par Etienne Cavalié (Lully)


Un billet relativement neutre (c’est-à-dire énonçant aimablement des faits l’amenant à sa conclusion) a entraîné des commentaires d’un ton inhabituel sur ce blog, avec chez certains un niveau de réflexion qui me désole.
J’ai l’impression (mais peut-être n’est-ce que l’obsession d’un cerveau malade ?) que les réactions « réflexes » sont dus en partie au spectre du dimanche derrière l’expression « ouvertes le soir et le week-end » (qui n’est pas la même chose que : « ouvertes le soir et le samedi »). Le billet lui-même ne parle pas du dimanche, mais celui-ci apparaît dès le 3e commentaire, dans un bel amalgame :  plusieurs commentaires ont adopté le procédé consistant à caricaturer la position et la pensée du billet ensuite pour le contredire.
J’avais déjà évoqué il y a quelque temps la question des horaires d’ouverture, pas tellement pour prendre position moi-même (je ne me sens pas mûr sur la question) que pour signaler deux visions de ce que doit être une bibliothèque, qui sous-tendent souvent les positions de chacun:
la bibliothèque comme supermarché, où l’on emporte les biens afin de les consommer plus tard et ailleurs.
la bibliothèque comme café, où l’on consomme sur place (sans quoi ça n’a pas de sens), conception qui rejoint clairement celle de bibliothèque comme troisième lieu.
La question de l’ouverture du dimanche n’est à mon sens que très partiellement liée à celle des horaires d’ouverture : on peut très bien ouvrir plus sans ouvrir le dimanche, et la démarche, la philosophie, en sont complètement différentes. D’où le danger, quand on invite à des ouvertures plus larges, à parler de « week-end » au lieu de « samedi » (à moins d’assumer, mais alors explicitement, sa position en faveur du dimanche).

Petit préalable
Tout d’abord, dans les réticences des bibliothécaires à l’ouverture du dimanche (et aux extensions d’horaires plus généralement — cf. les commentaires sus-cités), il y a la perte de la vie de famille, ou, plus globalement, de la vie sociale, leur vie, telle qu’elle existe pour chacun d’entre eux actuellement.
Entrés dans la profession il y a 30 ou 5 ans, ils se sont projetés dans un rythme de vie où, à la rigueur, on travaille le samedi (en BM surtout), mais où le dimanche est de toute façon un rendez-vous fixe, garanti, avec les activités personnelles.
Exceptions : la BPI et les quelques bibliothèques municipales qui ouvrent déjà le dimanche. Dans ces bibliothèques les personnels ont construit leur vie autour du travail du dimanche (ou au moins avec lui).
Ce qu’il faut comprendre, c’est que, dans chacune de ces existences, ce n’est pas tant le dimanche qui perturbe que le changement de rythme en soi.
Oui, travailler le dimanche alors qu’on ne le faisait pas avant, modifie le rythme des activités familiales ou personnelles, mais c’est aussi parce que les récupérations (forcément en semaine) permettent de faire autre chose des heures libérées. On finit forcément par y trouver un intérêt, non pas parce que travailler le dimanche, c’est mieux, mais simplement parce que ça permet d’autres choses impossibles avant (aller chercher ses enfants à l’école, les récupérer pour un déjeuner par semaine, etc.).
C’est bien pour cela qu’il faut s’abstraire de son existence quotidienne actuelle pour entrer vraiment dans le débat.

Lire la suite : http://bibliotheques.wordpress.com/2011/02/09/bibliothecaire-du-dimanche-un-debat-qui-nous-depasse/

 

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