Céline et la mémoire nationale

Posté par Serge Bénard le 25 janvier 2011

À la demande de l’avocat Serge Klarsfeld, ancien «chasseur de nazis», le ministre de la Culture a rayé l’écrivain Louis-Ferdinand Céline de la liste des célébrations nationales…

Plus discrètement, le ministère a d’emblée évacué des anniversaires qui fâchent : ainsi le cinquantenaire de la manifestation tragique du 17 octobre 1961 est-il passé sous silence.

Cinq ans après l’occultation du bicentenaire d’Austerlitz, l’État poursuit le tri dans la mémoire nationale…

Ce 21 janvier, Frédéric Mitterrand, ministre français de la Culture et de la Communication, a convoqué la presse pour lui présenter le 25e Recueil des célébrations nationales, consacré à l’année 2011. Las, ce fut pour annoncer la mise au pilon de ce précieux document.

La raison ? L’avocat Serge Klarsfeld, ancien «chasseur de nazis», s’est ému d’y trouver le nom de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline, mort il y a 50 ans. L’auteur de Voyage au bout de la nuit a chamboulé la littérature française. Il est reconnu à ce titre comme l’un des plus grands romanciers français du XXe siècle. Mais il s’est aussi déshonoré par des écrits et des prises de position d’une violence antisémite hors du commun.

Serge Klarsfeld est une personnalité ô combien respectable. Doit-on pour autant s’incliner devant ses humeurs et effacer Céline de la mémoire nationale ? Cette question en introduit plusieurs autres :

- Faut-il questionner le mal ou l’ignorer ?
Nul ne songe ni n’a jamais songé à faire de Céline un héros.

Doit-on pour autant l’ignorer ou feindre de l’ignorer, comme si nous étions trop incertains de nos convictions pour oser regarder en face le visage de l’abjection ?

À rebours de cette attitude de confort, j’aurais apprécié pour ma part que l’on profitât du 50e anniversaire de sa mort pour réfléchir, à travers colloques, débats et articles, sur les facteurs mentaux et environnementaux qui ont pu conduire un écrivain exceptionnel à se fourvoyer dans des éructations antisémites.

Ainsi pourrions-nous approcher le mystère du Mal contre lequel aucun d’entre nous ne peut se prétendre immuniser.

La lutte contre l’antisémitisme d’hier et d’aujourd’hui aurait sans doute beaucoup plus à gagner à cette clarification qu’à une mesquine censure.

- Célébration ou commémoration ?
Ne doit-on pas distinguer commémoration et célébration ?
- La commémoration (même racine que mémoire) prend prétexte d’un anniversaire pour faire retour sur un personnage ou un événement heureux ou malheureux, constitutif de la mémoire nationale, sans exclusive.
- On parle seulement de célébration à propos d’une commémoration qui rappelle les mérites d’une personnalité ou les heures glorieuses de la Nation,.

On peut commémorer le bicentenaire de la Terreur pour la déplorer aussi bien que la prise de la Bastille et la fin de l’absolutisme pour s’en réjouir. Dans ce dernier cas, la commémoration prend la forme d’une célébration festive.

Si l’on s’en tient aux célébrations heureuses, comme il semble que ce soit l’intention de notre ministre, il faut que ce soit dans une démarche civique mais présentée comme telle, qui n’ait rien à voir avec une approche historienne ou simplement mémorielle.

Dans ce cas, restreignons-nous à une poignée d’événements et personnages significatifs et gardons-nous de multiplier les célébrations au risque d’en diluer la portée et la signification.

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