Retour en arrière – Ewan McGregor, nègre ou «ghost writer» ?

Posté par Serge Bénard le 20 janvier 2011

03/03/10 – repris pour son actualité

Faut-il abandonner l’expression de « nègre littéraire » ? Le philosophe Claude Ribbe le réclame dans une tribune publiée aujourd’hui, alors que la version française du « Ghost Writer » de Roman Polanski emploie ce terme à l’hérédité lourde.

Il le révèle au « Figaro » : Ewan McGregor, le plus hollywoodien des Britanniques, a déjà eu recours à un nègre lorsqu’on lui a demandé de relater ses tours du monde à moto en 2004 et 2008. On le comprend ; écrire un livre sur un tour du monde à moto est sans doute moins drôle que de faire le tour du monde à moto. L’acteur, qui incarne ces jours-ci le porte-plume d’un avatar de Tony Blair, s’exprime ainsi : « Avant même d’incarner un nègre devant la caméra de Roman Polanski, j’avais déjà eu un avant-goût de ce genre de profession. »
On sait qu’Ewan McGregor partage sa vie avec une Française et qu’il est en train d’apprendre les rudiments de notre langue. Comme ils sont, paraît-il, difficiles à acquérir, on peut supposer qu’il a fait cette déclaration en anglais. Or, lorsqu’il traverse la Manche (ou l’Atlantique), le « ghost writer » devient « nègre ». Il n’est plus l’ectoplasme qui hante les traces de son commanditaire, visible seulement de ceux qui connaissent son existence. Il est l’esclave qui turbine pour le maître, celui qui sue sans recevoir le prix de sa sueur.
Chaque fois que le sujet des collaborateurs occultes refait surface, on reprend contact avec ce mot. On le lit, on le prononce. On hésite à s’interroger sur sa portée. Il y a pourtant là un point aveugle, un croisement sensible de notre histoire et de notre espace sémantique. Ce n’est pas pour rien que les distributeurs du film ont conservé le titre anglais du film de Roman Polanski. Aurait-on supporté de voir « le Nègre » placardé en 4×3 sur tous les murs du pays ? Qui plus est accompagné du visage d’Ewan McGregor, qui est encore moins noir que Gérard Depardieu ?
Le philosophe Claude Ribbe, dans un article encore peu repris sur la Toile, appelle à en finir avec cette expression de négrier :
« [Ce terme] est apparu au XVIIIe siècle, au moment où la France surexploitait ses colonies en y déportant des millions d’Africains qui mouraient en quelques années. En ce sens, il véhicule la glorification la plus éhontée de l’esclavage et du racisme le plus primaire, car l’expression « nègre littéraire » est également un terme de mépris, correspondant au mépris qu’on vouait aux esclaves et qui s’attache encore trop souvent aux personnes à la peau noire, bien longtemps après que l’esclavage a été aboli. [...]
Il me semble qu’au XXIe siècle, il est plus que temps de faire entrer dans la tête des Français que le mot « nègre » ne peut plus, en aucun cas , être utilisé impunément pour désigner un être humain qu’on exploite d’une manière ou d’une autre et qui serait méprisé du fait de cette exploitation. Je demande donc au producteur et au distributeur du film « The Ghost Writer » d’appliquer aux sous-titres et à la version française la même doctrine que celle qu’ils ont appliquée au titre. [...] »

Lire la suite :

http://bibliobs.nouvelobs.com/actualites/20100303.BIB4991/ewan-mcgregor-negre-ou-ghost-writer.html

 

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