Accueil Actualité - Événement Mon grain de sel du 6 janvier

Mon grain de sel du 6 janvier

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6 janvier

Ces jours-ci, les nègres ont fait parler d’eux à deux reprises, sur deux continents, dans deux contextes différents, les deux étant bien entendu liés au Livre. Je n’ignore pas la connotation raciste contemporaine du mot nègre. À tel point que j’avais longuement hésité en créant la rubrique « auteurs » à l’y associer, même si son usage est toujours en vigueur. Mes réticences s’évanouirent quand je notai à l’automne la parution du livre de Jean-Michel Olivier : L’amour nègre.(Prix Interallié 2010). Poussant alors ma curiosité plus loin, je découvris que les titres de livres ne s’embarrassaient guère de préjugés post-coloniaux. Petite liste, non exhaustive : Batouala : véritable roman nègre (René Maran), Propos coupés-décalés d’un Nègre presque ordinaire (Alain Mabanckou), Nègre marron (Raphaël Confiant), Le Nègre vous emmerde : pour Aimé Césaire (Claude Ribbe), La Nègre (Béatrice Deparpe), Tête de Nègre (Daniel Picouly), etc., etc. Sans oublier Une tempête : d’après La tempête de Shakespeare, adaptation pour un théâtre nègre  du grand Aimé Césaire.

Aux États-Unis, c’est la nouvelle édition des aventures de Huckleberry Finn qui a déclenché la polémique. En février doit paraître une version réalisée par Alan Gribben, professeur d’anglais à l’université Auburn de Montgomery. Ce dernier a décidé que le mot « nigger » datait et restait entaché de racisme. Soit. Il l’a donc remplacé 219 fois par le mot « slave » (esclave) qui a dû lui paraître plus politiquement correct. De quoi déclancher l’ire du New York Times « horrifié » par cette volonté d’expurger le texte de Mark Twain de son langage controversé. Argument du grand quotidien américain : « Il ne s’agit pas simplement d’édulcorer le texte. Il s’agit aussi d’édulcorer l’histoire sociale, économique et linguistique. Utiliser le terme « esclave » au lieu de « nigger » laisse entendre que toute l’offense se trouve dans l’usage de ce terme et non, plus globalement, dans l’institution esclavagiste. » Bien dit.

D’après l’enseignant, sa démarche serait inscrite dans une volonté de « nous éloigner de l’obsession pour ce mot et de laisser l’histoire nous parler ». Mais Mark Twain vivait au XIXe siècle et il paraît normal pour un écrivain d’utiliser le vocabulaire de son époque s’il souhaite en refléter les tendances dans ses textes. De même, Joe l’Indien, appelé « Injun Joe » de façon triviale par les personnages de Mark Twain en anglais, redevient « Indian Joe » dans la nouvelle version de « Tom Sawyer ». L’heure serait là-bas comme ici au gommage des aspérités racistes. Bien qu’au Canada, un white nigger désigne un Québécois…

Quasiment en écho à cette agression d’un classique de la littérature américaine, largement intégré au patrimoine littéraire mondial, le mot nègre a surgi dans la polémique entachant la sortie du livre de Patrick Poivre d’Arvor. Erreur de l’éditeur, laxisme d’un nègre cossard, plagiat délibéré de l’auteur ? On ne le sera sans doute jamais, malgré les démentis. Il reste que le mot semble toujours faire injure aujourd’hui même quand il s’agit d’esclaves (slaves) du livre.

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Un commentaire

  1. deparpe

    5 juin, 2011 à 9:26

    Bonjour,
    je découvre votre post sur « La nègre ».
    Je vous trouve un peu catégorique quant à l’usage que nous pouvons faire du mot:
    Pour ma part, auteur de ce livre, je peux vous assurer que mes propos (littéraires et fictionnels par ailleurs), n’ont aucune connotation de couleur, si ce n’est celle du noir de mon humour littéraire. La nègre, dans ce livre, est une esclave de l’édition.
    Pour l’anecdote, l’éditeur s’est fait le plaisir d’illustrer la couverture…. en couleur!
    Cordialement,

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