De la Paralittérature…

Commentaires fermés
0
12

 de Fabien Clavel

D’habitude je ne lis pas de littérature générale, mais j’y ai été forcé par les circonstances quand mon lycée s’est retrouvé à participer au Prix Goncourt des lycéens. C’était l’occasion de revenir sur la différence entre littérature générale et littérature de genre.

Moi, je fais de la parallitérature

Je suis de ceux qui considèrent la littérature de genre comme une paralittérature (le terme n’a aucune valeur péjorative et recouvre aussi les livres que j’écris). Je m’explique. On peut définir la paralittérature par le contrat spécifique qu’elle établit entre l’auteur et son lecteur [1].
Quand on achète un livre de fantasy, par exemple, un grand nombre de signes indique déjà ce que le lecteur va trouver à l’intérieur : la couverture, le titre, le nom de l’auteur, la collection, voire la série. Cela explique d’ailleurs la relative pauvreté lexicale des titres de fantasy, ainsi que les motifs récurrents des couvertures. On doit se trouver en terrain connu, être sûr d’en avoir pour son argent.
De l’autre côté, l’auteur a pour devoir de se conformer aux attentes du lecteur et de respecter un code aux règles plus ou moins contraignantes. On pourrait se pincer le nez en grimaçant à cette idée, mais, personnellement je trouve une certaine grandeur à la parallitérature. Il arrive que l’auteur suive la pression de ses lecteurs. C’est ce qui s’est passé avec Les Mystères de Paris au XIXe siècle. Eugène Sue voulait d’abord jouer sur la peur des classes dangereuses mais les réactions de ses lecteurs l’ont conduit à donner une tonalité sociale à son œuvre.
Le phénomène, poussé plus loin, nous ramène à une forme de littérature orale comme le conte ou le mythe où la transformation, le lissage du récit par les générations successives, a abouti à une forme de perfection. Les racines de la fantasy puisent d’ailleurs dans les contes et la mythologie. Il y a donc une tendance naturelle à se faire paralittérature.

Alors, elle vient cette uchronie ?

Bien souvent, ceux qui conspuent la paralittérature n’en ont pas compris l’essence ni la beauté. Ils rejettent des romans qu’ils considèrent comme nuls sans comprendre que ces livres sont indispensables pour mettre en place le contrat de lecture dont je parlais plus haut. Outre le plaisir immédiat qu’ils peuvent procurer au lecteur, ils ont leur utilité.
Cela n’empêche pas d’avoir une ambition plus littéraire et de jouer avec les codes. C’est d’ailleurs un jeu difficile. Aux dernières Utopiales, au cours d’une table-ronde sur l’uchronie à laquelle je participais brillamment, Ugo B. [2] expliquait comment il avait voulu montrer dans son roman Tancrède l’événement déviant en train de se dérouler. Il s’agit, à ma connaissance, d’une approche originale du genre et on ne saurait le soupçonner de se laisser aller à la facilité.
Cependant, le même auteur faisait part de son inquiétude à l’idée de commencer l’entrée dans l’uchronie trop tardivement pour le lecteur qui se demanderait : „Alors, elle vient cette uchronie ?” Il songeait au contrat qui le liait à son lecteur.
Il ne faut pas oublier non plus que la parallitérature n’est jamais très loin de la littérature. Pour en revenir aux Mystères de Paris, c’est le roman qui a poussé Victor Hugo à écrire Les Misérables. On y retrouve dans ce dernier livre tous les codes du roman-feuilleton, avec des choses en plus qui en font une œuvre de littérature à part entière (ce serait trop long de détailler ici).

Lire la suite :

http://www.cafardcosmique.com/De-la-Paralitterature

  • Filière L

    Nouveau

    Amateur, vous pouvez en savoir plus sur Flaubert, l’écrivain, l’œuvre et l&rsq…
  • Lecures plus

  • Zoom, le magazine de l’image

    Pour les collectionneurs Des numéros de Zoom, la revue des fans des années 70/80 Voir sur …
Charger d'autres articles liés
  • Lecures plus

  • Zoom, le magazine de l’image

    Pour les collectionneurs Des numéros de Zoom, la revue des fans des années 70/80 Voir sur …
  • Filière L

    Nouveau

    Amateur, vous pouvez en savoir plus sur Flaubert, l’écrivain, l’œuvre et l&rsq…
Charger d'autres écrits par Serge Bénard
Charger d'autres écrits dans Opinions, tribunes, idées, polémique, lettres ouvertes
Les commentaires sont fermés.

Consulter aussi

6 décembre à Paris – Conférence d’histoire du livre

  École pratique des hautes études, IVe section   Conférence d’histoire et civilisat…