La parenthèse Gutenberg

Posté par Serge Bénard le 3 janvier 2011

Par Xavier de la Porte le 03/01/11

La lecture de la semaine n’est pas toute jeune, il s’agit de la retranscription d’un entretien donné en avril dernier au Nieman Journalism Lab (voir également sur le Forum du MIT) par un professeur danois du nom de Thomas Pettitt. Le Nieman Journalism Lab est un projet de l’université de Harvard, aux Etats-Unis, qui vise à interroger la possibilité de faire un journalisme de qualité à l’ère numérique. Ce professeur Thomas Pettitt applique aux questions journalistiques une théorie qu’on appelle la “parenthèse Gutenberg” et qui postule que nous aurions vécu avec l’imprimerie une parenthèse, et que la révolution à laquelle on assiste en ce moment est une révolution au sens littéral du terme, dans la mesure où elle nous ramène à un état antérieur, celui d’avant l’imprimerie, d’avant le prima du livre comme support de la vérité. Voici comment l’explique Thomas Pettitt :

“Il y a des changements qui se produisent et qui sont liés les uns aux autres. La grande révolution de l’imprimerie a changé beaucoup de choses, et était liée à de grands changements qui se déroulaient ailleurs — par exemple la manière dont nous regardions le monde et dont nous catégorisions les choses du monde. Et si la même chose se déroule aujourd’hui, et que nous vivons la même révolution qu’à l’époque de Gutenberg, mais en sens inverse, alors on peut prédire ce qui va se passer. On avance vers le passé. 

Si je m’intéresse à des éléments comme la vérité, ou la fiabilité de ce qu’on entend dans les médias, j’ai tendance à penser que nous sommes dans une mauvaise passe. Auparavant, il y avait une hiérarchie. Pendant cette parenthèse (la parenthèse Gutenberg), les gens s’en référaient à des catégories — notamment dans ce qu’ils lisaient. L’idée était que dans les livres, on trouvait la vérité. Un livre, c’est solide, on peut s’y fier, c’est quelqu’un d’intelligent qui l’a écrit. Les mots, les mots imprimés — dans de belles et droites colonnes, avec de beaux volumes – on peut leur faire confiance. C’est l’idée qui a prévalu pendant toute cette période.Les livres brochés étaient déjà moins fiables, quant aux journaux, ils l’étaient encore moins. Et les rumeurs qu’on entendait dans la rue ne l’étaient pas du tout. On savait où on était – ou plutôt, on pensait savoir où on était. Car à la vérité, on ne pouvait sans doute pas accorder plus de crédit à ces livres qu’aux rumeurs qu’on entendait dans la rue.Je dis souvent à mes étudiants qu’ils devraient commencer leur cursus de littérature par déchirer un livre. Prenez un livre, un livre d’occasion, qui a l’air impressionnant, et mettez-le en pièce. Vous verrez alors qu’il n’est fait que de colle et de reliure. Qu’il n’est pas invulnérable. Il a été fabriqué par quelqu’un. Ce n’est pas forcément la vérité parce que ça a l’air bien.

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http://www.internetactu.net/2011/01/03/la-parenthese-gutenberg/

 

 

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