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Pourquoi lire les classiques ?

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décembre 17th, 2010 by passionlivres

Les classiques, ces auteurs qu’on étudie ” en classe “, font peur, parce qu’ils rappellent l’école et trop souvent l’ennui. Ils sont pourtant fondamentaux.

“Tant de pages, tant de livres qui furent nos sources d’émotion, et que nous relisons pour y étudier la qualité des adverbes ou la propriété des adjectifs ! ” déplorait Cioran. S’il est vrai que l’étude des grands textes tend parfois vers un formalisme décevant, deux raisons (qui s’additionnent et qui s’opposent) devraient tout de même nous pousser à lire et à relire Molière, Hugo, Shakespeare, Homère et Cervantès.

Lorsqu’un tyran veut faire plier tout un pays, son premier geste est toujours le même : il détruit la littérature de ce pays qu’il voudrait inculte et sans passé. Et, contrairement à ce qu’on pourrait penser, ce sont les œuvres de fiction qui attirent sa colère, car il sait que l’imaginaire forge l’identité d’un peuple. Ainsi, la célèbre bibliothèque d’Alexandrie ne fut pas incendiée qu’une fois : on ne compte pas moins de six destructions non accidentelles, notamment par l’empereur Théodose en 415, puis par le calife Omar Ier en 640. La bibliothèque de Bagdad, qui fut pendant des siècles le centre intellectuel du Proche-Orient, connut le même désastre : dirigée par des chiites, elle fut incendiée par les sunnites lorsqu’ils prirent le pouvoir au XIe siècle, puis ravagée au XIIIe siècle par les Mongols, puis saccagée deux cents ans plus tard par Tamerlan… Rien n’effraie davantage un nouveau tyran qu’une œuvre ancienne : il sait qu’il doit gommer les fictions du passé afin que rien ne concurrence sa présence dans le réel.

L’inconscient des nations

On dira que c’est exagérer le pouvoir des livres, et que de surcroît les classiques sont rarement lus par tout un peuple. Mais ce serait méconnaître le pouvoir de pénétration des grandes oeuvres dans l’inconscient d’une nation. Tous les Portugais n’ont pas lu Camoens ; mais l’épopée des Lusiades a contribué, depuis le XVIe siècle, à l’essor et au renforcement du sentiment national portugais. Tous les Espagnols n’ont pas lu Cervantès, tous les Allemands n’ont pas lu Goethe, mais ces auteurs du passé ont tout à voir avec le présent de leurs pays. Chaque jour qui passe, ils modèlent les esprits plus fortement que mille décrets sur l’identité espagnole ou allemande.

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