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La biographie, une valeur de moins en moins sûre

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Le genre biographique serait-il en voie d’extinction pour des raisons économiques ? La question se pose dans le milieu littéraire d’outre-Manche depuis quelque temps. « Obtenir un acompte [sur ses droits d’auteur] est très, très difficile si vous voulez faire quelque chose de différent de ce que vous avez déjà fait », déplore l’écrivaine anglaise Victoria Glendinning, biographe entre autres d’Anthony Trollope et Leonard Woolf.

 

A cause de la restriction du marché anglophone de la biographie, elle se voit en effet obligée de financer elle-même ses recherches d’écriture. Si cette tendance semble se généraliser, elle touche d’autant plus les biographes que leur travail est chronophage et fastidieux.

 

Selon Jeremy Lewis , l’édition subit le contre-feu de l’époque où les éditeurs consentaient à accorder des avances considérables à leurs auteurs tout en sachant très bien que  leurs livres n’auraient pas un grand succès. En conséquence, les éditeurs n’hésitent pas à demander à leurs auteurs d’écrire au sujet de figures connues qui ont déjà fait l’objet de nombreux ouvrages.

 

En Angleterre, la tradition biographique remonte à la fameuse étude qu’Elisabeth Gaskell publia sur son amie Charlotte Brontë en 1857. Michael Holroyd rendit ses lettres de noblesse au genre dans les années 1980, grâce à ses écrits sur Lytton Strachey et ses quatre volumes sur George Bernard Shaw, pour lesquels il aurait touché un acompte de 600 000 livres de la part de Random House. Peter Ackroyd pour son Dickens ou Adam Sisman, que Weidenfeld aurait payé 100 000 livres pour son Hugh Trevor-Roper, sont d’autres exemples remarquables.

 

Pour l’agent littéraire Andrew Kidd, il faut aussi mesurer les raisons du désintérêt croissant des lecteurs anglais pour la biographie : « Il y a eu un changement dans la culture de référence et de gros livres sérieux n’ont pas retrouvé un public comme on aurait pu l’espérer. » Les courbes négatives du marché de la biographie ne se sont pas corrigées dans la durée. Ce qui oblige les éditeurs à plus de discernement, ou bien à tenter des coups. « Le bon auteur sur le bon sujet marchera », insiste Clara Farmer, éditrice de nonfiction chez Chatto & Windus  . « Les acomptes ne sont peut-être pas aussi importants que pour les biographies de célébrités mais les gens veulent toujours lire ces livres. »

 

Pour autant, cette tendance ne prépare-t-elle pas une esquisse de rébellion de la part d’écrivains lassés par le système des droits d’auteurs, et prêts à se lancer dans l’auto-édition, à l’image de Marc-Edouard Nabe en France, récemment nommé pour le prix Renaudot ?

 

 

Vanessa Thorpe, « Biographers fear that publishers have lost their appetite for serious subjects », The Observer, 14 novembre 2010.

 

Source :

 

http://www.nonfiction.fr/article-3948-la_biographie_une_valeur_de_moins_en_moins_sure.htm

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