Courant d’ère. N’achetez pas le Goncourt !

Posté par Serge Bénard le 14 novembre 2010

Par Hervé Hamon

Mais non, ne vous trompez pas, je ne suis rongé par aucune jalousie d’auteur; je n’ai été piqué par aucune de ces vipères qui grouillotent entre Lipp et La Closerie des Lilas. Houellebecq est un écrivain considérable. Voilà, la chose est dite. Et ce n’est pas parce qu’un livre obtient un prix qu’il est mauvais, ni d’ailleurs le contraire. Mais, je vous en supplie, n’achetez pas le Goncourt.

Ou, plus exactement, ne l’achetez pas maintenant. Ne vous ruez pas sur les bandes rouges qui font émerger du lot, quelques oeuvres. Et surtout, surtout, tâchez d’avoir de l’imagination: à Noël, offrez un autre livre, d’autres livres. N’écoutez pas le joueur de flûte qui vous entraîne hors de la cité. Regardez autour de vous. Il y a le choix, c’est une chance, ne la laissez pas passer. Si vous voulez lire le Goncourt, je vous assure qu’il sera encore en librairie à Pâques, ou au mois de juin. Vous n’aurez aucune peine à vous le procurer, promis. Tandis que les autres se seront évanouis, seront repartis chez l’éditeur, et, pour beaucoup, voués au pilon. Savez-vous que la plupart des livres n’ont une vie que de trois semaines. Que certains même, sont remballés à peine déballés? C’est ceux-là qu’il faut attraper au vol. Vous me direz, il y a tellement de livres. Pour y voir plus clair, commencez par écarter les faux livres, les confessions de Rama Yade, ou de Ségolène Royal, les révélations de Rachida Dati, les mémoires de Michael Jackson, enfin du cousin de Michael Jackson, vous voyez ce que je veux dire. Apprenez ensuite à mépriser tout ce qui introduit de la quantité dans l’ordre de l’art où il ne devrait être question que de qualité, les coups du coeur, les trois ou cinq étoiles, le buzz, l’effet people. Rappelez-vous que Flaubert n’avait aucun succès, et sentez-vous libre de fouiller, fouiner, renifler, de la lire la quatrième de couverture, puis quelques pages. Soyez aussi exigeant pour les livres que vous l’êtes pour le poisson au marché. Ne vous laissez pas intimider. Vous faites confiance à votre libraire ? Parfait. Mais assurez-vous que c’est un libraire qui lit. Assurez-vous aussi qu’il est tolérant, ouvert, curieux, qu’il ne se prend pas pour un critique, qu’il s’efforce de vous ouvrir toute la palette des parutions. Ce libraire-là (souvent cette libraire-là), écoutez-le, écoutez-la. C’est un ami de la littérature, de la pensée, de l’essai. Il sait que toute littérature n’est pas fiction, que toute fiction n’est pas littérature. Et si votre libraire essaie de vous fourguer le Goncourt, changez de libraire.

Source :

http://www.letelegramme.com/ig/generales/france-monde/commentaires/courant-d-ere-n-achetez-pas-le-goncourt-14-11-2010-1115180.php

 

Tranche de vie |
Maudy les bons tuyaux |
The Celebration of Thanksgi... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | www.tofik.com
| MANGA
| agbar