Birmanie : les écrivains face à la dictature

Posté par Serge Bénard le 14 novembre 2010

Par Sutiya Laksana

A l’heure où l’on annonce la fin de l’assignation à résidence d’Aung San Suu Kyi mais où rien ne garantit sa liberté effective de mouvement ni de parole, nous souhaitons rappeler, grâce à cet article publié en 2007, que la situation des Birmans est toujours aussi digne de préoccupation et que nombreux sont les ’opposants’ à croupir dans les prisons. Aussi est-il important, au-delà de la joie légitime pour cette inflexible combattante des libertés, de rester vigilants, exigeants et de maintenir une pression sur le(s) gouvernement(s).

La littérature birmane au début du XXIème siècle semble presque anéantie du fait que le pays, la Birmanie devenue Myanmar depuis 1989, est tombé dans les mains d’une Junte militaire. Effectivement, « anéantie » est le mot qu’un célèbre auteur birman en exil a employé pour décrire sa situation d’écrivain en Birmanie. Le monde entier a pu voir lors des dernières répressions survenues notamment envers les moines bouddhistes birmans Theravada [1] manifestant calmement et d’une manière non-violente, que la Junte militaire contrôle consciencieusement tous les domaines de la vie.

La richesse littéraire que la Birmanie possédait depuis presque mille ans est en voie de disparition aujourd’hui. Le début des royaumes birmans fut une époque où la forme littéraire classique en vers apparut essentiellement dans les cours royales. Or, seuls les gens des cours et les élites avaient accès à la littérature.

La transformation radicale intervient avec la colonisation britannique durant le XIXème siècle et l’introduction de l’apprentissage de l’anglais à l’école. Pouvoir lire la langue anglaise a permis certains privilèges, comme lire des romans étrangers. Le début de la littérature moderne consista en des adaptations d’œuvres, de romans occidentaux en traduction. La première œuvre étrangère traduite en 1904 fut Le Comte de Monte Cristo d’Alexandre Dumas, traduit en birman par James Hla Kyaw sous le titre Maung Yin Maung Mame Ma, et qui est plutôt considérée comme une adaptation ayant subit quelques modifications dans l’histoire. Ainsi le héros français vindicatif est remplacé par un héros birman plein de grâce, car la vengeance [2] à l’égard des Birmans n’était pas possible en raison de la croyance bouddhiste.

La fin de la période coloniale se traduisit par la montée des jeunes auteurs nationalistes. Avec le patriotisme et l’indépendance, le style changea et, s’inspirant des modèles occidentaux, devint plus direct, les phrases plus courtes. Ces auteurs, par exemple Thein Pe Myint, Bohmu Tin Maung, Zawgyi, qui furent pour la plupart impliqués dans la lutte contre le colonialisme, ont forgé une identité birmane très forte. A partir de la période Ne Win [3], on peut constater le début du déclin de la littérature birmane. Un comité de censure créé en 1962, par le Ministre de l’Intérieur – le fameux Press Scrutiny Board, a soumis tout ouvrage littéraire à son contrôle et les sujets qui dérangent les militaires (les sujets touchant la santé publique, comme le sida, la drogue, ou les droits de l’homme) sont censurés. Les écrivains risquant l’emprisonnement à vie, ils sont moins nombreux à choisir cette profession jugée trop dangereuse. Certains passent à l’autocensure pour éviter le pire : « L’autocensure est profondément ancrée dans l’esprit des rédacteurs et des éditeurs. » [4]

Lire la suite :

http://www.larevuedesressources.org/spip.php?article861

 

Tranche de vie |
Maudy les bons tuyaux |
The Celebration of Thanksgi... |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | www.tofik.com
| MANGA
| agbar