La logique de fragmentation propre au web s’applique-t-elle aussi à l’e-book ? N’est-il pas souhaitable de maintenir la fonction architecturante propre au livre traditionnel dans son avatar numérique ?
Par Frédéric Kaplan
Ce billet m’est inspiré par la lecture du livre Mnémotechnologies de Pascal Robert. En p.360, il évoque ce qu’il appelle la « fonction-livre ». J’essaie d’explorer un peu ici cette notion et sa pertinence pour le livre numérique.
Nous pouvons penser le livre papier comme un lieu aménageable et fermé. Une maison par exemple. Ou un petit jardin. Ou une imposante église. Ou une scène de théâtre. Cela dépend évidemment du livre que l’on a à l’esprit. Si l’on suit cette métaphore, la fonction d’un livre papier serait d’organiser dans l’espace un ensemble de documents textuels et graphiques et ainsi de présenter à ses lecteurs la mise en scène d’un système de pensée. L’auteur du livre joue le rôle de l’architecte. Il compose, dispose, bref, aménage le lieu. Pour son futur lecteur, il trace une route principale et organise éventuellement des chemins de traverses, tout comme l’architecte structure son espace en en contraignant les principaux cheminements.
C’est précisément parce qu’il permet cette structuration hiérarchique, que le livre traditionnel a pu être le support de la demonstration longue et de la narration complexe. C’est parce qu’il est fermé comme un bâtiment qu’on visite, avec une entrée et une sortie, un début et une fin, qu’il permet le récit borné et l’argumentation articulée. En d’autres termes, c’est parce qu’il peut être structuré de manière architecturale que le livre a permis la pensée architecturée.
Cette association livre-architecture n’est évidemment pas nouvelle. Il suffit de penser à Victor Hugo et Notre-Dame-de-Paris, le livre de pierre menacé par l’arrivée du livre de papier. Elle est aujourd’hui souvent utilisée pour insister sur la lourdeur, la rigidité de la pensée portée par le livre. Face au livre « fermé », certains ont souligné les vertus libératrices de la pensée « ouverte », réticulée, décentralisée, que permettraient Internet et le web.
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http://fkaplan.wordpress.com/2010/07/27/la-fonction-architecturante-du-livre/




