Brouillons d’écrivains (BnF)

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Le terme « brouillon » n’apparaît qu’en 1551, se définissant, un siècle après l’invention de Gutenberg, par rapport au manuscrit et à l’imprimé. Mais l’objet lui-même avait depuis bien longtemps déjà emprunté les divers supports de l’écriture : feuille de papyrus, tablettes de bois ou de cire…

L’étymologie rattache le mot au germanique brod, « brouet », « bouillon ». Ce sont bien là, en effet, les bouillonnements de la pensée que l’on donne à voir en présentant des manuscrits de travail, témoins des hésitations et des blocages, des renoncements et des reprises, des trouvailles et des recherches de leurs auteurs. Conscients de la part d’eux-mêmes qu’ils abandonnent dans leurs archives, les écrivains ont eu, et ont encore, à leur égard une attitude variable, – les détruisant ou bien les conservant dans leur totalité ou en partie pour les léguer à la postérité.

Mais ceux qui, aujourd’hui, écrivent directement sur ordinateur laisseront-ils des traces de leur création ? Cette question en entraîne une autre sur ce que les manuscrits apportent d’irremplaçable à la connaissance d’un auteur et à la compréhension de la genèse de l’écriture. Si l’œuvre est « le masque mortuaire de la création » (selon Walter Benjamin), les brouillons n’en révèlent-ils pas le visage le plus authentique.

L’appellation de « manuscrit » – qu’il soit caractérisé comme « moderne », « d’auteur » ou « de travail » – recouvre ici tous les documents autographes précédant le livre imprimé. Mais avant de devenir reliques convoitées par les collectionneurs, objets d’étude pour les chercheurs, et même sujets d’exposition, ces manuscrits n’ont trouvé leur place au cours des siècles que dans la mesure où s’est peu à peu affirmé le statut de l’auteur. L’histoire de leur conservation depuis le Moyen Âge est donc aussi celle de la reconnaissance de l’écrivain, culminant à l’époque romantique avec la consécration de tout ce qui désormais porte la marque de sa main.

Jusqu’au milieu du XVIIIe siècle, ce sont surtout des textes non destinés à l’impression qui circulent encore sous forme manuscrite, alors que le manuscrit d’auteur lui-même continue à être négligé. Mais avec le temps des Lumières et la reconnaissance progressive des droits de l’écrivain, les manuscrits littéraires entrent dans une ère nouvelle : même si Voltaire se soucie peu des siens et que ceux de Diderot concernent des œuvres vouées à la clandestinité, la plupart des écrivains, à commencer par Rousseau, préservent désormais leurs archives. Pourtant, comme le montre au siècle suivant l’exemple de Chateaubriand ou de Stendhal – l’un détruisant ses brouillons, l’autre ne conservant que ses textes inédits – la relation à son travail reste pour chaque auteur une expérience singulière.

Ces deux derniers siècles auront-ils été l’âge d’or du manuscrit d’auteur ? Comme si le sacre romantique de l’écrivain avait entraîné la sacralisation de ses manuscrits, y compris de ses brouillons les plus laborieux, où apparaissent à l’état naissant le génie et la beauté. Le geste emblématique de Victor Hugo léguant ses papiers à la Bibliothèque nationale en institutionnalise la valeur dès la fin du XIXe siècle et inaugure un mouvement qui ne cessera de s’amplifier. L’importance désormais accordée aux traces de leur travail par les écrivains eux-mêmes et le goût contemporain pour les signes précieux et instables de la création vont faire du manuscrit tout à la fois un « objet-culte », un objet d’art et un objet d’étude.

Source :

http://expositions.bnf.fr/brouillons/expo/histoire.htm

 

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