Alain Minc phare de la pensée

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Par Antoine Perraud

J’aime AM (Alain Minc). Il parle comme l’écrivain Gabriel Matzneff, avec un phrasé précieux à souhait. En forçant l’écoute, je crois m’entendre sur France Culture. C’est peu de dire que M. Minc a tout pour me plaire.

Si j’emploie d’emblée la première personne du singulier, c’est en vue de frôler son art. Il sait, de sa plume frémissante, nous ouvrir son âme dans Une histoire politique des intellectuels (Grasset), qui scrute le bel engagement dans nos contrées, de Voltaire à BHL. Ainsi, au chapitre 39 (Un héros trop méconnu: Marc Bloch), confie-t-il: «J’ai offert depuis des décennies un seul livre aux personnes que j’estime: L’Étrange Défaite. Sans doute en suis-je un des plus actifs diffuseurs!» Parfois, M. Minc use du nous de modestie, qui lui va comme un gant.

Max Gallo (de l’Académie française), agrégé d’histoire et qui enseigna cette discipline à l’université de Nice, écrit dans Le Figaro, à propos du travail de M. Minc: «L’information de son livre est sûre.» Nanti d’une telle caution, l’ouvrage se montre en droit de créditer de Gaulle, à la veille de mai 1968, du soutien à toute épreuve de Maurice Clavel, bien que celui-ci eût rompu deux ans plus tôt à propos de l’affaire Ben Barka.

À l’avenant, nul être au monde ne saurait reprocher à M. Minc, sous peine d’apparaître bien cuistre, d’attribuer à Goebbels, comme monsieur tout le monde, la saillie: «Quand j’entends le mot culture, je sors mon revolver!» Qu’importe si cette image éloquente – d’autant qu’il joignit le geste à la parole – revient à Baldur von Schirach (aucun rapport avec deux hommes politiques français, l’un, soutenu par M. Minc, donc battu par l’autre en 1995) :

Au reste, le chef des jeunesses hitlériennes Baldur von Schirach (1907-1974) avait démarqué la réplique pétillante d’une pièce de l’auteur nazi Hanns Johst (1890-1978), créée le 20 avril 1933, jour du 44e anniversaire du tout nouveau chancelier Hitler.

Dès lors, pourquoi diminuer la besogne colossale de M. Minc avec des broutilles sans fin? Pourquoi chercher des poux dans la crinière d’un lion en s’égarant, par exemple, à contester que Jean Giraudoux, nommé commissaire général à l’Information du gouvernement Daladier, fût «la première tentative pour embarquer un intellectuel dans un poste politique comme représentant de la corporation»? Certes, il suffit de se reporter à la chronologie du livre pour découvrir qu’en décembre 1822, Chateaubriand fut impatronisé ministre des Affaires étrangères; certes, une ribambelle de cas similaires vient à l’esprit, tels le pair de France Hugo, le président du conseil Guizot, le ministre de l’Instruction publique Duruy, sans oublier le savant Marcelin Berthelot, par deux fois gratifié d’un maroquin. Forcément faux: comment douter un instant de «l’information sûre» du livre de M. Minc 

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http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/170910/alain-minc-phare-de-la-pensee

 

 

 

 

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