Le grand retour du Récit

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Par Philippine Cruse

Depuis les années 80, la critique s’intéresse au retour du récit après plusieurs décennies de déconstruction voire de rejet du genre. En cette rentrée littéraire, ce retour se précise et se distingue en plusieurs mouvements. A travers eux, les relations entre fiction et réalité. Si certains auteurs trouvent dans la réalité matière à explorer les imaginaires, d’autres, écoutent les faits résonner dans le monde contemporain. Petite analyse de l’air du temps.

Qui dit retour du récit suppose rupture ou divorce avec le texte classique qui s’est amorcé au début du XXème siècle avec les grands modernistes parmi lesquels Eliot, Joyce, Kafka, Proust, ou encore plus tard Michel Butor et Nathalie Sarraute. Au début des années 80, on a pu constater le développement d’une littérature où il était question en priorité de soi. Retour du sujet. L’écrivain se livrait, impudique, et nourrissait les mondes de l’autofiction. « J’écris pour comprendre, connaître, approfondir, mieux percevoir ce qui se déroule en moi » notait Charles Juliet dans Lambeaux. Trente ans après, le temps de l’auto-fiction semble s’être épuisé au profit d’un regard plus large sur le monde. Du sujet, le regard s’est porté vers l’objet et le monde plus généralement. Avec le récit, l’écrivain s’inscrit dans la réalité et convoque une voix qui va porter l’ensemble du texte. Le retour au récit peut aussi se lire comme l’expression de ce qu’Antoine Compagnon définit à travers « le ras le bol de l’hyper-intellectualisme ». Retour qui prône le plaisir de la lecture. L’écrivain s’adresse à un lecteur et partage avec lui l’histoire. Il veut en quelque sorte l’emmener avec lui, lui raconter une histoire. Comment cette réconciliation avec la forme narrative se développe-t-elle ? 

Les souffles de l’histoire

L’écrivain écoute l’écho des faits anciens résonner dans le monde contemporain.
Une quinzaine de romans s’inspirent ainsi de la Seconde guerre mondiale pour cette rentrée littéraire. A priori, on pourrait penser que l’Histoire est là pour combler un manque d’imagination.Or, l’intérêt historique est loin d’être un frein à l’exploration de l’imaginaire selon Emmanuel Bouju. La préoccupation du formalisme s’affaiblit au profit  d’un nouveau regard sur l’histoire et un engagement de la part de l’écrivain. Concernant particulièrement la Seconde Guerre Mondiale, Bouju souligne : « la littérature française ne s’est pas donné de repère historique aussi fort (…) contrairement à l’Allemagne, avec la chute du Mur ou au Portugal avec la révolution des œillets. » Pensons au texte surprenant de Claro CosmoZ qui revisite les cinquante premières années du XXème siècle en reprenant les fils tissés par Le Magicien d’Oz de Baum. La guerre d’Agérie est aussi la grande inspiratrice des récits d’Alice Ferney Passé sous Silence et de Jérôme Ferrari Où j’ai laissé mon âme en cette rentrée 2010. 
Pour les deux écrivains, le roman s’est écrit après la confrontation d’une certaine réalité puisée dans le documentaire . Alice Ferney,  aurait-elle eu l’idée d’écrire Passé sous Silence sans L’Ennemi Intime, un documentaire de Patrick Rotman sur la guerre d’Algérie ? 

Lire la suite :

http://www.viabooks.fr/article/fictions-du-recit-17771

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Un commentaire

  1. Joël Bécam

    13 septembre, 2010 à 13:52

    Et la  » fable « , lorsqu’elle se dit  » politique  » qui plus est, en diriez-vous qu’il s’agit d’un retour au récit ?
    Linda Lê, Cronos, Christian Bourgois éditeur : une  » fable politique  » justement…
    Voir la quatrième de couverture et l’article que je lui consacre sur l’Amour délivre.
    Bien cordialement.
    Joël Bécam

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