Accueil Actualité - Événement Teresa Cremisi, Présidente de Flammarion : «Les libraires qui défendent leurs goûts sont de vrais héros»

Teresa Cremisi, Présidente de Flammarion : «Les libraires qui défendent leurs goûts sont de vrais héros»

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Avec la « Carte et le territoire », de Michel Houellebecq, qui vient de sortir en librairie, Flammarion revient dans la course aux prix littéraires. Teresa Cremisi, sa présidente, s’exprime sur son métier d’éditeur, sur la « best-sellerisation » qui gagne la littérature française et sur le défi numérique.

Propos recueillis par Daniel Fortin et Nathalie Silbert

La rentrée littéraire est une particularité française. Est-elle toujours un rendez-vous aussi important pour les éditeurs ?

Oui, c’est un moment d’effervescence littéraire très fort en France. Pour des maisons comme Gallimard, Grasset ou le Seuil, qui sont traditionnellement des «maisons à rentrée», c’est un rendez-vous crucial, la voie d’accès au prix littéraires. Chez Flammarion, les choses sont différentes. Bien sûr, nous sortons cinq romans français et trois étrangers pour cette rentrée. Mais en général une rentrée pèse relativement peu dans le chiffre d’affaires du groupe. Nous publions chaque année environ 1.600 titres (y compris les livres de poche) dans des domaines aussi variés que les essais, la jeunesse, la bande dessinée, les beaux livres, le scolaire. Parmi eux on compte une soixantaine de romans. Pour nous, la rentrée littéraire est donc moins déterminante : cela fait d’ailleurs des décennies que Flammarion n’a pas reçu un grand prix de littérature française.

Le public est-il toujours friand de littérature ?

J’ose une banalité terrible : oui la littérature tient une place importante pour les lecteurs français. Et deuxième banalité : oui la littérature de qualité est un bon investissement. Vous savez, le métier d’éditeur c’est en réalité beaucoup de métiers différents : les beaux livres, les essais, le scolaire, le poche, la jeunesse… Par rapport à tous ces métiers-cousins, celui d’éditeur de littérature contemporaine est certainement le plus en pointe, le moins rationnel, mais aussi celui qui entraîne tout le reste.

Vous publiez le dernier roman de Michel Houellebecq, «La carte et le territoire» qui sort aujourd’hui. Espérez-vous revenir dans la course aux prix avec ce livre ?

Michel Houellebecq a raté trois fois le Goncourt. Tout le monde a dit que s’il avait été publié chez Gallimard il l’aurait eu. Je le pense aussi : certainement pas en raison de trucages ou corruption contrairement aux clichés habituels sur la « cuisine des prix ». Il n’y a rien de tout cela dans les prix littéraires d’aujourd’hui. On peut plutôt évoquer des habitudes, des jeux d’amitié et d’influence. Michel Houellebecq revient chez Flammarion où, sauf «La Possibilité d’une île» publié chez Fayard-Livre de poche, toute son oeuvre est publiée et présente en poche chez J’ai lu. Quant aux prix, rien n’est plus difficile que d’être un Goncourt annoncé.

Une crise comme celle que nous venons de traverser peut-elle avoir une influence sur le travail des romanciers?

Non, pas du tout. Il n’y a pas d’effet automatique de miroir de la littérature. La littérature, c’est ce qu’on fait de ce que l’on a en soi. Elle se nourrit de l’époque et l’influence à la fois. Elle voit par anticipation des choses que les historiens ou les journalistes n’ont pas encore détectées. C’est un capteur, une antenne, un révélateur, mais sa temporalité est différente de celle de l’actualité.

Comme beaucoup d’autres activités, l’édition semble ne pas échapper à une médiatisation croissante. Comment les auteurs le vivent-ils ?

Il existe tous les cas de figure. Parfois la médiatisation est tellement appuyée qu’elle frôle le ridicule. Mais il y a aussi des auteurs qui ne se montrent jamais. En trente ans, Milan Kundera, par exemple, ne s’est jamais laissé photographier. Il n’a jamais accepté une interview. Pour ce qui est de Michel Houellebecq, cinq années s’écoulent généralement entre la sortie de chacun de ses romans. Et pendant cette période, on ne le voit pas, on ne l’entend pas. En réalité, il n’y a pas de recettes. Chaque auteur a son propre rapport aux médias. Je ne partage pas l’idée que notre époque aurait inventé la « peopolisation » des auteurs. Rappelons-nous que dans les années cinquante et soixante, Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir étaient de véritables stars, omniprésentes dans le paysage.

On a parfois le sentiment que l’exigence d’écriture est en train de disparaître. Certains auteurs publient un roman chaque année par exemple. Cela vous gêne-t-il ?

Mais non, mais non… Il y a toujours eu une littérature grand public et des auteurs populaires dont certains, du reste, sont de grande qualité. Quant à la littérature exigeante, elle existe toujours, la France est riche de très bons écrivains. Et qu’ils écrivent un livre tous les six mois ou tous les six ans ne change rien à l’affaire.

Lire la suite :

http://www.lesechos.fr/info/comm/020769367751–les-libraires-qui-defendent-leurs-gouts-sont-de-vrais-heros-.htm

 

 

 

 

 

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