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Des livres pour tous

Posté par Serge Bénard le 30 août 2010

Nous signalions, le 17 mai dernier, la sortie du remarquable recueil d’études dirigé par Lodovica Braida et Mario Infelise sur le thème du «livre pour tous» (Libri pet tutti). La lecture des différents articles en est particulièrement stimulante, non seulement de par la problématique très large du propos, mais aussi parce que celui-ci est envisagé dans une perspective implicitement comparatiste, et surtout dans le long terme (de l’Ancien Régime à aujourd’hui).

Entre économie et contrôle. Le «livre pour tous» recouvre des problématiques qui sont d’abord d’ordre économique, dimension qui se fait progressivement plus sensible à partir de la fin de l’Ancien Régime et avec la seconde révolution du livre (à partir des années 1760 et au XIXe siècle). L’élargissement du public des lecteurs s’accompagne d’un élargissement du volume des affaires, et la logique même de l’industrialisation de la branche se fonde sur la mise en place d’une forme de production de masse dont la question de la qualité ne tardera pas à être posée.

Car le modèle du «livre pour tous» touche aussi à l’écriture (le type de diffusion est déjà pris en compte au niveau de l’écriture elle-même), tout comme à la problématique d’une lecture éventuellement définie comme «populaire» (voir sur ce point la critique très bien venue de Mario Infelise, p. 3). Mais il touche surtout au contrôle des textes et de leur diffusion, et, quelques décennies à peine après l’invention de la typographie en caractères mobiles (vers 1450), l’élargissement du public dévoile déjà certaines des ambiguïtés qu’il implique. D’une part, il est considéré comme bénéfique que chacun, du moment qu’il sait lire (mais pas nécessairement, avec la pratique de la lecture en public), puisse avoir accès aux textes imprimés, et d’abord aux textes sacrés. De l’autre, les dangers potentiels présentés par une lecture sans contrôle apparaissent aussi: il convient, pour pouvoir accéder à un certain type de textes, de disposer d’un certain niveau de formation intellectuelle qui garantirait de pouvoir distinguer plus précisément le vrai du faux, et qui serait nécessaire pour asseoir un jugement fondé. Bref, si tout un chacun peut lire, cela n’est pas nécessairement souhaitable, bien au contraire.

Six grandes parties. Après l’introduction de Mario Infelise, l’ouvrage publié par nos collègues envisage d’abord la question de l’articulation entre oralité et imprimé, puisque l’imprimé de grande diffusion s’adresse en priorité à un monde dominé par la communication orale: Mario Infelise rappelle d’ailleurs que, encore au début du XXe siècle, la Calabre compte 70% d’analphabètes, contre 11% au Piémont. De telles distorsions ne peuvent pas rester sans effets sur l’économie du livre.

Mentionnons plus particulièrement l’étude des chansons imprimées (par Tiziana Plebani, p. 57 et suiv.). On pourrait, d’une certaine manière, relier à cet exemple la question de l’image, envisagée notamment par Giorgio Bacci pour la fin du XVIIIe et le XIXe siècle (p. 163 et suiv.) : l’article de Bacci envisage aussi la question des transferts de modèles éditoriaux, avec la prégnance de certains modèles français sur l’édition italienne au XIXe siècle.

Lire la suite :

http://histoire-du-livre.blogspot.com/2010/08/des-livres-pour-tous.html

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La plus luxueuse bibliothèque d’Asie

Posté par Serge Bénard le 30 août 2010

La plus grande et luxueuse bibliothèque d’Asie ne se situe ni à Shenzhen ni à Guangzhou, mais à l’Université de Shantou, ville de l’est de la province du Guangdong.

La nouvelle bibliothèque de l’Université de Shantou, d’une superficie de 21 000 mètres carrés, a nécessité 400 millions de yuans d’investissement et ses travaux ont débuté en juin 2007 pour s’achever en 2009. L’intérieur est à la fois élégant et chaleureux, et s’accorde à ses lignes extérieures équilibrées.

 

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Plus de 6 000 ouvrages indexés à la bibliothèque de Saint-Thégonnec (29)

Posté par Serge Bénard le 30 août 2010

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Bibliothèque : Françoise  indexe plus de 6 000 ouvrages – Saint-Thégonnec (29)

Françoise Bordais réalise un long travail d’indexation des ouvrages de la bibliothèque.

La bibliothèque associative est en cours d’informatisation depuis début juillet, pour une période de trois mois. L’association, présidée par Solange Rumeur, gère plus de 9 000 ouvrages et comptabilise environ 130 familles adhérentes. La bibliothèque ne pouvait échapper à l’arrivée de l’informatique, qui a déjà fait ses preuves dans beaucoup de bibliothèques et pour la bibliothèque du Finistère, partenaire de celle de Saint-Thégonnec (le bibliobus y vient régulièrement), c’était un outil devenu incontournable. Une convention a été signée au mois de juin dernier entre la municipalité et l’association bibliothèque afin de fixer les responsabilités et les obligations de chaque partie.

C’est Françoise Bordais qui a été embauchée par la commune pour ce travail spécifique d’informatisation. Elle en profite pour effectuer un désherbage (les ouvrages non retenus sont remis à Terre d’espoir). Elle devrait arriver à mettre en service 6 000 livres en excellent état. Chaque livre est répertorié sur un logiciel (saisie informatique) et il lui est apposé un code-barres. Pour ce travail d’indexation, mais aussi pour les réparations, les bénévoles viennent lui apporter une aide efficace.

Les ouvrages sont répartis par genres : bandes dessinées adultes, romans, fond local (Saint-Thégonnec et sa région), romans et bandes dessinées en breton, livres en grand caractère, documentations adultes, romans et bandes dessinées enfants.

Françoise a bon espoir de réaliser ce travail d’informatisation dans le temps qui lui a été imparti, la bibliothèque devrait ainsi rouvrir début octobre. Il y aura aussi du changement avec l’attribution d’une carte d’adhésion annuelle et nominative (gratuité pour les emprunts) et une plage horaire d’ouverture de six heures par semaine.

Source :

http://www.ouest-france.fr/actu/actuLocale_-Bibliotheque-Francoise-Bordais-indexe-plus-de-6-000-ouvrages-_29163-avd-20100828-58853864_actuLocale.Htm

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9 septembre – La bibliothèque nationale de Chine célèbrera son centenaire

Posté par Serge Bénard le 30 août 2010

Pour son centenaire, la Bibliothèque nationale de Chine organise un ensemble de manifestations, annonce le site internet de la bibliothèque.

La bibliothèque a commencé mardi une exposition de ses pièces les plus rares et les plus particulières, parmi elles, neuf pièces divinatoires sur os de la dynastie des Shang (1 600 -1 046 av. notre ère).

Une autre exposition retraçant l’histoire de la bibliothèque pendant les 100 ans passés ouvrira ses portes mardi prochain. Ces deux événements dureront jusqu’au 7 octobre.

Lundi prochain, la bibliothèque organisera un symposium de quatre jours sur l’évolution de la collection et le service des études chinoises. Le jour suivant, une conférence sur les progrès internationaux des bibliothèques sera organisée et elle durera jusqu’au 12 septembre.

La bibliothèque nationale de Chine a été fondée le 9 septembre 1909, jour où le gouvernement de la dynastie des Qing (1644 -1911) a autorisé la construction de la Bibliothèque de la capitale.

La bibliothèque nationale de Chine est la troisième plus grande bibliothèque dans le monde.

Source: xinhua

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L’accueil virtuel en bibliothèque

Posté par Serge Bénard le 30 août 2010

Déjà plus de dix ans depuis la première apparition de sites de bibliothèque française sur le Web. On connaît la vitesse d’évolution dans le domaine des technologies d’Internet, cette course effrénée c’est aussi celle de l’adaptation à ces nouvelles technologies ; aujourd’hui les sites des bibliothèques sont plus fournis et c’est en utilisant des principes simples d’ergonomie qu’ils communiqueront et accueilleront le mieux.

Le temps de connexion en France est d’environ vingt quatre heures par mois et par personne, Internet est le média le plus consulté devant la télévision (38 % du temps hebdomadaire contre 35 % pour la télévision). Parmi les 30 sites les plus visités figurent une immense majorité de sites commerciaux, souvent en concurrence, dès lors tout doit être mis en place pour retenir l’internaute ; l’ergonomie, la convivialité et le graphisme sont pris très au sérieux.

Si l’on compare les premières versions en ligne de certains établissements, avec notamment l’exemple de la Bibliothèque nationale de France, on remarquera que c’est au printemps 2001 qu’elle a adopté un graphisme plus travaillé, avec une image de livre ouvert en arrière plan, il n’y aura pas de véritable changement graphique jusqu’au dbut de l’année 2005, date à laquelle la bibliothèque optera pour une forme plus moderne, basée sur quatre rubriques centrales aux tons gris et gris clair puis la dernière version aux tons violet.

A l’image de la Bnf, les changements graphiques des sites de bibliothèque ne sont pas fréquents et restent bien souvent discrets. Cependant si la page d’accueil de la Bibliothèque nationale des débuts comptait un peu moins de 30 liens elle en comporte aujourd’hui plus de 100, si l’on ajoute tous les liens possibles depuis les rubriques du haut.

A cette époque, les préférences Windows, les liens hypertextes bleu soulignés, les fontes de caractères Times New Roman peuplaient le Web. Pourtant aujourd’hui on ne peut noter une surenchère d’effets graphiques qui serait liée aux évolutions technologiques, facilitée en plus, par la couverture quasi totale du haut débit. Les sites des bibliothèques n’obéissent pas aux principes de communication des sites commerciaux et n’utilisent pas ou peu les animations4, les pop-up intempestifs, cependant les règles basiques d’ergonomie sont les mêmes pour tous.

Lire la suite :

http://www.dmoz.fr/informatique/l%E2%80%99accueil-virtuel-en-bibliotheque/

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Définition du jour : Code typographique

Posté par Serge Bénard le 30 août 2010

Code typographique. Il rassemble les règles de la typographie : ponctuation, abréviations, coupures des mots, etc. On peut craindre le pire avec l’évolution du web sur lequel les règles classiques sont sont méconnues voire inconnues des intervenants (on ne parle même pas de l’orthographe ni de la syntaxe).Pour les puristes, les temps sont durs. Mais il existe des logiciels appropriés.

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Récents prix littéraires

Posté par Serge Bénard le 30 août 2010

   Prix de l’Algue d’or et Prix du Premier Roman de Sablet : Liliana Lazar Terre des affranchis (Gaïa)

   Prix littéraires du Salon du livre en Bretagne de Vannes : Prix An Avel (dans le vent) : David Foenkinos La délicatesse (Gallimard) 
Prix Ar Mor (la Mer) : Yann Queffélec Adieu Bugaled Breizh (Le Rocher) et Claude Arz Croyances et légendes de la mer (Le Télégramme) 
Prix Ar Vro (Le pays, la Bretagne) : Claude Crozon D’un autre monde (Robert Laffont)

   Prix Vent du Large : Isabelle Autissier Seule la mer s’en souviendra (Grasset) Mention Spéciale Bandes Dessinées : Nicolas Juncker Immergés (Glénat)

   Prix de l’Internaute : Benoît Duteurtre Le Retour du Général (Fayard)

   Prix Duménil : Franz-Olivier Giesbert Un très grand amour (Gallimard)

   Prix Maurice Genevoix : Jean-Louis Ezine Les taiseux (Gallimard)

   Prix de l’Essai de la Revue des Deux Mondes : Antoine de Baecque Godard (Grasset)

   Prix Loin du Marketing : Pierre Autin-Grenier

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Indépendants ou auto-édités, les auteurs trouvent une place de choix

Posté par Serge Bénard le 30 août 2010


Pour s’offrir une visibilité terrible dans un magazine professionnel.

Par Nicolas Gary

Une révolution est-elle en ordre de marche ? Alors que les chiffres de l’auto-édition pour 2009 avaient laissé tout le monde sur le carreau, le journal professionnel Publishers Weekly entend participer à l’essor de ce pan méconsidéré de la vie éditoriale.

Do you remember the time…

Pour l’année passée, les États-Unis enregistraient en effet une progression phénoménale de l’auto-édition, avec un + 132 % (soit 285.394 ouvrages publiés), contre un recul du nombre de parutions à travers les canaux classiques, de 3 %, à 275.232 ouvrages. En somme, non seulement ce pan de l’édition progresse, mais de surcroît, il dépasse l’édition traditionnelle.

Selon Kelly Gallagher, vice-président de Bowker, la production est désormais deux fois supérieure dans l’auto-édition que sur le marché classique de l’édition. Les entreprises ont largement le vent en poupe, et profite très bien d’internet pour assurer son développement. (lire notre actualité)

Ben nous aussi dans ce cas !

Fort de ce constat, le journal professionnel PW vient d’ouvrir, à travers son site internet, ses colonnes aux auteurs auto-édités qui souhaitent apparaître dans le supplément de décembre. Le coût de cette inscription est de 149 $, mais les abonnés du magazine pourront en profiter gracieusement.

http://www.actualitte.com/actualite/21113-ecrire-publicite-livre-magazine-professionnel.htm

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Traité des plus belles bibliothèques de l’Europe

Posté par Serge Bénard le 30 août 2010

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Des premiers livres qui ont été faits. De l’invention de l’imprimerie. Des imprimeurs. De plusieurs livres qui ont été perdus et recouvrez par les soins des sçavans. Avec une méthode pour dresser une bibliothèque. Suivant la copie, à Paris, chez E. Michallet, 1685, in-12, [10]-240 p., plein veau havane de l’époque, dos orné à 5 nerfs, pièce de titre en basane brune, tranches rouges (mors frottés, coiffe de tête dégarnie, coins émoussés, fleuron au titre repassé en rouge, papier jauni, un frontispice manque peut-être). Traduction libre du « De Bibliothecis » de J. Lomeyer. Etiq. ex-libris moderne du docteur Rickaert.

Estimation:  25/50 €

Le Libraire Alain Ferraton

Chaussée de Charleroi, 162 B8

1060 Bruxelles Belgium

Tél: 02.538.69.17

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L’édition est un artisanat qui se rêve industrie, le numérique, l’inverse

Posté par Serge Bénard le 30 août 2010

Par Nicolas Gary

Actialuna est une maison d’édition originale qui a vu le jour en janvier 2010, et se place en exploratrice, cherchant « approches éditoriales originales propres aux différents supports numériques, dans la dynamique des nouveaux comportements de lecture ». L’occasion d’aborder plusieurs questions esthétiques avec elle…

 

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ActuaLitté : Actialuna se présente comme une société de design éditorial. Que pensez-vous à ce titre de l’interface du logiciel iBooks, d’un point de vue esthétique, de ces éternels six coins de pages de chaque côté ?

Actialuna : Je voudrais commencer par une remarque préliminaire. L’ordinateur, qui est un petit meuble, s’est démocratisé avec le couple clavier/souris. L’attitude adoptée est alors de s’installer devant pour interagir avec lui. L’ordinateur portable a changé ce rapport, mais le besoin de « s’installer devant » persiste. Alors que l’attitude face à un livre est de le prendre avec soi, pour l’emmener et l’utiliser dans des positions et des contextes très variés.

Le téléphone portable semble pouvoir le permettre lui aussi, mais son petit écran n’offre toutefois pas la possibilité d’afficher des compositions de page complexes, par exemple deux colonnes de texte. Les tablettes de lecture et maintenant l’iPad représentent donc un nouveau stade. En abandonnant les périphériques de saisie (clavier, souris, etc.) et en étant suffisamment compacts, ils offrent un nouveau type d’interaction – le rapport compacité, poids, puissance, autonomie est devenu acceptable. Ce nouveau support va permettre de reprendre toutes les expérimentations précédentes en terme de création de savoir explorées avec le CDRom, avec Internet, etc. Comme tous les nouveaux supports, on ne sait pas trop comment l’aborder, et on va chercher des références dans ce qui précède.

Pour répondre à votre question, le livre numérique commence par la force des choses par ressembler au livre papier. C’est fréquent dans l’histoire de l’art. Le cinéma par exemple a cherché ses codes dans le théâtre. À l’instar des peintres qui se sont détournés du réalisme à l’arrivée de la photographie, il faut néanmoins chercher des références sans les subir. Voilà tout le défi du livre électronique vis-à-vis de son pendant papier.

Au début des interfaces graphiques (le Lisa, le Macintosh, Windows 1), une artiste très importante du nom de Susan Kare a contribué à rendre l’espace de travail (le bureau de l’ordinateur) compréhensible. Elle a en effet designé toutes les icônes du Macintosh, puis de Windows. Son travail est absolument remarquable, simplement parce qu’il se situe dans la métaphore : une « corbeille » pour « effacer » un document nous semble désormais naturel.

Aujourd’hui, les possibilités graphiques et techniques sont telles que l’on tombe facilement dans l’excès d’effets. Les derniers choix d’Apple pour l’iPad sont en ce sens discutables. Dans ses GUI (Guidline User Interface), Apple conseille en effet de simuler des objets du quotidien. Le logiciel de note ressemble dès lors à un carnet de notes américain, et iBooks ressemble à un livre dont on tourne les pages. Mais métaphore et simulation réaliste sont deux concepts très différents : l’un fait recours au sens, tandis que l’autre fait recours au leurre.

ActuaLitté : Je vous ai déjà entendu dire que copier ou tenter d’imiter le papier ne donnait rien d’intéressant. Pourriez-vous développer cette idée ?

Actialuna : En effet, et cela me permet de continuer mon propos.

L’appropriation se passe quand on peut projeter son univers intérieur, et non pas lorsque l’on subit l’interprétation d’un autre. Évoquer le papier peut être une bonne idée, mais le simuler beaucoup moins. Que faire, dès lors que la simulation ne semble plus une si bonne idée ?

On peut voir, dans la presse ou chez des éditeurs axés numérique, un début de réflexion intéressante sur l’utilisation de la verticalité et de l’horizontalité avec une surface tactile. Un livre papier est en effet un objet en volume : son unique axe de progression est la profondeur. On suit avec l’auteur une intention, une démarche, un raisonnement ou le fil d’une histoire. Mais une surface tactile est fondamentalement différente. En perdant cette dimension de profondeur vis-à-vis du livre papier, la surface tactile peut en revanche utiliser à son avantage deux autres dimensions : l’évolution verticale aussi bien qu’horizontale au sein du texte, grâce au toucher du doigt.

Ce qui a une conséquence directe : une page peut devenir une entité signifiante. Par exemple, un article d’une revue peut se lire verticalement, tandis que le passage à l’article suivant s’effectue par un glissement horizontal. Et en littérature, cela peut devenir un choix éditorial ou un exercice de style de la part de l’auteur, de mettre un terme à sa page à un endroit plutôt qu’à un autre. Et ainsi donner du sens, travailler le rythme de lecture d’une nouvelle façon en choisissant la longueur de ses pages. Les possibilités sont tellement vastes que les usages des auteurs comme des lecteurs vont évoluer progressivement. Nous sommes toujours leurrés par les micro-mises à jour rapides du monde technologique. Mais les usages sont toujours plus lents à changer. Pour trouver les nouvelles façons d’interagir avec du contenu textuel, il faut aussi bien de l’expérimentation et de la créativité que de la recherche scientifique, qui examine et valide l’ensemble de ces expérimentations. L’un de ces enjeux serait notamment le feuilletage et la mémorisation de la géographie d’un livre, donc la façon de se repérer au sein d’un texte. Il y a encore beaucoup de travail dans ce domaine.

Que vous inspire le formatage auquel on peut assister quand on lit un livre numérisé sur n’importe quel logiciel ? Comment aborder l’idée de livres qui se ressemblent finalement tous ?

Actialuna : Quand le Macintosh est arrivé les typographes l’ont souvent méprisé, car les finesses qu’un compositeur pouvait obtenir étaient sans commune mesure avec ce qu’une « vulgaire » machine pouvait faire. Une concurrence déloyale, une uniformisation se faisait jour au nom de l’économie de temps et d’argent. Aujourd’hui, la typographie n’est toujours pas en mesure de produire les mêmes résultats que le plomb, mais elle fait d’autres choses. Il y a d’abord une démocratisation de l’acte d’ »imprimer ». Sur le plan artistique, on commence également à voir des raffinements en termes d’espaces, de variations de caractères totalement inédits et impossibles à faire en plomb… Des caractères conditionnels qui se modifient selon le contexte.

Le livre change de nature en se dématérialisant. L’erreur serait de considérer qu’un livre imprimé est la même chose qu’un livre électronique. Sa nature profonde change.

L’édition n’est pas une industrie dès lors que, contrairement à la production d’une barre d’acier, il existe un grain de sable qui s’appelle l’artiste ou l’auteur, dont les exigences vont demander à l’éditeur une adaptation permanente. L’édition est un artisanat qui se rêve industrie. Pour l’édition numérique, c’est l’inverse : ce sont des algorithmes, du code… bref, une force de frappe industrielle au sein de laquelle il faut réintroduire ce travail artisanal.

C’est l’essence même de l’existence de Actialuna.

Le mot « hacker » a été détourné de son sens initial : il désigne originellement des « bidouilleurs » qui maitrisent si bien l’outil informatique qu’ils sont en mesure de le soumettre à leur volonté humaine. D’une certaine façon, et sans nous revendiquer hackers, nous cherchons pareillement à plier le livre numérique et son formatage – implicitement critiqué dans votre question – à des exigences artistiques, et donc humaines

ActuaLitté : « J’ai grandi en lisant des livres, pas des textes ». Que pensez-vous de cette formule de Verlyn Klinkenborg ?

Actialuna : Il y a une chose intéressante à noter : la bascule qui s’opère en ce moment dans la classification des livres. On ajoute à l’ISBN un ISTC (International Standard Text Code), ou pour être exact l’ISBN devient un numéro périphérique à l’ISTC. Une œuvre (un texte) est identifiée et le livre devient une instance de cette œuvre. C’est donc bien la notion de texte qui devient centrale en ce moment.

La notion de livre, quant à elle, pose d’emblée un problème puisqu’elle recouvre de nombreuses réalités.

Tout d’abord, l’essence même de l’écriture d’un livre est l’idée d’achèvement. La démarche intellectuelle de l’auteur implique un point final. Ce qui s’oppose à la notion de site, ou à presque toute entité numérique qui se met à jour de façon significative et régulière. Alors qu’il faut terminer un livre pour le publier, le livre électronique va dès lors évoluer vers un objet collaboratif où cette notion d’achèvement sera beaucoup plus floue. Le livre tel qu’on le conçoit aujourd’hui deviendra un choix artistique fort parmi d’autres voies possibles.

Il y a ensuite la notion de livre-objet, imprimé sur de beaux papiers, relié, etc. Qu’il s’agisse de bibliophilie ou simplement d’un ouvrage soigné, si cet objet a du sens artistiquement parlant il sera très difficilement concurrencé par le livre électronique.

Quant à l’aspect sentimental du livre, il est aussi réel que subjectif. Contrairement à une idée reçue, les appareils électroniques peuvent bénéficier d’une révérence similaire. Il n’y a qu’à voir le phénomène que représente le retrogaming, avec ces nombreux passionnés collectionnant les anciennes consoles et les cartouches de jeu.

Si l’on parle de l’évolution de l’objet c’est évidemment très discutable : un Gallimard NRF des années 50 est par bien des aspects un objet plus soigné que ce qui se fait aujourd’hui. Toujours est-il que le papier possède de vrais avantages en termes de toucher ; on peut le plier, il mémorise une histoire, et il peut s’annoter.

Mais l’annotation (ou plutôt la facilité d’annotation) est là aussi clairement un enjeu technologique. S’il n’est plus question de marquer le papier, il y a des solutions très différentes à imaginer avec l’arrivée du réseau social dans le marquage, la citation, la référence, le marque-page (voire le marque mot), le surlignement, etc. Bref, la réintroduction d’un monde analogique dans un monde digital est une question centrale qui fait aujourd’hui défaut à l’édition électronique, et plus généralement à l’univers numérique.

Une fois encore, il faut réintroduire de l’artisanat dans l’industrie numérique. Il faut réintroduire de l’imperfection, du détail, du raffinement, de la personnalité, de l’unicité. Actialuna est clairement sur cet axe, l’axe du « beau » livre numérique, travaillé, soigné en particulier sur les interfaces.

ActuaLitté : Antoine Gallimard estime que la numérisation risque de dévaloriser le contenu (en savoir plus). Comment abordez-vous cette problématique ?

Actialuna : Ce n’est pas faux, on l’a déjà vu avec le monde du graphisme. En démocratisant la pratique du graphisme, l’informatique l’a appauvri, ou plutôt – et la nuance est intéressante – les bons graphistes ont été noyés dans un océan de graphistes moyens qui sont arrivés sur le marché en souffrant d’un manque de transmission de savoirs, et en ignorant un peu le monde qui les précédait.

L’acte éditorial va lui aussi se démocratiser avec le numérique, et les éditeurs déjà un peu noyés dans une surproduction vont eux-mêmes se retrouver noyés dans la masse de textes circulant sur Internet. Bref, un seul mot d’ordre : qualité, qualité, qualité ! Pas de concessions, il faut de la qualité ! C’est le rôle et le devenir des éditeurs, leur « label » même, et seuls ceux qui pousseront leur engagement en ce sens pourront émerger.

On peut aussi prendre le problème sous un autre angle. Si faire un livre devient un choix artistique fort, beaucoup d’auteurs risquent de se tourner vers d’autres formes de production littéraire. La littérature va prendre des formes variées et inattendues, et « faire un livre » va dès lors rentrer en concurrence avec « faire autre chose qu’un livre ».

Puisque contenu et contenant se séparent dans le numérique, le contenu pourra ainsi se retrouver là où on ne l’attendait pas, à des endroits insolites et sous des formes totalement improbables. Le papier électronique est très loin d’avoir montré tout son potentiel, mais il pourra bientôt se mouler sur des objets, et dès lors que l’on sera capable de publier de façon interactive, des « mots » seront capables de s’afficher et d’évoluer sur une tasse, un mur, aussi bien que sur une carrosserie de voiture. Laissant ainsi place à une large créativité en terme d’art et d’architecture

Et puis une dernière chose… il y a des époques. L’Europe ne vit-elle pas quelque peu dans une nostalgie de ce qu’elle était dans la première moitié du XXe siècle, sur le plan artistique et littéraire ? Cet engouement créatif propre à faire bouger les choses, à changer le monde, comme ces bâtisseurs de l’époque romane qui ont su prendre l’innovation à bras le corps, sans trop savoir où ils allaient, pour nous léguer ces monuments extraordinaires ? Plus près de nous, il est amusant de voir que l’histoire du jeu vidéo commence à être retracée par des personnes tout à fait sérieuses qui se penchent sur sa créativité des débuts, et lui confèrent ses lettres de noblesse.

La littérature, quant à elle, jouit en France d’un statut à part dans les arts, ce qui n’est pas le cas partout. En rebrassant les cartes, la numérisation appuie alors sur des sensibilités. Mais les auteurs et les éditeurs ne s’arrêteront pas là, ils sont pleins de ressources et nous sommes très curieux du bouillonnement créatif dont ils seront capables de faire preuve. Nous sommes aussi tout à fait prêts à les accompagner en ce sens.

ActuaLitté : Merci beaucoup pour cet entretien.

Actialuna : Avec plaisir. [NdR : Oui, je sais, tout le plaisir était pour moi...]

Source :

http://www.actualitte.com/actualite/20025-entretien-actialuna-design-editorial-numerique.htm

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