Trop de livres ?

Posté par Serge Bénard le 29 août 2010

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Par Jean-François Nadeau

Tant de forêts sacrifiées pour la pâte à papier de milliers de livres qui attirent désormais l’attention des lecteurs, dans leur achevé d’imprimer, sur le drame des forêts déboisées! On trouve, dans les nouveaux bouquins, des mentions comme celle-ci: «L’impression de cet ouvrage sur papier recyclé a permis de sauvegarder l’équivalent de 118 arbres de 15 à 20 cm de diamètre et de 12 mètres de hauteur.» Combien en aurions-nous sauvé en ne les imprimant pas du tout, ces ouvrages prêts-à-jeter, ces livres sans cesse réimprimés sous de nouveaux titres, ces briques de papier destinées à finir leur vie, comme leurs anciens avatars, dans des déchiqueteuses?       

Le prêt-à-jeter pour entretenir l’industrie de la grosse pâte à papier, est-ce bien l’avenir promis à l’édition?

Une surproduction de titres est à tout le moins préférable à son contraire. Mieux vaut en effet se trouver devant trop de livres que pas assez. Et qu’importe une surproduction puisque tout cela finit, en se désagrégeant dans les esprits, par former des engrais intellectuels nouveaux où pousseront, peut-être, de belles fleurs toutes neuves.

Ce sont là, schématisés au possible, les termes d’une argumentation classique pour la défense de l’édition placée à l’enseigne de l’abondance, voire du trop-plein.

Bien que cet argument soit toujours valable quant au fond, il mérite néanmoins d’être reconsidéré à l’épreuve de nouvelles réalités.

Mais lorsque quelqu’un comme l’éditeur Jean Barbe s’élève, dans un billet publié ces derniers jours par Quebecor, contre «les bien-pensants, les professeurs de littérature et les éditeurs de poésie» qui défendent «la qualité plutôt que la quantité», il s’épargne, dans une pirouette bien populiste, de rappeler quelques données factuelles pourtant troublantes.

En un mot, demeurer favorable à un monde de l’édition qui se gonfle comme le boeuf de la fable n’est possible qu’à la condition préalable de s’aveugler sur ce que signifie aujourd’hui «trop publier». Car, sur ce terrain, entre hier et aujourd’hui, les différences d’échelle sont si grandes que le rappel de certains chiffres s’impose afin de bien comprendre qu’il ne s’agit pas ici d’une position de bien-pensants, de professeurs de littérature ou de poètes, mais d’un constat froid quant à une démesure totale.

Considérons la production de livres aux États-Unis. En 1995, les maisons d’édition avaient lancé environ 55 000 nouveautés. En 2010, ce sera pratiquement 200 000 titres nouveaux qui paraîtront. Soit 263 % plus de titres qu’il y a quinze ans! Inutile de dire que la population américaine, elle, n’a pas augmenté à pareil rythme…

Et si encore le lectorat se maintenait. Mais non. Il est à la baisse. Les liseuses numériques viendront-elles changer la donne de cet univers aux prises avec un grand bling blang ? Cela reste à voir.

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http://www.ledevoir.com/culture/livres/295124/trop-de-livres

 

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